‹ L'amour comme il est (volume 3)Chapitre 18 sur 39 · LE BOUQUET DE VIOLETTES · texte numérisé non relu

LE BOUQUET DE VIOLETTES

ET

LE BOUQUET DE fLEURS D'ORANGER

Ce jour-là, 'm<m ami Henry de Rosway s'ennuyait d'avoir le cœur oisif depuis une grande semaine.

On était aux belles matinées d'avril; on rencontrait à chaque pas un rayon de «oleil, une Éelle femme et un bouquet de violettes. Vous savez ce bien-airaé soleil d'avril qui, après avoir fait longtemps mauvais visage aux Parisiens, redevient tout d'un coup, comme par caprice, si souriant et si doux; cette femme, plus charmante encore que belle, qui a mis de côté la fourrure "et les robes d'hiver, qui a retrouvé sa jeunesse et sa grâce avec la robe du prinlenips ; ce bouquet de vio-

lettes, enfin, si bien planté au <x)rsage, qu^on le voudrait cueillir d'une main religieuse, si ce n'est d'une lèvre profane.

Henry demeurait quai Voltaire ; ses fenêtres regardaient la Seine, A son réveil, un rayon de soleil, traversant ses rideaux^ vint trembler sur les bruyères roses de sa jardinière. Ce gracieux tableau ranima ses souvenirs amoureux; après les souvenirs, les espérances traversèrent son imagination comme unetfo^lpe folâtre de belles filles qui vont à la fête vokine. Il se leva en chantant un air de la Norma. 11 ouvrit une fenêtre et vit passer des femmes jçn écharpe qui ne pensaient pas à lui ; mais, s'imaginant voir l'image vivante de ses rêveries, il descendit bientôt, résolu de ne rentrer au logis qu^avec quelque chose dans ie cœur.

II était près de onze heures du matin. Où aller? A eoup sûr le hasard est un lutin malveillant qui conduira les belles femmes au nord si vous allez au midi. , fleflry suivit le quai tout simplement, non pas du côté derAcadémie, où il n'y a que des livres, mais de l'autre "Côté, vers le pt)nt Royal, où il passe toujours une jolie femme. Henry, comme vous voyez, était un homme d'esprit qui cherchait la science à la façon de notre première mère. Les sots auront beau dire, les plus ignorants sont ceux qui lisent le jVlus, car ceux-là n'ont pas le temps d'aimer : il y a plus à apprendre dans le cœur d'une femme que dans mille volumes. Maudit soit Gutenberg 1 le bal de l'Opéra est la seule bibliothèque à mon gré.

Outiie que mon héros était un. homme d'esprit,

c'était un homme à la mode. Cela vous semble fabuleux; car que deviendraient les sots s'ils laissaient aux hommes d'esprit le privilège de la mode ? tl faut bica dire que Henry de Roseray n'était pas, à la mode pour son esprit, mais un peu pour sa figure, passablement pour ses habits, beaucoup pour sa grâce à valser et à monter à cheval. En y regardant de plus près, on lui découvrait d'autres qualités encore : le pied du cavalier, le regard noble, la lèvre efféminée, la main fine et blanche à tel point qu'il lie mettait de gants que pour le soleil. Il n'était pas du club jockey, mais, en revanche, il n'était pas auditeur au conseil d'Etat. Il avait failli être avocat, circonstance aggravante I mais pour passer son examen il m'a demandé gravement où était l'École de droit. 11 se laissait vivre avec insouciance, grâce à vingt mille livres de dettes que son père payait tous les ans sans rien dire, en vrai philosophe : cependant son père était député.

Ce matin-là, le père et le fils suivirent le même chemin; mais le fils n'eut garde d'aller à la Chambre.

— Où vas-tu? lui demanda le père à l'angle du pont Royal.

— Je lie sais pas, répondit-il.

— Hélas I dit sentencieusement le député, où allonsnous? Car l'abîme des révolutions est encore béant.

Vous devinez qui du père ou du fils perdit sa journée ? Ce fut le député.

Au bout du pont Royal, Henry s'arrêta tout émerveillé devant une joUe fille, pimpante et fraîche, qui venait d'acheter un bouquet de violettes. Par malheur

pour elle, elle n'en était plus à son premier bouquet.

— D'où vient-elle? où va-l-elle? qui est-elle? se demanda Henry. — Qu'importe? reprit-il, elle est jolie, elle est svelte, elle est blanche ; si elle entre aux Tuileries, je vais me promener-avec elle.

Elle entra aux Tuileries ; ce n'était pas là son chemin ; mais comment ne pas entrer dans le jardin, quand il y a si gai soleil et quand on respire un bouquet de violettes? Une fois entrée, elle regarda vers rhorloge pourvoir... pourvoir si Henry la suivait toujours. Il la suivait lentement, en homme qui ne sait pas encore quel parti prendre, ou peut-être en homme qui craint une rencontre inopportune.

— Déjà onze heures ! dit la jolie fille au bouquet de violettes.

Et elle ralentit son pas pour laisser plus de loisir à Henry; elle venait, je crois, de la rue des Saints-Pères, elle allait dans la rue Vivienne.

— J'aurais bien fait, reprit-elle, de passer le pont des Saints-Pères.

Pourquoi n'avait-elle pas, en effet, pris le chemin le plus court ? Parce que, en passant par le pont Royal, ellf avait eu pour le même prix son joli bouquet de vio lettes.

H y avait beaucoup de monde aux Tuileries, non pas encore les promeneurs, mais les allants et* venants. L'amour aime le silence et la solitude, comme disent les poètes; notre jolie fiHe, curieuse sur ce chapitre, fit tout d'un coup un zigzag gracieux et s'avança indolemment sous les marronniers déserts. Alors Henry la

suivit d'un peu plus près. Enfin il Taborda sous le sq^ tième marronnier, n^ ^,315, un chiffre amoureux.

— Je vous sais gré, madame, d'être venue sous ces arbres, car j'ai passablement de belles choses à yous dire.

Elle fit semblant de ne pas entendre.

— En premier lieu» je vous dirai que vous êtes jolie : j'en suis bien aise pour vous comme pour moi. Qu'en dites- vous ?

— Je suis sourde et muette, répondit en souriant la jeune fille.

Elle marcha un peu plus vite.

— ai je vous parle ainsi, reprit notre héros, ce n'est pas, comme dirait un niais, parce que je crois vous avoir vue quelque part, c'est parce que je ne vous ai jamais vue. Je suis pour l'amour impromptu; l'amour qui n'est pas une surprise est une phrase de M. de la Palice. Vous avez trop d'esprit pour ne pas penser comme moi et avec moi, n'est-ce pas?

Un silence assez fatal suivit ces paroles.

