L. DE Galliffet
« Mardi. — Maisons.
« Mon cher X...,
« ... Je trouve le passage dans lequel vous me faites faire allusion à certaines voitures à stores baissés !... un peu vif... pour Compiègne!...
« Voyez la figure de la princesse d'Essling!...
« Du reste, le couplet est un chef-d'œuvre et je me donnerai une peine infinie pour en faire ressortir les mille finesses. Il se dit merveilleusement 1 — Inutile de vous avouer que l'essai en a déjà été fait souvent et que je commence à le savoir par cœur.
« Envoyez-moi le rôle de La CJi2nson, aussitôt que possible; donnez-le à Boson qui va partir incessamment pour la Bohême et qui me le remettra, atec des notes explicatives de votre part.
« Ensuite, permettez-moi de vous conter tout bas, tout bas, que je me refuse à chanter le couplet à l'Empereur. Je ne puis le faire et ce serait ridicule, dans ma position d'ambassadrice ; je vous supplie de ne pas me faire brûler un seul grain d'encens ; quant à forcer la note de la Vivandière, à lui parler, à lui demander s'il veut passer la revue... je m'y prêterai très volontiers, comme de raison.
<( Prenez garde aussi que cetl^e scène, c'està-dire que le dialogue ne soit pas trop familier — cela pourrait déplaire !...
« Les costumes seront dessinés par Marcelin, de la Vie Parisienne; qu'en pensezvous?
« M"e de Pourtalès vou^ prie de ne pas
oublier le discours de M. Dupiu et vous demande s'il ne serait pas drôle qu'elle arrive dans une toilette affreusement laide et simple, quitte à l'ôter ou à l'enlever, pour mieux dire, sur la scène, et à avoir dessous quelque chose de joli ? — On dirait par exemple :
(' — Vous voyez tous et toutes, que M. Dupin en veut aux femmes et tient à les enlaidir — la mode va vous le prouver. Voyez si ses édits ne valent pas mieux que ceux de ce vilain monsieur, etc., etc., etc.. »
« Changement de costume à vue. — Cela serait d'un petit effet gentil, n'est-ce pas?
« Vous ferez comme vous voudrez.
<c Ne m'en veuillez pas, mon cher X..., de vous avoir fait des difficultés pour mon rôle ! Je déteste faire des embarras et je me suis décidée, difficilement, à vous parler ainsi ! Mais c'est que votre succès dépend beaucoup aussi de certaines choses que je me suis permis de vous indiquer.
204 i/amour a paris
« Nous allons, aujourd'hui, à la Robertsau et nous partons dimanche pour la Bohême avec nos amis. Vous êtes un monstre de ne pas avoir voulu venir me voir au Johannisberg! Je vous bouderai longtemps ; soyez-en bien persuadé! Mais je commencerai seulement ap?"ès la revue, car je ne veux pas me brouiller avec mon auteur, »
P. Metternich.
« Mon cher X...
« Je chanterai ce que vous voudrez me donner et ce que les autres ne voudront pas. Je vous répète, ce que vous savez, j'espère, c'est que je ne suis pas trop difficile à faire marcher !
« J'ÉTUDIE, à l'heure qu'il est, mes rôles, car ils sont à peu près appris. Voilà mon plan de campagne : la Cantinière, tapageuse, bruyante , l'allure militaire , l'air gogue-
nard, etc., etc., etc. ; la Grève, bonasse, un milieu entre le comique et le ridicule... une naïveté, genre Alphonsine... Enfin, la Chanson, très française, gracieuse, gentille, gaie et parfois très posée, rieuse et parfois triste... Vous me comprenez, n'est-ce pas ? — Cela vous va-t-il ?
« Je cherche à donner à chaque rôle sa couleur, afin d'y apporter, pour ma part, autant de diversité que l'auteur a su en mettre dans les dialogues et les couplets. Il ne faut pas que le public puisse se dire : « C'est tou- « jours la même personne qui ne fait que « changer de costumes ! »
« Enfin, nous verrons !
« Je me donne de la peine, car je désire vous voir réussir; et si la bonne volonté seule suffisait, vous auriez, quant à moi, un succès fou.
