ACTE TROISIÈME
GABRIELLE, SOUriant.
Je ne prévoyais .pas ce malin que celui auquel je jurais fidélité me poserait ce soir une question si singulière !
CHARLES
Vous ne m'avez donc pas pris au sérieux quand j'affirmais pouvoir vous épouser sans être un misérable ?
GABRIELLE
Je suis habituée aux nobles phrases qui préparent de piètres défaites.
CHARLES
Alors, si j'ai menti une fois de plus, vous voilà prête à pardonner?
(iABRIELLE
Ai-je l'air absolument décourageant ?
CHARLES
Non ! et cela m'attriste !
GABRIELLE
Du moment que ma bonne volonté vous contrarie, votre présence ici m'étonne !
CHARLES
Je ne viens que pour remplir mes engagements.
GABRIELLE
Lesquels ?
CHARLES
Sauver votre réputation... Nous sommes au village, environnés d'un peuple de commères... Au moment où je frappais à cette porte, le haut de l'escalier était rempli de rires étouffés et de chuchotements : une nichée de servantes s'y était perchée pour voir le marié entrer chez la mariée ; jusqu'à votre bon oncle et votre excellente tante qui se dissimulaient derrière une tapisserie et sanglotaient de bonheur... Si j'étais allé directement à ma chambre, quel scandale !... J'ai donc pris la liberté de traverser celle-ci. Désormais, quoi qu'il arrive, votre honneur est sauf!...
GABRIELLE, V obsew dllt .
Tout est prévu!... Si demain, par malheur, je me réveillais veuve, mon enfant aurait un père?
Charles, froidement.
C'est cela même !
gabrielle, hautaine et ironique.
Je vous sais un gré infini, monsieur, de ces délicatesses !... Je suis pourtant fort aise de vous apprendre qu'elles ne riment à rien... Yous avez adopté, avec quelle candeur ! une fable absurde... Séduite... abandonnée, moi? Autant de mots, autant de mensonges! {Mouvement de Charles.) Mil ne vous mettez pas en joie. Il n'y a pas dans mes paroles l'ombre d'une sa-