— Vous avez bien tort, en vérité, de ne pas me répondre; il me semble que vous n'êtes pas de celles qui cachent leurs dents.

La fauvette, à ces mots, ne se sent pas de joie.

Donc la jolie fille, jusque-là sur la défensive, perdit beaucoup de terrain pour montrer ses dents blanches. Elle parla peu cependant, mais assez pour avertir Henry qu'elle passait souvent vers onze heures dans le jardin des Tuileries. C'était un rendez-vous pour le

leotleinaiii. Henry qe voulait p^^ attendre 4 longtemps; mais tout d'un coup ^Ue lui éeh^pp^y comble

un oi^em^ im^ un graupe de p^w^^neurs, en ipur-

murant ;

— A demain donc I dit^il,

Après une petite promenade sous }eg arhr^^ U alla fi'assew devant le café et demanda je ne sais quoi avec. \m jQurpal. Il voiilut lire un article sur la question d'Orient 4 mais le moyen de s'occuper de lord Palmerston, quand il fait un ^ beau soleil I I^e moyen de lire un prenner-Paris, quand on a encore devant les yeux l'image souriante d'une jeune fille qui prend le pont Royal pour avoir un bouquet de violettes I

A côté de Henry vinrent bientôt s'aiseçir nn capitaine d'artillerie, nne vieille dame» une jeunç fille, nne femme de chambre et un çbien anglais^ Le capitaine avait Fair, de prime abord, d'un homme infiûnciant ^t frivole ; un mauvais physionomiste eût découvert qu'avant tout ce capitaine aimait ses moustaches. Mais, en regardant de plus près, on eût deviné qu'il avait au fond du cœur quelque ardente pen^é^ d'amour pu d'ambition.

lia vieille dame était sa mère. Quoique d'originq anglaise, elle rappelait avisez bien qes pauvres irieillea marquises du règne de Louis XVI, qui sont arrivées jusqu'à noua toute9 pâlies et toutes briséeii par le# f évolutions. Elle avait encore, sur ses lèvres mille fois fanées, je ne sais quel sourire plus gracieui^ que tendre, ce sourire qui vous arrête çà et là tout rêveur^ quand vous regar-

âW L* AMOUR

dez sur les quais un vieux pastel de La Tour^ ou une vieille toile de Fragonàrd.

La jeune fille était sa nièce. Il y avait six mois à peine que miss Jenny Murray habitait Paris. Née à Londres, elle n'avait quitté cette ville qu'à la mort de la mère, veuve depuis longtemps. Jenny aurait pu se marier à Londres, mais il lui était venu là-bas je ne sais quel écho trompeur du monde parisien ; elle avait dans Tesprit je ne sais quoi de romanesque, je ne sais quelle petite fleur bleue qui ne pouvait s'épanouir sur les bords embrumés de la Tamise ; elle était venue avec quelque vingt-cinq mille livres de revenu demander un peu de soleil et un peu d*amour à la France. Mais, par malheur, il n'y avait que bien peu de soleil dans le vieil et triste hôtel de sa tante. Pour Tamour, il s'en était depuis longtemps exilé. Le capitaine d'artillerie venait bien de temps en temps de Yincennes avec un cigare et un madrigal sur les lèvres ; msris ce n'était pas là un amoureux romanesque comme en rêvait la délicate Anglaise.

En s'asseyant, elle regarda au travers de son voib Henry de Boseray. Elle le trouva fort à sa guise. Mais, ' 86 dit-elle tout bas, celui-là doit être, comme mon cousin, très-préoccupé de ses moustaches. D'ailleurs, il lit un journal au lieu de me regarder, c'est encore un cœur mal &it.

— My dear, dit-elle tout haut en se tournant vers le capitaine, the sun...

— - Je vous ai déjà dit, ma belle cousine, que j'aimais la langue française ; quand vous me parlei an-

glais, je suis obligé de me servir d'interprète à moi* même, si bien que j'écoute de toutes mes oreilles, mais pas de tout mon cœur. Je sais, d'ailleurs, que les femmes ont bien assez d'une langue pour déguiser leur pensée; ^n'est-ce pas, ma cousine?

Henry de Roseray, qui avait un peu entendu, laissa tomber son journal à cet instant.

— Ma foi, mon cousin, si les femmes déguisent leur pensée, la faute en est aux hommes; mais nous n'en sommes pas là-dessus, Dieu merci ; je voulais simplement vous parler du soleil. . .

— De la lune et des étoiles, interrompit en riant le capitaine. Que voulez-vous prendre, cousine?un sorbet, une limonade, une orange?

— Rien qu'un rayon de soleil, mon cousin.

— Oh I la belle romanesque ! Milton vous eût mise dans son Paradis perdu,

— N'y sommes-nous pas tous, dans le Paradis perdu?

Pendant qu'elle disait cela avec un sourire désenchanté, le capitaine demanda des oranges. Henry de Roseray lança un regard byronien à la jeune Anglaise. Si ce regard fut perdu pour lui, il ne fut pas perdu pout elle; car ce fut dans ce regard ardent que Henry vit toute la splendeur et toute la grâce de Jenny. Vous devinez bien ce qu'il y a de charme adorable dans ces blondes figures d* Angleterre, animées par Tentrain de Paris, ces traits si purs, qui semblent formés par une main divine, ces couleurs si délicates, qui semblent îe reflet des roses et des lis cultivés par les anges ; et puis cesyeux, qui vous parlent des joies du ciel en attendant

les joies de la terre ; enfin, cette nonchalance du cygne, qui appartient tour à tour à la tendresse et à la volupté.

— Quel dommage que ce soit là une rose du Bengale I dit Henry en retombant de son admiration.

A peine acbevait-il ces paroles, qu'un de ses amis vint lui tendre la main.

— Enfin je te rencontre à propos I dit le survenant en lorgnant la jeune Anglaise.

Cet ami s'appelait Hector Rivière (quelquefois Hector de la Rivière, ce qui ne faisait de tort à personne, hormis à lui-même).

Henry se leva et suivit Hector. H se retourna bientôt pour jeter un dernier regard sur miss Jenny, Elle s'était "penchée à l'oreille de sa femme de chambre, mais sans perdre de vue notre héros.

— C'est toujours, dit Henry, avec un doux et triste gentiment que je quitte, sans espérance de la revoir, une belle femme à peine entrevue, une rose dont je n'ai pas respiré le parfum ; il est vrai que celle-ci est une rose de Bengale.

— Une rose de Bengale ? dit Hector d'un air surpris...

— Oui, c'est une Anglaise, un beau corps sans ftme, ou plutôt une âme sans am(^ur.