« Vous verrez les ennuis et les misères que vous aurez avec acteurs et actrices ; je
connais cela, c'est une race affreuse ! Je puis le dire, puisque j'en suis! Et Compiègne est fait pour répéter sérieusement une pièce, comme moi pour danser sur la corde de Blondin.
« Tout le monde court du matin au soir, et, à l'heure de la répétition, pas âme qui vive. L'auteur et... moi !... Jusqu'à présent, ça n'a jamais manqué. — Nous aurions une rude chance si le statu quô était changé.
« Solms, qui est des nôtres, depuis hier, meurt d'envie d'être enrôlé dans notre troupe. Vous n'auriez pas tort de lui donner un rôle, car il s'en tire toujours avec honneur. Personne n'a le geste plus comique que lui. J'avais pensé à vous demander de le faire paraître en baigneur! C'est-à-dire dans le costume que vous autres, malheureux, êtes obligés d'endosser pour prendre les bains de mer! Comme il est maigre comme un clou, cette tenue si cruellement désavantageuse en ferait une figure des plus comiques.
» Que diriez-vous d'un Alsacien, bourgeois de Strasbourg, étant allé à Biarritz ?
« II a pris son bain et, en sortant de l'eau, ne retrouvant ni cabine, ni peignoir, il se met à courir et tombe, haletant, au milieu de Biarritz, Deauville et Trouville réunies, en leur faisant les plus vifs reproches sur la déplorable installation des bains, etc., etc., etc.
« Suit un racontard {sic) qui pourrait être excessivement drôle. »
P. Metternich.
« Mon cher X...,
« Envoyez-moi bientôt la musique d'Hervé pour ce couplet séduisant que vous mettez dans votre lettre et qui me plaît énormément.
« Pardonnez-moi ces lignes d'un style impossible. Je vous écris la veille de mon départ pour Plass, où nous allons pour quinze jours et où j'espère recevoir rôle et chansons.
« Je suis dans Thorreur des paquets ; on vient m'interrompre à chaque instant. Boson jase comme une pie, Bussière ne se tait guère, Richard fait comme eux ; ma tête n'y est donc plus du tout et je ne sais trop ce que je vous dis !
« Adieu, mon cher X.... Travaillez pour vos acteurs qui, de leur côté, je vous le promets, fontleur possible pour vous contenter. »
P. Metternich.
« Mon cher X...,
« Que dites-vous de M™' de Sagan?...
« N'est-ce pas inouï? Boson ne pèse plus une once et me paraît trouver sa femme très supportable. Cette grossesse est sans doute la chose qui a le plus surpris le monde parisien et les félicitations pleuvaient d'une façon réellement inconvenante. La bonne Jeanne est enchantée, mais malade comme deux chiens.
« Laissez-moi vous faire compliment sur votre neveu, le duc de M..., qui nous a enthousiasmés tous à Compièg-ne, par son chant. Quel merveilleux talent, quelle méthode, je n'ai jamais rien entendu de plus séduisant, et me voilà à courir après l'aimable artiste qui, par malheur, déteste le monde et ses pompes, de sorte que je ne parviens pas à me rencontrer avec lui. Voilà ce qu'on appelle une passion malheureuse.
« Votre petite photographie m'a fait bien plaisir, et je la trouve excessivement ressemblante.
« J'ai pu constater, avec satisfaction, que vous n'aviez nullement changé. L'uniforme et le képi vous vont à merveille. Je fais rhonneur du cadre au portrait mexicain et je me compromets mortellement, autorisée par Lenoir.
« Au revoir donc, cher X.... Je vous le répète, nous nous en réjouissons fort, car
nous vous aimons beaucoup. Revenez avec votre bonne amitié. La nôtre vous est acquise à tout jamais. »
P. Metternigh.
« Paris, le 13 janvier 1868.
a Mon cher X...,
(( Je ne sais pas ». — Voilà ma seule et unique réponse à votre proposition.
« J'y ai réfléchi et re-réfléchi, et il me semble que si la duchesse de Mouchy accepte avec enthousiasme, que si l'Impératrice y applaudit, qu'enfin la troupe entière crie bravo à notre idée, cela sera parfait.
« Nous pourrons marcher, alors. — Tout le monde sera-t-il d'avis? — Voilà la question. On est paresseux comme vous savez, et Tidée de répéter en plein carnaval elTraie les mauvais cabotins et épouvante même les bons — il ne faut pas se faire illusion là-dessus.
