PROCLAMATION
Par Son Excellence le Très-Honorable Sir John Young, baronnet, un des membres du Très-Honorable Conseil Privé de Sa Majesté, Chevalier Grand' Croix du Très-Honorable Ordre du Bain, Chevalier Grand- Croix de V Ordre Très Distingué de Saint Michel et Saint George, Gouverneur-Général du Canada.
A tous et chacun les fidèles sujets de Sa Majesté la Reine dans ses territoires du Nord-Ouest, et à tous ceux que ces présentes verront SALUT :
La Reine m'a chargé, comme son représentant de vous informer qu'elle a appris avec surprise et regret que certaines personnes égarées, dans ses établissements de la Rivière Rouge, se sont liguées pour s'opposer par la force, à V entrée, dans ses Territoires du Nord-Ouest, de l' officier choisi pour administrer, en son nom, le gouvernement, lorsque les Territoires seront unis à la Puissance du Canada, sous l'autorité du
récent acte du Parlement du Royaume ; et que des personnes par force et] violence, ont aussi empêché d'autres, ses loyaux d'entrer dau« le pays.
Sa Majesté a l'assurance qu'elle peut compter sur la loyauté de ses sujets dans le Nord-Ouest et croît que ceux qui se sont illégalement ligués l'ont fait par suite de quelque malentendu ou fausse repréesntation.
La Reine est convaincue qu'en sanctionnant l'union des Territoires du Nord-Ouest avec le Canada, Elle consulte les meilleure intérêts de ceux qui y résident, renforçant et consolidant en même temps ses possessions dans l'Amérique du Nord, comme partie de l'Empire Britannique.
" Vous pouvez donc juger du chagrin et du déplaisir avec lesquels la Reine regarde les actes déraisonnables et illégaux qui ont eu lieu. Sa Majesté me commande de vous dire qu'Elle sera toujours prête, par ma voie, comme son Représentant, à redresser tous griefs bien fondés ; et qu'Elle m'a donné instruction d'écouter et considérer toutes plaintes qui pourront être faites ou désirs qui pourront m' être exprimés en ma qualité de Gouverneur-Général.
En même temps, Elle m'a chargé d'exercer tout le pouvoir et l'autorité dont Elle m'a revêtu pouf le maintien de l'ordre et la suppression de troubles illégaux.
Par l'autorité de Sa Majesté, je vous assure donc que sous l'Union avec le Canada, tous vos droits et privilèges Civils et Religieux seront respectés, vos propriétés vous seront garanties et que votre pays sera gouverné, comme par le passé, d'après les Lois Anglaises et dans l'esprit de la justice Britannique.
En outre, et par son autorité, je conjure et commande ceux d'entre vous qui sont encore assemblés et ligues, au défi de la loi, de se disperser paisiblement et de regagner leurs foyers sous les peines de la Loi en cas de désobéissance.
Et je vous informe en dernier lieu que dans le cas de votre obéissance et dispersion immédiate et paisible, je donnerai ordre qu'il ne soit pris aucunes mesures légales contre aucun de ceux qui se trouvent impliqués dans ces malheureuses violations de la Loi .
Donné sous mon seing et le sceau de mes armes à Ottawa, ce sixième jour de décembre, dans l'année de Notre-Seigneur mil huit cent soixante-neuf et dans la trente-troisième année du Règne de Sa Majesté,
Par ordre,
John Young.
EL L. Langevin,
Secrétaire d'Etat.
Entre autres choses, cette Proclamation, comme on le voit, contient deux paragraphes ; l'un invitant les mécontents à communiquer avec son Exeîlence, l'autre, le dernier, promettant en cas de soumission u de donner" ordre qu'il ne soit pris aucune mesure légale contre aucun d'eux.
Muni de ces documents que nous savions être authentiques, remis de la meilleure foi du monde et devant nécessairement avoir leur effet, puisqu'ils étaient l'écho de la parole royale, nous nous mîmes en route. Malgré toute la diligence possible, la difficulté du chemin et l'absence des moyens de transport ne nous permirent d'atteindre St. Boniface que le 9 mars, cinq jours après l'exécution de Thomas Scott. Ce ne fut qu'à nôtre arrivée dans la colonie que nous pûmes reconnaître tous les dangers de la situation. Nous l'étudiâmes au meilleur de notre jugement, nous en conférâmes avec les personnes que le Gouverneur-Général avait mentionné dans sa lettre et nous nous entendîmes parfaitement avec elles, tant sur la gravité des événements que sur les moyens à prendre pour conjurer des malheurs incomparablement plus grands que ceux déjà produits. Les circonstances nous parurent ne rien changer aux moyens suggérés en Angleterre et répétés par le gouverneur- général, comme les premiers remèdes à apporter au mal.
Nous fîmes connaître la Proclamation de son Excellence invitant une délégation et promettant une amnistie. Nous assurâmes les insurgés et leurs chefs que leurs justes réclamations seraient écoutées et nous montrâmes la signature du représentant de notre auguste Souveraine promettant qu'il serait donné u ordre qu'il ne soit pris aucune mesure légale contre aucun d'eux "
Comme l'avait fort bien prévu lord Granville, la fausse proclamation, émanée par l'Hon. W. MacDougall, avait eu l'effet de diminuer le poids de toute proclamation ultérieure : Nous nous donnâmes comme garant de l'authencité de celle qui nous avait été remise et affirmâmes sur parole oV honneur qu'elle aurait son parfait accomplissement ; et que tous, sans distinction, auraient le bénéfice de la promesse qui leur était faite.
En un mot, guidé par nos instructions verbales et écrites et nous croyant, comme nous l'avait dit le gouverneur-général luimême, li pleinement au courant des vues " du représentant de Sa Majesté, nous transmîmes la promesse d'amnistie, qu'on nous avait confiée.
Avions-nous mal fait d'agir ainsi? Avions-nous frustré l'attente
du représentant de notre bien-aimée Souveraine? Avions nous, en un mot, fait une promesse téméraire et indiscrète ? Non, puisque après nos explications, l'Hon. Secrétaire d'Etat pour les Provinces nous écrivait d'Ottawa en date du 27 mai 1870 :
il Je reçois ordre de son Excellence le gouverneurgénéral de vous exprimer sa sympathie dans votre inquiétude et sa chaleureuse appréciation de vos efforts dans la cause de la paix et de la modération. "
Nous avons en outre, d'autres preuves officielles et directes que nous ne nous sommes point trompé, en pensant que les événements, accomplis pendant que nous nous rendions d'Ottawa à Fort Garry, n'avaient point changé les dispositions des autorités impériales. Le désir d'ouvrir des négociations avec des délégués du Nord-Ouest s'effectua pleinement.
Non-seulement les délégués furent écoutés, mais même ils furent reçus officiellement, tout en posant pour condition sine quâ non la 19ème clause de leurs instructions, qui demandait une amnistie pleine et entière.
Il est vrai, qu'à leur arrivéè à Ottawa, deux des délégués furent traduits devant les tribunaux, mais cette circonstance ne servit qu'à prouver d'une manière plus éclatante que la mort de l'infortuné Thomas Scott n'avait point changé les dispositions du gouvernement Impérial, comme nous pouvons le voir parles dépêches suivantes échangées entre le Comte Granviile et Sir John Young.
Le 17 mars le comte Granviile avait télégraphié : " lorsque vous saurez que les délégués sont partis du Fort-Garry, faites-le moi connaître par télégramme."
Le 4 avril, la dépêche suivante était télégraphiée par Sir John Young au comte Granviile : u Smith est arrivé ici du Fort-Garry apportant de mauvaises nouvelles. Un canadien appelé Scott a été par ordre de Kiel jugé par une cour martiale et fusillé en vue, suppose- t-on, de compromettre les partisans de Riel avant l'arrivée de Taché. On dit que les délégués sont en chemin, mais il est bien clair que Riel ne cédera qu'à la force. Les choses ont, selon moi, un bien mauvais aspect."
Le 7 avril Sir John Young télégraphie encore : " le dernier des délégués est attendu à St. Paul jeudi le 14, les autres sont arrivés là aujourd'hui et pourront se rendre à Ottawa Samedi le 9."
Malgré les fâcheuses nouvelles et les appréhensions exprimées par Sir John Young dans sa dépêche du 4 avril, le 9 du même mois Lord Granviile lui télégraphiait :
" Faites-moi connaître aussitôt que vous pourrez par .télégramme le résultat des négociations avec les délégués de la Eivière- Rouge."
Ayant appris l'arrestation des délégués, le comte Granville télégraphie le 18 avril : " L'arrestation des délégués a-t elle été autorisée par le gouvernement Canadien ? Envoyez ample information par télégramme."
A ceci Sir John Young répondit le 19 avril : L'arrestation des délégués n'a pas été autorisée par le gouvernement Canadien."
L'inquiétude éprouvée par Lord Granville au sujet de l'arrestation des délégués prouve combien Sa Seigneurie regrettait cet odieux procédé et que le Rév. M. Ritchot avait compris la pensée du gouvernement Impérial en adressant à Sir John Young l'énergique protestation suivante :
A Son Excellence Sir John Young, Gouverneur-Grénéral du Canada. Excellence,
Je m'adresse directement, en ce moment à vous,le représentant de la Souveraine et le gardien de V honneur britannique dans cette contrée pour vous demander de vouloir faire respecter en ma personne le privilège qui appartient à un parlementaire d'être exempt de toute exigence hostile jusqu'au retour en lieu sûr.
Je suis ici en compagnie de M le juge Biack et de M. S:ott comme représentant le territoire du Nord-Ouest, sur la foi d'une proclamation de Votre Excellence, sur l'assurance donnée par les Commissaires du Gouvernement de Votre Excellence et notamment par M. Smith et M. le colonel de Salaberry.
M. Scott et moi sommes venus à Ottawa en compagnie de M. le colonel de Salaberry et avons été, à la frontière, rencontrés par un magistrat qui nous a offert comme il appartenait dans les circonstances présentes, le sauf conduit de son escorte:
Malgré le caractère d'inviolabilité dont nous sommes revêtus, caractère respecté de tous temps et par toutes les nations du monde, indépendamment de toutes les circonstances ou complications, nous nous voyons soumis à deg poursuites et à des indignités que le gouvernement de Votre Excellence connait et qu'il déplore, je n'en ai pas de doute, mais qui ne paraissent pas devoir cesser.
Je suis accusé de participation dans une mort d'homme, la chose serait aussi vraie qu' elle est radicalement fausse que cela ne changerait pas ma position comme parlementaire invité et accepté par le gouvernement de Votre Excellence ; car je sws ici en vertu de la foi jurée, à la garde de l'honneur anglais et de l'honneur canadien.
Pour ma propre satisfaction, je déclare à votre Excellence, devant Dieu et devant les hommes, que je n'ai en aucune manière contribué à une mort d'homme ; je ne sais le fait de l'exécution de Scott (si toutefois elle a eu lieu) que comme le sait ou croit le savoir tout le monde, en ce moment même, je serais incapable de donner le moindre témoignage de cette affaire ; mais je le répète, ceci ne concerne en rien mon caractère de parlementaire, qui me rend inviolable et par lequel j'échappe à toute juridiction civile ou criminelle. * «
Comptant sur l'honneur public et sur l'honorabilité de Votre Excellence et de ceux qui avec V. Exc. en sont les gardiens, j'ose demander qu'on fasse cesser la persécution et les insultes auxquelles nous sommes livrés, cette demande, j'ai retardé de la faire pour ne pas ajouter aux difficultés de la circonstance ; mai s- .je sens que la dignité de ma mission souffrirait d'un plus long retard.
Agréez, excellence, l'assurance du respect avec lequel J'ai l'honneur d'être, Votre humble et obéissant serviteur.
(Signé)
J. N. Ritchot.
Ottawa, 20 avril 1870.
Le secrétaire privé de Son Excellence accuse réception du document précédent par celui qui suit :
. Rideau Hall, 22 Avril 1870.
Monsieur,
J'ai reçu ordre de Son Excellence le GoWerneur-Général d'accuser réception de votre communication réclamant la protection de son Excellence, et j'ai l'honneur de vous informer que Son Excellence l'a transmise à son conseil pour être prise en considération aussitôt que possible. J'ai l'honneur d'être,
Monsieur, Votre très -obéissant serviteur,
[Signé] F. Turnvillb.
Les Délégués furent mis en liberté, les délibérations commencèrent et le 3 mai Sir John Young télégraphiait ce qui suit : 11 Négociations avec les délégués terminées d'une manière satisfaisante. "
Puis, le 18 du même mois, le ministre des Colonies adressait au Gouverneur-Général la lettre suivante :
Downi g Street, 18 mai 1870.
