ACTE PREMIER
EMMA
Etcœtera... Tu as répondu?
Pas une ligne... Dame, il m'avait blessée !... On ne traite pas une femme de sans-cœur pour une hésitation.
EMMA
Surtout quand on lui reproche de n'être pas une déesse inaccessible.
GABRIELLE
J'ai bientôt appris qu'il se consolait avec loutes sortes de femmes, lui qui prétendait que toutes lui faisaient horreur depuis qu'il me connaissait. Se consolait-il réellement, ou cherchait-il à s'étourdir?... J'aurais peut-être dû me le demander... Mais, franchement, je n'étais pas trop d'humeur à lui fournir des excuses... Ensuite, la mort de mon mari, le deuil, les préoccupations... Je l'avais un peu oublié, lorsque sa triste histoire a paru dans les journaux. Naturellement, ma rancune est tombée devant le malheur... J'ai déchaîné la charité anonyme de l'oncle Raphaël ; c'étaitparer au plus pressé... Puis, j'ai écrit au pauvre garçon de venir me voir; cela pour l'avenir... Sincèrement, ton opinion sur lui?
EMMA
Au physique, excellente... Quant au reste, ma
petite Gabriclle, je trouve la question singulière. Tu ! estimais assez pour lui faire don de ta personne ; mon opinion doit être d'un poids bien faible dans la balance.
GABftIELLE
Au contraire, figure-toi... J'ai été entraînée, j'ai éprouvé un emballement; ce sont ses yeux, ses maudits yeux qui en sont cause... Au fond, je le connais fort peu... C'est vrai, cela : on se monte la tète pourun homme ; on met son honneur à sa merci ; on en rêve pendant des jours, îles mois, des années: et si, par hasard, on se demande : « Vaut-il seulement la peine de în'occuper pendant une minute?... » on est bien embarrassé pour répondre, car on ne l'a jamais étudié que... dans un vertige.
EMMA
Ton incertitude me touche... Il n'est pas impossible de la faire cesser.
BRIELLE
< >h ! je t'en prie !...
KM M A
J'ai parlé à M. Méran peut-être dix fois dans ma vie: mais j'ai eu affaire à lui dans une circonstance tellement grave, que, du coup, mon opinion a été
lixée.
GABRÏELLE
Vite, est-elle bonne ?