‹ L'amour comme il est (volume 3)Chapitre 12 sur 39 · L'A M QUE · texte numérisé non relu

L'A M QUE

mes comf^agjties^ en me disant adieu^ admiraient STec envie Téquipage qui allait m'emmener. — Oui, mais, dit Tune d'elles (mademoiselle de Sombreuil), nous la verrons revenir bientôt dans un aufcr^ équipage, sur un âne ou dans un chariot.

Je partis avec ce mot dans le cœur. Revenir! me disais-je; qui sait si je reviendrai?

Les premières semaines de son veuvage, je ne trouvai pas chez ma tante une compagnie bien agréable; cependant je me sentais vivre mille fois plus qu'au couvent : je respirais avec liberté, je courais dans le parc comme une folle, sans savoir pourquoi; je me cueillais des bouquets, je me tressais des couronnes, enfin je vivais à ma fantaisie. Je prenais un grand plaisir à voir le ciet, les arbres, les prés, les fontaines, et, le dirai-je? à me voir moi-même.

Chaque fois que je passais dans le salon, chaque fois que j*étais à la cheminée, je me regardais sans y penser, et, pour me régarder plus longtemps, j'arrangeais mes cheveux, et même je les dérangeais pour avoir le loisir de les arranger encore.

Ma tante finit par me surprendre à ce jeu. « Voilà, dît-elfe, une fille qui oubliera souvent d'égrener son rosaire. Ma pauvre enfant, j'ai bren peur que les habits du couvent ne te soient trop lourds, en vérité, mais ce serait un meurtre de couper ces cheveux-là. § Disant cela, ma tante avait défait mon pcii^ne; elle se tnii à éparpiller ma longue chevelure avec tout Tamour d'une mère. « Ah! repiit-elle, qu'un voile de mariée irait bien à cette chevelure si noire! >

Ma tante ne reparla plus goire du couvent; moi, je m*en éloignai de plus en plus par la pensée je m^habituais avec délices à la folle liberté que je prenais avec tai t d insouciance : je me laissais même aller de temps en temps aux ^Jées souriantes du mariage ; j'avoue que la mari ne m'apparaissai t qu'en accessoire ; le premier mari venu devait me séduire, non ^s par lui-même, mais par la liberté qu'il me donnerait. Voilà da»4S quelles maudites et fatales idées j'étais, quand M. Gars de )4 Veirière. procureur au siège de Bleulan, vint passer quelques purs au château de ma tante. Outre qu'il avMt été en amitié avec ^4n)n oncle, il avait avec sa veuve certaine affaire à débrouiller. It aie pirut fort laid, c Mon Dieu! me disais-je, comme on s'ennuiomit de tout son coeur avec un mari comme celui-là ! i M. Gars de la Verrière n'était pas galant et n'avait guère d'esprit; il s'haUillait mal et ne riait jamais; en un mot, c'était la perle des marii. Or, tout en débrouillant ses affaires

avec ma tante, qui n'entendait rien. Dieu merci ! à son grimoire, il daigna nie trouver à son goût : il poussa la générosité jusquli œe demander en mariage. « Me marier ayec un tel homme! jamais! » mMcriai-je avecraccentdu cœur. Mais le cœur ne devait pas être écouté; après bien des réflexions, j'en revins à mon idé« fixe : le mariage. Monsieur le procureur n'était peut-être pas aussi noir qu'il en avait Taîr; ma tante parlait beaucoup de sa fortune, de sou carrosse, de sa campagne. Je me laissai tenter, je dis oui; cependant, le jour du mariage, j'avais presque envie de repartit* pour le couvent.

Nous fîmes très-bon ménage durant trois mo/telles semaines; mais, m^ayant emmenée à Paris, où il attendait je ne sais quel siège de procureur, il m'emprisonna dans sa jalousie comme dans une chaîne de ferl Nous habitions un petit hôtel bien sombre de la rue Mazariiie; il me condamnait à rester clouée devant la cheminée de ma chambre. Je me souviens qu'un jour il se mit fort en colère parce que j'avais ouvert la fenêtre : « Que regardez-vous là, madame?— Je regarde le temps qu'il fait. — Vous regardez les passants, oiadame 1 » Il ferma la fenêtre avec un courroux grotesque.