— Ce que tu dis là est insensé, Henry; si les Anglaises n'ont rien dans le cœur, c'est la faute des Anglais, qui ne savent pas cultiver la fleur délicate de Tamour. Dieu a semé cette fleur-là dans toutes le» âmes, laissant aux hommes le plus beau privilé^e^

GOMME II EST %l

celu} de l'arroBer d'une larme ^t de rjiBipi^r d'un regard.

Henry regarda Hector des pieds à la tête,

— Tu ne me croyais pas capable, lui dit Hector, d'un semblable galimatias sentimental ? Tu ne me con nais guère, ô mon amil et je me connais bien moins encore. Mais je veux sur^Qut combattre ta pensée, à savoir qu'il est triste de quitter à jamais une belle femme qu'on rencontre à la promenade, au bois, au théâtre, au ï)al, je ne sais où. C'est encore une de tes erreurs : le hasard fait biei} ce qu'ij fejt. Il ne se passp pas de jour qu'on ne s'aiflu^ç % ces charmantes rencontres : une belle vous apparaît çofnme yn astre iinpromptu ; vpus savez d'ayanc^ qù^ vpus n!ayez qu'un seul instant à passer sous ses heetpx yeux. Yous vpus dépêchez de l'aimer de tQute^ yos forces. Comme elle sait qu'elle n'a riep à ri^quef; ^H^ y ipet un peii dte bonne volonté et pn peu ^e (cgqyfitîerie ; elle est alors,

' comme par miracle, plus belle que jamais ; vos yei^ic se disent raille pensiées adorables qui vous ypnt ap cœur. Va, rooi qui te parle, j'en ai aimé plus d'une comme cela, que j';ii même regrettée, bien enteqdu, plus qu'une passioii de six niois. Hier encore, je n'ose dire où, dans pn omnibus qui avait passé, il est vrai, par la rue J^affitte.,. Ah! la jolie femmel Mais n'ep parlons plus... Oui, mon cher, l'amour n'a pas des ailes pour rienj c'est en voltigeant çà et là qu'il atteint son but.

— Tu te trompes, dit Henry ; c'est en voltigeant ç^ otlà qu'il voyage, mais il n'arrivje à rien.

— Tant mieux, s'il n'arrive pas. Arriver à quoi, s'il TOUS plait? • Us entrèrent au café Anglais.

En bon physionomiste, Henry de Roseray s'était trompé tout à fait sur le caractère de la jeune Anglaise. Bose de Bengale, avait-il dit, fleur sans parfum, femme sans amour : l'erreur était grande. Miss Jenny avait dans son petit cœur anglais un petit volcan d'Italie. Elle avait lu des romans; elle passait leç heures les plus douces à rêver une vie romanesque. Libre de sa main et de sa fortune, elle avait depuis longtemps juré qu'elle prendrait pour compagnon de route ici-bas un homme selon son cœur ; il fallait être blond de cheveux et de barbe, assez grand, avec un joli pied et une main fine ; avoir plus d'esprit que de beauté, cependant la beauté ne devait pas être horsMe concours; ne pas être bavard ni tron empressé, plutôt grave que léger, mais grave avec un éclair de franche gaieté; par-dessus tout, il fallait être original. J'ai bien peur que Henry de Boseray ne soit le modèle du portrait caressé en rêves. Qui sait si ce n'est pas la destinée de Jenny qui a entraîné notre héros sur les pas de la jolie fille au bouquet de violettes pour le conduire sous les yeux distraits de la jeune Anglaise?

Le lendemain, comme Henry s'habillait pour aller aux Tuileries, à peu près à la même heure que la yeille, un Auvergnat lui remit une lettre. Comme vous et comme naoi, il perdit une minute à vouloir deviner de qui lui venait cette lettré, sur le cachet, récriture et le parfum ; mais pas d'armes sur le cachet, une écriture sans caractère^ pas le plus léger parfum. Pourtant, en la respirant, il pensa que le soufQe d'une femme y avait passé. Enfin, il brisa le cachet et lut cette énigme :

<x A onze heures comme hier ; le jardin est grand, « mais on se trouve sans se chercher. »

Il ne comprit pas. 11 pensa d'abord que ce ne pouvait être que de la jolie fille au bouquet de violettes ; mais qui pouvait lui avoir appris son nom et enseigné sa demeure? car sur l'enveloppe il y avait bien : Monsieur Henry de Roseray, quai Voltaire. Cependant, dit-il, je n'avais pas écrit sur mon chapeau, comme dans la fable : C'est moi qui suis Guillot. Qu'importe, après tout, d'où cela me vienne ? il y a trois étoiles pour signature, c'est d*un augure sentimental et poétique.

11 partit pour les Tuileries; mais, par un contretemps fâcheux, il y fut surpris par une petite averse. — Allons, dit-il avec dépit, voilà mes espérances qui tombent dans l'eau.

Il revint àur ses pas en maudissant le climat parisien; et, ne sachant comment bien perdre son temps, il rejoignit son père à la Chambre. 11 sortit bientôt, fatigué de voir tant de médiocres avocats sans causes.

Le lendemain, il se promenait, dès dix heures, aux Tuileries ; un vent léger agitait les branches déjà touf-

966 L'AMOUa

fue$ des marronniers ; (à et là une chanson d'oiaeao traversait le silence un peu bruyant des ombrages. Dans les parterres, les jacinthes s'épanoiiis^aî^ntàcôté 4f s tulipes : les roses printanièrçs semblaient o'âtteodre qu'un jour pour 1^ Qordisop ; divins Ips bf^ssin^, \^ hirondelles rçyenue? p3??aipnt toutes joyçusfjs^ efBeçh rant du bput de leurs aile§ les cygnes surpris et |fô étoiles blanches des jasmins ; c'était partout, sous ce beau ciel; dans ce jardin en fleur, un tsiblem; de ]a w plus ardent et plus charniant que jamais.

Il attendit. — Elle passa ; — elle p^ssa, plus pin^ pante et plus jolie encore que rayant-veille, avec un doux sourire sur la lèvre, un rayon d'amour d^ns les yeu^ : cependant Henry fit la griniace ^u passage; pourquoi? Elle ne passait pas seule. — Attendez-moi sous Vorme^ dit-elle encore.

— Qu'elle aille se promener ! s'écna Henry.

n se promena lui-même. Il s'empara^ sans y penser, de la première chaise yenue contre la terrasse de? Feuillants. Comme son regard errait à Faventure, jl découvrit tout d'un coup, avec une douce surprise, la vieille tante de miss Jenny Murray.

— A n^erveille, dit-il, voilà de quoi distraire mon regard pendant l'entr'acte.

La vieille tante n'était pas seule, bien entendu; à côté de sa tête» qui hochait un peu, se dessinait le ravissant profil de la jeune Anglaise. Elle faisait semblant de regarder au loinj niais la vérité, c'est qu'elle voyait très-bien Henry.