J'ai l'honneur d'accuser réception de vos dépêches Nos 85-87 du 25
et 29 avril dernier, renfermant les documents qui se rattachent aux troubles récents dans le territoire de la Rivière-Rouge.
Je suis bien aise d'apprendre quzon a promptement rejeté les procédures adoptées contre le Rév. M. Ritchot et M. Scott et qu'elles n'ont pas été renouvelées, et je profite de cette circonstance pour exprimer la satisfaction avec laquelle j'ai appris par votre télégramme du 3 du courant, que le Gouvernement Canadien et les délégués se sont rendus, quant aux conditions auxquelles les établissements sur la Rivière-Rouge devront faire partie de la Puissance.
En faisant dans la Chambre des Lords, le rapport de ce qui s'était passé, j'ai eu grand plaisir à reconnaître publiquement le rare jugement, décision et conciliation dont votre Gouvernement a fait preuve dans ce malheureux soulèvement.
J'ai etc.,
[Signé] Grànville.
Que signifie tout ceci, quand on sait, à n'en point douter, que les délégués du Nord-Ouest étaient les représentants autorisés et accrédités du gouvernement provisoire ? Cela signifie tout simplement que Lord Grànville était à la hauteur de la situation et que sans se soucier des criailleries qui retpntissaient en ce moment en Canada, il n'avait à cœur que la prospérité de la confédération et surtout l'honneur royal engagé par la parole de son représentant.
De fait, les conditions imposées au nom de Sa Majesté ayant été acceptées par les insurgés, il ne restait plus qu'à garder la foi jurée au nom de la Couronne. Cela signifie que quelque nom que l'on veuille donner aux difficultés survenues à la Rivière-Rouge, tous les actes accomplis depuis le mois d'octobre 1869 jusqu'au mois de mai 1870, étaient amnistiés, et que, usant de la prérogative royale, notre bien aimée Souveraine oubliait le passé pour ne s'occuper que de la prospérité future de la nouvelle province de Manitoba. Aussi, Sir John Young et Sir Clinton Murdock entraient pleinement dans les vues du ministre des Colonies en donnant aux délégués les assurances les plus positives, par rapport à l'amnistie.
Cette dernière assertion repose sur l'affirmation souvent faite par Messieurs Ritchot et Scott au retour de leur délégation, sur la même affirmation consignée par écrit et signée par les deux mêmes délégués dans une pétition adressée par eux à Sa Majesté en février 1872.
Nous avons de plus à cet égard la déclaration suivante qui en
a été faite sovs serment par Monsieur l'Abbé Kitchot devant Narcisse Valois, Ecuyer, juge de paix pour Montréal, en date du 19 Novembre 1873.
Puissance dn Canada, ï Province de Québec, !- District de Montréal. J
Je soussigné, Noël Joseph Ritchot, prêtre, cnré de la Paroisse de Saint Norbert dans le Comté de Provencher de Manitoba, étant actuellement présent en la Cité de Montréal, dans la Province de Québec, après avoir duement prêté serment sur les Saints Evangiles, dépose et dit.
Que le Président du Gouvernement Provisoire d' Assiniboia, par ordre en conseil en date du 22 mars 1870, délégua à Ottawa le Révérend M. J. Ritchot, John Black, écuyer, Alfred Scott, écuyer, pour porter à Ottawa la Liste des Droits que réclamait le peuple d' Assiniboia et y négocier les conditions d'après lesquelles ce même peuple consentait à entrer dans la Confédération Canadienne.
Que les dits délégués, munis de cette déclaration se rendirent à Ottawa, fuient reçus en leur dite qualité de délégués par le Gouvernement et traitèrent avec Sir John A. MacDonald et Sir George E. Cartier les deux ministres autorisés à cet effet par le Gouvernement.
Que le 26 avril 1870, les négociations commencèrent par la prise en considération de la Liste des Droits, apportée par les Délégués et qui a servi de base à l'acte de Manitoba.
Qu'en outre de l'Acte de Manitoba, etc, comme le comportait la dixneuvième Clause de la Liste d°s Droits, les délégués exigèrent comme condition sine qua non des arrangements, une amnistie générale pour tous les actes faits ou autorisés par le Gouvernement Provisoire.
Que les Honorables Sir John A. MacDonald et Sir George E. Cartier après avoir dit que l'Amnistie ne dépendait pas du Gouvernement d'Ottawa, déclarèrent qu'ils étaient en mesure d'assurer que c'était l'intention de Sa Majesté d'accorder l'Amnistie, et qu'ils se chargeraient de la faire proclamer, qu'elle serait de fait proclamée immédiatement après la passation de l'Acte de Manitoba.
Que le 3 mai 1870 avant de terminer les négociations, le Gouverneur- Général, Sir Clinton Murdock assurèrent aux dits délégués au nom de Sa Majesté que l'Amnistie serait accordée ; Son Excellence cita la Proclamation du mois de Décembre précédant comme preuve des intentions de Sa Majesté et Sir Clinton Murdock ajouta entre autres choses ;
Que Sa Majesté passerait volontiers l'éponge sur tous les faits en question afin de rétablir la tranquillité dans ce pays. Les délégués se plaignaient de ce qu'ils n'avaient aucun document écrit à montrer à la population de la Rivière-Rouge, les dits représentants de Sa Majesté as-
surèrent à plusieurs .reprises les délégués que la question ne souffrait aucune difficulté et que l'amnistie serait certainement octroyée.
Les délégués acceptèrent cette promesse d'honneur.
Le Gouverneur-Général Sir John Young télégraphia à Lord Gran- Tille : (Les négociations avec les délégués sont terminées d'une manière satisfaisante.) Négociations with the delegates, closed eatisfactorily.
Que le 19 mai suivant, le gouverneur-général du Canada chez lui, en présence de Sir George E. Cartier renouvela aux délégués en personne T assurance que l'amnistie serait certainement accordée ; bien plus qu'elle serait rendue à Manitoba avant l'arrivée du Lieutenant-Gouverneur de la Province, et qu'en attendant la proclamation il, (le gouverneur-général) donnerait des ordres pour qu'aucune des personnes impliquées dans les troubles de 1869 et 1870 ne fût inquiétée à ce sujet ; Et j'ai signé lecture faite,
[Sigpé] Noël J. Ritchot.
Assermenté devant moi, ce dix-neuvième jour de Novembre 1873 à Montréal.
[Signé] - Nar. Valois, J. P.
Cette déclaration donnée sous serment par un homme de la position et du caractère de M. Ritchot devrait suffire à elle seule et l'on comprend facilement qu'elle ne peut qu'ajouter à nos convictions, nous qui avons tant d'autres preuves que l'amnistie a été promise au nom de Sa Majesté.
Au reste, le seul fait des négociations avec les délégués du Nord -Ouest, sanctionné par le gouvernement impérial, prouveque la proclamation du Gouverneur-Général qui nous a été soumise par ordre de Son Excellence le 17 février 1870 avait eu tout son effet en Angleterre, et qu'elle devrait suffire encore aujourd'hui dans toute l'étendue de la Confédération Canadienne, pour protéger tous ceux qui ont pris part aux difficultés de la Rivière- Rouge quels que soient leurs noms ou la part de responsabilité qu'ils ont assumée.
La proclamation de Sir John Young n'ayant été ni révoquée ni modifiée, avait toute sa valeur lorsque nous arrivâmes à la Rivière- Rouge, lorsque nous la remîmes à ceux à qui elle était adressée. La valeur de ce document n'a pas perdu sa force depuis ; pour le prouver nous citerons les paroles que le gouverneur-général luimême nous adressa à Niagara le 23 juillet 1870. Bans une entrevue avec Son Excellence nous lui exprimâmes le désir d'avoir une nouvelle déclaration d'amnistie. Le Gouverneur-Général prit alors sa Proclamation et en nous la montrant nous dit :
'•Here is my proclamation, it covers the Whole Case.'? Voici ma proclamation elle obvie à toutes les difficultés.7'
Comme nous insistions auprès de Son Excellence, pour avoir quelque chose de plus explicite, vu les objections que quelques* uns soulevaient contre la portée de sa Proclamation, le Gouver neur nous demanda de lui en écrire.
Nous le fîmes dans les pages suivantes que nous rédigeâmes à Hamilton, et que, de là, nous adressâmes à Sir John Young à Niagara.
Hamilton, 23 juillet, 1870.
A Son Excellence Sir John Young, Gouverneur-Général de la Puissance du Canada.
Qu'il plaise à Votre Excellence de me permettre de lui faire part des observations suivantes au sujet des difficultés de la Rivière-Rouge.
lo. Je veux tout d'abord repousser les odieuses calomnies dont j'ai été personnellement l'objet dans certains journaux. Je proteste devant Dieu et devant les hommes contre ces accusations. La participation que j'ai prise aux troubles de la Kivière-Rouge b«» réduit à la peine extrême que j'en ai ressentie, aux efforts faits au meilleur de mon jugement, pour les apaiser : et aussi au désir de voir le tout concourir à l'affermissement des nobles institutions qui nous régissent, à l'union étroite et indissoluble entre le Canada, ma terre natale et le Nord-Ouest le pays de mon adoption.
2o Je regrette autant que qui que ce soit, les actes déplorables qui ont eu lieu ; et cependant j'ose affirmer qu'il est impossible de juger impartialement ces actes à moins d'avoir sur les circonstances qui les ont fait naîtrejdcs informations que ne possèdent certainement pas ceux qui sont bien en dehors du milieu où ils se sont produits. Trois hommes ont perdu la vie pendant ces troubles. Le premier a été, je dirai, la victime d'un accident puisqu'il a été tué par Paiis ien qui n'avait pas l' usage de sa raison.
Parisien lui-même fait prisonnier, d'abord par le soi-disant parti loyalj fut ensuite tué ou mutilé au point d'être laissé pour mort ; et il mourut en effet des suites des horribles traitements qu'on lui fit subir. . „ r- , « àir
Personne ne parle de la mort de ces deux hommes, tout au contraire, quelques-uns de ceux qui ont le plus cruellement contribué à tuer le dernier, prétendent étaler leur loyauté en demandant hautement que l'on venge la troisième victime, l'infortuné Scott. Ceux qu* connaissent les événements, s'étonnent bien moins de la mort de Seott, que du fait qu'il n'y eut qu'une seule victime dans le camp des insurgés. Ce fait prouve d'une manière évidente que la soif du sang et l'esprit de vengeance n'était pas le mot d'ordre au milieu de ce peuple en armes.
3o. Je ne veux incriminer personne ; mais dans mon humble opinion, si les plus coupables et les plus rebelles devraient être punis, le châtiment pourrait bien être infligé à quelques-uns de ceux que I on exalte comme les champions de la loyauté, de l'honneur et du devoir.
4o. Si des actes déplorables peuvent avoir une compensation, je la trouve, cette compensation, dans la conduite même des chefs du mouvement insurrectionnel de la Rivière-Rouge. — Ce mouvement n'a jamais été fait pour se soustraire à l'allégéance de la Grande-Bretagne. Le Drapeau Britannique n'a jamais été abattu, et le drapeau fénien n'a jamais été arboré, quoi qu'en aient dit les journaux. Les féniens n'ont rencontré que des refus ou le silence, quand ils ont offert leurs services ou coopération. En dehors de l'association Fénienne, le gouvernement provisoire de la Rivière-Rouge a repoussé des offres, qui auraient pu 1A tenter, si le sentiment de l'allégéance ne l'avait point dominé. Des sommes collectives à un montant de plus de quatre millions de piastres, ($4,000,000,) des hommes et des armes ont été offerts,. et le tout a été refusé par ces rebelles, que l'on voudrait faire pendre aujourd'hui, par l'expédition que d'autres partis voulaient les déterminer et les aider à attaquer.
5o. La dernière et la plus importante des observations que j'ose soumettre à Votre Excellence, a trait à l'amnistie en faveur de ceux qui ont pris part aux actes illégaux ou criminels qui d'une manière ou d'une autre se sont produits pendant la pénible période des troubles de la Rivière-Rouge. Malgré les accusations lancées contre moi je prendrai la liberté de dire que j'ai puissamment contribué à la pacification de la Rivière-Rouge, et ai par là même écarté des complications qui auraient eu les plus déplorables conséquences. En ceci, il est vrai, je n'ai fait qu'accomplir mon devoir de citoyen, mon devoir de Pasteur, aussi, je ne mentionnerais même pas ce fait, s'il n'était pas nécessaire à l'intelligence de ce que je veux ajouter.
