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2. Panl-Pierre Le Mercier de La RiTière de Saint-Médard, né à Sanmar en 1719, était conieUler au parlement de Paris quand il fat nommé, en 1767, intendant général des îles da Vent, poste dont la prise de la Martiniqoe par les Anglais le déposséda. Renvoyé à la Martinique comme intendant en 1764, La Rivière en fat rappelé Tannée sniyante. Devenu par la suite membre du comité de législation des colonies il refusa, pour 7 continuer ses travaux, une situation fort avantageuse que l'Impératrice de Russie loi offrait dans ses États. Retiré* depuis 1791 à Grigny, Seine-et-Oise, il j mourut le 6 frimaire an X.
3. Roehemore est vraisemblablement le même personnage qui, ingéaioar du Château-Trompette à Bordeaux en 1759, eut avec l'intendant
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dans cette fie» l'avait notamment dénoncé à Versailles comme s'étant fait construire au sommet du morne de la Vigie une somptueuse habitation. Or d'Estaing venait de constater la fausseté de cette allégation, c La maison, en bois, note-t^il, est moins belle que celle de M. l'intendant. Il y a un entourage considérable pour contenir les bestiaux. Ses cuisines et ses autres établissements économiques sont séparés de sa case. > L'emplacement en est assurément fort judicieusement choisi. € Elle est située dans le meilleur air du monde, à une demi-lieue et presque à pic du bourg. Le climat et l'air changent à moitié chemin. Cette révolution est marquée si subitement qu'on s'aperçoit pour ainsi dire en marchant de la ligne de séparation. > L'intérieur toutefois en paraît très modeste, c Le rez-de-chaussée du gouverneur est composé de deux petites chambres et d'une salle assez grande. Un escalier d'auberge conduit au second. Il n'y a que trois chambres et elles sont sous le faîte... Elle ne ressemble point à une maison de campagne. M. de Rochemore, conclut fort courtoisement d'Estaing, s'est trompé en le marquant à la cour. M. de Jumilhac peut avoir eu tort dans la manière d'en ordonner la construction, mais je n'ai apergu aucune trace de luxe dans cette maison ^ >
Jumilhac, absent comme nous l'avons dit, mais averti par Chardon, rentre le lendemain de cette visite domiciliaire. Son teint et celui de ses gens corroborent la bonne opinion que d'Estaing conçoit de l'air de la
Tonmy certain différend relatÎTement à la construction d'une maison de force sur l'emplacement d'une plate-forme près le château du Hà. Bochemore mourut à la Martinique en 1768. 1. Archives de la Marine, B* 108 ^ 66.
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Vigie. € Us ont ce qu'on appelle dans le pays des visages d'Europe. > Jumilhac, c très bon homme > avec qui d'Ëstaîng a jadis servi, lui paraît assurément c un peu boursouflé de son commandement > et par suite enclin à humilier l'intendant en le rappelant c un peu trop souvent > à l'obéissance.
Ainsi les torts sont certainement réciproques. D'Estaing le leur fait sentir et montre à chacun les fâcheux effets de leur conduite, le regrettable exemple qu'ils donnent. Il s'emploie d'autre part si habilement et si utilement à les rapprocher que tous deux, c l'un en grondant, l'autre en persiflant >, finissent par promettre de bien vivre ensemble. Le lieutenant-général ne se fie guère à cette promesse. En qui d'ailleurs parmi tous les fonctionnaires de l'tle peut-il avoir confiance?
Rochemore arrive de la Martinique; mais il vient flanqué de Taide-major BellecombeS certainement envoyé par le gouverneur, Fénelon *, pour découvrir en quoi peut consister la mission de d'Estaing, car un charitable avis de Chardon a déjà jeté l'effroi parmi les autorités de l'Ile voisine.