« La quête, à la fin de la revue, serait une chose fort honnête^ comme on disait à Rambouillet, ce qui n'empêche pas que tous les journalistes crieraient pour dire « qu'on abuse du prétexte de la sainte charité pour jouer des pasquinades dans le grand monde ! Qu'il est douloureux, honteux de voir des femmes insatiables en plaisirs et divertissements, endosser de brillants costumes et tendre la main au profit des malheureux, tandis qu'elles n'avaient qu'à donner à ceux-ci l'argent qu'elles avaient dépensé pour les oripeaux qui les paraient ». Signé : Saint Augustin ou Aurélien Scholl.
« Vous vous dépouilleriez au profit de l'univers entier qu'on vous appellerait un fou. — Vous ne donnez rien, on vous nomme avare. Bref, tout est et sera, soumis à la critique I
« La revue, suivie de la quête, subira donc aussi le même sort.
« Boson qui me quitte, à l'instant, et auquel j'ai demandé son avis, me dit qu'il faudra voir et entendre les autres, car il n'y a pas que moi seule qui ai à parler, dans l'affaire.
« Nous sommes tous claqués par suite du patinage qui a duré quinze jours ! — Le dégel est une vraie chance, et malgré le chagrin que j'en ressens, je suis assez raisonnable encore pour m'en féliciter, car on ne faisait plus rien au monde.
« M""* Pourtalès est encore à la campagne, et ne revient ici que jeudi, le 16. Nous avons le projet d'aller passer quinze jours à Nice, au commencement de février. Je ne sais pas si nous pourrons mettre ce beau projet à exécution. Pour ma part, j'en meurs d'envie.
« Paris n'est guère animé, à présent, et on ne parle pas d'un seul bal !
« Notez bien que je ne m'en plains nullement.
« Adieu, cher X.... Je vous serre très affec-
tueusement les deux mains. Quand nous reviendrez-vous ? »
P. Metternich.
« Mardi, 23 février 1864.
« Mon cher marquis,
« Votre ballet me parait charmant et j'ai bien peur de ne me sentir la force de mettre ma musique à la hauteur du sujet gracieux que vous m'avez communiqué. J'essayerai quand même.
« Voulez- vous mettre le comble à votre amabilité en venant ici, demain, à quatre heures, pour assister à la distribution des rôles pour les ombres chinoises que nous projetons de mettre en scène le jour de naissance de Pauline?
« Pardonnez-moi de ne pas venir, en personne, vous demander d'accepter.
« L'arrivée de l'archiduc me met aux
216 i/amour a paris
champs et je fais le métier de coureur, entre les Tuileries et le télégraphe, depuis ce matin. »
A vous,
Metternich.
« Château de Kônigsroart, 7 octobre.
« Encore deux mots !
« Je viens de passer deux heures sur mes rôles... et en même temps, je relisais vos lettres qui me disent la marche de la pièce. Permettez-moi de vous demander Tair de la chanson que vous m'avez envoyée d'abord et qui commence par : « Ah ! ah ! c'est moi, me voilà... pauvre délaissée, etc., etc., etc., » et de bien vouloir admettre que je fasse mon entrée sur ce motif plaintif qui est tout bonnement délicieux et que je dis pas mal. Dans la copie du rôle que vous venez de m'adresser, je vois la chanson en question omise, et vous me
semblez désirer que je débute par: a Moi, la Clianson, sœur du gai vaudeville, » tandis que je vous prie de ne me faire chanter cela quV second lieu. Cela vous va-til? Je vous promets un effet excellent du : « Ah! ah! ah! etc., etc., etc. »
« Si vous saviez comme je travaille, votre cœur d'auteur en sauterait de joie ; j'attends avec impatience la pièce, car à l'heure qu'il est, je ne me rends pas encore bien compte de l'ensemble.
« Faites-moi aussi la musique de l'air :
Macache lurco,
Macache cognaco, etc., etc., etc.
« Et puis, la musique d'Hervé. En un mot, la pièce ! la pièce !
« J'espère que mon impatience vous flatte un peu. Cela prouve que je mets du zèle à mon travail. »
P. Metternich.
220 l'amour a paius
« lo octobre I860.
