II. — La formation de l'amitié
Du choix des amis. — Du nombre des amis. — Faut-il rechercher en amitié la sécurité ou le charme ? —* Le flatteur et Vami.
Le premier soin doit être de choisir ses amis. Tous les philosophes ont senti l'importance d'un tel choix. Aristippe par exemple,
« blâmait beaucoup les hommes de ce que, dans les ventes publiques, ils prenaient soin de faire sonner les vases qu'ils voulaient acheter et examinaient légèrement la conduite de ceux avec qui ils voulaient former des liaisons. » — Épicure disait de même : « Il faut t'informer des personnes avec qui tu manges et tu bois, avant de t'informer des choses que tu manges et tu bois1. »
C'est le privilège des amis d'avoir à se chercher, à se découvrir, de se lier librement. Mais il est de leur intérêt et de leur honneur de ne pas se lier à la légère. L'amitié «st un engagement qu'on est libre de contracter, mais qu'on ne peut se dispenser de tenir. Il ne faut pas avoir à retirer sa confiance ; il importe donc de la placer bien. Du choix des amis dépend la fidélité, la sûreté et la durée des relations.
Mais, plus ce choix est grave, plus il est difficile. Tout d'abord, on aimerait à accepter sans défiance l'amitié qui s'offre ; on voudrait aussi n'avoir pas « à résister à l'élan de son cœur2 ». On voudrait enfin goûter sans réserve le charme spécial de l'amitié naissante. « Le philosophe Attale disait qu'il y a plus de plaisir à se donner un ami qu'à en avoir un, comme le peintre jouitplus de l'exécution de son œuvre que de son œuvre même 3. » Le meilleur de