Mon cœur ne voulut pas se résigner à cette façon de vivre ; cependant trois années se passèrent ainsi : j'eus deux enfants pour consolation ; mais, malgré ces enlants, mon cœur chercha i se ven» ger. Il n'attendit pas longtemps pour cela.

Monsieur le procureur avait un sien cousin au régiment des dragons de Champagne, M. Philippe de Montbrun, qui vint un jour nous voir sans être attendu, au grand dépit du jaloux. C'était un joli garçon, de belle humeur, portant bien sa tête et son épée. Il ne fut pas longtemps à faire ma conquête. J'ose le redire à peine, pendant la première heure nos regards se rencontrèrent soixante fois; la seconde heure, ce furent nos mains ; enfin, le soir même, il m'enlevait. Ilélas ! depuis qu'on enlève des femmes, jamais on n'avait vu femme de si bonne volonté.

Nous ne parvînmes pas à trouver un carrosse, il nous fallut nous décider à nous enfuir avec un cheval de selle. Je n'avais jamais monté à cheval : aussi je me cramponnais à Montbrun avec délices. Il voulait me conduire à Corbeil chez un de ses aniis nouvellement marié; mais, à peine à huit lieues de Paris, nous fûmes surpris ^T un orage effroyable. Nous allâmes au premier gite venu, c'est - ^•dire ai| petit château de Bièvre. Notre entiée fut des plus comi-

oues. Le maître du ch&teau vint à notre rencontre» croyant aroir aanciens amis à recueillir. Ne nous reconnaissant pas, et peu édifié sans doute à la yue de gens en route dans un pareil équipage, tout ruisselants, ks cheveux en désordre, il allait nous fermer galamment sa porte, quand Montbrun lui dit avec feu : « Ne vous offensez pas, monsieur, si, par la faute de Forage, nous prenons votre château pour une auberge, àVencoutre de don Quichotte, qui prenait les auberges pour des châteaux. » Le châtelain, voyant par ces paroles qu'il avait affaire à des gens d'esprit, devint plus hospitalier.

Nous soupâmes avec. lui; comme la jeunesse est très-conOante, nous lui confiâmes notre aventure. Nous rîmes beaucoup de la mine que devait faire monsieur le procureur.

Ce jour, dois-je le dire? fut le plus beau jour de ma vie; à présent que je maudis mes fautes, je ne puis pas maudire ce beau jour! Âh! qu'ils étaient doux ces baisers pris, durant tout le voyage, en dépit de la pluie et du vent. Il y a certaines nuits d'agitation où, sur ce lit de douleur, je crois encore sentir le galop du cheval, le bras de Montbrun qui me retenait avec tant d*amour; son cœur qui battait sous ma main.

Notre hôte devint si charmant, que nous restâmes trois jours au château, dans toutes les folies. du cœur. Ce qui m'étonne aujourd'hui, c'est que je me laissais entraîner si vite à l'abîme, sans regret et sans remords. Je l'ai dit, c'était la folie de l'amour ; j'étais fascinée et éblouie. RIontbrun était si beau, si galant, si amoureux! S'il est pardonnable de se damner avec quelqu'un qui en vaille la peine, je serai pardonnée.

Le quatrième jour, nous partîmes pour Corbeijf; nous fûmes trèsbien accueillis chez les jeunes mariés. Le sacrement de mariage nous manquait, mais l'ami de Montbrun n'y regardait pas de trop près. 11 nous installa de son mieux dans sa petite maison, tout en avisant au moyen de nous préparer un refuge assuré pour l'avenir.

Devenus un peu plus raisonnables, nous commencions à goûter en paix les douceurs de notre amour, quand nous fûmes découverts et surpris par monsieur le procureur. Nous voulûmes fuir encore, mais il mit à nos trousses une demi -douzaine d'archers qui nous atteignirent sur la route de Melun. Montbrun eut beau nous défendre de son épée, il fallut céder à la force.

