‹ L'amoral: roman d'aventuresChapitre 2 sur 23 · L HOMME DANS LE CANAL · texte numérisé non relu

L HOMME DANS LE CANAL

riers roses, des marchés bigarrés où se coudoie la foule bruyante ; quand il n'était pas sage elle le menaçait du vomito-négro; et, pieusement, elle cuisinait le dimanche des ragoûts de canard pimentés. Hendrik, lui, contait volontiers, aux soirs, en termes larges, des histoires remplies d'amiraux de Nederland, de Compagnie des Indes, et de voyages peu ordinaires qui n'en finissaient plus.

Cette existence dura six ans.

Puis tout-à-coup, minée par un mal sournois conçu durant quelque nuit à la bise, il arriva qu'elle languit, s'alita et mourut. Le veuf, désemparé, éleva comme il put son petit qui galopina dans les bateaux, parmi les fûts, les ballots et les caisses, bataillant et poussant, en somme, à souhait : il n'avait que quinze ans lorsque Hendrik, par suite d'une glissade malencontreuse, se fendit le crâne à Tarète d'un quai.

Ayant vécu au jour le jour il ne laissait ni sou ni maille. En conséquence Jan W. Corn demeuré seul, dut songer vivement à se tirer d'affaire. Ce qu'il fit, nonobstant les menues difficultés, car il était entreprenant

ide ; il semble, en outre,

sang plein de verdeur

; de rOccident, avec les

ins solides et la tête têtue

3omme manœuvre sur ax quatre cents moulins >rds du Zaan, convoient céruse ou le ciment à du vent et de Teau. Lenînt le long des rives basverdure sombre, se tasse »ns baignant leurs pilotis te ; l'allure des moulins » et tout alentour, au loin, and, très plat, où des ailes ime.

à décharger sur les chaude les grands navires qui îs aux noms ultramarins, 3S ou encore Saint-Eustas denrées estimables à 3nt.

lappenburgerstraat, chez qui non loin des entre-

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pots, teDoient un estaminet et des chambres.

Une enseigne : « Ici Von vend des boissons forteSy » pendait sur rentrée. La façade vermoulue éructait, au pignon, une poutre à poulie, ayant servi jadis à hisser les charges, et qui grinçait au vent. Une grande salle basse s'ouvrait de plain-pied avec la rue ; il y régnait un air opaque et dense, empesté par Todeur des pipes, de l'alcool et de la nourriture.

Peu de monde au cours de Taprôs-midi ; mais le soir, des cris, des rires, des chants, des jurons, un tumulte. C'étaient, ordinairement, des matelots qui se récréaient : à tour de rôle, ils prenaient sur leurs genoux les servantes, deux grosses filles aux cheveux filasse, qu'ils faisaient boire. Du reste Jan W. Corn, la journée finie, montait tout droit dans sa soupente.

Le patron, Salomon Broch, était un Levantin massif, avec des épaules rondes qui boulaient. Sans cesse il grommelait, âpre veilleur à la dépense, exécuteur impitoyable des locataires qui ne payaient point. La soif du gain le brûlait ; aussi, l'appréhension de la perte. Et constamment, sa face en demeurait

blême et tirée,et ses yeux brillants. Il passait des heures mystérieuses dans la cave, à falsifier, croyait-on, par de maudits mélanges, ses liqueurs et ses vins.

Enfin il traitait sa maison en despote oriental, dur aux filles, dispensant à réponse des raclées violentes ou Tassaillant soudain de bestiaux désirs.

Elle, Texécrait. Déjà sur le retour de Tâge, trop petite et mal accoutrée, Esther Broch possédait un charme certain avec ses yeux de langueur sous des cheveux aile-de-corbeau qu'une coifTe blanche, suivant le rite, dissimulait. Elle ne voulait pas vieillir, avec mille soins efîaçait les rides survenues, ressentit de Tamour pour Jan W. Corn et, s'étant savamment offerte, devint bientôt sa maîtresse.

Chez lui, Tamour ne fut pas de la partie, mais il trouvait à la Broch un bon goût et de plus Testimait, appréciant en elle la femme de fin conseil. Elle lui confiait, aussi, des rêves, et souvent, elle se plaignait des brutalités du tyran, montrant ses bleus, pour Tattendrir. Il lui proposa de s'en mêler. Alors, avec une grande terreur :

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— Ne fais pas cela, s*écria-t-elle... Il est méchant, il te tuerait !

Au fond, pareille à d'autres, elle adorait être battue. C'est ce que Jan W. Corn eut vite fait de comprendre. Et il ne s'était plus soucié de leurs disputes.

Les labeurs stupides l'endurcirent. Mais ils étaient peu rémunérateurs et l'excédaient. Il s'en ouvrit à sa logeuse. Elle l'engagea à entrer dans les tailleries de diamants. On demandait, lui avait-il été dit, des apprentis à l'une des plus importantes: le travail se trouvait fatigant, mais suffisamment payé.

Jan W. Corn se présenta et fut admis. C'est là qu'il continua ses études sur la vie-où-l'ongagne-son-pain. Seconds débuts d'une dureté rugueuse. Et, pendant trois ans, il connut encore d'assez misérables heures. ..

La Fabrique s'élève dans le Jodenstraat.

C'est une immense et haute bâtisse, aux airs de caserne, faite en briques d'un ton vineux et dont la multitude de fenêtres se devine plutôt qu'elle ne se voit tant elles sont petites et tant elles s'effacent.

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