I. ÉPILEPSIE
Le rapport qui existe entre le mal comitial et
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l'amnésie est tellement étroit, et de notion si courante, que dès qu'une éclipse totale de la mémoire est signalée, l'esprit évoque immédiatement l'idée de l'épilepsie et de ses grands caractères essentiels : l'inconscience et l'amnésie corrélative.
1° Amnésie simple. — L'amnésie des épileptiques a pour trait essentiel d'être totale et complète, s'étendant sur toute la durée de l'accès, quelle que soit la nature de ce dernier.
On sait que les manifestations comitiales peuvent revêtir les aspects les plus divers.
La forme la plus simple, la plus fréquente, et par conséquent la plus anciennement connue est la crise convulsive. On la trouve signalée par les médecins de l'antiquité : c'est le morbus sacer des Romains.
L'accès vertigineux n'est guère moins fréquent. Le malade a une très courte perte de connaissance ; il a'arrête au milieu d'un mot, d'une phrase, et reprend ensuite son mot, sa phrase au point où il les a laissés.
Quelquefois l'absence se complique de légers troubles moteurs (tressaillements musculaires, grimaces, grognements), ou d'un relâchement des muscles (le malade laisse tomber les objets qu'il tient à la main).
En dehors de ces faits d'une simplicité typique et dont l'amnésie est de notion courante, il en est d'autres plus complexes et d'un intérêt beaucoup plus marqué. En effet, la crise convulsive ou verti-
gineuse peut être suivie d'une impulsion à l'homicide ou au suicide, d'une fugue procursive ou ambulatoire, d'un état crépusculaire caractérisé par un délire hallucinatoire etc..
Il y a mieux, et ces différents troubles psychiques peuvent apparaître en dehors de toute manifestation convulsive de la névrose. Ce sont ces cas surtout qui doivent nous intéresser. En pareille circonstance en effet, il y a comme une lacune dans la vie mentale du sujet. Cette lacune est coupée à vives arêtes ; elle commence brusquement et finit de même; si bien que, comme le fait observer Magnan, la perte soudaine de la connaissance du « moi » n'est pas autre chose qu'un ictus. Seulement, c'est « un ictus frappant ailleurs que dans la zone psycho-motrice ». De pareils troubles sont donc tout aussi post-épileptiques que ceux qui suivent une crise convulsive, bien qu'ils aient été décrits sous le nom d'épilepsie larvée ou d'équivalents psychiques de Vèpilepsie.
Nous devons y retrouver les mêmes caractères d'amnésie.
La forme impulsive des équivalents psychiques de l'épilepsie est une des plus fréquentes, et nous verrons plus loin combien grand est l'intérêt qui s'y rattache au point de vue médico-légal.
La forme ambulatoire n'est pas moins intéressante.
« Parfois, dit Maxwell S l'épileptique, au lieu de tom-
1. Maxwell. L'amnésie et les troubles de la conscience dans Vèpilepsie (thèse Bordeaux, 1903).
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ber sans connaissance, se met à courir devant lui. Il paraît inconscient, car les obstacles qu'il rencontre sur sa route ne semblent pas éveiller son attention ; il ne les évite pas, se jette dans les fossés, les mares ou les rivières, se heurte à des arbres, à des murailles, à des voitures en marche etc. D'autre fois le malade évite les obstacles; il a l'air de les voir et de s'en garder, mais il parait absorbé ; son regard est fixe; si on lui adresse la parole, il ne semble pas comprendre, ni même entendre, ce qu'on lui dit. On trouve dans cette forme de l'accès une coordination de mouvements déjà plus grande que dans la forme précédente. Là, d'ailleurs, ne s'arrête pas la série progressive des actes coordonnés. Certains épileptiques exécutent des manœuvres compliquées. Au lieu de marcher simplement, ils partent en voyage, prennent leur billet de chemin de fer, font quelquefois leurs malles et se munissent de vêtements et de linge. Quelques uns ont l'air concentrés : une attitude bizarre, une allure anormale révèle le trouble de leur entendement. D'autres, au contraire, peuvent être pris pour des voyageurs ordinaires, et rien dans leur manière d'être ne décèle leur automatisme et leur inconscience. Dans ces fugues épileptiques, nous rencontrons ainsi des degrés de plus en plus élevés de coordination des mouvements. En analysant leurs différents aspects, on constate comme une série ascendante, qui va des convulsions incohérentes au voyage le mieux ordonné en apparence. Les actes se compliquent de plus en plus dans cette série. La fugue en ligne droite sans nul souci des
obstacles montre que certains centres inférieurs peuvent encore fonctionner et régler les mouvements réflexes de la marche. Un degré plus complexe se rencontre chez le malade qui évite les obstacles, car ici, des réflexes supérieurs sont en jeu, notamment les mouvements associés des membres commandés par une impression visuelle. Enfin, si l'épileptique monte en voiture, en chemin de fer ou en bateau, prend son billet et le présente au contrôle, il accomplit une série d'actes que l'on ne peut plus considérer comme de simples réflexes, mais qui paraissent exiger, au contraire, l'intervention de centres nerveux plus élevés. »
Quelque compliqués que paraissent les actes effectués au cours de la fugue, l'amnésie consécutive est la règle. Il faut reconnaître d'ailleurs que les exemples de complexité supérieure ne sont pas fréquents. Les cas habituels concernent un épisode procursif de plus ou moins courte durée, suivi d'amnésie.