Nous retournâmes donc à Paris séparés l'un de l'autre. Ce n*était

pins le même enlèvement! Pour moi, je fus conduite tout dioit aux Madelon nettes. Je passai un mois entier sans entendre parloi^ ni de mon mari ni de mon amant. Ileureusemont il y avait alors aux Madelonneltes quelques pénitentes de l)onne famille qui n'avaient pas perdu l'habitude de rire ; la maison n'était pas trés-sévère; on laissait passablement de liberté aux recluses ; le matin et le soir, les plus favorisées se prx)menaient dans le jardin, âàoî, j'avais obtenu la faveur de la promenade, malgré les recommandations du procureur. Dans le jardin, nous nous amusions comme des enfants et comme des rosières, courant après les papillons, nous jetant dès roses. C'était à qui ferait le plus de folies. On allait jisqu'à se raconter son histoire. Loin de cacher quelque chose, on allait au (Jelà ée ce qui était arrivé. J'ai ouï dire là les plus beaux mensonges amoureux. Ainsi donc, au lieu de faire pénitence, on s'encourageait à persévérer dans le mal : on se moquait de son maii, qu'on appelait un tyran ; on portait son amant dans son cœur.

Au bout de six semaines, je fus avertie que le procureur devait venir au parloir pour m'accordef ma grâce si je lui montrais un vrai repentir. Il vint, je le reçus fort mal, je le trouvais plus laid que jamais. Dès qu'il parla de raccommodement, au lieu d'écouter ses conditions, je lui dictii les miennes, à savoir : que je voulais ▼ivre en toute liberté ; que j'irais à la comédie, à la promenade, à l'église; qu'enfin j'ouvrirais ma fenêtre pour regarder le temps qu'il ferait chaque fois qu'il m'en prendrait la fantaisie. Jusque là le procureur était un homme, de la pire espèce, il est vrai ; mais, quand j'eus parlé, ce ne fut plus qu'un procureur vomissant un réquisitoire forcené : « Eh bien, s'écria- 1- il avec rage, vous resterez ici deux ans ; après quoi, si je ne daigne pas vous faire grâce, vous serez fustigée, rasée, authentiquée ; vous prendrez la robe noire des pénitentes, et puis, avec cela, vous irez à la comédie, si vous voulez, ou plutôt la comédie se passera pour vous entre quatre murs, quand les verrous seront bien tirés. » Là-dessus, le procureur partit et ne revint pas. Le lendemain cependant je crus le revoir encore ; on m'appela «u parloir ; je trouvai son secrétaire, qui me remit une lettre en silence; je voulais à peine la prendre. « Prenez, prenez, madame, me dit-il avec un air compatissant et dévoué ; prenez, vous n'aurez pas lieu de vous en repentir. » Je pris la lettre et je l'ouvris. Quolle^ ne furent pas ma surprise et ma joie quand je reconnus récriture de mon cher Montbrun ! Je rougis, je pâlis, je m'en-

fuis à ma cellule pour la lire dans le mystère et dans le silence.

« Mon cher amour, je sais enfin où tu es. Mon cœur te cherchait fl partout. Sans ce brave garçon qui te remettra cette lettre, je cherc cherais encore. Quoi ! ton mari a eu Tindignité de te jeter aux € Madelonnettes, comme une femme perdue ! Voilà bien de la jusfl tice de procureur! Mais, si Dieu fa affligée d'un homme pour te « persécuter, il l'a donné un homme pour te défendre. Je suis par- « venu à m'esquiver aux portes de Paris, dans le seul espoir de te f retrouver. Voilà ce que j'ai résolu : encore un enlèvement ! Tu f sais comme cela est doux : enlever sa maîtresse ou se laisser en- « lever par son amant, c'est aller au paradis de l'amour. Mais nous c parlerons d'amour plus tard, bientôt, cette nuit, car celte nuit fl nous serons réunis. Aie du courage, aie de la volonté; trouve- € toi seule, à onze heures, au bout du jardin. Il n'y aura qu'un a mur pour nous séparer; mais, avec des échelles de cordes, un « domestique dévoué, nous serons bientôt l'un à l'autre. Cette fois fl nous partirons dans un bon carrosse, nous prendrons une autre fl route; enfin, que le ciel nous conduise !

