‹ L'amiral d'EstaingChapitre 92 sur 252 · Archives de la Marine, B · texte numérisé non relu

Archives de la Marine, B

Un instant, d'Estaing crut avoir à prendre le commandement de ses troupes ailleurs qu'à la manœuvre. Le conseil des Indes, en vue de remédier à l'insuffisant développement de la colonisation sur le territoire espagnol de Tîle, expédia d'Europe au gouverneur résidant à Santo-Domingo l'ordre d'attirer tout ce qu'il serait possible d'esclaves, en leur promettant, avec la liberté, des terres, des outils et des vivres. Ces offres séduisantes devaient infailliblement provoquer parmi les noirs, attachés aux plantations françaises, une désertion presque générale.

Négocier avec le gouverneur de Santo-Domingo afin d'en obtenir la non-exécution d'un ordre, que ce fonctionnaire n'avait pas qualité pour discuter, paraissait tentative assurément inutile. D'autre part, alors que là milice restait imparfaitement organisée, il ne fallait point songer à exercer sur nos longues frontières, avec le secours des seules troupes de ligne et de la maréchaussée, une surveillance efficace. Restait l'intimidation. D'Estaing n'hésita point à l'employer, menaçant le gouverneur de Santo-Domingo d'envahir et d'occuper la partie espagnole de l'île si la décision du conseil des Indes recevait un commencement d'exécution. Il empêcha ainsi par sa fermeté la mise en vigueur d'une mesure qui eût entraîné la ruine de nombreux planteurs *.

Ce fut là un des plus grands services rendus à la France par d'Estaing durant son gouvernement de Saint-Domingue, où il avait été sans doute uniquement placé avec la juste pensée qu'il saurait, mieux

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