La promesse de l'amnistie m'a puissamment aidé à assurer le résultat obtenu. Si je n'avais pas été convaincu moi*même, que cette amnistie serait donnée, si je n'avais pas insinué cette conviction dans l'esprit du peuple, je n'aurais certainement pas eu le succès quia couronné la mission que le gouvernement de votre Excellence m'avait confiée. Guidé par ce que j'avais entendu dire à Ottawa, par la Proclamation de Yotre Excellence en date du 6 décembre, par une lettre de Sir John A. MacDonald en date du 17 févwter, effrayé des dangers d'une résistance désespérée, et de l'intervention étrangère; convaincu que notre Gracieuse Souveraine pardonnait volontiers à des sujets qui ne s'étaient égarés que parce qu'on avait eu bien des torts à leur égard ; voyant des irrégularités de tous côtés , j'ai cru pouvoir donner une assurance positive et solennelle qu'un pardon complet serait accordé. Je l'ai donc promis.
J'ai peut-être eu tort ; pourtant je ne puis le croire puisque mon opinion est celle de tous ceux que pal entendu parler avec calme sur cette question brûlante. Il me semble qu'un acte de clémence n'est pas de trop, quand il s'agit de sauver un pays. Aujourd'hui cet acte devient nécessaire pour rétablir la confiance sans laquelle il est nomme impossible de gouverner l'immense territoire du Nord-Ouest. Sans cet acte de clémence, je crois que le pays sera exposé à de nouvelles et plus désastreuses commotions .
Si l'amnistie n'est pas accordée, je passerai aux yeux de certaines gens, pour avoir trompé le peuple et n'aurai fait peut-être que préparer une terrible réaction. Ceux qui ne peuvent pas croire à une fourberie de ma part, croiront facilement que j'ai été dupé par le gouvernement du Canada. Je pousserai l'excès de la franchise jusqu'à dire, qu'en effet j'aurais été trompé; car il m'est impossible de comprendre autrement l'ensemble de ce qui m'a été dit à Ottawa.
S'il suffit aux loyaux habitants de Toronto de convoquer une " indignation meeting" pour influencer les affaires de la Rivière-Rouge, tout le monde conviendra facilement qu'il nous est impossible de compter sur des mesures libérales, ni même sur la justice la plus élémentaire. Je comprends facilement la position faite aux autorités d' Ottawa par ces démonstrations inspirées par l'esprit de parti bien plus que par 11 l'horreur du crime. " Mais c'est au tribunal de notre gracieuse Souveraine que nous en appelons.
Puisse la faible voix d'un sujet humble, mais soumis et dévoué, arriver jusqu'au pied de son trône. J'ai la confiance que la clémence royale n'écoutera que sa générosité. Je l'attends donc, cette amnistie. Ya sans dire que le gouvernement du Canada ne peut la proclamer ; mais s'il p'ait à notre gracieuse Souveraine de l'accorder, veuille votre Excellence être persuadée qu'elle sera une garantie de succès pour l'administration du lieutenant-gouverneur de la Province de Manitoba, et lui gagnera les sympathies de tout un peuple.
Baigne votre Excellence pardonner à la précipitation avec laquelle j'ai dû tracer ces lignes et croire au dévouement complet et absolu de celui qui avec un profond respect ose se dire De Votre Excellence
le très-humble et très-obéissant serviteur. (Signé) ^
.ALEX. Eveque de St. Boniface,
Nous nous permettrons d'observer respectueusement que Sir John Young aurait en cette circonstance manqué à ^une obligation étroite, si toutefois l'amnistie n'avait pas été dans sa pensée,
une chose promise et certaine. Son Excellence elle même nous avait confie une mission, nous lui en rendions compte, en affirmant ce que nous avions dit même au nom de sa propre autorité. Si cette assertion de notre part était erronnée,nous avions droit de le savoir, et on devait nous le dire pour nous mettre en mesure de corriger Terreur que nous aurions commise et détromper le peuple, auquel nous n'aurions pas communiqué la pensée véritable de celui qui nous avait demandé de parler en son nom. Le gouverneur-général reçut nos observations sans nous faire connaître que nous avions mal compris sa pensée ; donc, nous sommes autorisé à croire que nous en avons été l'interprète fidèle.
Donc dans notre conviction, la parole royale est engagée par son représentant immédiat, et il y a un grand manque de loyauté dans les efforts faits pour V empêcher oV avoir son effet.
<3o Nous allons plus loin, non seulement l'amnistie a été promise par les autorités impériales, mais de fait, elle a été sauvegardée par ces mêmes autorités.
L'expédition de la Rivière Rouge $ite " Expédition de paix et de civilisation " n'a pu se mouvoir qu'après l'assurance donnée que les délégués du Nord Ouest étaient satisfaits des arrangements pris avec le Canada ; c'est au reste ce qu'avait exigé Lord Gran ville dans un télégramme à Sir John Young : " Le gouvernement de Sa Majesté donnera l'assistance militaire proposée, pourvu qu'on accorde des conditions raisonnables aux colons de la Rivière-Rouge. "
Le télégramme du 5 mars n'est point modifié par le déplorable événement de la veille, puisque le 23 avril, parmi les conditions, sans lesquelles Lord Granville ne veut pas promettre la coopération du gouvernement impérial on lit la suivante : " Le gouver. nement du Canada devra accepter la décision du gouvernement de Sa Majesté sur tous les points contenus dans la " Liste des Droits. "
Pourquoi toutes ces précautions ? Pourquoi donner à l'expédition militaire les mêmes qualifications que celles que Son Excellence attache à la mission qui nous avait été confiée à nous même ? Faut-il donc à un Gouvernement aussi puissant que celui de l'Angleterre y regarder de si près lorsqu'il s'agit d'aller étouffer la %i rébellion " ou saisir " des meurtriers " au milieu de quelques centaines de métis qui ont déjà mis bas les armes ? Non sans doute, mais il faut au puissant Gouvernement de l'Angleterre, comme à tout Gouvernement qui se respecte, garder la
foi promise même au plus faible de* peuples. L'honneur avant tout ; c'est ce qui respire dans toutes les dépêches qui nous viennent directement d'Angleterre. Pourquoi faut-il que d'autres qui èe targuent de leur loyauté n'en étudient pas les premières notions ? L'expédition militaire de la Rivière-Rouge organisée par le Lieutenant-Général Lindsay fut confiée au commandement du Colonel Wolseley.
De la Baie des Tonnerres, nommée depuis Prince Arthur Landing, le Colonel Wolseley adressa au peuple de Manitoba une proclamation militaire dont nous citons intégralement la copie française.
Au peuple loyal de Manitoba,
Le Gouvernement de Sa Majesté la Reine d'Angleterre ayant pris la résolution de mettre en garnison quelques régiments dans le territoire de Manitoba, j'ai été instruit par le Lieutenaut-Gênéraî, Commandant des Provinces Britanniques de l' Amérique du No-d de conduire la fore* sous m<*s ordres à Fort-Garry.
Nous vous apportons la paix, et le seul objet de cette expédition n'est que d* faire voir l'autorité d(* Si Majetté la Reine.
Des cours justice telles qu'il eu txiste dans foutes Les autres Provinces de l'Empire seront établit s.
La Justice se montrera sans partialité envers aucune classe ou aucune race : les sauvages et les métis loyaux étant aussi chers à Sa Majesté que tous ses autres sujets.
Les soldats que j'ai l'honneur de commander ne représentent poi"t de parti, ni de religion, ni de politique, et ils sont venus exprès pour protéger la vi*, et les biens de tous,sans distinction de raje ou de culte.
L'ordre et la discipline la plus rigide seront maintenus dans leurs rangs et la personne de tous le« habitants ne sera sujette à aucun danger.
Tout ce que les habitants fourniront aux troupes leur sera payé Si quelque habitant aura cause de se plaindre de la conduite d'aucun individu appartenant à cette Brigade, il n'aura qu'à constater le fait devant moi pour obtenir justice.
Chaque sujet loyal de la Reine est prié av^c instance de m' aider à accomplir le but ci-dessus cité.
[Signé] G. J. Wolseley, Colonel,
Commandant de l'Expédition de la Rivière-Rouge.
Prince Arthur Landing, 30 juin 1870.
Cette proclamation nous était adressée avec la lettre suivante :
Prince Arthur Landing, Baie des Tonnerres, 30 juin 18 70. Monseigneur.
Ci-inclus j'ai l'honneur de vous transmettre une copie d'une procJa-
Eiation en Anglais et en Français à laquelle j'ai l'honneur de prier Votre Grandeur de vouloir bien donner la plus grande publicité dans les diverses paroisses sous votre juridiction Episcopale.
De semblables copies ont été envoyées à l'officier représentant la Compagnie de la Baie d'Hudson à Fort-Garry et à l'Evêque Macrae. J'ai l'honneur d'être, Monseigneur, Votre très-obéissant serviteur,
[Signé] G. J. Wolseley, Colonel,
Commandant des Forces de la R. Rouge.
Au Seigneur Evéque Taché, etc., etc., Rivière-Rouge. La proclamation arriva à Fort-Garry pendant notre absence, fut imprimée par les ordres et sous la direction immédiate de M. Riel parce que les tendances annexionnistes d'autres individus voulaient absolument empêcher la publication de ce document.
Le Lieutenant-Général Lindsay, s'étant consulté avec le Gouverneur-Général à- Niagara, crut devoir nous adresser la Retira suivante :
Clifton House, Niagara, 17 juillet 1870.
Monseigneur,
Le Colonel Wolseley commandant les Forces Expéditionnaires, en route pour Fort-Garry, vous a transmis une Proclamation militaire adressée aux habitants de Manitoba, qui vous parviendra via Winnipeg.
J'ai l'honneur de vous prier qu'avant de l'émaner, vous ayez la bonté d'effacer le paragraphe qui, dans la copie anglaise commence par les, mots u Courts of Law," et se termine par ceux " Her loyal subjects f les affaires légales étant tout à fait du ressort des autorités civiles." J'ai l'honneur d'être,
De Votre Grandeur l'obéissant serviteur
[Signé] Jas. Lindsay
Lieut.-Général,
Commandant des Forces de S. M. dans l'Amérique Sept. Brit. Le Très-Révérend Evêque Taché, Fort Garry.
Nous étions encore absent, quand ce dernier document parvint à Saint Boniface, et il fut mis sur les journaux. Nous en écrivîmes au Lieutenant Général qui voulut bien nous exprimer sa reconnaissance de tout ce qui avait été fait.
Nous le demandons à tout homme capable de lier deux idées ensemble, que veut dire tout ceci ? Que prouvent toutes ces démarches, ce luxe de précaution, ces assurances données si mina*
tïeusenient, si ce n'est q ie les insurgés de la Rivière -Rouge, n'étaient pas regardés comme des rebelles qu'il fallait réduire par la force, mais bien au contraire comme des sujets qu'il fallait protéger et défendre.
Les documents officiels cités en dernier lieu, prouvent que les vues du gouvernement impérial avaient été communiquées aux •officiers supérieurs qui dirigeaient et commandaient l'expédition de la Rivière-Rouge.
Evidemment cette expédition dite de paix n'avait point «d'ennemis à combattre, de rebelles à disperser, ni de criminels à poursuivre ou à punir. Le colonel Wolseley savait de plus, que toute la population native de la Rivière-Rouge sans distinction ni «exception désirait l'arrivée et le séjour des troupes impériales au milieu d'elle. Il le savait, puisqu'il nous écrivait la lettre suivante :
Prince Arthur Landing,
Baie des Tonnerres, 30 juillet, 1870.
Monseigneur,
J'ai écrit aujourd'hui, à l'officier représentant la Compagnie de la Baie d'Hudson à Fort Garry, concernant une lettre de cette date, qui lui est adressé* par M. Dawson du département des Travaux Publics, dans laquelle on l'a prié de prendre des mesures immédiates pour ouvrir un chemin entre l'angle Nord-Ouest du Lac des Bois, et le terminus du chemin de M. Snow et par laquelle il est autorisé à dépenser de l'argent à cet effet.
Je l'ai prié de donner tous les secours en son pouvoir pour obtenir le travail et les fonds nécessaires pour ce service. J'ai l'honneur de solliciter la sérieuse coopération de Votre Grandeur à la même fin, et connaissant le vif désir de votre peuple de nous accueillir parmi eux, je suis à espérer qu'ils profiteront de cette occasion de prouver la sincérité de leurs désirs.
J'ai l'honneur d'êtr°,
Monseigneur.