Elle ««couAit indgl^mment un petit bouquet de myo*

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sotis; de tepips en temps elle le respirait avec un sou* pir céleste, coaime si ce bouquet fût un pouyeuir des anges ; or, à force de le respirer et de le balancer, il tomba à ses pieds un peu du côté de Henry : c'était là qu'il Fattendait. Il s'empressa de le ramasser j il Toffrit à Jenny avec une grâce parfaite^ mais Jenny, jouant iperveilleusement la distraction, eut Vair de ne pas yoir le geste de Henry, II prit son parti sans balancer, il garda le bouquet. C'est toujours un bouquet, dit-il, j§ n'en espérais pas autant d'une Anglaise. Le myosotis est la fleur du souvenir. Dieu veuille que je me souvienne de celle-là toute la durée de son bouquet! Mais ce serait à coup sur perdre mon temps que de rester dans celtô atmosphère septentrionale j allons un peu plus loin,

Il se leva et fit un tour dans la grande allée. Quand il passa devant miss Jenny, elle inclinait sa blonde tête sous je ne sais quelle rêverie mélancolique. — Comme les apparences sont trompeuse?, dit-il, une Française pareillement inclinée rêverait à son amant, à coup sûr; mais une Anglaise! elle pens^ à prendrai du thé,

Il s'éloigna pour chercher fortune.

En rentrant vers minuit, ^ans avoir rien trouvé, on lui remit une lettre de m^idemoiselle ou de madame Trois -Étoiles.

« Je suis déjà oubliée, n'est-ce pas? j'ai passé sur « votre âme comme une hirondelle sur les fleurs. » /

Le lendemain, Jenny vint, de son pied léger, jusque dans son salon. Il tomba ébloui et atterré sur son divan.

268 L*AHOUR

—•Est-ce bien une femme ou une vision? se de* manda-t-il. C'était une femme et une yision ; elle ne lai dit pas un mot. Elle apparut et disparut comme par enchantement.

n ouvrit une fenêtre sur la cour, en se rappelant que quinze jours auparavant il avait.lorgné sa voisine, la femme d'un consul, depuis dix ans à son poste, je ne sais où, ni elle non plus. Mais, au lieu de regarder par les clairs rideaux de cette -dame, le hasard entraîna son regard sur la balustrade d'une grande fenêtre où un chien dormait avec délices sous un rayon de soleil.

— C'est bien étonnant, dit Henri ; il me semble que j'ai déjà rencontré ce chien-là quelque part ; j'ai vu hier dans la cour une charrette pleine de meubles : c'était sans doute pour Temménagement de ce chien.

Comme Henry avait son journal à la main, il l'ouvrit par mégarde et y jetA un regard distrait ; mais bientôt il y prit goût au point qu'il ne vit pas de prime abord une jolie fille passer sur la balustrade, à côté du chien.

— Oh I oh ! dit tout à coup Henry, voilà une voisine dont je ne me doutais guère.

Or la jeune fille qui venait de passer sur la fenêtre était tout simplement Jenny.

Après s'être appuyée un instant sur la balustrade, elle se pencha sur le chien et le caressa gentiment. Le chien, qui sommeillait encore, se réveilla tout à fait, comm^ par reconnaissance.

— Les belles mains I dit Henry.

A cet instant la femme de chambre apparut, transportant une jardinière toute pleine de pâquerettes et de

myosotis. Jenny se releva et respira au-dessus de ce joli jardin. Elle avait entrevu Henry, elle ne savait trop quelle figure faire. Elle pensa à rentrer; mais il y avait là son chien, ses fleurs, du soleil ; et puis elle ayrait eu Tair de s*en aller à cause de lui. Elle demeura, elle cueillit une pâquerette en murmurant : A little^ mucK passionatelyy nc^at ail. Elle rejeta la fleur avec dépit et leva un regard au ciel. Il faut dire que la fenêtre de Henry était dans le chemin du ciel.

Elle rentra dans le salon, suivie de son chien. La femme de chambre demeura un instant encore, comme pour étudier la physionomie de Henry; mais il ferma sa fenêtre avec insouciance. Cependant, une heure après, il y revint par curiosité, rien que par curiosité.

— Quel joli profil I quel teint adorable! dit-il en allumant un cigare. Mais je voudrais bien avoir des nouvelles du bouquet de violettes. Dirai-je donc longtemps encore comme le poète : Le désert est dans mon cœur?

H oublia peu à peu que Jenny était sa voisine ; il finit par ne plus ouvrir sa fenêtre sur la cour; i} reprit plus que jamais son insouciance* vagabonde et ses amours en plein vent.

Près d'un mois après le matin où Henry avait vu Jenny à sa fenêtre en compagnie de son beau chien, il iut très-surpris de la rencontrer à une soirée de madame de T... Jenny dansait comme un ange ; il dansa ' avec elle par caprice plutôt que par entraînement. Il se contenta de danser ; il ne trouva pas un mot galant i dire. Cependant, à la fin du quadrille, il allait parler de je ne sais qupi, quand le capitaine d'artillerie le re-

garda avec un certain air de bravade qui ne Uâ fit pas peur, mais qui L'arrêta court dans soa cloquent Jenny, qui avait de la bonne volonté à çon égard, |^ trouva spirituel. Un danseur qui ne dit rien du tout a mille fois plus d'esprit que celui qui dit quatre parole Cependant un homme d'esprit qui cause eu dansaut a beaucoup de chances pour touçh^H* le cœur de sa d^oseuse ; la parole gUsse amoureusement sur le$^ ^es de la musique. Mais tout l'esprit doit, selon madame de Staël, se borner à ceci ou à peu près : Vous atez le plus beau bouquet ; ou bien : Vous daosea^ Qcuome lui ange*

Le même soir, Henry se retrouva en face^ du capitaine à une table de \7bist. Le^capitaine avait uoefraschise un peu rude qui plut à Henry; il le jugea bra^e et sincère*

^ J'en suis bien aise pour cette jeune Anglais, dit-il d'un air distrait.

Madame de T. . , recevait son mandq tous }e$ jeudis. Le jeudi suivant, Henry retrouva Jenny au milieu duo quadrille ; il dansa encore avec elle dansi le plus profond silence. Il remarqua, en la reconduisant, qu'elle était d'une pâleur extrême,

~ Peut-être mon silence est«-il trop éloquent, murmura4-il. C'est ennuyeux de parler en dansant, ce n'est guère plus amusant de danser sans rien dire ^ je ne reviendrai plus ici.

l\ ne retourna plus aux soirées de madame de T...

Il ne revit plus Jenny que de loin en loin, quand ii prenait le loisir d'ouvrir sa fenêtre sur la cour.

