Archires de la Marine, B
d'un homme tombé à la mer. En relatant ce sauvetage, d'Estaing laisse voir comment à sa naturelle dureté savait s'associer le juste souci de la vie humaine : c Le petit canot ayant été mis à la mer...aveclaplus'grande promptitude possible, il a été crevé contre le petit mantelet du demi-sabord des chirurgiens. Coulant bas et la mer étant grosse, on a été obligé de le rembarquer. Le grand canot a été mis à la mer... Il a débordé cinq quarts d'heure après la perte de l'homme et... le matelot avait été perdu de vue peu de temps après sa chute... On m'a représenté que le rechercher c'était perdre du temps inutilement. Je n'en ai pas moins pressé la manœuvre par mes ordres et par mon exemple. J'espérais peu, mais je crois indispensable, par humanité et pour encourager les équipages, de ne rien négliger en faveur de ceux qui tombent à la mer. >
Le matelot qui, par une grâce providentielle, s'était soutenu sur les vagues sans même avoir attrapé la bouée lancée aussitôt après sa chute, fut ramené à bord une heure plus tard. Excellent gabier, il n'était tombé à l'eau que parce qu'il avait bu. D'Estaing ne se borna pas à reprocher sévèrement au maître d'avoir employé à la manœuvre un homme en état d'ivresse, mais il invita Guichen, au lieu de distribuer du vin aux mousses, d'en payer le prix à ces enfants pour qu'ils ne pussent se livrer au déplorable trafic de vendre leurs rations. Sans se faire illusion sur l'efficacité de la mesure, car il sait bien c que d'autres abus > conserveront aux matelots le moyen de s'enivrer, il observe c que cette facilité d'acheter du vin est, en temps de guerre et au moment d'un combat, de la plus extrême conséquence >•
Mais d'Estaing reste surtout attristé de la lenteur
d'un sauvetage qui a duré plus de deux heures et frappé des difficultés opposées par la routine à la prompte utilisation des canots. Au cours de ses voyages , il a déjà vu bien des hommes tombés à la mer et deux seulement repêchés, c Si Ton embarquait une yole suspendue le long du bord, ainsi que tous les vaisseaux de guerre anglais en ont, indique-t-il, cela serait commode dans les rades, peu dispendieux dans Tarmement, et Ton sauverait la plus grande partie des hommes qui tombent ^ >
La traversée se poursuivit sans autre incident et un mois après avoir quitté Brest, le Brillant ^ ayant reconnu la Martinique, aperçut au sud-ouest, environnées de brumes, les hautes terres de Sainte-Lucie.
Découverte par Christophe Colomb, Sainte-Lucie, Tune des Iles du Vent, mesure tout au plus du nord au sud quarante-cinq kilomètres de longueur sur vingtdeux kilomètres de largeur.
Les Anglais, qui les premiers Toccupèrent au commencement du xvn* siècle, furent presque aussitôt massacrés par les Caraïbes. Les Français qui s'y installèrent ensuite, vivaient déjà pacifiquement avec ces indigènes quand les troupes britanniques s'emparèrent de rile en 1663. Rendue à la France par le traité de Bréda, puis, suivant la fortune de nos armes, tantôt française, tantôt anglaise, tantôt neutre, Sainte-Lucie, reprise par