Le très-Révérend, le seigneur évêque Taché d« la Colonie de la Rivière-Rouge,
Votre très-obéissant serviteur,
G. F. Wolseley.
Commandant les forces de la Kivière-Rougo. Monsieur Dawson à la page 34eme de son " Report of the Red River expédition,'' nous fait connaître p*r l'extrait d'une lettre de J. H. Mcïavish, écuier, " l'officier représentant la Compagnie de la Baie d'Hudson à Fort Garry " le résultat produit par la demande du colonel Wolseley.
Ci-jointe vous trouverez une copie d' une lettre du colonel Wolseley h mon adresse.
Dès sa réception j'ai donné avis publiquement au nom du colonel, faisant appel aux hommes pour commencer le travail et j'ai parcouru moi-même la portion anglaise de la colonie, mais ne réussis point à avoir un seul métis anglais ou maskégon. Les métis français furent les seuls à s'offrir, quoiqu'il fût bien exprimé et bien compris que le chemin devait être ouvert pour hâter l'entrée des troupes de Sa Majesté.
(Signé) J.H McTavish
De suite des métis français de différentes paroisses de ia Colonie^ se rendirent au désir du colonel Wolseley et se mirent à l'œuvre pour préparer le chemin par où l'expédition était attendue, et par où, de fait, une partie de cette expédition pas»a. Donc il était parfaitement entendu par les autorités impériales et par le peuple lui-même surtout par les soi-disant "rebelles métis français," que toutes les difficultés étaient aplanies, et que les arrangements conclus les mettaient à l'abri de toute crainte.
Pendant que l'expédition était en route, nous trouvant à Montréal, nous allâmes, en compagnie de son honneur le Juge Coursol, offrir nos respects au général commandant les Forces de Sa Majesté dans l'Amérique. Ce digne militaire, avec la franchise qui le caractérise, nous parla absolument dans le sens que nous savions d'ailleurs être le véritable, sur le but de l'expédition, son objet et son non objet. Nous revîmes ensuite le général en la compagnie de l'Hon. M.Archibald et naturellement, il ne changea rien à ce qu'il avait déjà dit.
À l'arrivée du colonel Wolseley au Fort Garry, nous lui fîmes part de la conversation que nous avions eue avec le général Lindsay. Le colonel voulut bien nous dire que le général en lui écrivant, lui avait parlé de notre entrevue et que les choses étaient exactement telles que je les avais comprises.
Comme les petits incidents prouvent quelque fois beaucoup, nous nous permettrons de citer le suivant. Le Rév. M. Ritchot en compagnie de quelques amis, alla faire visite au colonel Wolseley au Fort Garry. De. suite, quelqu'un de mal intentionné et pour nuire au colonel, mit en circulation le bruit que le commandant de l'expédition avait manqué d'égards et de politesse envers monsieur l'abbé Ritchot. La connaissance personnelle que nous avions de la courtoisie et de la franchise du vaillant colonel ne nous permettait pas d'ajouter foi à cette rumeur, et pour
nous mettre en mesure de la contre lire, nous en é tri vîmes au colonel lui même qui voulut bien nous adresser la réponse suivante :
Fort Garry, 9 septembre 18 70.
Mon cher Seigneur Taché,
En disant adieu au Révd. M.Ritchot l'autre jour, je l'ai salué comme c'est la coutume en Angleterre en pareilles circonstances, et n'ayant aucune position politique ici, l'accueil que je fais a oeux qui m'honorent de leur visite ne peut avoir aucune signification politique quelconque.
Veuillez accepter mes meilleurs souhaits et mes plus chaleureux remerciements pour la bienveillance que Votre Grandeur m'a témoignée durant mon court séjour dans ce magnifique pays et me permettre
de me souscrire — Respectueusement, votre
(Signé) G. J. Wolsetey. .
Si plus tard des correspondants de journaux et même des officiers subalternes ont cru pouvoir publier qu'en effet le colonel avait mal reçu M. l'abbé Ritchot, cela prouve tout simplement que, cette fois comme tant d'-autres, les écrivains en question ont ajouté foi à de fausses rumeurs, au lieu de chercher leurs informations à des sources véritables ; car s'ils l'avaient fait, à eux comme à nous, le colonel aurait dit : ''l'accueil que je fais à ceux qui m'honorent de leur visite ne peut avoir aucune signification politique quelconque."
Donc, en définitive, les autorités militaires impériales ont sauvegardé cette amnistie que les autorités civiles avaient promise.
Gn nous objecte la manière dont le colonel arriva au Fort Garry. La harangue qu'il adressa à ses troupes et certain écrit "Narrative of the Red River expédition by an orncer of the Expeditionnary Force," qu'on attribue généralement au Commandant de l'expédition. Nous répondons à ces trois objections.
Quant à la manière dont le colonel Wolselty se présenta au Fort Garry, nous avons sa propre explication que nous reproduisons aussi fidèlement que possible, après l'avoir entendue de nos propres oreilles.
" Je suis tout confus, nous dit le colonel, de la manière dont les choses ont tourné, nous marchions tranquillement et sans inquiétudes, certain qu'il ne devait y avoir aucune résistance, lorsque traversant le petit village de Winn«peg deux cavaliers vinrent à moi à toute bride, en me disant : Colonel, Riel et ses gens veulent se battre ; vous comprenez, monseigneur, qu'alors, je dus
prendre quelques précautions pour approcher du Fort." Ces mots sont du colonel Wolseley expliquant le déploiement de force et les évolutions stratégiques employées pour se saisir d'un fort vide et ouvert, sur lequel le drapeau anglais flottait jour et nuit, et, en suivant la pensée du général Lindsay, les troupes inipérialea devaient entrer comme un régiment quelconque des troupes de Sa Majesté entrerait dans les casernes- de Kingston, Québec., Montréal, etc.
Quant à la harangue ou proclamation du Co'onel Wolseley à ses troupes, nous ne pouvons que regretter ce document tout comme il a causé regret et peine à bien d'autres qu'à nous, dont la loyauté n'a jamais été mise en doute.
Les médailles d'honneur qui brillent quelque fois sur la poitrine des braves ne sont pas exemptes delà rouillp,et il esta regretter que les cœur? qui battent dans ces poitrines ne soient pas exempts de faiblesse. •
Les hommes sont tellement faits que le fanatisme et la haine non seulement les aveuglent, mais* que même souvent ces sentiments deviennent un mobile puissant, qui aide à surmonter les obstacles et à vaincre des difficultés, que des motifs plus nobles laisseraient insurmontables. Cette misère du cœur humain était connue et on l'exploita pour assurer le succès de l'expédition. L'expédition s'était organisée au moment où les plus violentes et les plus mauvaises passions surrexcitaient l'opinion publique en Canada et surtout dans la province d'Ontario. Les soldats rangés sous un drapeau, qu'ils croyaient un drapeau de sang furent nourris de fanatisme et «le haine durant tout le trajet. Les mots "rebelles," "assassins, " ^brigands, " assaisonnant leur pitance de tous les jours,leur étaient offerts comme un délassement à leurs fatigues, et un encouragement aux efforts qui restaient à, faire.
Arrivés au Fort Garry, il fallait bien continuer le même stratagème, et le commandant de l'expédition eut la faiblesse d'y recourir. Officiers et soldats avaient assez noblement fait leur de-^ voir, avaient assez mérité de leur pays et de leur Souveraine,pour qu'il ne fût pas nécessaire dé faire un coup de théâtre, dont l'effet ne sera pas glorieux ; car la main implacable de l'histoire en enrégistrant le courage et le dévouement du corps expéditionnaire reprouvera la proclamation du commandant qui s'est stigmatisé au front en essayant de flétrir tout un peuple. L'amour du vrai est une qualité distinctive du soldat, il a dû répugner au
^colonel Wolseley de traiter de "banditti, " le peuple auquel il donna, avant et après l'emploi de ce mot, les marques les moin» équivoques de sa confiance.
Le lendemain de son arrivée au Fort Garry, le commandant envoya un officier de son état-major, le colonel Bolton pour aller seul, examiner le chemin jusqu'au North West Angle,(100 milles.) Il permit d'abord à tous les officiers de s'isoler dans les bois et les prairies, en s' écartant pour chasser seuls ou autrement, il avait préalablement commandé à une compagnie de volontaires de venir du Fort Francis par le North West Angle ; il fit passer par la même route une compagnie de soldats réguliers : plus tard il y passa lui-même avec quelques officiers et une dame. Presque tous ces voyages se firent avec des métis français pour guides, au milieu de la population métisse, dans un pays peu habité, inconnu à tout autre qu'à ces mêmes métis ; où pour ces derniers surtout le brigandage serait la chose du monde la plus facile, s'ils étaient des "banditti, " ou même,s'iis étaient susceptibles de le devenir.
Si le eolonel Wolseley avait été sincère dans l'insulte lancée à la face de cette population,il aurait été coupable militairement et moralement de l'imprudence la plus inqualifiable en se mettant ainsi à la merci des u banditti; " et en risquant ainsi au milieu d'eux sa vie, celle de ses officiers et de ses soldats, surtout l'honneur de son drapeau et le fruit de l'expédition. Mais non, il n'y avait pas de risques à courir, et nulle part au monde il n'y avait moins de danger que parmi ceux qu'il a eu l'indignité de qualifier de " banditti. "
3o Le reproche que nous venons de faire au colonel Wolseley, étant le seul que nos relations personnelles avec cet officier de mérite, nous permettent de lui adresser, nous nous refusons à crohe quoiqu'on l'ait affirmé, qu'il est l'auteur de la misérable production intitulée : * 'Narrative of the Red River Expédition by an officer of the Expeditionary Force. "
11 y a dans ces articles du " Blackwoods Magazine, " un tel venin de haine, un tel amas de mensonges, une telle infatuation de l'auteur, qu'il nous est impossible de les croire écrits par quelque officier supérieur que ce soit de l'armée anglaise. Un homme, même honnête, peut faire une faute et s'oublier un instant ; mais pour écrire quelque chose comme le " Narrative, " il faut un tel fonds de malice, et un tel mépris de la vérité qu'il nous serait trop pénible d'en croire capable quelqu'un que nous aurions reaipecté jusque-là.
Pour résumer notre opinion sur la triple objection que nous venons d'examiner, nous dirons que ni le combat simulé autour du Fort Garry, ni la Philippique du colonel Wolseley, ni les narrations quelconques d'auteurs quelconques ne prouvent rien contre la promesse d'amnistie faite par les autorités impériales et respectée par elles.
(11. Les Autorités Fédérales et V Amnistie.
En parlant d'Amnistie par les Autorités fédérales,on comprend facilement que nous ne pouvons pas avoir la pensée d'insinuer que cet article de clémence, cette suspension des lois ordinaires, pouvait venir d'Ottawa ni être dans son octroi et sa promulgation du ressort d'une autorité coloniale quelconque. Amnistier des délits politiques et ce qui «'y rattache, appartient nécessairement à l'autorité suprême d'un pays ; dans le cas actuel l'amnistie ne pouvait venir que de Sa Majesté la Reine d' Angleterre.Cette connaissance et conviction n'en empêche pas une autre : celle que le Gouvernement Canadien pouvait et même devait agir de façon à obtenir cette Amnistie ; ses bons offices à cette fin étant nécessaires, vu les relations des provinces avec les autorités fédérales, et les relations de ces dernières avec les autorités impériales. Si donc on a demandé l'Amnistie au Gouvernement du Canada, ce n'est pas qu'on crût qu'il pouvait l'accorder lui-même? mais simplement dans le sens du concours de sa médiation, pour solliciter une bienveillante application de la Prérogative Royale. Cette explication donnée, nous allons exposer ce que nous entendons par l'union des deux mots qui forment le titre de ce paragraphe, " les Autorités fédérales et l'Amnistie. "
Pour rendre toute notre pensée à ce sujet, nous examinerons ce que le Canada était tenu de faire par rapport à F Amnistie ; ce que son Gouvernement promit par ses agents autorisés ; puis ce qu'il a fait ensuite.
Le Canada était-il tenu à quelque chose pour l'AmnLtie ?
A cette question, nous répondrons sans hésitation que le Canada était tenu de faire tout en son pouvoir pour terminer ainsi les difficultés de la Rivière-Rouge et éteindre autant qu'il était en lui, jusqu'au souvenir de ces marnes difficultés.
