AU LECTEUR
Le liurc que j'ai Vhonneuv de présenter^ aujourd'hui, au public, a son histoire — histoire qui intéresse non seuleinent les lecteurs^ mais aussi, mais tout particulièrement les écrivains, mes confrères. Cest pourquoi je demande la permission de la raconter brièvement.
Vers la fin du mois d'octobre 189^, M. Fernand Xau me pria de le venir voir, en son cabinet de la rue de Richelieu, et lorsque je
me fus rendu à son invitation, il une demanda d'écrire, pour le Journal, dont il était et dont il est encore directeur, une étude d'' Histoire anecdotique sur le Second Empire.
J'acceptai sa proposition et, d'accord avec lui, je me mis au travail.
L'étude que je devais lui donner paraissait l'agréer fort. Elle concernait la relation des mœurs ainsi que celle des personnalités galantes du Second Empire; et lorsque je fus prêt à la publier, M. Fernand Xau la fit annoncer, dans le Journal, par une note toute spéciale.
Tout allait bien ainsi, et il semblait que je n eusse plus à me préoccuper que d'amuser m.on public habituel, quand mon étude, dont il avait été inséré trois fragments, fut soudain interrompue sans que le directeur ou que les adnninistrateurs du Journal me fissent connaître, par le plus simple, par le'
plus obligatoire et courtois des avertissements, le motif de cette interruption.
Je réclamai, alors, auprès de M. Fernand Xau, contre un tel procédé, et cette réclamation, après avoir été suivie d'un échange de lettres diverses, eut pour conclusion, de ma part, une instance devant le tribunal civil de la Seine qui, dans sa sagesse, appréciera les faits.
De ce procès, je ne dirais rien, si je ne tenais à révéler, ici, publiquement et hautement, la raison que M. Fernand Xau ou plutôt que MM. Letellier, administrateurs du Journal, ont opposée à mes réclamations et sur laquelle ils se sont appuyés pour cesser brusquement, avec moi, tout commerce.
MM. Letellier ont osé alléguer que la publication de mon étude anecdotique :
L'Amour a Paris sous le Second Empire, ne pouvait être continuée, dans le Journal,
parce qu'elle constituait une « chose pornographique. »
On comprendra que je ne me défende point contre une aussi misérable diffamation, contre une aussi stupide calomnie. Mon nom et ma moralité d'écrivain sont suffisamment connus du public et de mes confrères pour que je sois dispensé de plaider, en leur faveur, non coupables. Il ne saurait me convenir d'insister davantage, du reste, sur ce point, et je pense que mon dédain suffit à mettre, en sa juste valeur, l'allégation de MM. Letellier.
Mais il n'était peut-être pas inutile que je fisse connaître ces quelques détails, pour que le public, 2D0ur que mes confrères, surtout, comprissent, exactement, lanature du différend qui s'est élevé entre le Journal et moi.
Je ne saurais en prolonger l'exposé, d'ailleurs ; et c'est sur un mot relatif à l'œuvre
d'Histoire anecdoiique que j'ai écrite, sur le Second Empire, que je terminerai ces quelques lignes.
Cette œuvre, on la sait, et je n'ai pas à la rappeler ici.
Elle devait se compléter par deux volumes annoncés, Le Fils de l'Empereur (le Prince Impérial) et la Société Parisienne sous le Second Empire.
Je renonce à tracer la vie du Prince Impérial, parce que le pauvre et infortuné enfant fut sans histoire et chercha vite, dans la mort, V oubli de la tristesse qui le torturait.
Quant au second volume, la Société Parisienne, il se fond naturellement dans celui que j'offre, aujourd'hui, au j^ublic, ainsi que dans une précédente étude ayant pour titre : Bals travestis et Tableaux