Arcliiyes de la Marine, B« 108 f
mon malheur que je ne peux me dissimuler à moimême que je serais coupable de trop de désordres en partant avant l'arrivée d'un successeur qui, je crois, sera aussi à plaindre que je le suis, et qui sera aussi embarrassé s'il n'est pas soutenu. Je le proteste, les difficultés, les horreurs que l'on dit et que Ton m'écrit, l'excès de travail et la vie que je mène ne m'auraient pas arraché une plainte, ni même un seul désir de quitter un tel métier, si je croyais qu'on daignât m'en savoir gré en France. Je n'ai que le Roi, M. le duc de Choiseul et le bien en vue ; mais croire déplaire et être condamné, en souffrant autant, est un genre de courage, de philosophie et même de reconnaissance que j'avoue au-dessus de mes forfces*. »
A quelque temps de là, dans une lettre toute personnelle adressée à Choiseul, d'Estaing rappelant qu'il n'avait point sollicité ce gouvernement, expose au ministre à quel point la nouvelle ligne de conduite suivie par la cour rend difficile son maintien à Saint-Domingue. « Vous le savez, monsieur le duc, je vous ai plus importuné par mes refus que par mes demandes. Je suis votre ouvrage. Vous l'avez détruit, peut-être sans le vouloir. M. Dubuisson, récompensé publiquement, M. de Clugny, déifié, ont démenti mes actions, éternisé les obstacles et consacré les fureurs des satellites des gens de robe... Je ne regrette pas d'être tué civilement par leur adresse, leurs manœuvres ou leur crédit... J'ai attaqué peu d'abus, je n'en avais réformé aucun avant l'ordonnance des milices. On a deviné, on a appris à Versailles que j'en apercevais beaucoup. J'ai cru devoir