‹ L'amour comme il est (volume 2)Chapitre 5 sur 50 · IV DÉDICACE · texte numérisé non relu

IV DÉDICACE

Bien mieux que l'aube rose annonçant la Imnière, l

Tu m*as ouvert le ciel en répandant sur moi Le blond rayonnement de la beauté première ; Je ne voyais pas Dieu: mais je te voyais, toi!

La fraise qui rougit et tombe sur la mousse, La pêche mûrissant sur Vespalier qui rit. N'ont pas de tons plus vifs 7iï de senteur plus douce Que la double colline où notre amour fleurit.

La neige que l'hiver sème dans la vallée '

Est moins blanche et moins rose aux derniers feux du jour

Que ton flanc chaste et doux quand, tout éehevelée,

Un rayon amoureux te baise avec amour.

La grenade qui s'ouvre aux soleils d'Italie N'est pas si gaie encore à mes yeux enchantée Que ta lèvre entrouverte, ôma belle folie! Oîi je bois à longs traits le vin des voluptés.

La biche qui s'enfuit à travers la ramée

Quand elle entend au bois la chasse et ses grands bruits

Ne court pas aussi vite, ô pâle bien-aimée !

Que mes désirs courant à ta brandie de fruits.

Nais pourtant, quand tes yeux, encor baignés d'ivresse. Se tournent vers le ciel d'oii mon cœur est banni, Je dépasse V amour, ô belle charmeresse! Et mon âme en chantant monte vers l'infini.

L'ARBRE DE LA SCIENCE

11 était une fois une bonne vieille qui portait d*une main une cruche pleine d'eau et de Tautre un réchaud tout allumé.

— Où allez-vous, ma bonne vieille?

— Je vais brûler le paradis et éteindre Tenfer, afin que je ne puisse aimer Dieu que pour lui-même.

Je ne connais pas une femme capable d'apporter une cruche pleine d'eau et un réchaud tout allumé pour éteindre Tenfer et brûler le paradis de Tamour.

Ce n'est pas Thomme, c'est Tamour qui est aimé pour lui-même.

Les anciens ont représenté Vénus toute nue, non pas seulement parce qu'elle était belle ainsi, mais parce que Tamour n'a rien de caché pour l'amour.

L AXQn

&fM a cMwii— le ckeM'Mme àt Tabbé Préirasl^ e*cst ce niw At poëâe to— bc da soleil des dcscits SHT le siUe qpn recscvre à jamais ce qui fiit Xanoii Lsctvt. Sais rCkésB^ sa^ b Looisiaiie, sans celle ihwlfiw sspcèw de Ihsgiicn, idé^^ paysa^ qù la^clw à riwJM, Xanoii ne Taadrait guère plus qw totttes ces fiHes de Saial-Laïaie qui s*en Yont tous les jours et lo«s les serts daos la fcsse commuiie do cimelière et da Taudeville^

L'amour diange de uiasque, d*esprit, de cœur et d*inie, en changeanl de pays* Le bréràiire de Tamour à .^ris ne serul pas i Bispahan le bréyiaire de l'amour. Bien mieux, un Français ne serait pas amoureux à Bispahan d*un amour parisien. Une Persane qui viendrait habiter les Champs-Elysées y vivrait dix ans sans devenir plus expansive : elle se renfermerait dans sa salle de bains, les stores baissés ; elle se renfermerait en elle-même, le voile sur les yeux. C'est surtout Tamoureux qui emporte sa patrie à la semelle de ses souliers. Si on veut aller plus loin dans le contraste, on relira la vingt-quatrième lettre persane écrite par Montesquieu, un jour qu'il recherchait les lois de Tesprit :

« Que vousètes heureuse, Roxane, d'être dans le doux poys do Perse, et non pas dans ces climats empoisonné6| où Ton ne connaît ni la pudeur ni la vertu I Que

vous êtes heureuse ! Vous vivez dans mon sérail comme dans le séjour de Tinnocence ; inaccessible aux attentais de tous les humains, vous vous trouvez avec joie dans une heureuse impuissance de faillir ; jamais homme ne vaus a souillée de ses regards lascifs ; votre beaupère même, dans la liberté des festins, n'a jamais vu votre belle bouche ; vous n'avez jamais manqué de vous attacher un bandeau sacré pour la couvrir. Heureuse Roxanel quand vous .avez été à la campagne, vous avez toujours eu des eunuques, qui ont marché devant vous, pour donner la mort à tous les téméraires qui n'ont pas fui votre vue ; moi-même à qui le ciel vous a donnée pour faire mon bonheur, quelle peine n'ai-je pas eue pour me rendre maître de ce trésor que vous défendiez avec tant de constance ! Quel chagrin pour moi dans les premiers jours de notre mariage de ne pas vous voiri Et quelle impatience quand je vous eus vue! vous ne la satisfaisiez pourtant pas ; vous l'irritiez au contraire par les refus obstinés d'une pudeur alarmée ; vous me confondiez avec tous ces hommes à qui vous vous cachez sans cesse. Vous souvient-il de ce jour où je vous perdis parmi vos esclaves, qui vous trahirent et vous dérobèrent à mes recherches? Vous souvient-il de cet autre où, voyant vos larmes impuissantes, vous employâtes l'autorité de votre mère pour arrêter les fureurs de mon amour? Vous souvient-il, lorsque toutes les ressources vous manquèrent, de celle que vous trouvâtes dans votre courage? Vous mîtes le poignard à la main, et menaçâtes d'immoler un époux qui vous aimait, s'il continuait à exiger de vous ce que

