‹ L'Amour chrétienChapitre 2 sur 22 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Nous prononçons un mot qui a coutume d'éveiller l'attention universelle, qui évoque un flot d'images où toute la vie semble vouloir se refléter et dont la troublante diversité de sens provoque l'émoi de l'imagination éprise de rêves. Riantes, douloureuses, ardentes, découragées, sublimes ou lamentables : telles sont les perspectives de l'amour, et parce qu'il met en cause les bas-fonds aussi bien que les splendeurs, un tel sujet a de quoi rendre délicate la situation de celui qui l'aborde.

Mais nous sommes des chrétiens. Ce que nous avancerons nous vient de l'Evangile ; nous y voyons une dictée de l'Esprit; nous le

vin INTRODUCTION.

situons dans ce J{oyaume de Dieu si large que son ampleur comprend tout, mais où tout se présente sous un point de vue qui enjève aux lumières leur crudité, aux ombres leur noirceur : le point de vue du divin.

C'est donc en toute confiance que nous pouvons tenter cette étude.

Analyser d'abord la teneur du mot amour, en montrer les divers aspects, c'est une nécessité de méthode; elle aura l'avantage de placer sous nos regards, en attendant que nous les parcourions, les divers domaines de pensée et de pratique où ce sujet va nous engager.

L'amour nomme une tendance; l'amour nomme une passion; l'amour nomme un vouloir. Une tendance; car il est convenu d'appeler amour, par métaphore, l'inclination de chaque nature, même purement corporelle, vers ce qui convient à ses propriétés et à ses pouvoirs. « La terre aime la rosée du ciel, dit Sophocle, et le ciel aime à la donner. »

INTRODUCTION. ix

Les poètes ne sont pas seuls à parler ainsi. Empédocle voyait dans tout le jeu de la nature un effet de TAmour et delà Haine, c'est-à-dire de la propension et de la répulsion mutuelles des êtres, et le langage courant confirme ces façons de s'exprimer, quand il emploie ces locutions ou d'autres semblables : Telle plante aime la lumière, telle autre l'humidité, etc.

11 n'y a pas lieu d'insister sur cette acception; mais son intérêt consiste en ce qu'elle prête à une généralisation qui éclaire les autres cas, ceux qui devront retenir notre enquête.

L'amour des éléments les uns pour les autres, c'est leur adaptation mutuelle, c'est leur tendance aux rapprochements et aux combinaisons, c'est leur attraction, et cette attraction est fondée sur les convenances qu'ils manifestent. Or, cela nous apprend que la convenance des objets et du sujet étant la justification de l'amour, des convenances purement matérielles pourront bien justifier l'amour tendance, des convenances passionnelles l'amour passion; mais l'être raisonnable.

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