‹ L'amiral d'EstaingChapitre 90 sur 252 · Archiyes de la Marine, B* 108 f · texte numérisé non relu

Archiyes de la Marine, B* 108 f

L AMIRAL D ESTAING lot

ébranler la puissance parlementaire. Un seul exempleavait suffi. Le simple embarquement de M. Dubuisson avait épouvanté : on le croyait perdu. Il a été récompensé : on a ri. M. de Clugny a été élevé, consulté et cru : on a osé. On a imaginé ou su que je n'étais pas protégé par les bureaux. On a dû se persuader qu'il ne fallait que se plaindre pour me faire succomber. C'était bien voir*. >

Il est aisé de comprendre à quel point la marche normale des affaires eût pu souffrir de ces difficultés de jour en jour grandissantes, sans l'activité prodigieusede d'Ëstaing, sans la force de travail qu'il déploya.

Outre qu'il sait donner une vigoureuse impulsion» aux services administratifs, d'Ëstaing dresse un plan complet des défenses de l'île, visite les points où doivent s'établir des batteries, en fait commencer les travaux,, entreprend enfin, vis-à-vis de la pointe de Cuba, à l'aide des émigrés acadiens et allemands, la colossale exécution du môle Saint-Nicolas où bientôt les étrangers pourront échanger les bois et les bestiaux, qui manquent à la colonie, contre les sirops et les eaux de^ vie de sucre que la métropole dédaigne ^.

Les régiments stationnés dans la colonie ressentent tout particulièrement les effets de sa sollicitude. Legouverneur descend jusqu'aux moindres détails pouvant améliorer la condition hygiénique du soldat. Toutefois il ne supporte aucun laisser-aller, aucun relâchement dans le service. Avant son arrivée, on avait toléré que

1. D'Estain^r à Choiseul, 27 mai 1765. — Archives de la Marine, C^ 101.

2. Raynal : Hittoire philosophique et politique des établissements et ducotmmeree des Européens dans les deux Indes ^ t. IH, p* 439.

les factionnaires fussent exempts du fusil. « Je veux dit-il, qu'ils le portent et que ce soit à Tombre. Comme j'ai acquis dans ma jeunesse le talent mécanique d'être très bon major, je prétends que les troupes doivent être ici, comme ailleurs, bien tenues. Elles y peuvent être parfaitement exercées; elles ne s'en porteront que mieux. Le point de la difficulté est que les officiers se lèvent matin et que toutes les fois qu'on manœuvre, ce qui ne doit pas être trop souvent, les troupes soient rentrées à sept heures et demie du matin*. »

Prêchant d'exemple, d'Estaing va chercher au camp du Trou le régiment de Quercy rappelé au Cap et nous conte gaiement cette expédition. « La troupe s'est mise en marche à une heure après minuit. J'ai fait tout le chemin à pied. Il a été de sept lieues parce qu'on nous a égarés. Les lieutenants, qui n'avaient qu'un cheval pour deux, n'ont osé s'en plaindre. M. Blondeau*, lieutenant-colonel, malgré mes prières et même mes ordres, n'a jamais voulu profiter du sien que pour passer les rivières. Quant à moi, je ne les ai pas trouvées plus malsaines à traverser à pied que celles des Indes. Il a paru plaisant aux soldats de me voir marcher avec eux. Au lieu de murmurer, ils ont chanté comme dans les marches d'Europe. Je suis entré dans tous les plus petits détails de la marche. Les officiers et les sergents restaient à côté des ruisseaux pour empêcher de boire ; quatre barriques d'une espèce de punch suivaient sur

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