Notre opinion, à cet égard, repose sur un simple principe d& justice 5 le principe qui oblige de réparer les conséquences de ses propres fautes et les malheurs qu'on a occasionnés. Cette obligation qui incombe à tout individu, semble encore plus impérieuse
pour les sociétés et les nations. Or, dans le cas actuel, c'est le Canada qui a " occasionné " les difficultés de la Rivière-Rouge donc il est tenu à une compensation, non-seulement en réparant, par une politique large et généreuse, les fautes d'une législation étroite et précipitée ; ce qu'il a fait ;
Non seulement en donnant une compensation pécuniaire ou indemnité à ceux qui avaient souffert des pertes appréciables à prix d'argent : ce qui a aussi été fait : mais de plus il fallait au Canada tout faire en son pouvoir, pour obtenir une amnistie pleine et entière, afin de rétablir dans leur condition première, aux yeux de la loi, tous ceux qui d'une manière ou d'une autre avaient pris part à ces troubles. Je dis que tous devaient être amnistiés, soit qu'ils fussent les agents accrédités du Gouvernement, soit qu'ils fussent les hommes excités par cette ingérance Canadienne qui leur semblait dirigée contre eux, et qui seule a causé l'insurrection de la Rivière Rouge et amené les malheurs qui en ont été les suites.
Cette proposition, dans quelques-unes de ses parties, est si peu que pensent certaines gens qu'elle pourra leur paraître extraordinaire.
. Néanmoins, nous sommes convaincus que les hommes sérieux qui voudront l'examiner ne la trouveront pas dé raisonna ble.irfW »
Nous disons donc que le Canada devait travailler à obtenir l'amnistie puisque c'est le Canada qui avait " occasionné les troubles du Nord -Ouest. Cette assertion peut se prouver facile - ' ment et nous l'appuyons sur les témoignages suivants, dont certainement personne ne peut récuser ni l'authenticité ni le poids.
Des Délégués Canadiens furent envoyés en Angleterre, pour négocier les conditions de l'acquisition de la terre de Rupert et du Territoire du Nord Ouest. Les négociations se conduisirent et se terminèrent sans môme que l'on pensât qu'il y avait une population civilisée qui habitait ce pays. Le rapport des Délégués fut placé devant le Parlement Canadien au mois de mai 1869, et, dans la même session, non -seulement le rapport fut accepté, mais la législature Canadienne, passa une mesure qu'elle intitula : Acte concernant le Gouvernement Provisoire de la Terre de Rupert et du Territoire du Nord-Ouest, après que ces territoires auront été unis au Canada.
Le parlement assemblé à Ottawa, comme les délégués en Angleterre, oublie ou ignore qu'il législate pour un peuple qui a ses droits, ses lois, ses habitudes et ses aspirations 5 pour des
établissements habités par des sujets anglais fiers de leurs privilèges et jaloux de leur indépendance.
A Ottawa on parait se soucier si peu de ce peuple qu'on ne le mentionne même pas, et qu'on ne prend pas la peine de lui faire connaître la manière dont on se propose de le traiter.
Le Gouverneur et le conseil d' Assiniboia, ainsi que le peuple qu'ils administrent, sont tous laissés dans la même ignorance ; personne au monde n'a la courtoisie de leur faire savoir que leur futur maître, le Canada, leur prépaie un nouvel ordre de choses, une nouvelle organisation politique. Voilà la première cause immédiate des troubles : et cette cause, qui l'a posée ? Ce ne sont pas seulement les Hons. Cartier et McDougall,déléguésen Angletterre; ce n'est pas seulement l'Honorable Conseil Privé qui avise Son Excellence le Gouverneur Général, c'est le parlement canadien, ce sont les trois branches de la législature canadienne, c'est par conséquent le Canada.
Si, par suite de cette faute nationale, il arrive plus tard des malheurs, c'est la nation canadienne qui, dans une certaine proportion du moins, en devient responsable, et a, par là même, contracté l'obligation morale de réparer tout ce qu'elle pourra, des conséquences et des malheurs que son imprévoyance a fait naître.
Entré dans cette Voie que nous ne pouvons pas qualifier autrement que de fausse et même téméraire, le Canada continue. Le 10 juillet 1869, l'honorable Ministre des Travaux Publics envoie au Lt.-Col. Dennis des instructions pour lui dire de se rendre sans délai à la Rivièrs-Rouge, dans le but de choisir les localités les plus convenables pour l'arpentage des cantons pour des établissements immédiats.
De plus de conférer et de s'entendre a^ec M. Scott. u Spécialement sur le caractère du pays dans les environs de la Pointe de Chênes, quant à son adaptahjlité pour un établissement immédiat. Et on ajoutait : et vous procéderez^ la Pointe de Chênes et dans le voisinage de la Rivière -Rouge, aux opérations d'arpentage qui vous paraîtront nécessaires à tout événement."
Que le lecteur veuille bien remarquer que la Pointe de Chênes et les environs de la Rivière Rouge étaient habités où réclamés par des métis Canadiens Français.
Le colonel Dennis se rend à la Rivière-Rouge, se met à l'œuvre et ne tarde pas à apercevoir des symptômes de mécontentement qu'il indique au gouvernement d'Ottawa dans une lettre écrite
le 21 août. u Je remarque qu'il y a beaucoup d'irritation parmi la populations native à cause des arpentages et des établissements qui se font avant l'extinction du titre des sauvages. Je suis persuadé que le gouvernement sera obligé tout d'abord d'entreprendre et d'effectuer l'extinction du titre des sauvages. Cette question doit être regardée comme étant de la plus haute importance. Conjointement à ceci, je vous réitérerai la conviction queje vous ai exprimée à Ottawa qu'il n'y a pas de temps à perdre. La nécessité d'une prompte action me paraît à présent plus apparente qu'elle ne l'était alors."
" Supposant que le transport de la compagnie ait été complet, il est possible que nous puissions réaliser notre projet cet automne. Il ne peut y avoir de doute sur le résultat préjudiciable du retard apporté à établir le pays, si les métis et les sauvages prennent une attitude hostile de quelque étendue vis-à-vis de ceux qui viendront ou du gouvernement.
"Les difficultés de la position peuvent s'accroître de beaucoup, si on laisse aux mécontents tout l'hiver pour réfléchir et concerter des moyens d'opposition au gouvernement.
"En attendant les métis français qui forment un quart ou un cinquième de la population [soit 3,000 âmes] se montreront probablement un élément turbulent. Cette classe a été jusqu'à menacer de violence si l'on essaie de faire des arpentages."
Le 28 du même mois le colonel écrivait de plus :
"Je dois encore faire remarquer le sentiment de malaise qui existe parmi les métis et les sauvages pour ce qu'ils regardent comme prématuré de la part du gouvernement qui procède à l'arpentage des terres.1"
Malgré tout ce qui précède, tout ce système d'arpentage est approuvé en Conseil Privé : et, sans se soucier le moins du monde du mal déjà causé et# des conséquences qui peuvent en être les suites on communique au col. Dennis la décision suivante : Monsieur,
J'ai l'honneur de vous informer que le gouvernement, sur la recommandation du ministre des Travaux Publics, a approuvé le système, que vous avez proposé daus votre rapport du 28 août dernier, pour V arpentage et la subdivision des cantons dans le territoire du Nord- Ouest. Vous êtes, par conséquent, autorisé à arpenter d' après le plan proposé. t
J'ai l'honneur d'être, Monsieur,
Votre obéissant serviteur,
[Signé] F. Braun,
Secrétaire.
Nous n'examinons pas qui est responsable en ceci ; mais nous dis.ons qu'on a eu raison de donner à ces procédés l'appréciation suivante :
"La conduite tenue était la plus imprudente que l'on pût adopter et ne peut être attribuée qu'à l'infatuation."
Ce jugement sévère, mais juste, est celui d'une plume officielle. Ce n'est pas tout ; des autorités non suspectes font connaître au gouvernement canadien les troubles anticipés de la Rivière- Rouge.
On ne s'en inquiète point, on se dit au courant de tout ; et. le 29 Septembre de la même année, sous le Grand Sceau du Canada, on remet à Thon. W. McDougall C. B. une-commission le nom» niant : " Lieutenant-Gouverneur des Territoires du Nord Ouest, et ce, en vue du transfert des Territoires du Nord-Ouest susdits au gouvernement du Canada."
Puis au mois d'Octobre Sor Honneur le futur lieutenant-gouvemeur canadien, se mit en route avec 350 carabines et 30 mille cartouches [circonstance qu'on n'omet pas de publier sur les journaux] pour aller s'établir dans un pays où le Canada n'a pas la moindre autorité, et qui, de fait, ne lui fut transféré qu'au mois de juillet de l'année suivante.
Après de pareils procédés il n'est pas étonnant de lire ce qui suit dans la dépêche du Comte Granville adressée à Sir John Young le 30 Nov. 1869 :
..... .Le gouvernement du Canada entreprit de faire
des arpentages et chargea le futur lieutenant gouverneur
d'entrer dans les Territoires H parait que M. McDou-
gall a rencontré une résistance armée et que dans les troubles
occasionnés par sa présence Le Gouvernement canadien,
après avoir, par cette mesure, occasionné des troubles dans un territoire. . Nous soulignons le mot "occasionné" employé deux fois par le Très Honorable Secrétaire d'Etat pour les Colonies.hv diquant au gouvernement canadien que ce sont les mesures adoptées par lui qui sont l'occasion des troubles.
Cette vérité semble aussi reconnue par le rapport d'un comité de l'Honorable Conseil Privé du Canada, en date du 15 décembre 1869, faisant allusion aux mêmes événements :
"La résistance de cette population égarée n'est évidemment pas dirigée contre la Souveraineté de Sa Majesté, ni contre le gouvernement de la Compagnie de la Baie d'Hudson, mais con= tre la prise de possession par le gouvernement du Canada."
Les choses s'enven'mèrent à la Rivière-Rouge parce qu'on n'apporta aucun remède au mal, et qu'au contraire, le soi-disan$; parti canadien réussit à précipiter les agents autorisés du Canada dans une voie bien déj lorable.
Le 1er décembre, le lieutenant gouverneur canadien lança une proclamation dans laquelle "il se sert du nom de la Reine sans bon autorité , attribue à 8a Majesté des actes qu'elle-même n'a pas encore accomplis, assume l'autorité de lieutenant-gouverneur qui ne lui appartient pas légalement et tend à détruire les pouvoirs du seul gouverneur légal du pays" qui, de fait, renonça à son autorité la croyant éteinte par cette proclamation dont il ne soupçonnait pas la nullité.
Le même jour, le même futur Lieutenant-Gouverneur du Nord- Ouest émane une proclamation par laquelle il nomme John Stongton Dennis, comme son "lieutenant et conservateur de la paix dans les Territoires du Nord-Ouest et à ce titre et comme tel l'autorise à lever, organiser, armer, équiper, et approvisionner une force suffisante dans le dit territoire,et avec la dite force
attaquer, désarmer, et disperser les susdits hommes armés
à assaillir, faire feu, abattre, renverser ou enfoncer tout fort, maison, retranchement ou autre place où ces hommes armés— ^ pourront se trouver.
Sur ce, le colonel Dennis, employé Canadien, nommé par un soi disant Lieutenant-Gouverneur Canadien, pénètre dans un territoire qui n'appartient pas au Canada, se saisit d'un Fort, le garnisonne avec des sauvages, fait appel aux armes et, de fait, enrôle, arme et équippe tous ceux qui répondent à cet appel.
Il n'est pas étonnant, aprè9 cela, de lire la verte semonce que ! Honorable Secrétaire d'Etat pour les Provinces adresse à l'Honorable W. McDougall, dans une dépêche datée d'Ottawa le 24 déc. 1869, où on lit, entre autres choses :
"Il ne fallait pas brusquer intempestivement, même sous la sanction de la loi, le recours à la force militaire. Mais comme l'organisation de cette force armée dans ces circonstances était un acte illégal, le gouverneur- général et le conseil ne sauraient vous déguiser le poids de la responsabilité qui pèse sur vous.
u La réception de votre dépêche du 6 courant, qui m'est parvenue le 23, avec les documents 2 A. 2 B. et 2 C. et la conduite tenue par le colonel Dennis, telle que relatée dans ces documents, m'obligent à vous envoyer la présente sans délai, par un m essayer spécial. "
"Je regrette d'avoir à vous informer que ce rapport n'a fait qu'augmenter les appréhensions du gouverneur général et de son Conseil. 11 est vrai qu'il n'y avait pas encore eu effusion de sang jusqu'au 6, et que vous n'aviez pas encore réalisé votre in tention d'occuper la palissade près de Pembina, avec une force armée, mais les démarches du colonel Dennis, telles que rapportées par lui-même sont si extraordinaires et si condamn*bles,que l'on ne saurait s'empêcher ici d'avoir de sérieuses appréhensions de voir confier votre autorité à un officier aussi imprudent.