1. Gnillaame de BeUecombe, né en 1728 à PerriUe» en Agenais, débata comme Tolontaire dans Royal-Ronssillon-infanterie. Après ayoir brillamment serri an Canada et à Terre-Neare il Tenait d'être nommé en 1763 aide-major général à la Martiniqae. Pins tard brigadier pais maréchal de camp, commandant à l'île Boarbon, puis commandant général dans rinde, enfin gouTernenr général de Saint-Domingue, BeUecombe devenu en 1783 g^and-croix de Saint-Lonis monrut à Montauban le 9 férrier 1792.
3. François-Lonis de Salignac, marquis de Fénelon, entré dans Farmée en 1737, guidon de gendarmerie trois ans plus tard, puis successive- BMnt colonel, brigadier et maréchal de camp, avait été promu en 1762 an grade de lieutenant-général.
Quant à Rochemore, il ne doit guère s'attendre à des éloges. Certaines batteries en effet n'ont pas été visitées depuis la reprise de possession. D'Estaing les inspecte une à une et constate que quelques pièces restent enclouées. Il s'agit de les forer, mais le forgeron qui vient de passer marché pour ce travail refuse c sans motif apparent > de l'exécuter. Le secret motif est € qu'on lui a dicté sous main son manque de parole >. La menace de le faire embarquer sur l'heure décide seule cet ouvrier à remplir son engagement.
Une sonde à la main, d'Estaing parcourt le port et le trouve € fort au-dessus de Tidée qu'il en avait >, mais imparfaitement relevé, car il y découvre une c caye * > que ne mentionne aucun plan. Le lieutenant-général fait mouiller des balises et des corps-morts * dont l'emplacement est désigné c par des gueuses ' de fer étalinguées sur une haussière avec des bouées de bois flottant» surmontées d'un pavillon. Comme tout manque à Sainte-Lucie, il a fallu, pour les établir, sacrifier des filins destinés à Saint-Domingue et des gueuses de la calle de Brillant. Nul n'ignore donc l'importance attachée à ce travail et pourtant, la nuit suivante, plusieurs des pavillons sont, par malveillance, enlevés ou déplacés. Loin d'en être affecté, Jumilhac semble plutôt amusé de ce qu'il veut considérer comme simple plaisanterie. Une froide admonestation, que lui inflige d'Estaing, le détermine cependant à ordonner une enquête.
1. Gaya : abri, port, qaai, môle. — Jal : Glottaire nautique,
2. Corps-morts : ancres manies de cables ou de chaînes, qui restent toujours mouillées à la même place, pour y attacher les navires. *- Ibid.
3. Gueuse : barre de fer, assez courte, mais fort épaisse, serrant à lester les nayires. — Ibid.
On conçoit aisément ce que pouvait être le moral de la garnison en un tel milieu et sous un chef qui ignorait € le nom et l'existence des lieux > où il se trouvait des canons montés et que les lignes suivantes nous dépeignent comme privé de tout caractère : c L'esprit de paresse et de découragement dans les troupes me paraît inexprimable, marque tristement d'Estaing. Les soldats ne font exactement rien. M. de Bergues, leur commandant, a été jusqu'à me conduire dans le cimetière pour me raconter sur chaque tombe le nom, la maladie, la date et les circonstances de la mort de chaque soldat. Après avoir écouté pendant quelque temps six ou sept de ces lugubres oraisons funèbres faites sur le même lieu, je n'ai pu tolérer davantage une pareille opération militaire. J'ai grondé. Gela n'a pas suffi. Il a fallu me fâcher pour m'arracher & cette étrange représentation ^ >
Mais d'Estaing n'est pas homme à se laisser entraver par le mauvais vouloir des uns ou l'apathie des autres. Et d'ailleurs, dans son état-major n'a-t-il pas du Portai, ingénieur d'un rare mérite, toujours prêt à le seconder des plus sages conseils? Suivi de cet excellent officier, d'Estaing parcourt l'île en tout sens, sous le soleil ou la pluie, cheminant par des endroits presque inaccessibles. C'est ainsi que, en moins de dix jours, il préparera pour le port un projet d'adduction d'eau potable, déterminera l'emplacement d'une ville nouvelle' et fixera celui d'un fort sur le morne Fortuné.