Élégies, 631. — Diogène Laerce, I
3. Élégies, 363. De même l'Hécube d'Homère s'écrie : « Puissé-je boire le sang noir de mes ennemis ! » cité par Girard, le Sentiment religieux en Grèce, p. 194, Paris, Hachette, 1869
THEORIES MORALES DE l'âMITIE 459
La façon dont les Anciens règlent les rapports des ennemis dérive de leur conception de l'amitié. A défaut de lien logique, il y a une association inséparable entre ces deux jugements : Fais du bien à tes amis, maltraite tes ennemis. Peut-être aussi, par une sorte de fatalité psychologique, la haine est-elle la réaction de l'amour. Mais, à n'en pas douter, dans l'esprit des Anciens, la tendresse en affection et la férocité dans la haine se tiennent et se répondent, et la dure condition faite aux ennemis relève le prix des faveurs de l'amitié. N'est-ce pas encore une même sorte de plaisir que l'homme trouve à semer les bienfaits et à exercer la vengeance? Il a, dans les deux cas, le sentiment de sa force, il étend son pouvoir sur autrui. Enfin la partialité pour les amis cadre bien avec la déloyauté à l'égard des ennemis, et elle n'est pas une moindre violation de la justice. On se retient encore moins de suivre ses amitiés que ses haines. On aperçoit mieux les raisons de modérer sa colère que celle de comprimer ses élans affectueux.
L'amitié estdonc volontiers plus injuste que la haine ellemême. G. Blossius de Gumes déclarait qu'il eût fait aveuglément tout ce que lui aurait commandé Tibérius Gracchus, son ami. « S'il t'avait commandé, lui disait-on, de mettre le feu au Capitole ? — Jamais il ne me l'aurait commandé. — Si pourtant il l'avait fait ? — Je lui aurais obéi. » De même, dans Y Andromaqae de Racine, Pylade, ne pouvant détourner Oreste d'un projet criminel, se fait son complice :
Allons, Seigneur, enlevons Hermione !
En fait, l'amitié a donc toutes les complaisances. On ne la tient pas pour justiciable des lois morales; non seulement on excuse, mais on absout et on exalte les crimes