" Si les habitants de la Terre de Rupert se fussent coalisés contre les insurgés, ou si le gouverneur McTavish eût organisé une force armée pour occuper ses forts et maintenir son autorité, c'eût été fort bien, et Riel eût été seul responsable du sang ♦qui eût pu être répandu et des propriétés qui auraient été dé truites. Mais le colonel Detinis. sans aucune autorisation légale, s'empare du fort, y met une garnison composée de blancs et desauvages et se propose de livrer combat aux insurgés, s'il pouvait opérer sa jonction avec une troupe qu'il avait fait exercer sur l'Assiboine. Il semble n'avoir jamais compris que du moment que la guerre était commencée, les blancs restaient à la merci des Indiens, qui en eussent fait bon marché, divisés comme ils l'étaient.
" Il est impossible délire le rapport concernant les efforts faits par le colonel Dennis auprès du juge Black pour le déterminer à l'aider à proclamer la loi martiale, sans regretter profondé ment que vous ayez envoyé pour vous représenter dans la colo nie un homme d'aussi peu de jugement. Il n'est pas surprenant que le juge Black ait été' effrayé de cette proposition, sachant que le colonel Dennis aurait à répondre, devant la justice, de chaque vie perdue par sa faute, et que toute arrestation illégale d'un sujet américain provoquerait de suite une intervention des Etats-Unis et conduirait à de sérieuses complications.
H J'ai, etc,
"Joseph Ho we. "
L'Honorable M. Howe en appréciant avec une sévère justice la conduite des Agents Canadiens, omet de mentionner une conséquence qui n'échappe pas au comte Gran ville dans la dépêche que le noble Lord adresse à Sir John Young, en date du 16 Janvier 1870, déjà citée :
" Je regrette oncore bien plus sérieusement la proclamation émanée par M. McDougall et la commission envoyée par lui au -Colonel Dennis.
"Ces procédés ont certainement augmenté li re3ponsabî • lité du Gouvernement Canadien. M
Toutes ces choses n'ont déjà été que trop dite 3, et si nous les répétons, ce n'est que pour exprimer le regret que le Canada ne nous ait pas permis plus tôt de les laisser dans l'oubli, en tirant de suite la conséquence que lui indiquait la responsabilité encourue. Nous ne parlons pas de tous ces procédés regrettables, pour rappeler ces souvenirs amers, tout au contraire, nous faisons aux circonstances la plus large part possible.
Nous admettons volontiers la bonne foi et le meilleur motif du monde dans ceux qui ont commandé $ dans ceux qui ont obéi, le mérite qu'il y a à risquer sa vie pour une cause que Ton croit légitime. Les faits précités réduits à leur plus grande nudité, et dégagés de tout ce qui peut en augmenter l'odieux, ne peuvent pas manquer pourtant#de prouver que des agents autorisés du Canada ont fait des actes illégaux, voire même criminels, des actes qui ont amené les plus déplorables conséquences, et, en disant cela, nous ajoutons : le Canada coupable par ]es siens, devait solliciter l'Amnistie, la presser par tous les moyens en son pouvoir. Oui, il devait demander à notre Gracieuse Souveraine d'amnistier les agents de son Gouvernement qui avaient occasionné des troubles dans les territoires du Nord- Ouest ; il devait demander l'Amnistie pour ceux qui croyant à la parole dé ses agents, les avaient secondés et aidés dans des actes repréhensibles . Le Canada devait aussi demander l'Amnistie pour ceux que ces actes téméraires avaient excitée à une résistance devenue plus légitime que l'attaque.
Nous disons 11 plus légitime que l'attaque pour entrer dans la pensée de l'Honorable Secrétaire d'Etat pour les Provinces ^ pensée exprimée ainsi dans les dépêches doLt nous venons de citer un long extrait. " Il était également évident que si vous étiez revêtu du pouvoir de gouverner et que vous ne pouviez, entrer dans le " territoire, ni exercer aucune autorité, votre faiblesse donnerait au gouvernement une nouvelle force et il sêrait en effet, [la. proclamation ayant destitué le Gouverneur McTavish] le seul Gouvernement du pays jusqu'à ce qu'il fût détruit par la force des armes. "
Cette pensée est plus clairement exprimée encore dans le rapport de l'Honorable^ Conseil Privé en date du 16 Décembre, a^antque l'on apprît la proclamation lancée à Pembina le 1er du même mois. Ce rapport, déjà cité en partie, dit aussi : " La proclamation qui mettra fin au Gouvernement de la Baie d'Hud-
son n'inaugurerait pas l'établissement de l'aut)rité canadienne. L'établissement de ce gouvernement est physiquement impossisible tant que la résistance armée ne cessera pas, Ton n'obtiendrait ainsi qu'un état de confusion et d'anarchie, ce serait donner une existence légale à tout gouvernement de facto, formé par les habitants pour la protection de leurs vies et de leurs propriétés."
Si des hommes aussi éminents ont pu exprimer une p treille opinion relativement aux proclamations et aux armements du commencement de Décembre, que dire du mouvement qui se produisit deux mois plus tard, et qui eut le déplorable résultat de causer la mort de Sutherland et de Parisien d'une part, et l'exécution de Thomas Scott de l'autre. Encore une fois, nous ne signalons c es lamentables circonstances que parce que nous aurions voulu voir le Canada prendre les moyens de les faire ensevelir dans l'oubli. Cette fois, il est vrai, ce ne sont pas les agents accrédités du Gouvernement Canadien qui ont fait un appel aux armes. Il faut pourtant tenir le Canada responsable de ce mouvement, puisqu'il ne s'est produit qu'à l'instigation des Canadiens, et, qu'en réalité il était la répétition et la conséquence de celui de Décembre-. Jamais les habitants natifs de la Rivière Eouge n'auraient pris les armes les uns contre les autres, jamais personne n'aurait été tué, au milieu des difficultés politiques de ce pays, si le Canada n'y avait pas exercé une influence indue.
Donc en définitive, le Canada, comme nation, a assumé une immense responsabilité dans tous les troubles du Nord-Ouest, et il était de son devoir de faire tout ce qui dépendait de lui pour obtenir l'amnistie et compléter ainsi la réparation possible à laquelle il était tenu en honneur et en justice.
Le Gouvernement du Canada a-t-il par ses agents accrédités :ait quelque promesse d'amnistie ? A cette demande nous répondons sans hésitation ; oui, cette promesse a été faite, faite à plusieurs reprises, faite par parole, faite par écrit.
Que le lecteur veuille bien se rappeler ce que nous avons dit plus haut. En parlant de l'amnistie par le Gouvernement Fédéral, nous ne parlons que de son action auprès de Sa Majesté, ou de la connaissance qu'il pouvait avoir des intentions de notre Gracieuse Souveraine a cet égard.
Pendant notre séjour à Ottawa, en Février 1870, nous eûmes
de longs et de nombreux entretiens avec les ministres fédéraux,, avec ceux surtout qui étaient particulièrement chargés de s' occuper des affaires du Nord-Ouest. Par une décision du Conseil Privé, prise en notre présence, tous les documents ayant trait à ces affaires nous furent communiqués, nous eûmes le loisir de les étudier, d'en recevoir des explications. Nous vîmes les ministres seuls, nous les vîmes ensemble, nous les vîmes avec le gouverneur-général.
On nous parla librement, ce semble, et on nous pria de répéter au peuple de la Rivière-Rouge, ce qu'on nous disait à Ottawa. Une idée unique semblait dominer la situation ; on voulait la pacification sans violence, sans recourir à la force, sans vengeance et sans rancune.
Il ne s'agissait ni de subjuguer, ni de conquérir, mais simplement de gagner l'assentiment et la volonté du peuple de la Rivière-Rouge. On nous parla si uniformément et si constamment sur ce ton, qu'à moins de nous reconnaître doué d'une stupidité, que nous n'admettons pas, nous devions croire que Son Excellence avait raison de nous écrire à la suite de tous ces entretiens. " Vous êtes parfaitement au courant des vues de mon Gouvernement. "
Toutes les conversations que nous avons eues avec les Ministres Fédéraux, tous les renseignements qui nous ont été fournis par eux, tout tendait à nous convaincre que l'amnistie était la moindre des difficultés, et qu'en réalité les dispositions du gouvernement canadien étaient telles qu'il méritait les félicitations que lui avait adressées le comte Granville dins la dépêche du 8 janvier déjà citée : " Je remarque avec beaucoup de satisfaction le vif désir manifesté par le gouvernement canadien d'éviter toute collision avec les insurgés de la Rivière-Rouge et d 'épuiser tous les moyens d' explication et de conciliation." Il n'est pas difficile de juger l'impression que dut faire sur notre^ésprit un témoignage venu de si haut et commenté avec la complaisance légitime que les ministres fédéraux ressentaient de l'approbatiun de leur conduite par le cabinet de Si Mejesté.
Néanmoins comme on a été jusqu'à dire que u, nous n'avionspeut-être pas compris ' ? ou que nous avions mal interprété la pensée du gouvernement, nous voulons continuer de donner les preuves de la conviction qui, seule, a pu inspirer nos paroles.
"Le 16 février, l'Honorable Secrétaire pour les provinces noua adresse la lettre suivante :
Ottawa, 16 février, 1870.
A Sa Grandeur l'évêque de St Boniface : Monseigneur,
Son Excellence le Gouverneur-Général m'a chargé de vous remercier de V empressement avec lequel vous avez mis vos services à la disposition du gouvernement, et entrepris un voyage pénible en hiver, afin d'aider, par votre puissance et votre influence, à la répression de^ troubles imprévus qui ont surgi dans le Nord-Ouest.
Pour votre information, j'ai l'honneur de vous transmettre :
lo. Copie d*s instructions données à l'hble. Wm. M>Dougall le 28 Septembre dernier ;
2o. Copie de nouvelles instructions adressées à M. William McDou-» gall le 7 novembre ;
3o. Copie d'une lettre renfermant des instructions au Itév. Vicaire. Général Thibeaultle 4 décembre ;
4o. Copie d'une proclamation de Son Excellence le Gouverneur-Général aux habitants des territoires du Nord. Ouest, émise selon le désir exprimé par la Reine ;
5o. Copie d'une lettre adressée au Secrétaire d'Etat par Donald A, Smith, écuyer, de Montréal, datée du 24 novembre ;
6o Copie d'une lettre renfermant des instructions adressées par moi à M. Smith le 10 décembre dernier ;
7o Lettre semi-officielle du ministre de la justice à M. Smith du 3 janvier 1870, aussi j
8o Copie de la commission donnée à M. Smith, le 17 janvier 1870.
La proclamation émise par MM. Dougall, à ou près Pembina, et la commission donnée au colonel Dennis ayant été publiées dans les journaux canadiens et très répandues à la Rivière-Rouge, ne vous sont pas transmises pour la raison légitime qu'il vous est facile de les avoir ; mais il est important que vous sachiez que les actes qui ont mis en danger pendant un temps, la vie et les biens de la population de la Terre de Rupert, ont été désavoués *t condamnés sur le champ par la gouvernement de ce pays ainsi que vous le verrez par dépêohe à M". McDougall en date du 24 décembre dont copie est ci-incluse.
Ces documents indiqueront à Votre Grandeur quelle était et quelle est la politique que le gouvernement canadien veut établir au Nord- Ouest.
Le peuple canadien n'a aucun intérêt à créer dans la terre de Rupert des institutions que l'opinion publique condamnerait ,il ne désire pas non plue voir une population jalouse de s^s droits vivre dans le méconten-
fcement et l'insubordination par l'imposition d'un mauvais système de gouvernement, état de chose pour lequel ne sont pas faits les sujets britanniques. Ce qu'il espère, c'est l'établissement d'institutions calquées sur celles dont jouissent les autres provinces, et il regretterait amèrement que les libertés civiles et religieuses de toute la population ne fussent pas suffisamment protégées par les arrangements temporaires que la prudence peut aujourd'hui suggérer.
% Une convention a été convoquée, et elle siège actuellement au Fort Uarry, dans le but de consulter le peuple sur les pouvoirs que le parlement peut sagement lui conférer et sur ceux que la législation locale devrait être appelée à exercer. Lorsque les travaux de cette convention seront communiqués au Conseil Privé, vous pouvez vous attendre à recevoir une autre lettre de moi, et s'il arrivait qu'en route il vous fût donné connaissance des décisions de cette convention, Son Excellence serait heureuse d'être favorisée de toutes les observations que vous pourrez avoir le loisir de lui présenter à ce sujet.
" Vous savez déjà que le Très Révérend Vicaire Général Thibault, M. Donald A. Smith et le Colonel Charles de Salabeny sont rendus dans la terre de Rupert et chargés d' une commission du Gouvernement.
