S IV
On doute s'il faut préférer ses amis à soi-même; on ne doute pas qu'il faille les préférer aux autres hommes; la discussion porte seulement sur les limites de cette préférence.
Thémistocle, Périclès, professent sur ce point des opinions contraires. L'un disait :
« Que je ne siège jamais sur un tribunal, si mes amis ne doivent gagner à ma présence l ». L'autre répondit « à un sien ami qui le requit de porter un jugement faux pour lui, à laquelle fausseté il avait encore un parjurement adjoint : Je suis amy de mes amys jusques aux autels; comme s'il eût voulu dire jusqu'à n'offenser point les dieux2 ».
Périclès et Thémistocle parlent en politiques, ils prennent un parti net, une décision ferme. Des philosophes, comme Chilon et Gorgias, examinent le cas, pèsent les raisons contraires et s'arrêtent à un compromis. Chilon, ayant à juger un ami coupable, vote sa condamnation, mais conseille aux autres membres du tribunal de l'absoudre : il croit remplir ainsi son double devoir de juge et d'ami 3. Gorgias est d'avis qu'on ne peut adresser à ses