#— C'est étonoant comme cette jolie petito fille a pfili, disait-il à chaque reocoQtre. Pourquoi diable n'épouse*t-elle pas son cousin ?*

Un matin, à son-réveil, le domestique vint Favertir qu'un monsieur tout noir demandait gravement à lui parier en tête*à-tôte.

— Tout noir, dit-il, c est un corbeau de mauvais au* gure ; cela menace d'être gai. Dites-lui d'entrer, Jean, Vais emportez donc ces chiffons de femme.

Le domestique ramassa çà et là, sur la cheminée, sur un fauteuil, sur un tapis, un petit gant de Suède, une broche, un mouchoir de batiste. Ce domestique, qui avait assez le style d'un roué coquin, pria l'homme noir d'entrer, tout en respirant l'ambre du mouchoir.

L'homme noir entra en silence et s'inclina d'un air digne et sévère au-dessus du lit de Henry. Notre héros se souleva et lui rendit son salut de l'air du monde le plus comiquement sérieux.

— J'ai deux mots à vous dire, monsieur Henry do Roseray. Je suis un oncle outragé.

— Je vous écoute, monsieur.

— Sans préambule oiseux, j'arrive droit au fait; je ne viens pas ici pour faire des phrases ; les beaux mots nie vont mal; je ne suis pas avocat, grâce au ciel!

— J'en suis bien aise pour vous et pour moi, monsieur.

— Je hais les b^aux discoureurs qui se donnent toutes les peines du monde pour embrouiller leur pensée; il faut les suivre dans des détours sans nombre, au risque de se perdre et de ne pas se retrouver. Jo ne

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suis pas de cette école lâcheuse ; à quoi bon sefatigiief vainement Tesprit et la poitrine? Pourquoi perdre da temps à parler pour ne rien dire? Tous les chemins vont à Rome; mais, pour aller à la raison et à la yérité, il n'y a qu'un chemin, le chemin du naturel.

Pendant ce début si rapide et si simple, Henry étudiait la physionomie de cet homme grave. C'était un homme de cinquante ans à peu près ; vain et sentencieux, il y avait en lui l'étoffe d'un procureur du roisubalterne'ou d'un avocat obscur; sa figure, depuis longtemps éteinte, retrouvait çà et là un accès d'orguël qui la ranimait pour un instant. Il s'écoutait parler, même quand il ne parlait plus. Il écoutait les autres avec laisser aller et avec distraction. Bon homme au fond, mais se gardant bien de se laisser deviner. Il était vctu avec une sévérité lugubre, tout noir des mains aux pieds^ Il faut tout dire : c'était un médecin.

Après un silence prétentieux, il reprit la parole, toujours d'une voix glaciale, toujours répétant deux ou trois fois sa phrase sacramentelle :

— En un mot, monsieur Henry de Roseray, je vais, sans perdre de temps, vous apprendre de quoi il est question, car, enfin...

— Mais, monsieur, j'écoute avec impatience ; vous promettez d'aller comme sur un chemin de fer, mais nous avons bien de la peine à nous mettre en route. Voyons, ai-je commis un petit délit? Ai-je oublié de payer un billet? Suis-je découvert pour la garde nati-o-nale? ^

— Il s'agit bien de tout cela, monsieur I Si je viens

ici, ce n'est pas pour si peu de chose. L'honneur, votre honneur et le mien, sont en jeu.

— En vérité I je voudrais bien savoir ce qu'ils ont à démêler ensemble?

— Vous ne le saurez que trop tôt, monsieur. Mon silence devrait parler. 11 est des choses qui se devinent, des mystères qu'on soulève d'un rien, des secrets...

— Enfin, monsieur, quel est votre secret?

— Mon secret, c'est le vôtre! Descendez en vousmême, consultez votre cœur.

— Mou cœur n'a pas grand' chose de bon à m^ dire.

— C'est là que je vous attendais, monsieur; votre cœur doit trembler devant votre raison, qui est son juge : car enfin, monsieur, vous avez séduit une jeune fille, un ange de candeur et de vertu, une héroïne de sagesse, un ange sans défense qui s'est confié à Tamour comme à Dieu. Vous comprenez, mpnsieur, que je ne viens pas ici pour O^ire des phrases.

— Le nom de Tange en question, s'il vous plaît?

— C'est cela : vous avez profané tous les noms du calendrier, votre cœur est devenu un almanach... Mais ici ce n'est plus un nom comme les autres : miss Jenny Murray! Qu'en dites-vous?

— Je ne connais pas.

' — Quelle indignité ! dit le médecin en frappant du pied ; on séduit d'abord, sauf à ne pas connaître ensuite I Voilà bien les hommes d'aujourd'hui, ma pauvre nièce I

-*- Monsieur, je suis à peu près un homme de bonne îoi, je ne cache pas ma vie : j'ai le cœur en plein vent;

eh bien, il faut m* en croire : je ne confiais pas mîss Jenny Murray . D'après le portrait que vous m'en Mes, j'ai lieu de regretter de ne pas la connaître.

— En vérité, monsieur, on ne trompe pas avec plus d'hypocrisie. La pauvre fille, si 'elle vous entendait parier ainsi, ah I monsieur, elle en mourrait.

-^ Il y a un malentendu entre nous. Vous êtes bien sûr que miss Jenny n'est pas folle? Vous ne vous êtes pas trompé de pbrte dans Tescalier ? H y a peut-être un autre séducteur au m^e étBge.

Le médecin prit son portefeuille. Voyez, monsieur, voyez votre nom écrit de la main tremfilante de iniss Jenny.

— Ahl mon Dieu, quelle lumière 1 s'écria Henry.

— Enfin, Dieu soit loué î vous voilà revenu à votre cœur. On a beau faire pour masquer le cœur, le cœtîf finit toujours par se montrer,

Henry gardait le silence ; cette écriture de Jeatry, c'était récriture des lettres mystérieuses marquées de trois étoiles ; mais il était toujours dans le dédale. Que voulait dire le médecin en parlant de séduction? Henry avait bien des peccadilles sur îa conscience ; mais il était toujours demeuré dans le domaine de la comédie amoureuse, son amour n'avait jamais dépassé réclal de rire ; s'il avait mouillé sa paupière, c'avait été par des larmes de joie. Or la séduction, c'est le drame, «n tout au moins le mélodrame.

— A propos, dit-il tout à coup en entendant ouvrir une fenêtre, miss Jenny n'est-elle pas une jolie Anglaise, qui habite la maison en compagnie d'une vielle

te, d'un beau et d'un jeune capitaine d'artillerie?

— Pardieu ! ne le savet-vous pas mieux que moi?

— Et c'est celle-là que j'ai séduite?

