‹ L'amour à Paris sous le Second Empire;Chapitre 10 sur 12 · BUSSIÈRE DE POURTALÈS · texte numérisé non relu

BUSSIÈRE DE POURTALÈS

« Ce 23 septembre.

(' Mon cher X...,

« Votre lettre a couru après moi et je ne la reçois qu'à l'instant. Je pars pour Munich et serai de retour à la Robertsau le 2 octobre. Adressez-y, le l'"", les rôles. Suis-je vraiment en état de les accepter tous deux ? Pour vous, mon vieil ami, il y a bien des choses que je ferai et que j'accepterai de faire, mais

ménagez toujours mon amour-propre. Vous le savez, je suis une bien triste actrice ; excepté peut-être dans Madame Bouillabaisse, et encore... Enfin, je ferai ce que je pourrai, et ce que je ne pourrai pas, je le ferai encore... pour vous... mon Bon XI...

« Je vous serre, au galop, les mains. Nous partons pour la chasse. Notre dernier jour, hélas !

« Tous vos couplets sont adorables. »

BUSSIERE DE POURTALÈS.

« Mon cher X...,

« Etant à Paris, hier, j'ai passé à votre porte dans l'espoir de vous rencontrer et de bavarder un moment sur le seuil. On m'apporte, aujourd'hui, votre lettre et les couplets. Je vais les piocher de toute mon âme. Je suis toujours enchantée de cabotiner, surtout sous votre direction et en exprimant

VOS pensées. Je pars lundi jjour la Gaudinière et n'en reviendrai que le samedi suivant; vous me trouverez aux courses de Paris dimanche prochain et le dimanche suivant, et je serai de retour ici le 7, et bien contente de vous voir. Avez-vous une idée de quand nous devons jouer ; ce sera-t-il pour l'impératrice d'Autriche? Si ce n'est pas tout au commencement de novembre, j'aimerais que ce fût le plus tard possible, parce qu- je compte aller à Valençay, mais je pense que nous ne serons pas consultés sur l'époque. Je suis ici depuis le l^"" septembre, à l'exception de huit jours passés à Mello. Dieppe a été très gai. Vous nous avez horriblement lâchés; je devrais vous le rendre. Je ne me fais pas une idée du costume de M"" Boum ; le pauvre colonel Boum s'ennuie beaucoup à Clermont. Je pense aller vers le 15 octobre lui prodiguer quelques consolations conjugales. Boson et les Pourtalès sont partis pour

la Bohême. Mais, sans doute, vous savez cela, car vous suivez toutes vos actrices d'un œil plein d'intérêt. Je me porte à merveille et ne prévois rien qui puisse m'empêcher de monter sur les planches, quoiqu'il ne faille pas se vanter trop tôt.

« Je m'ennuie à fond, ici ; je fais, de temps en temps, une pointe sur TExposition, quand je trouve un ami inoccupé pour m'offrir son bras ; mais l'ami est rare sur le pavé de Paris ; il n'existe qu'à Tétat de bête de passage.

« Mais je ne veux pas vous retenir plus longtemps loin de vos travaux. Vos moments sont trop précieux pour que je me sente digne d'en confisquer à mon profit seul. Vous avez bien raison de me garder quelques vieux sentiments d'amitié. J'y tiens beaucoup, et vous en trouverez toujours une bonne provision chez moi et une bonne amitié solide et résistante. Adieu, mon bien cher auteur. Je vous envoie mille choses aimables et affec-

tueuses. Mon rôle me plaît beaucoup, à première vue, et je vais faire tous mes efforts pour être digne de votre approbation. Ainsi soit-il. »

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