, « Philippe de Montbrun. »

Tout alla bien. J'avertis que j'étais malade ; le soir, je me cachai dans une tonnelle du jardiu, je fus sourde à l'appel, j^attr^ndis avec ardeur. Montbrun vint avec ses échelles et avec son carrosse. A minuit, nous étions déjà loin. Cette fois nous débarquâmes à Compiègne, sous des noms d'emprunt.

Nous y vécûmes deux mois très-obscurément, mais très-henreux. Malgré tout notre amuur, cependant, nous finîmes par nous fatiguer, lui surtout, de celte façon de vivre. L'hiver venu, la forêt que nous aimions tant devint inabordable.

A la fin de décen»bre, Montbrun me laissa seule pour répondre île vive voix à une lettre de M. de Penthièvre. J'espérais lii revoir au bout de quatre jours, mais il fut trois mortelles semaines sans revenir. A son retour, loin d'être des plus aimables, il me point plus fatigué. Je ne fus pas longtemps sans m'apercevoir que soth cœur était ailleurs. 11 repartit bientôt, il ne revint pas. il achevi de briser mon cœur en m'envoyant dé l'argent, sans y joindre une lettre, pas même un billet. Je compris tout mon malheur.

Je retournai à Paris au milieu de l'hiver; après bien des rccher-

ches, je (Kirrins â découvrir son refuge. Bêlas ! j'étais punie par où j'avais péché ; Montbrun avait une autre maîtresse.

Celle-là, qui se connaissait en hommes, le tenait sous clef, toujours à la chaîne. Mon désespoir fut si grand, que je résolus d'aller mourir à leurs pieds. Qû'avais-je en effet de mieux à faire ? J'ache* tai donc un poignard, je pris Thabit de marchande de modes, je me présentai un matin au logis de la dame en question, bien sûre que je trouverais le volage auprès d'elle. Après une grande heure d'attente dans T antichambre, on daigna m'accorJer une audience; comme je savais la dame très-coquette, j'avais fait dire que j'avais à lui vendre des points de Flandre de la plus nouvelle fabrique.

J'entrai dans la chambre à coucher. Je vis du premier regard trembler les grands rideaux du lit. Ah! comme je tremblais moi-même ! La maîtresse du lieu m'attendait devant la cheminée» dans un demi-déshabillé. Elle était belle aussi : une beauté blonde, un peu fade, mais pleine d*attraits. J'ouvris sous ses yeux, tout en la regardant à la dérobée, mon carton à dentelles : elle y jeta une main avide, elle retourna tout avec un peu de dédain ; elle finit par trouver un point qui lui donna envie ; elle le mit sur son épaule demi-nue et se mira en se faisant des. mines. Moi, je n'y tenais plus ; j'allai d'un seul bond dans la ruelle du lit, je jetai sur le perfide un regard foudroyant. 11 devint tout pale! « C'est vous? dit-il avec inquiétude. — Oui* <^'^t moi ! » m'écriai-je en saisissant mon poignard.

la maîtresse du lieu vint vers moi en poussant un cri aigu, f N'avancez pas, » lui dis-je en la menaçant. Comme c'était une petite maîtresse, elle s'évanouit.

Montbrun, touché de la voir tomber au pied du lit,. se précipita Ters elle tout en m'insultant de la voix et du regard. Moi, déjà tout égarée, je me laissai aller à la colère et à la vengeance; j'agitai mon poignard : c Cruel ! » dis-je en me jetant sur Montbrun. Délas ! je Tatteignis au cœur, ce cœur qui m'avait tant aimée !

A peine eus-je frappé, que je me sentis chanceler, mes yeux se troublèrent, je tombiii agenouillée devant le lit, en couvrant de baisers la main de mon pauvre amant, «t Je suis perdu! » dit-il sans colère et sans retirer sa main.

A cet instant une femme de chambre, attirée par le cri de sa maîtresse, entra tout effarée. Montbrun eut encore assez de présence d'esprit pour vouloir me sauver, t Ce n'est rien, dit-il â cette fille ; revenez dans un quart d'heure. — Oui, dans un quart

dlieure, dis-je, tout sera fini. » Je ramassai le poignard ; mais fêtais sans force et sans courage, ma main retomba sans m*avoir frappée, c De grâce, me dit Montbrun se ranimant un peu, allezvous-en, ma pauvre Marie, je crois bien que le coup n'est pas mortel. Parlez, je vais moi-même me faire transporter rue Hautefeuille; vous y viendrez. »

Le croii*a-t-on? j'eus la lâcheté d'abandonner Montbrun au lit de la mort, moi qui Tavais tué !