— Oui, monsieur, tous l'avez séduite indignement! Denry regarda le médecin dans les yeux.

— C'est étonnant, dit-il, tous n'avez pourtant pas ip l'air d'un fou.

— Je subirai sans me plaindre toutes vos imperlinces; je suis ici pour défendre une cause sacrée; j'ii jusqu'au bout de mon rôle. Quand je me suis mis route, c'est pour arriver à quelque chose.

— Si vous y tenez, je veux bien encore tous croire isonnable : cela ne coûte rien; mais, pour la peine, irions un peu raison. Vous me croyez donc un fier la Juan pour sééuire une jolie Anglaise à la barbe un capitaine d'artillerie? Vous savez s'il a des mousiches terribles, celui-là !

— Prenez garde, monsieur, n'allez pas par quatre lemius ; reconnaissez et réparez votre faute, ou bien )us les verrez d'un peu plus près, ces moustaches terblesî

— Je n'y tiens pas, mais cela m'est égal.

— Si je ne puis vous faire entendre raison, celui-là a viendra à bout; mais ce ne sera plus par les armes lU sentiment et de la dignité.

— Mon cher monsieur, parlons d'autre chose. Fu- .^ ûez-vous ? voici des cigares.

— 1\ s'agit bien de cigares! Peut-on masquer ainsi on cœur ; après tout, pourquoi tant de dédain pour ine fille qui est riche et belle? pourquoi...

— Cela dépasse les bornes I je vous déclare/ mour sieur, que, si vous n'en finissez pas, je vais, sinon vo^ conduire à la porte, du moins m'en aller moi-inêmei{ Après cela, vois divaguerez tout à votre aise. Les nuaj ont des oreilles, vous parlerez aux murs.

Le médecin leva la tête avec dignité.

— Adieu, monsieur; je ne dirai plus ua mat«ji n'essayerai plus de ramener votre cœur dans le ba chemin ; je vais dire à celle que vous avez séduite, j vais lui dire ce que vous êtes. La pauvre fille mourrai elle qui avait bâti tant de châteaux sur v amour I Ah I bâtir sur Tamour, c'est bâtir sur le sabli Mais un autre viendra, monsieur, un autre qui ne se! pas médecin, vous comprenez... ce sera le capitaine., son épée sera sans doute plus éloquente que ma pi rôle.

Le brave médecin sortit comme un tyran de mât drame.

— Je n'y comprends rien, dit Henry en s'habiilaiA A-t-elle rôvé que je la séduisais, ou bien rêvé-je mi même? Enfin, c'est toujours une aventure de plus.- Yoyons, reprit-il en allumant un cigare, je vi sortir de ce labyrinthe. En premier lieu, il faut que mémoire retrace tout ce qui s'est passé dans mon depuis six mois. C'est un abîme, on s'y perd. Je tob peine confusément un joli pied par-ci, une main blao chc par-là; un voile bleu, une amazone qui passe an Champs-Elysées, une valseuse qui penche sa tête st mon épaule, un cachemire bien porté, une écharf mal portée, un coupé où j'ai passé une heure en bel

compagnie, un bouquet ramassé pendant une contredanse. A propos! qu'est devenu ce joli bouquet de violettes qui n'avait coûté qu'un sou sur le pont Royal? bienheureux bouquet I celui-là a eu un tombeau digne de lui. Quel joli corsage 1

Et, après avoir ainsi évoqué tous ses souvenirs d'amoTur, Henry tomba dans une rêverie charmante où il respira tout à son aise le parfum du beau temps passé.

— Donc, poursuivit-il en allumant un autre cigare, j'ai suivi dans les Tuileries ce joli bouquet de violettes, je l'ai abordé sous le marronnier le plus touiïu, je lui ai dit ma façon de penser, qui n'est pas la façon de penser de tout le monde. Or tout cela m'a fait aboutir à quoi? à rencontrer une Anglaise sentimentale, qui veut à toute force m' épouser. Par Dieu I voilà une idée qui ne me serait pas venue 1 que lui ai-je donc fait pour encourir ainsi sa disgrâce? « Premier point : je suis allé m'^asseoir près d'elle ; elle a laissé tomber des myosotis, souvenez-vofis de moi. Moi qui n'entends rien à l'anglais, j'ai ramassé le bouquet par mégarde, et je me suis bien gardé de me souvenir d'elle. Deuxième point : j*ai rencontré miss Jenny dans un bal, j'ai dansé avec elle; mais, ce bal m' ennuyant beaucoup, je n'y suis pas retourné. En additionnant, il y a un total qui équivaut à une séduction ! J'avoue que jusqu'à présent je m*y étais pris d'une tout autre manière, d

S7S L^AMOUa

Ce matin-là, comme Henry chiffonnait une douzaine de cravates printanières, on vint lui annoncer uneaulre visite : M. d*Harcourt.

— A merveille, dit41, voilà donc les mousUbches du capitaine d'artillerie.

Ce M. d'Harcourt n'était rien moins que le capitaine d'artillerie en question. Il salua à peine, s'avança fièrement vers Henry et lui jeta un regard de dédain. Henry eût répondu à ce regard s'il n'eût dès l'abord découvert une profonde tristesse dans la figure du capitaine.

— Décidément, dit-il, il y a quelque chose de sérieux, voyons! Mais j'ai beau chercher dans mes souvenirs, je n'y puis rien trouver de grave à propos de la miss Jenny susdite.

— Monsieur, dit le capitaine d'une voix brève, si vous avez eu de la peine à comprendre notre vieil ami le médecin, je pense que vous me comprendrez au premier mot : il laut épouser ma cousine ou nous couper la gorge.

— Nous nous couperons la gorge tant qu'il vous plaira ; mais, avant tout, je voudrais bien savoir pourquoi.

— Vous le savez mieux que moi, monsieur, dit M. d'Harcourt avec amertume.

— Mais y monsieur, à coup sûr il y a un malentendu ; je ne sais le nom de miss Jenny que depuis une heure*

—^ Le nom ne fait rien à l'affaire. Vous avez séduit une jeune fille, irous allez Tépouser ou nous allons nous battre.

— Voyons, la main sur le cœur ; si miss Jenny a été séduite par quelqu'un, c'est par vous-même. Or î'ai bien assez de mes œuvres sans reconnaître celles des autres.

— Mais pouvez-vous parler de cette façon quand j'ai vu se nouer et se dénouer cette fatale passion? Vous aviez tos raisons pour ne plus retourner chez madame deT...

— Monsieur, j^.i^'ï ^^is pas allé plus longtemps parce que je m'y ennuyais, voilà tout le mystère. Mais 'y suis allé assez de temps pour voir sur quel pied vous étiez avec miss Jenny.