« Mon cher X...,
« Permettez-moi de vous donner un conseil pour notre revue 1 Placez-y donc quelques airs de la Belle Ilélènet qui certes a été un des événements de Tannée, car ils sont charmants et se chantent bien agréablement.
« Je commence à savoir tous mes couplets; je ne suis pas bien sûre que vous aimiez la façon dont je dis ceux qui font l'historique de la chanson!...
« Je crois que j'y mets un peu trop de nuances et que cela en fait un kaléidoscope. Vous me direz, très franchement, votre manière de voir, à ce sujet, car vous savez que personne plus que moi n'admet la critique de l'auteur ou des gens entendus en pareilles choses,
« 11 y a quelques petits grains de poivre
que vous pourrez encore ajouter par-ci par-là, et que je prendrai /a très grande liberté de vous indiquer! Je crois que cela sera d'un bon effet... mais ceci de vive voix, car la discussion par lettres est impossible et il nous faudra discuter.
« Ainsi donc, réunissons-nous. »
P. Metternich.
« Un air de la Belle Hélène, croyezmoi, et surtout un air avec reprise de chœur qui brûle les planches, vers la fin, s'entend!...
« Pourquoi pas : a Les rois remplis de vaillance? »
« Je meurs d'envie de mener les couplels et de diriger ainsi le chœur, car je crois pouvoir promettre qu'il y aura un entrain extraordinaire. Je tâcherai aussi que cela ne soit pas trop faux !...
« Boson vous parlera de l'affaire costumes.
« Et sur ce, adieu, mon cher X..., et adieu à la hâte, car on m'attend pour sortir. »
P. Metternich.
(( IG octobre 1863.
« Je fais suivre ces lignes de bien près de celles que j'ai écrites hier, mon cher X... ; mais c'est qu'il m'est impossible de ne pas vous dire combien je suis ravie de l'envoi qui vient de m'arriver de votre parti Les couplets à tout casser., sont merveilleux! Et mon dialogue charmant, charmant, charmant! Je vous remercie d'avoir changé le couplet : « Sûre de moi, la liberté française, etc., etc., etc. » Tel qu'il est, je puis le dire sans crainte, et d'ailleurs je trouve l'interruption : « Et je reviens... permettez que je taise... » d'un effet très heureux; vous verrez que cela fera très bien !
« Quant à l'air d'Hervé, je ne saurais assez
VOUS dire comme je suis contente du cliangement apporté à la mélodie qui ne m'allait pas du tout; c'était un ron7'on abominable, sans commencement ni fin... Bref, je vous félicite et me félicite de la modification. Ma lettre d'hier vous demande un air de la Belie Hélène — maintenant que vous avez créé : à tout cassei\ j'ai ce qu'il me faut; je rêvais toujours à un couplet avec une brillante reprise de chœur, car je sentais qu'il fallait de cela à tout prix.
« Vous y voilà, en plein.
(( Si toutefois la Belle Hélène vous tentait, vous ferez ce que bon vous semble, s'entend. »
P. Metternigh.
« 22 octobre.
« Au moment de sauter en voiture pour quitter Plass, j'ai hâte de vous dire, mon
cher X..., que je me suis arrangée de l'air à tout casser et que je le chante et le chanterai tel que.
« N'y changez donc rien.
« Mes rôles marchent comme sur des roulettes, et j'espère que vous serez satisfait de mon zèle.
« Je travaille avec frénésie. »
P. Metternigh.
<< Vienne, le 29 octobre 1805.
« Je chante et je rechante, j'apprends, je répète ; je suis enfin en pleine revue.
« Merci de l'envoi du rôle, merci aussi du morceau complet. Comment dirai-je le fameux : « Hem I hem! » Jusqu'à présent, c'est pitoyable; mais cela se dessinera, espérons-le.
« Quant à l'air à tout casser, cela va comme sur des roulettes et je me demande pourquoi il m'allait si peu, au début. Vous
verrez, mon cher X..., que nous brûlerons, UN PETIT PEU, les planches!
« Les coupures faites par l'Impératrice sont celles que je vous aurais prié de faire ; vous voyez que je connais bien mon public; mais je suis charmée que ce soit Elle qui vous les ait dictées, car j'aurais eu du regret à vous les octroyer.