Sous ce pli se trouvent des lettres destinées à ces messieurs et vous m'obligerez en les leur faisant tenir. Le désir de Son Excellence est que vous coopériez avec ces messieurs dans leurs efforts pour amener une paisible solution des difficultés survenues dans les territoires du Nord Ouest, difficultés qui ont causé beaucoup d'aaxiété à Son Excellence, mais qui, j'en ai l'espoir, ne tarderont pas à disparaître, grâce à nos communs efforts.
J'ai, etc.,
[Signé] Joseph Howe.
Inutile de dire que le fait seul de demander à un Evêque et de le prier d'aller travailler à la pacification d'une population soumise à sa juridiction spirituelle, que ce fait seul entraîne l'idée d'amnistie de la part des autorités, puisqu'il se relie à l'idée de soumission volontaire de la part des subordonnés. Le Pasteur d'un peuple en est le père, et on ne peut pas raisonnablement penser à en faire un gendarme ni un huissier, c'est donc un mes sage essentiellement de paix qui nous était confié. Aussi le désir du gouvernement de son Excellence était que nous coopérassions avec ceux qui nous avaient devancés " dans leurs efforts pour amener une paisible solution des difficultés survenues dans le Nord-Ouest. " - : : . l-y TT f MtnS3Em^
Un mot d'explication sur les documents qui nous furent con-
fiés : lo et 2o. Copies des instructions données à M. MacDougall à différentes époques nous furent remises comme preuves des intentions bienveillantes du gouvernement canadien.
3. La lettre de l'honorable secrétaire d'Etat pour les Provinces au Très- Ré vd. J. B. Thibault, V. G. contient les passages suivants : * fiWifflJlNn^
" Ottawa, 4 décembre, 1869.
" Monsieur,
J'ai reçu ordre de Son Excellence le Gouverneur-Général de vous faire part, sous forme d'instructions pour votre gouvernement, de« raisons sur lesquelles se fonde l'espoir entretenu ici quant au plein succès de votre mission de paix et de conciliation
Si le gouvernement de la reine, ou le gouvernement de la Puissance avait imité la conduite téméraire et insensée de ceux qui ont pris part à ces troubles, il y aurait eu avant ce mouvement du sang de répandu, la guerre civile ravagerait aujourd'hui la Terre de Rupert, et, pareille à l'incendie qui dévore la prairie, elle aurait déjà dévasté la frontière. Heureusement que des conseils plus calmes ont prévalu tant en Angleterre qu'à Ottawa. La proclamation du représentant de la reine, dont il vous sera fourni des copies en anglais et en français, va porter à son peuple les paroles solennelles de Sa Souveraine,qui, possédant l'ample pouvoir de faire prévaloir son autorité, se fie à sa 1 yauté et à son attachement au trôn'\
Je ne crois pas qu'il est nécessaire de faire plus que blâmer en passant les actes de folie et d1 indiscrétion attribués à des personnes qui ont pris siir elles de représenter la Puissance et de parler en son nom, mais qui ont agi d'après leur propre responsabilité et sans . 1 a connaissance ou sanction de ce gouvernement.
En entreprenant, à cette rude saison de l'année, un aussi long voyage pour le service public, vous faites preuve, monsieur, d'un esprit de patriotisme qui, j'ai ordre de vous en donner l'assurance, est pleinement apprécié par le représentant de la Reine et par le Conseil Privé."
Monsieur Thibault avait blanchi dans les missions de la Rivière- Rouge et du Nord-Ouest. Pendant 37 ans, il avait exercé les labeurs de son apostolat parmi le peuple qui habite ces vastes régions. C'est assez dire qu'il les aimait.
Ce vénérable missionnaire prenait quelque» mois de repos à Québec, on va le cheicher dans sa paisible retraite ; malgré ses cheveux blancs et ses infirmités, ou lui demande de partir au milieu de l'hiver pour le Fort Garry. Quiconque connaît M. Thibault sait, à n'en point douter, qu'il n'aurait jamais fait un pas du côté de la Rivière- Rouge, s'il
n'avait pas été chargé de porter au peuple qui s'y trouve l'assurance que le gouvernement canadien le traiterait bien, et qu'il pouvait accepter sans hésitation les propositions qui lui étaient laites d'entrer en .Confédération.
M. Thibault ue serait jamais parti de Québec pour Fort Garry si on lai avait seulement laissé soupçonner que l'amnistie ne serait pas accordée. Autrement que signifierait une mi-sion de paix et de conciliation ?
En nous remettant officiellement la proclamation de Son Excellence du 6 décembre, le gouvernement canadien s'engageait implicitement à faire tout en son pouvoir pour en assurer l'exécution. Cette proclamation avait été remise à M. Thibault qui pourtant ne l'avait pas promulguée à cause du passage suivant d'une autre lettre du Secrétaire d'Etat adressée à lui en date du 6 décembre : ' Vous ne distribuerez pas la proclamation avant d'arriver à Pembina, ni avant de consulter M. McDougall,
Monsieur McDougall avait laissé Pembina quand M. Thibault y arriva, et ne pouvait par conséquent être consulté, ce qui détermina M. Thibault à laisser à Pembina la proclamation qui lui avait été confiée. Le Gouvernement Canadien en nous la, i émettant à une époque aussi! avancée du mouvement insurrectionnel, lorsqu'on savait que le Gouvernement Provisoire était maître de la situation, prouvait évidemment que nous devions nous en servir pour aider à la pacification du pays? et que nous étions autorisé à faire les promesses contenues dans cette Proclamation, -jtf 2***1
Les documents 5, 6, 7, 8 qui ont trait à la mission de M. Smith et à la commission qui lui fut confiée sous le Grand Sceau du Canada, n'ont rien qui puisse contredire tout ce que nous affirmons, et avons fait pour l'Amnistie.
Ces documents, au contraire, appuient et nos convictions et notre action. Ainsi on lit ce qui suit dans la lettre que T Honorable M. Howe écrivit au " Commissaire Spécial " :
" Ottawa, 10 Décembre 1869.
Donald A. Smith, Ecr., Montréal.
Monsieur,
J'ai l'honneur de vous informer qu'il a plu à Son Excellence le Gouverneur-Général vous nommer 11 Commissaire Spécial, " pour vous enquérir et faire rapport des causes et de l'étendue de l'opposition armée que l'on fait à la Rivière-Rouge, dans le territoire du Nord-Ouest, à l'entrée paisible de l'Honorable W. McDougall qui a été choisi comme devant être lieutenant-gouverneur de cette contrée, lorsqu'elle sera
annexée au Canada ; aussi, pour vous enquérir et faire rapport des cais* ses du mécontentement qui existe actuellement contre les changements projetés; aussi, pour expliquer aux habitants le principe d'après lequel le Gouvernement du Canada a l'intention de gouverner le pays, et laire disparaître les malentendus q ii pourraient y exister à ce sujet ; enfic^ pour adopter de concert avec l'Honorable McDougall et le Gouverneur McTavisb, les mesures propres à effectuer le transfert paisible du pays.
Naturellement, veus devrez consulter le Gouverneur McTavisb et vous vous efforcerez de préparer, conjointement avec M. McDoug&lî et les autorités de la Baie d'Hudson, un plan commun pour amener pacification du pays.
Comme les renseignements qui parviennent ici sont nécessairement imparfaits et que les circonstances changent continuellement à la Rivière-Rouge, il n'est pas jugé convenable de vous embarrasser d'instructions plus précisas.
Vous agirez donc au meilleur de votre jugement."
Donc l'Honorable Donald A. Smith u Commissaire Spécial n devait^ aussi lui, adopter les mesures propres à effectuer le transfert paisible du pays, préparer un pian pour amener la paciûcition du pays, et, e& définitive agir au meilleur de son jugement parce que les circonstances changent continuellement à la Rivière -Rouge, et parce qu'il n'était, pas jugé convenable de l'embarrasser d' instructions plus précises.
En nous remettent tous ces documents, et nous priant de coopérer avec Messieurs Thibault, Smith et De Salaberry, c'était assez dire que les promesse s qui nous avaient été faites ne seraient pas dérangées* par une situation que ces trois Messieurs auraient acceptée, ou que les> circonstances leur auraient imposée comme la moins dangereuse.. Ftàs, pourquoi nous remettie la dépêche du 24 Décembre, blânant sévte**» ment la conduite tenue par les employés du Gouvernement Canaolea au commencement du même mois, si ce n'est pour convaincre le peuple de la Rivière-Rouge qu'on ne voulait pas le réduire par la foreey mais bnn lui demander un assentiment, qu'on savait n'être possiMfe qu'avec l'assurance de l'Amnistie.
Nous recommandons à la plus sérieuse attention du lecteur îss. lettre suivante, qui nous fut adressée et remise par l'Honorable Ministre de la Justice, Sir John A. MacDonald.
" Privée. " Département de la Justice.
Ottawa, Canada, 16 février ISTO..
Mon cher Seigneur,
Avant votre départ d'Ottawa pour votre mission de paix, je croîs &. propos de mettre par écrit la substance de la conversation que jfaà vm
l'honneur d'avoir avec vous ce matin. Je marque cette lettre " privée " afin qu'elle ne puisse pas devenir un document publique 1« Parlement pourrait reclamer prématurément; mais vous êtes tout-à-fait libre de vous en servir de telle manière que vous croirez plus avantageuse.
J'espère qu'avant votre arrivée à Fort Garry, les insurgés, après les explications données par MM. Thibault, DeSalaberry et Smith, auront mis bas les armes et permis au gouverneur McTavish de reprendre l'administration des affaires publiques.
En ce cas, par l'Acte du Parlement Impérial passé pendant la dernière session, tous les fonctionnaires publics demeureront encore au pouvoir et le conseil d'Assiniboia sera rétabli dans sa position première.
Serez- vous a*stz bon pour donner d'amples explications au Conseil de la part du gouvernement canadien quant aux sentiments qui animent non-seulement le gouverneur-général, mais aussi le gouvernement entier ielativement à leur façon d'agir envers le Nord-Oue6t.
Nous vous avons pleinement expliqué et non» dédirons que vous assjriez le conseil, comme étant autorisé à cet effet, que c'est l'intention du Canada d'accorder au peuple du Nord-Ouest les même» institutions "libres dont ils jouissent eux-mêmes. Si ces malheureux événements n'avaient pas eu lieu, le gouvernement canadien aurait espéré bien avant ce jour, recevoir un rapport du Conseil, par l'intermédiaire de M. McDougall, quant aux meilleurs- moyens de bâter l'organisation du gouvernement avec des institutions représentative*?.
J'e6pcre qu'il pourra de suite s'occuper de ce sujet, le considérer et faire rapport, sans délai, sur la politique générale qui devrait être immédiatement adoptée.
11 est clair que le mode le moins dispendieux pour l'administration des affaires devra être adopté d'abord. Comme les dépenses préliminaires d'organiser le gouvernement, après l'union avec le Canada, doivent au commencement être défrayées par le Trésor canadien, il y aura une objection naturelle dans le Parlement canadien à une grande dépense.
Comme il serait imprudent d'exposer le gouvernement du Territoire ii un renouvellement de l'humiliation déjà subie par le gouverneur, M. McTavith, vous pouvez l'informer que s'il organise une police locale de 25 hommes, ou plus, si c'est absolument nécessaire, que la dépense sera payée par le gouvernement canadien.
Vous serez assez bon pour essayer de découvrir Monkman, la personne à laquelle, par le Col. Dennis, M. McDougall a donné des instructions pour communiquer avec les sauvages Sauteux. On devra lui demander He rendre sa lettre et de ne pas agir d'après son contenu- Le gouvernement canadien verra à ce qu'il reçoive une compensation .pour toute dépense qu'il aura déjà encourue.
Dans le cas où une délégation serait nommée pour venir à Ottewa> tous pourrez assurer les délégués qu'ils seront bien reçus, que leurs suggestions seront pleinement considérées. Leurs dépenses d'aller et de retour et pendant leur séjour à Ottawa seront défrayées par nouSi
Vous êtes autorisé à dire qne les deux années pendant lesquelles le tarif actuel ne doit pas si'bir de changement, commenceront au 1er janvier 1871, au lieu de janvier dernier, comme il avait été d'abord proposé.
Si la question s'élevait relativement à la consommation des magasins ou effets appartenant à la Compagnie de la Baie d'Hudson par les insurgés, vons êtes autorisé à informer les chefs que si le gouvernement de la Compagnie est rétabli, non-seulement une amnistie générale sera accordée, et que dans le cas où la Compagnie réclamerait le paiement de ces magasins, le gouvernement canadien s'interposera entre les insurgés et tout dommage. (Will stand betwen the insurgents and ail harm.)
Vous souhaitant un voyage prospère et d'heureux résultats.