Je sortis sans obstacle. Il mourut sans doute une heure après, à côté d'une autre dont je suis encore jalouse. J'allai l'attendre jusqu'au milieu de la nuit dans la rue Qautefeuille ; j'y retournai le lendemain ; enfin j'appris sa mort. Sa maîtresse ne fut pas accusée; il avait eu le temps de s'accuser lui-même dans un testament J'appris tout cela par les crieurs de nouvelles. Le nom de Montbrun ne fut pas prononcé ; mais, hélas! c'était bien lui ! J^eus encore la làchelé de ne pas m'accuser. Je portai mon crime dans le silence, je vécus seule avec ma douleur. J'habitai la rue Hautefeuille, comme si le pauvre Montbrun devait y revenir. Je passai la fin de l'hiver le plus tristement du monde, dans les larmes les plus amères.

Hélas! me le redirai-je k moi-même? la belle saison revenue, l'ombre de Montbrun s'éloigna peu à peu de mon âme, je me sentis rajeunir.

J'avais retrouvé une très-jolie compagne du couvent qui n'avait guère mieux tourné que moi. J'allai la voir de phis en plus souvent ; elle avait une petite cour de crfdets de famille très-bons vivants, qui ne donnaient pas de prise k la tristesse. Ils finirent par m'égayer un peu. Ne pouvant en aimer aucun, je les aimais tous ensemble. Je devins pii« que je n'étais. Jusque-là j'avais eu la foi de l'amour, j'avais aimé avec religion, mais ce ne fut plus chez moi qu'une profanation de l'amour : je devins coquette, je pris plaisir au madrigal, je me fis de plus belle en plus belle; enfin, je m'étourdis follement, je perdis la tête : pour le cœur, il n'ea fut guère question. Du malin au soir, et souvent du soir au malii, je m'abandonnai indignement à tous les jeux de l'amour, tournant à tous les vents, écoutont toutes les bouches trompeuses, prenant à peine le temps de songer au passé et à l'avenir, à Montbrun et à Dieu. J'oubliai jusqu'k mes enfants.

Mais ici la plume devient rebelle. A quoi bon, en effet, retracer cette page, la plus triste de ma ne? Que dirai-je de plus, si ce

n^'est que je passai toute une année dans les égarements des mauvaises passions?

Quoique j'eusse changé de nom, M. le procureur finit par me ' découvrir encore. JCeiie fois il obtint un affreux ju^^em^nt contre moi : la prison perpétuelle. Ce ne fut plus aux Madelonnettes qu'il me fit conduire, mais à Sainte- Pélagie, où il n'y a plus ni jnrdin, ni promenades, ni compagnes, ni amant qui veille sur moi ; Sainte- Pélagie, la tombe entr'ouverte !

Ah ! du moins il me reste un souvenir qui me console, le souvenir de Montbrun, le seul que j'aie aimé. Pauvre enfant ! j*ai toujours gardé sur mon cœur le poignard taché de son sang. Ah ! ce poignard a encore quelqu'un à frapper !

A la suite de ces mémoires, Marie de Joysel avait transcrit les deux arrêts obtenus contre elle par le procureur.

La sentence de condamnation du 14 septembre 1672 porte :

« Marie de Joysel sera mise dans un couvent au choix de son mari, pour y demeurer pendant deux ans en habit séculier, pendant lesquels il pourra la voir et même la reprendre ; et, au cas qu'il ne la reprenne pas après les deux années, y être rasée et voilée pour le reste de ses jours, et y. vivre comme les autres religieuses. »

Cette sentence a été confirmée par un arrêt rendu le 9 mars 1675, au rapport de M. Hervé. Cet arrêt a été exécuté.

L'arrêt du 9 mars condamne :

« Marie de Joysel, pour crime d'adultère, à être mise dans un couvent, où elle sera rasée et authentiquée après deux ans, aif cas que son mari, dans cet intervalle, n'eût pas la bénignité de 1^ reprendre. »

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