« Je chantais si bien :
Et l'on s'y vante D'être quarante !
que je pleure, à chaudes larmes, ce couplet. « Je refuse énergiquement la danse espagnole dont me parle Boson. J'en aurai assez fait en hurlant et criant tout ce que vous m'avez envoyé I — Na ! Y en a-t-il à jaser et à fredonner! — Je crains que le public ne me prenne en grippe, car je leur en sers, en veux-tu, en voilà!
22t-) l'amour a paris
« La revue est idéale, comme dirait.. . devinez qui?
« Je m'en réjouis beaucoup et espère, de tout mon cœur, que le clioléra n'empêchera pas le séjour de Compiègne, ni qu'un affreux deuil de Cour ne viendra nous tomber sur le dos la veille de la représentation!... Ce serait à se pendre au premier arbre venu.
« Je paierai votre dette à Mosbourg ; il me donnera la note acquittée que je vous apporte à Paris.
« Au revoir, mon ciier X..., au revoir, vers le 10, je pense.
« Vous v.endrez à l'ambassade dès le lendemain de mon arrivée, n'est-ce pas? »
P. Metternigh.
u Mardi, 12.
« Mon bon X..., « Décidément, pas de dîner au restaurant;
mais si vous le voulez bien, dîner à l'Ambassade, à la fortune du pot, avec ce pauvre Boson ! Mercredi ou jeudi, comme bon vous semblera. Choisissez et faites-moi connaître votre décision.
« Nous ne manquerons pas à la répétition de jeudi et, pour ma part, j'irai applaudir à vos futurs RESuccès, la larme à l'œil! Je trouve votre départ pour Mexico une diable d'idée et je ne comprends pas comment, lorsqu'on a le MALHEUR d'être Français, on ne profite pas du bonheur de pouvoir toujours vivre à Paris. »
P. Metternich.
« Paris, ce 11 janvier 1867.
« Voici la dernière lettre que je vous adresse au Mexique, mon bon X... ! Je ne fais pas de phrases, je vous assure, en vous disant que j'en suis ravie et que je me réjouis de tout mon coeur de vous revoir! En partant le 15 de cet
odieux pays, vous pouvez être à Paris vers la fin d'avril, et cela vous fait arriver dans le bon et le beau moment. Inutile de vous dire que vos amis vous préparent une réception enthousiaste et que celle que vous voulez bien honorer du titre de votre Muse se mettra en tête du cortège pour vous chanter la bienvenue parmi nous. Le fidèle mais bruyant Galliffet, que j'aime avec ses grandes qualités et malgré ses immenses défauts, sera aussi acclamé avec joie. Si vous le voyez, dites-lui que je n'ai pas répondu à sa lettre arrivée en même temps que la vôtre, ne sachant où la lui adresser.
« Son papier portait bien la pompeuse inscription: « Contre-guérillas des Terres-Chaudes, » mais c'est, en fait d'adresse, dans un pays comme l'est celui où vous avez \emalheur de vous trouver, une chose trop vague pour que je remette ma prose à cette incertitude. « Vous direz donc, à Galliffet, mille amitiés. » P. Metternich.
« 25 septembre 1867.
« Mon cher X.. ,
« Le pauvre Boson » et les Pourtalès sont ici avec nous et je vous laisse à penser si on parle de votre revue !
« On ne parle que de cela.
a J'ai chanté vos couplets et voilà les irapressions : « Le nectar fait glou, glou, » très bien; — « quand Jupiter régnait aux cieux, » parfait; et, ma foi, pourquoi vous laisser ignorer le fait, chanté à merveille; le Chapeau, désapprouvé à cause de sa ressemblance avec l'historique de la Chanson ; idem « C'est moi, Paris, ce Paris que l'on rêve, » qu'on trouve connu et pas amusant.
« Excusez notre franchise collective, mais vous avez tant de talent et d'esprit, que cela peut vous être fort indifférent de vous enten-
dre dire une fois, en dix ans : « Ceci est ennuyeux. »
« Le rôle de Ganymède m'ira comme deux gants — celui de la Chinoise aux PETITS PIEDS me ravit.
« Paris — ■' « la ville aux créneaux sur le « crâne » — m'épouvante ; la Parisienne^ je ne demande pas mieux.
