CHAPITRE III
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
De nombreux travaux ont été consacrés depuis quelques années aux illusions du souvenir, et particulièrement à l'illusion dite « de fausse reconnaissance », ce qui tend à prouver que les psychologues ont attaché un grand intérêt à ce phénomène singulier. Aussi bien serait-il déplacé de considérer son étude comme achevée. La multiplicité même des travaux souvent contradictoires semble montrer que le problème n'a pas été résolu d'une façon complète, et que peut-être même, il n'a pas été posé d'une façon suffisamment nette et univoque.
Définir une expression et limiter un sujet, surtout lorsque cette expression a été prise dans des sens différents et quand ce sujet a été restreint à plaisir ou élargi à outrance, c'est là une tâche difficile, encore qu'indispensable et primordiale. Pour la mener à bien, nous croyons devoir dissiper une confusion créée par la synonimie qu'on a prêtée aux mots « illusion de fausse reconnaissance », « illusions du déjà vu », « illusions du déjà vécu », etc.
Les auteurs ont groupé sous ces dénominations des phénomènes plus ou moins distincts, et l'opinion généralement admise qui les range dans les troubles de la mémoire est sans doute beaucoup trop exclusive, sinon complètement erronée. Néanmoins, la conception un peu superficielle sans doute qui les fait rattacher aux fonctions mnésiques a voulu qu'on les considérât comme des par amnésies de certitude, et à ce titre, ils peuvent trouver place ici.
Les paramnésies de certitude peuvent se présenter sous deux formes : ou bien le sujet n'est pas sûr d'un fait qui s'est réellement produit [folie du doute) ; ou bien au contraire, il est certain d'un fait qui n'a pas eu lieu réellement {illusion de fausse reconnaissance).
Ces derniers cas comportent les faits de fausse mémoire où l'on croit qu'un état présent, nouveau en réalité et se produisant pour la première fois, a été déjà éprouvé antérieurement. Ce sont là des aberrations, dont le mécanisme psychologique est extrêmement difficile à élucider, et qui d'ailleurs n'appartiennent pas en propre aux aliénés.
Mais il existe dans le langage courant ainsi que nons le disions tout à l'heure une confusion de mots qui nous paraît extrêmement regrettable, car ces aberrations au cours desquelles certaines personnes parfaitement portantes au point de vue mental éprouvent pendant un temps très court l'impression de revivre une tranche de vie écoulée, ne sont pas identiques, dans leur mécanisme et dans leur nature , à l'erreur que nous étudierons tout à l'heure et qui
consiste dans ce fait que le malade recouvre obstinément d'une identité non justifiée tel individu ou tel objet qu'il voit pour la première fois. On devrait réserver, croyons-nous, à ces derniers cas, et à ces derniers cas seulement, le nom d' « illusions de fausse reconnaissance ». Au contraire le nom d'illusions du « déjà vécu » ou du « déjà éprouvé » nous semblerait traduire avantageusement l'aberration complexe dont il est question plus haut, et qui, encore une fois, n'a aucun caractère pathologique.