‹ L'amour au dix-huitième siècleChapitre 30 sur 31 · I. Correspondance lU Grinim, vol. VII · texte numérisé non relu

I. Correspondance lU Grinim, vol. VII

'^imrtifiwn:.'

lesquels les amoureux de tous les siècles vont en pèlerinage. Elle lègue à l'avenir un de ces humbles romans qui survivent au temps, et cachés sur les côtés de l histoire, à son ombre, loin de la politique et de la guerre, semblent des chapelles où l imagination se repose du bruit du grand chemin, oublie ce qui passe et ce qui meurt, se recueille, s'attendrit et se rafraîchit.

C'est en pleine licence, en pleine Régence^ que cette femme aime ainsi.

C'est en pleine Régence qu'elle montre en elle les plus nobles et les plus touchantes vertus de l'amour.

C'est au milieu des scandales du

\il!

Palais-Royal, au travers des chansons des roués que s'élèvent cette plainte, ce gémissement, ce cri de souffrance et de tendresse, le cri d'une colombe blessée dans un bois plein de satyres! C'est tout près de M"" de Parabère^ à ses côtés, que M"'^ Aissé se donne tout entière au chevalier d'Aydie. Elle écrit : 'i II y a bien des gens qui ignorent la satisfaction d'aimer avec assej de délicatesse pour préférer le bonheur de ce que nous aimons au nôtre propre ; » et toute sa vie n'est qu'un sacrifice au bonheur de ce qu'elle aime. Aimée du chevalier, elle s'impose le devoir et le courage de refuser

la main qu'il lui offre : « NotI; j'aime trop sa gloire^ d dit-elle, en détournant les yeux de ce trop beau rêve. « Rendre la vie si douce à celui qu'elle aime qu'il ne trouve rien de préférable à cette douceur. » elle ne connaît d'autre art ni d'autre ambition. La douceur, c'est le mot qui de son cceur tombe sans cesse sous sa plume, et donne à toutes ses lettres leur immortel accent de caresse.

Comme M'"^ de Ferriol lui demandait un Jour si elle avait ensorcelé le chevalier, elle lui répondit simplement^ naïvement : « Le charme dont ^e me suis servi est d'aimer malgré moi et de lui rendre la vie du monde

'tn

la plus douce. » Son âme. sa vie est dans cette réponse; et cette séduction de sa personne est le charme de sa mémoire. Elle aime, elle n'a pu résister à l'amour^ et elle veut s'en arracher. Née pour la vertu, l'image de la vertu ne lui est apparue que ji dans la passion, et elle n'a connu le devoir qu'après la faute. Elle se débat, elle succombe, et recommence à se combattre. Elle craint tout ce qui l'approche du chevalier, et elle se trouve malheureuse d en être éloignée. « Couper au vif une passion violente... c est effroyable; la mort n'est pas pire... Je doute de m'en tirer la vie sauve. » écrit-elle à

Page 1