ACTE DEUXIÈME
GABRIELLE
Vous rouliez des yeux féroces... Je me souviens..^ Le moindre marivaudage vous rendait lugubre... Que les temps sont changés !... A moins que... Pourtant non, ce serait trop fort!... N'importe!... D'autant qu'Emma faisait tout à l'heure une si singulière flgure en annonçant que vous seriez doux... Charles, votre mansuétude vient d'une parfaite sécurité... Dites le donc!
CHARLES
Eh bien oui, Gabrielle... Je vous sais irréprochable. Au dernier moment, votre amie a reculé devant un jeu périlleux et m'a conté votre romanesque désir de me devoir en quelque sorte la vie !
GABRIELLE, apvès uïi sUeîice.
Et il consent à se parer d'une belle action qu'il n'a pas faite!... Il me laisse m'humilier, daigne se montrer bon prince, plein d'indulgence et de grandeur d'âme!... Jlne hypocrisie jjareille, qui ne s'attaque pas seulement à l'estime, mais vise à escroquer l'amour et la reconnaissance d'une femme!... Oh! c'est tout à fait vilain !... Je suis révoltée au dernier point!... Et que c'est mal à Emma de vous avoir poussé à une si dégradante fausseté ! . . .
CHARLES
Elle m'a trouvé très découragé... regrettant mon
refus, trop orgueilleux pour vous l'avouer simplement. .. Je lui ai fait pitié!...
GABRIELLE
Pourquoi recourir à sa pitié plutôt qu'à la mienne, qui vous était hier si gentiment offerte?
CHARLES
Mais pensez donc!... déchoir à vos yeux 1...
Abdiquer un héroïsme qui vous charmait !...
GABRIELLE
Votre héroïsme !... Oii est-il maintenant?... Quelle foi puis-je avoir en vous désormais? Si vous montrez un noble sentiment, si vous êtes entraîné à un beau sacrifice, à quoi reconnaîtrai-je où est la vérité ? Qu'ôtes-vous ? Qu'y a-t-il sous ce masque ? Est-ce l'homme qui m'a quelquefois profondément émue par de rares délicatesses, ou celui qui combinait de paraître extraordinairement généreux en ne donnant rien?... Ah! plus l'âme s'acharne à pénétrer une âme, plus celle-ci se complique et s'éloigne!... Oui, j'ai tant fait, Charles, que vous êtes maintenant un inconnu pour moi ! Et c'est un senliment d'une tristesse inconcevable... Me voilà condamnée à une invincible méfiance !
CHARLES
Une chose devrait la diminuer; c'est ma gaucherie à dissimuler. Le niensonge est si loin de mon carac-