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CHAPITRE XVII

I. — Elections aux états généraux. — Troubles à Paris. — D'Estaing accompagne le Roi dans sa visite à la capitale. — L'agitation gagne les provinces. — D'Ëstaing et la municipalité parisienne. — La garde nationale de Versailles prend d'Estaing pour commandant général.

n. — Inquiétude à Versailles; projets relatifs à Téloignement de la famille royale. — Lettre de d'Estaing à la Reine. — Menées séditieuses des anciens gardes françaises. — D'Estaing signale rinsufGsance des moyens de défense et réclame le secours de troupes réglées. — Arrivée du régiment de Flandre à Versailles. ^Banquet des gardes du corps. — Effet produit sur l'opinion à Versailles et à Paris.

in. — Journées des 5 et 6 octobre.

Au printemps de 1789, les élections aux états généraux eurent lieu, causant partout une extraordinaire effervescence qui s'accentua d'une façon inquiétante dans certaines provinces.

Le comte d'Estaing n'assista point à l'assemblée où la noblesse deTouraine, à laquelle il appartenait comme

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marquis de Château-Renault S nomma ses députés. Usant de la faculté accordée aux gentilshommes possédant fief de se faire représenter par procureur, il désigna, à cet effet, le maire de Tours, La Grandière, dont l'attitude, à l'assemblée des notables, avait été conforme à la sienne. Par contre d'Estaing assista personnellement à l'assemblée des gentilshommes d'Auvergne et du Rouergue qui se tint à Clermont *. Il ne possédait point assez d'ascendant sur la noblesse pour se faire élire, mais il eut la satisfaction de voir son ami La Fayette nommé député.

D'Estaing ne tarda vraisemblablement point à regagner la cour, car nous l'y trouvons quand éclatèrent à Paris les troubles qui aboutirent à la prise de la Rastille et se poursuivirent ensuite durant plusieurs jours. Rien n'avait été entrepris pour conjurer ces troubles, rien même pour les réprimer. En vue de complaire à l'assemblée nationale, qui considérait comme attentatoire à son indépendance une concentration de troupes projetée à proximité de la capitale, le Roi avait prescrit d'y surseoir. Et, alors que les régiments en garnison à Paris avaient reçu comme instructions de tout éviter qui pût provoquer la guerre civile, le maréchal de Rroglie^, en présence de l'émeute, omettait de modifier ces ins-

1. Carré de BusseroUe : Liste des membres de la noblesse de Tou~ rainCy qui ont comparu aux assemblées de la noblesse,

2. Louis de La Roque et Edouard de Barthélémy : Catalogue des gentilshommes d^ Auvergne et de Rouergue^ qui ont pris part aux assemblées de la noblesse,

3. Victor-François, duc de Broglie (1718-1804), yaînqueur des Prussiens à Sondershausen et à Bergen en 1759, ayait été créé maréchal de France en 1760. Il commanda plus tard un corps d'émigrés en Ghampag-ne» puis se retira en Russie^

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tractions par l'envoi de nouveaux ordres qui eussent permis à ces régiments, dont la plupart semblaient encore sûrs, de résister à la populace déchaînée.

Grand fut Témoi dans Versailles, à la cour comme à l'assemblée, qui se sentaient menacées d'une invasion des bandes parisiennes, et que rassuraient imparfaitement les dispositions prises pour barrer à ces bandes les ponts de Sèvres et de Saint-Cloud. Grand fut pareillement l'émoi dans Paris, abandonné par les troupes, et où la partie saine de la population se voyait livrée aux excès commis par tous les forbans sortis des prisons ouvertes, excès que la création d'une milice bourgeoise * paraissait insuffisante à réprimer.

Parmi les assises maintenant désagrégées sur lesquelles s'était édifié le monument de l'antique monarchie, une entre autres paraissait tenir encore. L'affection du peuple pour le Roi semblait demeurer presque intacte. Sur elle Louis XVI crut possible encore de se reposer.

Cédant aux sollicitations de la municipalité parisienne, dont Bailly était venu garantir à Versailles l'absolue fidélité, le Roi prit, après mille tergiversations, la résolution d'aller, sans apparat, visiter sa capitale. Mais le peuple de Paris, admirateur enthousiaste de tout ce qui dénote la force et rayonne de splendeur, était singulièrement apte à sentir ce qu'avait d'humiliant pour le monarque cette visite à une ville, en partie rebelle, où il n'eût dû paraître qu'environné de tout l'éclat de la majesté souveraine, une main sur la garde de son épée.

1. La milice parisienne reçut quelques jours plus tard le nom de garde nationale^ nom que prirent également les autres milices bourgeoiseii

Le Roi quitta Versailles le 17 juillet à neuf heures du matin, escorté par un détachement de la milice versaillaise et accompagné seulement de six personnages de la cour*, au nombre desquels figurait d'Estaing. Jamais Roi de France n'allait faire c une entrée si peu magnifique* » dans sa capitale. Louis XYI, en effet, n'avait pour tout équipage que deux voitures à huit chevaux qui se frayèrent difficilement passage à travers la masse de curieux encombrant la route. A trois heures il parvint enfin à la barrière, où Bailly lui présenta les clefs de Paris sur un plat de vermeil. Une foule épaisse, dont € la disposition générale était sombre et menaçante'», garnissait tout le parcours jusqu'à l'Hôtel de Ville, où le souverain pénétra sans avoir entendu sur son passage aucun autre cri que celui de : Vive la Nation! Mais quand Louis XVI eut consenti à se laisser mener à une fenêtre et à s'y montrer, le chapeau orné de la cocarde parisienne aux couleurs bleue et rouge, un immense cri de : Vive le Roi! retentit, non plus cri d'amour, mais clameur triomphale, qui, au retour, allait se répercuter longuement sur la route de Versailles.

Après le Roi, qui venait de capituler devant l'émeute, les députés de la noblesse capitulèrent devant l'assemblée, en consentant à participer de leur vote à ses délibérations. « Dès cet instant on pouvait considérer la Révolution comme accomplie*. » L'indécis et faible

1. Le duc de ViUeroi, le duc de ViUequier» le maréchal de Beauvau, le duc de Gossé, le marquis de Nesle et le comte d'Estaing.

2. Deux amis de la Liberté : Bistoire de la Répolution^ t. II, p. 101. Paris 1790.

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