Dans l'observation suivante, nous allons trouver, outre des impulsions multiples une fugue automatique terminée par une tentative inconsciente de suicide.
Le nommé B... est conduit à l'infirmerie spéciale le 27 juillet 1903.
Le début de son affection remonte à 5 ans. B... alors âgé de 33 ans, eut sans cause appréciable, une crise convulsive qui survint brusquement à l'atelier de teinturerie où il travaillait, et qui fut suivie de plusieurs autres à divers intervalles. Ces crises qui présentent tous les caractères de l'épilepsie (convulsions, morsure
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de langue, émission involontaire d'urine, et amnésie consécutive) se reproduisaient d'abord tous les 10 ou 12 jours environ ; puis leur fréquence augmenta de plus en plus, et actuellement, B... est atteint plusieurs fois par jour d'accidents comitiaux dont il ne garde aucun souvenir et qui se manifestent soit par des crises convulsives, soit par des accès impulsifs violents. Il devient alors agressif, brutal, et maltraite sa femme et ses enfants pour lesquels il a cependant une grande affection. Un jour, étant resté seul avec son plus jeune fils âgé de 18 mois, il le saisit dans son lit et lui cogna à plusieurs reprises la tête contre la fenêtre; un carreau fut brisé et l'enfant fut blessé assez profondément au niveau du front. La mère entra heureusement sur ces entrefaites et put soustraire la victime, avant que plus grave accident ne fût à déplorer. Un instant après, B... s'endormit d'un profond sommeil. Apprenant à son réveil de quel épouvantable drame il avait failli être l'auteur, il eut une crise de désespoir. Il était absolument amnésique de tout ce qui s'était passé. Un autre jour, il fut sur le point d'être lui-même victime de son activité automatique. Au cours d'une fugue ambulatoire, il tomba dans le canal Saint-Martin, d'où il fut retiré. Revenu à lui, il ne se rappelait même pas être sorti de sa maison. Les lieux par lesquels il avait passé, les circonstances de sa chute dans le canal, tout avait disparu de son souvenir.
Les troubles psychiques présentés par B... n'ont pas toujours d'aussi graves conséquences. lia fréquemment des absences pendant lesquelles il accomplit les actes ordinaires de la vie. Il prend son repas, par exemple, sans que rien puisse faire croire qu'il agit d'une manière automatique et inconsciente. Mais à peine sorti de table, il réclame à manger, ne se rappelant pas avoir déjeuné. Quelquefois aussi, il s'arrête de parler, au milieu des repas, mais il continue à remuer automatiquement les mâchoires ; puis au bout de quelques ins-
tants reprend la conversation au point où il l'avait interrompue, comme si rien n'était survenu. Pendant cette absence, il a généralement uriné dans son pantalon.
Nous avons donc ici une multiplicité de manifestations comitiales à forme impulsive et ambulatoire, toujours frappées au sceau de l'amnésie.
La forme délirante ou hallucinatoire des équivalents comporte tous les faits groupés sous le nom générique d' ce états crépusculaires ».
Le malade traverse alors une phase d'excitation ou de dépression qui peut en imposer pour un état maniaque ou mélancolique. Il peut présenter un délire mystique, erotique ou de persécution par exemple. Mais la brusquerie du début et de la fin, le caractère impulsif et désordonné des réactions émotives et surtout l'amnésie consécutive de la phase onirique suffisent à indiquer l'origine comitiale de tels accidents.
«Dans ces états crépusculaires dit Maxwell1, les hallucinations sont fréquentes. Le malade entend des voix qui l'injurient, lui reprochent ses fautes, l'excitent contre quelqu'un, etc.; il a des visions terrifiantes, se voit poursuivi par des ennemis, harcelé par des démons ou des spectres.
A côté de l'hallucination proprement dite, impression purement subjective, on rencontre plus souvent encore l'illusion sensorielle. Elle constitue sans doute un degré inférieur du trouble psychique précédent, mais son importance est au moins aussi grande, au