— Monsieur, si j'avais été sur un si bon pied avec ma cousine, je ne viendrais pas vous trouver.

M. d'Harcourt se promena à grands pas, la tète pensive et inclinée.

— Sachez-le donc, dit-il tout à coup, car je le confie à tout venant, tant j'ai le cœur plein I j'aimais ma cousine avec la tendresse dévouée d'un frère et la passion dévorante d'un amant. Depuis quatre ans, cet amour m'est venu peu à peu ; d'abord je m'en doutais à peine; aujourd'hui c'est mon ftme, c'est ma vie. Et vous, un inconnu, vous, un étranger, vous êtes venu prendre ma place au soleil I car c'est vous qu^elIe

280 L*ÂMOUR

aime, tous qui ne Favez aimée ni respectée. Ah t mon Dieu I j'en perdrai la tête ; mais au moins je serai vengé I Et pourtant, si je vous tue, je la tuerai du même coup I La pauvre fille est à moitié morte déjà; elle vous appelle à grands cris. — Voyons, suivez-moi chez ma mère, nous nous entendrons mieux là qu'id. Et je vous en supplie pour vous et pour elle surtout, gardez-vous bien d'éveiller ma colère jalouse I votre vie ne tient à rien.

— En vérité, monsieur, je ne sais plus que penser: vous parlez avec Taccent d'un cœur ému, avec tous les dehors de la bonne foi ; je vois bien que vous êtes en proie à une vraie douleur ; mais, je le répète, je ne suis pour rien dans cette douleur. Croyez-vous que miss ïenny n'ait point par hasard im accès de folie?

— Folle I ma cousine, folle!

Le capitaine saisit la main de Henry.

— Venez ! venez ! vous verrez si elle est folle, la malheureuse enfant !

Il entraîna Henry, bon gré, mal gré.

— Allons, dit notre héros en se résignant, le mystère va peut-être se dévoiler en face de mis^ Jenny.

L'appartement de la vieille madame d'Harcourt s'ouvrait dans un autre escalier. Ils descendirent donc, tra-

versèrent la cour et remontèrent. Pendant ce trajet, qui se fit en silence, Henry renoua sa cravate, repoussa ses cheveux en arrière et peigna sa barbe. Tout eu ne voulant pas avoir séduit Jenny, il ne voulait pas se résigner à n'être pas séduisant. Par cela seul, un meilleur physionomiste que le capitaine eût bien vu qu'il

n'avait pas séduit Jenny : un séducteur arrivé au but ne fait pas tant de façons. ,

— Suivez-moi toujours , dit M. d'IIarcourt en entrant.

Il traversa une antichambre, un petit salon, et frappa du doigt à une porte de ehambfe à coucher. La femme de chambre vint ouvrir.

— Ahl c'est vous, monsieur d'IIar...

Elle n acheva pas ce mot, tant elle fut surprise par la présence de Henry de Roseray. Elle annonça 91. d'Harcourt et un autre monsieur. Le capitaine fit passer Henry en avant. Du premier regard, Henry vit les rideaux du lit; au même instant, les rideaux furent soulevés, et il aperçut une pâle figure qui reposait sur l'oreiller. C'est à peine s'il reconnut Jenny, tant la douleur l'avait ravagée ! Elle ouvrit de grands yeux égarés, elle poussa un cri de joie et de surprise, elle tendit les bras vers lui.

y— Ah ! c'est vous, dit-elle d'une voix étouffée^ c'est vous, enfin I je vous attendais.

Henry, presque entraîné par celte voit, s'approcha du lit. I^ capitaine le suivit comme un loup qui suit sa proie. Jenny, voyant ce regard de colère, murmura trittement :

— Allons, mon cousin, un peu de pitié pour moi. Que voulez-vous? il n'y a plus à revenir là-dessus.

Elle tendit une main à M. d'Harcourt et l'autre à Henry. Le capitaine pressa la petite main blanche en soupirant; Henr; ne savait que faire de cdle qu'il avait prise.

— Méchant ! dit Jenny , c'est donc ainsi qu'on se revoit après une si douloureuse absence I Mais vous ne savez donc pas tout ce que j'ai souffert? Ma pauvre vieille tante en mourra. Ahl Henry I Henry! vous ne m'avez pas aimée, n'est-ce pas ? vous m'avez trompée comme tant d'autres. De grâce, Henry, dites toute la vérité, dites-moi que je meure ou que je vive; ne me laissez pas plus longtemps à la torture. Henry, vouS^ne m'avez pas aimée, n'est-ce pas?

— Eh bien, dit le capitaine, avisez-vous un peu de lui dire que vous ne l'avez pas aimée I

En ce moment, le vieux médecin et le père de Henry entrèrent dans la chambre.

— Oui, monsieur, disait le médecin, un honmie d'honneur comme vous comprendra tout d'un coup, sans préambule ni paroles oiseuses, tn un mot et sans détour, qu'il n'y a qu'une chose à faire, un mariage.

— Monsieur, dit le député en s'adressant à son fils, vous savez ma façon de penser sur ces choses-là. Je vous l'ai dit maintes fois : prenez garde à ce que vous faites; la première 'fille venue qui viendra se plaindre devant moi sera accueillie par un juge intègre, qui vous con-

. damnera sans délai à l'épouser. On ne se joue pas ainsi de l'honneur des familles ; les vrais représentants du pays (ici le député levja un peu la tête) doivent marcher droit pour donner l'exemple. Vous comprenez ce qui vous reste à faire. Vous n'irez pas par quatre chemins. Heureusement pour tout le monde qu'ici ce n'est pas la première venue. Je vois avec plaisir que nous avons afl'aire à une famille honorable.

Le député s'inclina devant miss Jenny, devant le capitaine et devant le médecin.

— Mon père, dit Henry, qui gardait toujours la main agitée de miss Jenny, je partage vos idées sur ce ppint d'honneur; mais ici, je le dis tout haut, on se moque de nous.

Jenny retira sa main et jeta un cri perçant; M. d'Harcourt, frappant du pied, saisit violemment le dossier d'un fauteuil pour ne pas saisir Henry.