Je veux demeurer avec grand respect,
Votre tres-fidèle serviteur,
John A. Mac Donald
Le Trèf-Bévérend',
Eyeque de St. Boniface,
Fort Garry.
Cette lettre, comme on lè voit, n'est que la " substance " de no& conversations avee l'Honorable Premier; il est facile de juger par là de la nature de ces conversations, tendant toutes à expliquer notre "mission de "paix" et nous priant d'agir nous aussi au meilleur de notre jugement " pour amener à tout prix une solution paisible des difficultés et faciliter par là le transfert du Nord- Ouest à la Puissance du Canada.
Nous partîmes d'Ottawa le 17 Février. A 8t. Paul Minesota nous nous procurâmes la liste des Droits. ("Bill of Rights), telle que formulée par la convention." Nous la télégraphiâmes à l'Hon. M. Howe qui, le 25 Février, nous répondit aussi par télégraphe ce qui suit : Propositions satisfaisantes dans l'ensemble, mais que les délégations viennent pour régler les détails. " Rendu à Fort Garry, nous comprîmes toute h gravité de la situation, cette situation [était plus périlleuse, et les circonstances plus difficiles que nous l'avions encore cru. Tout ce que lés ministres fédéraux nous avaient dit nous parut avoir une application^
< Sautant plus nécessaire que c'était la seule solution possible et satisfaisante des difficultés. Nous examinâmes l'état des esprits et les faits accomplis ; et, après nous être consulté avec ceux avec qui nous devions en conférer, nous nous persuadâmes qu'il était plus indispensable que jamais d'établir la confiance, en assurant les chefs du gouvernement provisoire des intentions libérales du Gouvernement Canadien.
Nous répétâmes ce qu'on nous avait chargé de dire, et nous assurâmes que la promesse d'amnistie, qui nous avait été faite, ne serait point retractée. Nous savions à n'en pas douter (et les événements ont prouvé) que l'Honorable Conseil Privé, en exprimant le désir que la Compagnie de la Baie d'Hudson reprît son autorité, avait pour but unique de pouvoir effectuer le transfert du Nord-Ouest au Canada, sans de nouvelles complications. Nous nous persuadâmes facilement que l'ordre de choses que nous trouvâmes au Fort Garry et qui était reconnu par tout le monde, ne saurait être un obstacle à l'entrée en Confédération, et faciliterait la pacification du pays, plutôt qu'il ne l'empêcherait. Nous en concluantes que l'on pouvait appliquer à la situation, les mots de la lettre de Sir John A. MacDonald : " Vou3 êtes autorisé à informer les chefs, que si le Gouvernement de la Compagnie est rétabli, non-seulement une amnistie générale sera -accordée, mais que dans le cas où la Compagnie réclamerait le paiement de ses magasins le Gouvernement Canadien s'interposera entre les insurgés et tout dommage."
Il est vrai que le Gouvernement de la Compagnie ne fut pas rétabli, mais le Gouvernement Provisoire, qui le remplaçait, avait eu l'assentiment des autorités de la Compagnie même, puisque l'Honorable M. MacTavish consulté par deux membres de la Convention sur l' à-propos de former le Gouvernement, leur avait répondu: "Formez un gouvernement pour l'amour de Dieu et rétablissez l'ordre et la paix dans la Colonie " puis, l'Honorable Donald Smith pour des motifs que, loin de blâmer, nous approuvons entièrement, avait contribué à fortifier ce même gouvernement, comme on le voit à la page 7 de sou rapport. a Profondément pénétré de la situation, l'Evêque de la Terre de Rupert et le clergé protestant en général, conseillèrent fortement au peuple d'élire sans retard ses délégués (au gouvernement provisoire).J'adoptai entièrement ce point de vue et l'Archidiacre McLean ayant bien voulu m'ofTrir de m 'accompagner, nous visitâmes les différentes parties de la Colonie, *t nous constatâmes que dans diverses paroisses, la population, parfaitement
loyale à la Couronne Anglaise et très désireuse de s'unir au Canada, avait déjà choisi ses conseillers.
" Je leur expliquai, à tous, que le Conseil serait provisoire, dans le strict sens du mot, ayant pour objet spécial d1afFectuer le* transfert du pays au Canada et en attendant de garantir la sûreté des citoyens et de leur propriété."
Ce que nous trouvâmes en arrivant à Assiniboia assurait ce que le Gouvernement Canadien désirait avant tout par le rétablissement de la Compagnie. La situation n'annulait donc pas la seule condition que l'Honorable Premier avait mise à l'octroi d'une amnistie générale et à l'indemnité des pertes subies, c'est pourquoi nous transmîmes aux chefs (the leaders) du Gouvernemen t Provisoire les promesses faites par Sir John A. MacDonald.
Au lieu de corriger notre erreur, si nous en avons commise une, on nous y a entretenu jusqu'à ce jour; plusieurs fois nous avons écrit et parlé aux ministres fédéraux dont nous avions été l'interprète auprès du peuple de |la Rivière-Rouge; ils nous ont invariablement répondu de façon à nous laisser croire que notre conduite et nos assertions à Fort Garry avaient parfaitement rencontré leurs vues et leurs désirs, et que nous avions raison de croire et de dire qu'une amnistie pleine et eiîtière serait accordée tout en maintenant le principe que cet acte de clémence n'appartenait qu'à Sa Majesté la Reine et que le gouvernement du Canada n'avait pas le pouvoir d'accorder une amnistie.
Nos promesses ayant puissamment contribué à rétablir la confiance, nous conseillâmes d'envoyer les délégués dont le départ semblait ajourné indéfiniment. La lettre de Sir John A. MacDonald promettait qu'ils 11 seraient bien reçus, et que leu^s suggestions seraient considérées attentivement. Que leurs dépenses d'aller et de retour et de séjour à Ottawa seraient défrayées par le Gouvernement Canadien." Le télégramme de M. Howe demandant la délégation, même après la réception de la " liste des Droits (Bill of Rights) causa la plus vive satisfaction parmi les membres assemblés et détermina le gouvernement provisoire à cette démarche si importante. Les délégués laissèrent Fort Garry le 22 Mars, se rendirent à Ottawa, y furent reçus officiellement, négocièrent avec le Gouvernement Canadien, en posant pour base de ces négociations une Liste des Droits non pas celle formulée par la Convention, et que nous avions télégraphiée à l'Honorable M. Howe, mais, bien une nouvelle liste, formulée par
V Exécutif du Gouvernement Provisoire et, par lui remise aux dé légués.
La 19ème clause de cette liste ou instruction fut, tout d'abord, posée comme condition sine qua non de tout arrangement entre les délégués du Nord-Ouest et le gouvernement du Canada.
Cette 19ème clause était ainsi conçue: " Que les dettes con* tractées par le Gouvernement Provisoire du Nord-Ouest, dit d'Assiniboia, soient payées par le trésor de la Puissance (Dominion) : vu que les dettes n'ont été contractées que par suite des mesures illégales et inconsidérées, adoptées par des agents canadiens, pour amener la guerre civile au milieu de nous.
De plus qu'aucun des membres du gouvernement provisoire, non plus que ceux qui ont agi sous sa direction,ne puisse en quoi que ce soit être tenu responsable du gouvernement ou d'aucun des actes qui ont amené les négociations actuelles.' !
C'est bien l'amnistie dont il est ici question, les Honorables Sir John A. MacDonald et Sir George Cartier, chargés par le gouver nement dont ils étaient les chefs, de traiter avec les délégués du Nord-Ouest, déclarèrent qu'ils étaient en mesure d'assurer que c'était l'intention de Sa Majesté d'accorder l'amnistie et qu'ils se chargeraient de la faire proclamer, qu'elle serait, en effet, proclamée immédiatement après la passation de l'acte de Manitoba. Pour preuve de cet avancé, nous avons le rapport officiel fait par la délégation, au gouvernement provisoire et à l'assemblée législative d'Assiniboia.
Nous avons ensuite une pétition adressée à Sa Majesté la. Reine d'Angleterre en Fév. 1872 et signée par Messieurs Ritchot et Scott,deux délégués et les deux seuls qui fussent restés à Ottawa jusqu'à la clôture des négociations. Nous avons la déclaration assermentée de M. Ritchot, déjà citée intégralement [page 15], et nous pouvons ajouter que les ministres eux mêmes ont reconnu la vérité de cette assertion.
L'entrevue du 19 mai, à laquelle il est fait allusion dans cet irrécusable document, fut provoquée par une lettre de M. Ritchot à Sir G. E. Cartier.
Cette lettre écrite la veille de l'entrevue précitée (18 mai) contient le passage suivant :
Les questions soulevée» par la 19e clause de nos instructions, surtout de l'amnistie sont de la plus haute importance.
«Poe 3 espérer, et le passé m'est une garantie pour l'avenir, que tous pourrez vous procurer avant notre départ, toutes les garanties proHai-
ses par Sir John et vou°, au sujet de ces questions de la plus haute importance.
Après avoir reçu cette lettre, et avant d'y répondre par écrit, Sir George E. Cartier alla, lui-même, quérir les délégués et les conduisit auprès de Son Excellence le Gouverneur-Général, pour leur faire "réitérer l'assurance que l'amnistie serait certainement accordée," et c'est alors, le 19 mai, que le représentant immédiat de Sa Majesté la Keine, spécialement autorisé à engager le nom vénéré de notre Souveraine, donne aux délégués la nouvelle assurance dont parle M. Kitchot dans sa déclaration assermentée. C'est à la suite de cette circonstance que l'hon. miaistre canadien seul chargé [vu la maladie de Sir J. A. MacDonald] par le gouvernement fédéral, des négociations avec les délégués du Nord-Ouest leur écrivait en date du 23 mai. Dans cette lettre, l'hble. ministre de la milice répond à tous les paragraphes contenus dans celle de M. Bitchotdu 18 du même mois. Le passage suivant répond au paragraphe par lequel M.Ritchot rappelait les promesses faites par les Hons. ministres sur la question d'amnistie :
Je désire attirer tonte votre attention sur l'entrevue que vous avez eue avec Son Excellence le Gouverneur-Général le 19 courant à laquelle j'étais présent, et où il a plû à Son Excellence d'exprimer que la politique libérale que le gouvernement se propose de suivre à l'égard des personnes auxquelles vous vous intéressez est correcte et est celle qui devrait être adoptée.
J'ai l'honneur d'être,
Messieurs,
[A MM. Ritchot et Scott]
Votre obéissant serviteur,
George E. Cartier.
Ministre de la milice et de la défense.
P. S. Vous pouvez en tout temps faire usage de la présente de telle maDièr° que vous le jugerez à propos, dans toute explication que vou-s pourriez avoir à donner, concernant l'objet pour lequel vous avez été envoyés en délégués auprès du gouvernement du Canada.
Les hommes versés dans la politique comprendront facilement pourquoi la phrase de Sir George n'est pas plus explicite. Elle suffit néanmoins,dans les circonstances actuelles, pour démontrer qu'en effet les ministres, canadiens avaient fait des promesses. Autrement Sir George E. Cartier était tenu en honneur et en justice de repousser l'assertion de M. Kitchot, affirmant que lui
Sir George E. Cai tier, et son honorable collègue avaient fait cette promesse d'amnistie. Et i'hon. ministre de la milice n'auraitrpas pris la peine de conduire les délégués chez le Gouverneur-Général pour qu'il plût à S. Exc. d'affirmer que la politique libérale que le gouvernement se proposait de suivre était correcte et celle qui devait être adoptée.
Nous sommes persuadé que tout homme sensé que les préjugés ou l'intérêt n'aveugle pas, ne pourra lire ce qui précède, sans se convaincre qu'en réalité l'amnistie a été promise par les agents accrédités duGouvernement canadien, voire même par ses propres ministre*.
Nous prions le lecteur de remarquer que nous nous en tenons strictement à la résolution prise par nous de ne violer aucun secret ou confidence, de ne révéler aucune lettre ou conversation portant un caractère confidentiel ou privé • de ne trahir en quoi que ce soit la confiance dont on nous a honoré en comptant sur notre discrétion.
Forcé en honneur de garder le silence sur bien des choses, nous ne manquerons certainement pas à ce devoir en ajoutant que nous n'avons pas pu nous occuper de la question d'amnistie, pendant quatre ans, sans avoir à cet égard, quelque chose de plus que ce que nous venons de dire ; et ce quelque chose, non seulement fortifie nos convictions, mais même justifie et nécessite de notre part l'assertion que l'amnistie a été promise par les autorités fédérales.
Au besoin et avec leur permission, nous pourrions citer plus de vingt témoins dignes de foi, prêts à affirmer que cette promesse leur a été faite comme à nous.