‹ L'amitié antiqueChapitre 146 sur 194 · Sénèque, Ep · texte numérisé non relu

Sénèque, Ep

Dugas. Amitié. ^

l'amour est-il donc la lune de miel ? Jouit-on moins « d'une amitié ancienne et éprouvée » que du plaisir de « former une amitié nouvelle »? Sur une telle question, dit Gicéron, le doute n'est pas permis. L'amitié ne produit pas à la longue la satiété et le dégoût; elle est comme le vin qui gagne à vieillir. L'habitude est un lien puissant; elle nous attache aux animaux, aux choses mêmes : « Ainsi nous aimons les montagnes et les bois où nous avons séjourné longtemps *. » L'attrait de la nouveauté ne vaut pas l'attendrissement du souvenir. En tous cas, nous ne devons pas dédaigner les amitiés anciennes, et nous devons être réservés dans le choix des amitiés nouvelles.

Mais, si l'on a le devoir de choisir ses amis, en a-t-on aussi le pouvoir? Chacun se promettra sans doute d'être réservé et prudent, mais qui saura l'être? L'intention ici ne suffit pas : on serait dupe plutôt de ses qualités morales, de sa candeur, de sa bonne foi. Le discernement des amis est-il, comme l'enseigne Socrate, soumis à des règles? Constitue-t-il un art ? Et cet art est-il à la portée de tous ou le privilège de quelques-uns ? Enfin est-il d'une application sûre, ou doit-on suppléer à son insuffisance par le flair psychologique, par ce don de pénétrer les âmes, que Socrate disait avoir reçu des dieux ? Enfin doit-on ne se fier qu'à soi-même du soin de choisir ses amis, ou peut-on s'adjoindre, comme le recommande encore Socrate, un sage et habile conseiller?

Supposons, de la part des personnes, une inspiration jointe à une prudence accomplie. Il restera à faire la part de la fortune. La difficulté du choix des amis s'accroît de ce fait qu'elle est l'œuvre du temps, des circonstances. On n'est l'ami d'un homme, dit un proverbe antique, qu'après avoir mangé avec lui un boisseau de sel. Il faut éprouver

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