« M""" Pourtalès a une idée excellente qui est celle de faire suivre Prudhomme par sa femme durant son voyage à Paris, parce qu'elle aurait découvert qu il lui faisait des traits ; ladite femme serait joZie; pour suivre son mari, elle se déguiserait en vieille caricature, et c'est comme cela qu'on la verrait, la première fois ; on ferait une scie admirable avec cette idée-là 1 Prudhomme au milieu des femmes de tous les pays, suivi, poursuivi, traqué par cette vieille folle.
« Au second acte, M'"" Prudhomme, ennu^-ée de passer pour vieille et laide, reparaît
SOUS sa vraie forme et, lorsqu'on la voit, on abreuve de sottises le mari qui, vieux et affreux, se permet de planter cette charmante jeune femme, etc , etc., etc.. — Cela ferait un sujet et une scie pour la revue et changerait a V antage usement. . .
« M'"^ Pourtalès, en caricature d'abord, comme à cette pièce ; « Le Voyage à Marseille, » ferait un effet colossal et onrirait aux larmes rien qu'en la regardant; faire passer la revue par M""^ Prudhomme, encore une idée !... Elle est Parisienne, la femme!... Bref, je vous laisse l'idée et vous ferez merveille.
« Tâchez de sortir du cadre des Commentaires de César pour que l'on ne compare pas!
« Répondez, courrier par courrier, et envoyez-nous iô!es et couplets. Nous serons du 5 au 13 octobre à Plass, Bohême, par Munich et Pilsen...
« Je ne pense pas que la revue ait lieu lors
du séjour de nos souverains. On jouera à la mi-novembre.
« ... Nous chassons avec acharnement et nous menons une vraie vie de sauvages, dans les bois du matin au soir, nous levant à l'aube, nous couchant avec les poules.
« ... Je vous serre les deux mains et vous supplie de beaucoup travailler. »
P. Metternich.
« Paris, le 20 novembre 180/.
« Mon cher X...,
« Je suis ravie du rôle de Mimi Pinson. Impossible de rien imaginer de plus frais, de plus coquet et de plus gracieux ? — Mais serat-iljoué? Voilà la grande affaire. « Voilà la question, » comme dirait Hamlet.
« A la Cour, on ne songe guère qu'aux nouveaux ministres et à la Chambre ; puis en-
core à la question romaine et à la question orientale... Vous voyez que le terrain est mal préparé pour la revue.
« Dès qu'on aura l'esprit plus en repos, je placerai un mot, une question qui auront l'air de tomber des nues et peut-être que l'étincelle mettra le feu aux poudres. — Lambert et moi en mourons d'envie... Castel est plein de réticences, comme toujours, d'ailleurs, car il lui faut trente-six mille choses pour le rassurer d'avance sur ses succès.
«J'ai chanté, en guise d'essai, dernièrement, avec lui, le duo « du Brésilien » et cela devant la princesse Mary de Cambridge. Nous avons enlevé notre auditoire ; je vous laisse à penser si, en étudiant proprement le dialogue du marquis, ou du chevalier et de la marquise, nous n'irions pas à merveille ?
« Si l'on jouait, ce serait en janvier ou février, je pense, que l'Impératrice ferait jouer votre revue ; la Cour est encore établie à
Saint-Cloud et n'en bouo^era o:uère avant décembre. On veut simuler un petit Compiègne. »
P. Metternich.
Les lettres qui précèdent sont suggestives. Elles ne démentiront point la réputation de frivolité aimable qu'eurent les hommes ainsi que les femmes de Tentourageimpérial et elles ne sont pas exemptes d'une certaine philosophie, si on les place en regard des événements, qu'au travers de leur fantaisiste bavardage', elles semblent prévoir.
Ces événements se sont produits. Les choses et les êtres qui les ont créés sont morts ou oubhés. — Ce fut la comédie, naguère, à Compiègne, devant l'Empereur et devant l'Impératrice. C'est la comédie, encore, aujourd'hui, devant la France.
Mais pourquoi s'attrister ou sourire ?
Les hommes marchent, inéluctablement,
vers un destin déterminé qui ne peut être modifié ni par le couplet galant d'une opérette de Cour, ni par la déchéance brutale d'une démocratie.