Ji L'AMO.UR

vous chérissiez plus que yotre époux mémel Deux mois se passèrent dans ce combat de Tamour et de la vertu ; vous poussâtes trop loin vos chastes scrupules ; vous ne vous rendîtes pas même après avoir été vaincue; vous défendîtes jusqu'à la dernière extrémité une virginité mourante ; vous me regardâtes comme un ennemi qui vous avait fait un outrage, non pas comme un époux qui vous avait aimée ; vous fûtes plus de trois mois, que vous n'osiez me regarder sans rougir ; yotre air confus semblait me reprocher l'avantage que j'avais pris; je n'avais pas même une possession tranquille; vous me dérobiez tout ce que vous pouviez de ces charmes et de ces grâces; et j'étais enivré des plus grandes faveurs, sans en avoir obtenu les moindres.

« Si vous aviez été élevée dans ce pays-ci, vous n'auriez pas été si troublée , les femmes y ont perdu toute retenue, elles se présentent devant les hommes à visage découvert, comme si elles voulaient demander leur défaite ; elles les cherchent de leurs regards ; elles les voient dans les mosquées, les promenades, chez elles-mêmes; l'usage de se faire servir par des eunuques leur est inconnu ; au lieu de cette noble simplicité et de cette aimable pudeur qui règne parini vous, on voit une impudence brutale, à laquelle il est impossible de s'accoutumer.

« Oui, Roxane, si vous étiez ici, vous vous sentiriez outragée dans l'affreuse ignominie où votre sexe e^ descendu, vous fuiriez ces abominables lieux, et vous soupireriez pour cette douce retraite, où vous trouvez l'innocence, où vous êtes sûre de vous-même, où nul

péril ne \ous fait trembler, où enfin vous pouvez m'aimer sans craindre de perdre jamais Tamour que vous me devez.

a Quand vous relevez Téclat de votre teint par les plus belles couleurs, quand vous vous parfumez tout le corps des essences les plus précieuses, quand vous vous parez de vos plus beaux habits, quand vous cherchez à vous distinguer de vos compagnes par les grâces de la danse et par la douceur de votre chant; que vous combattez gracieusement avec elles de charmes, de douceurs et d'enjouement, je ne puis pas m*imagincr que vous ayez d'autre objet que celui de me plaire; et, quand je vous vois rougir modestement, que vos regards cherchent les miens, que vous vous insinuez dans mon cœur par des paroles douces et flatteuses, je ne saurais, Roxane, douter de votre amour.

« Mais que puis-je penser des femmes d'Europe ? L'art de composer leur teint, les ornements dont elles se parent, les soins qu'elles prennent de leur personne, le désir continuel de plaire qui les occupe, sont autant de taches faites à leur vertu, et d'outrages à leur époux.

c< Ce n'est pas, Roxane, que je pense qu'elles poussent l'attenla^aussi loin qu'une pareille conduite devrait le faire croire, et qu'elles portent la débauche à cet excès horrible, qui fait frémir, de violer absolument la foi conjugale ; il y a bien peu de femmes assez abandonnées pour porter le crime si loin; elles portent toutes dans leur cœur un certain caractère de vertu, qui est gravé, que la naissance donne, et que l'éducation affaiblit, mais ne détruit pas ; elles peuvent bien se relâ-

cher des devoirs extérieurs que|la pudeur exige : niais^ quand il s'agit de faire les derniers pas, la nature se révolte. Aussi^ quand nous vous enfermons si étroitement, que nous vous faisons garder par tant d'esclaves , que nous gênons si fort vos désirs lorsqu'ils volent trop loin^ ce n'est pas que nous craignions^ la dernière infidélité, mais c'est que nous savons que la pureté ne saurait être trop grande, et que la moindre tache peut la corrompre. »

Comme nous avons mis des robes à nos phrases depuis M. le président Secondât de Montesquieu I

Si l'amour dénoue la ceinture de la vertu, c'est qu'il sait que l'envers de sa robe n'est pas de la même étoffe que l'endroit. L'amour s'habille toujours avec la doublure.

Quand on joue à Tamour avec une femme, il faut bien cacher ses cartes.

C'est avec la courtisane qu'on apprend à connaître la femme vertueuse; c'est avec la femme vertueuse qu'on apprend à connaître la courtisane. Toutes les deux ont leur roman écrit par Tamour : l'amour divin et l'amour profane. Mais où s'arrête l'amour divin? Où commence Tamour profane? Tout est dans tout.

Pascal ne défendait-il pas à sa sœur de caresser ses enfonts? Madeleine, toute souillée encore des orages de la volupté, ne donnait-elle pas un baiser virginal au pied de la croix?

Une femme d*esprit disait : « Est-ce bien vrai ce mensonge-là?» En effet, les femmes ont si bien brouillé le mensonge avec la vérité, qu'il y a toujours dans leurs mensonges un peu de vérité, et dans leurs vérités un peu de mensonge.

LA

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