II. — L'amitié entre maîtres et disciples
SOCRATE, EpICURE.
Où l'amitié se rencontrera-t-elle, si elle exige, en dehors de la conformité du caractère et des habitudes, celle des opinions? C'est dans les Écoles philosophiques qu'elle trouvera réunies toutes ses conditions d'existence; c'est à qu'elle atteindra son plus haut développement.
Les Écoles antiques sont moins des Ecoles que des réunions d'amis; les jeunes gens qui se pressent autour de Socrate sont des familiers et des intimes autant que des disciples. Ils s'appellent simplement : « ceux qui vivent avec lui * », ses fidèles. Socrate lui-même repousse le titre de maître, SiSdwxaXoç, mais il fait profession d'être le directeur et le tuteur des jeunes gens d'Athènes, veillant sur eux, dit-il, comme « un père ou un frère aîné 2 ». Et ce ne sont pas là de vaines métaphores. Le maître ne s'enferme pas dans son enseignement, il se mêle à la vie de ses disciples et prend à tâche « de leur donner sur tout, même sur les, choses extérieures, les conseils qu'il croit conformes à leur intérêt 3 ». 11 a souci de leur santé, de leur bien-être matériel, de leur avenir, autant que de leur éducation et de leur vertu. Ainsi Socrate recommande les exercices gymnastiques à Epigène, qui est de santé délicate 4; il persuade à Euthère d'accepter le joug honorable de la domesticité pour mettre sa vieillesse à l'abri du besoin ;i; il conseille à Aristarque, accablé de charges de famille, de recourir au travail pour sortir de la gène G. Il éclaire les jeunes gens sur leur vocation, il les invite à se connaître, à se rendre justice, à mesurer leur ambition à leur propre mérite. Il remontre à l'orgueilleux Glaucon que les con-