— Vous le voyez, monsieur, dit le médecin au député, perverti jusqu'au fond du cœur! Peut-on comprendre une pareille conduite? Votre fils séduit miss Jenny au moment même où elle devait épouser son cousin, qui l'adorait; miss Jenny est belle et riche (car, ne vous trompez pas, elle possède à coup sûr plus d'un deini-million) ; miss Jenny l'aime plus que la vie, puisqu'elle veut mourir s'il persiste dans son horrible refus; eh bien, l'ingrat n'est pas touché le moins du monde I ^

— Tout cela est bien étrange, se disait Henry; il y a ici quelqu'un de fou, moi, elle, à moins q^e tout le monde ne soit fou.

n se mit à réfléchir assez raisonnablement; mais comment voir clair dans ce dédale? Jenny avait-elle été séduite par son cousin? mais alors, qui l'empêchait d'épouser son cousin, qui avait Fair d'être de bonne foi dans son amour? avait-elle été séduite par un autre? lïenry voyait avec horreur se dessiner quelque figure de subalterne, quelque professeur ambulant, quelque mauvais maître de musique. Après tout^ c'était bien

S84 L*AHOUR

dommage; car Jenny, avec sa fortune et sa beauté, avait autant de droit que toute autre à devenir sa femme, seulement il ne comptait pas sitôt en passer par le mariage.

Pendant qu'il raisonnait ainsi, la pauvre Jenny cachait ses larmes sur Toreiller.

— Quoi I dit tout à coup le capitaine en se frappant le front, vous n'ôtcs pas attendri par ce spectacle? Mais c'est la douleur qui se débat avec la mort I Voyons, achevez-la, dites encore un mot, dites, dites.

— Je n'ai plus rien à dire, murmura Henry.

Jenny lui jeta un regard désespéré. Il fut touché jusqu'au cœur; il se pencha sur elle, lui reprit doucement la main; et lui dit à l'oreille :

— De grâce, expliquez-moi cette énigme.

Peut-être allait-elle lui répondre ; mais, M. d'Har-

court s'étant approché, elle murmura :

— Henry, de grâce, n'oubliez pas ainsi que je vous ai tout sacrifié ; ce ffesi pas la mort que je vous demande, c'est Tamour, c'est la vie ! souvenez-vous de vos serments et de ma faiblesse I

— Eh bien, Henry, dit tout à coup le député, qui ne détachait pas ses yeux de Jenny, j'espère que cette voix-là te fera entendre raison.

Henry était presque fasciné par le regard de la jeune fille. Comme elle vil qu'il chancelait dans sa résolution, elle souleva la tête et dit d'une voix mourante :

— Henry! Henry I de grâce, up baiser, un sdul baiser, et que je meure aussitôt!

Cette fois il fut entraîné malgré lui ; il prit dans ses

mains tremblantes l'adorable figure de Jenny; il la baisa sur le front avec égarement.

— Henry I je vous aime, Jlenry !

A peine Jenny eut-elle dit cela qu'elle tomba évanouie.

— Enfin, dit le médecin, tout est pardonné.

Il s'empressa de secourir la jeune fille ; Henry se détourna un peu, mais au môme instant il revint devant le lit, comme si un charme fatal Tenchainait désormais à Jenny.

— Tenez, lui dit le médecin, je suis fort en peine de la rappeler à la vie; mes sels n'y font rien; mais, au toucher de votre main, je suis sûr qu'elle va se ranimer comme par en<;^antement. L'amour est le dieu des miracles.

Henry reprit encore une fois la main de Jenny ; elle ouvrit ses grands yeux célestes :

— Ah I c'est toi, dit-elle avec un sourire.

Peu à peu Henry était revenu à sa raison ; mais à ce regard, mais à cette voix qui le touchait au cœur, il chancela encore,- il fit semblant d'aimer la pauvre fille, et, en vérité, il l'aimait déjà. On a vu des cœurs moins rebelles. Comment ne pas s'attendrir à la vue d'une belle fille qui a l'air de mourir d*amour pour vous? II y avait bien autour de Henry un mensonge ' qui gâtait un peu l'aventure ; mais, en même temps, il y avait un mystère qui avait bien sa poésie.

Enfin, Famour a des caprices sans nombre, il s'amuse à nous surprendre, même quand nous le repoussons ; l'amour sait mieux que nous le chemin de notre

cœur ; il en connaît les détours, il arrive à son but en dépit de toute notre raison. Et puis, ce qui avait surtout égaré Henry, c'était je ne sais quel air de bonne foi dans le regard de Jenny.

— Miss Jenny coupable, dit-il, n'oserait pas me regarder ainsi ; elle a toute la candeur de Famour.

Il en était là de ses réQexions quand elle lui dit avec un divin sourire :

— Ab I c'est toi !

II laissa parler son cœur, il répondit sans penser a ce qu'il disait :

— Oui, c'est moi, je suis là pour ne plus vous quitter. Oubliez le mal que je vous ai fait, vivez pour moi comme je vais vivre pour vous.

-^ Ah ! dit-elle en levant les yeux au ciel, Dieu vous récompensera.

— Ainsi tout est dit, murmura le député. Il tendit la main à Henry.

— C'est bien, Henry, tu n'as pas oublié mes leçons. -—Messieurs, je vous salue, car on m'attend à la Chambre pour ne pas voter les fonds secrets. — Mademoiselle, permettez-moi de vous baiser la main. Je vous demande pardon des chagrins que mon fils vous a causés, mais les chagrins sont à leur terme. A quand le contrat de mariage?

— A ce soir, dit M. d'Harcourt d'un air sombre, car je veux le signer avant.., avant de partir.

^ — Que votre volonté soit faite, dit le député.

— Attendez, mon père, je vais vous conduire un peu

— Vous me quittez déjà f dit Jenny avec angoisses

GOMfilB IL BST 287

— Je mvi^s tout de suite, répondit Henry eu dépassant le seuil de la chambre.

n accompagoa sm père ju3qu'à la Chambre, dans lé dessein de lui dire la vérité. Mais, chaque fois qu'il Toulait parler, une main invisible se posait sur ses lèpres : c'était la main du destin ou plutôt de Jenny. S'il parlait, son père se moquait de lui, son père prenait fait et cause pour lui et retirait sa parole. Alors il ne fallait plus songer à Jenny; il achevait de briser un pauvre cœur qui avait déjà de Técho dans le sien ; il abandonnait une femme qui serait peut-être la joie de sa TÎe;

— Avant tout, il faut que je la revoie, dit-il.

n quitta brusquement son père après quelques vagues paroles ; il revint sur ses pas et retourna chez madame d'Harcourt.

— Demandez à mademoiselle Jenny si 'je puis lui parler, dit-il à la femme de chambre qiii vint ouvrir.

Cette jeune 6Ue revint aussitôt et le pria de la suivre dans la chambre de miss Jenny.

— Je vous attendais, dit-elle en soulevant sa main. Une vive rougeur colora son front.

— Ei^n, passa Henry, je vais savoir à quoi m'en tenir.

Dès que la femme de chambre se fut éloigace* il dit à Jenny d'une voix émue :

— Depuis ce matin, je suis dans le feu des pieds à la tête ;^il y a en moi de Tamour, de la colère, de la jalousie, que sais-je? A coup sûr, mademoiselle, avant ce soir je serai plus malade que vous; mais^ en vérité,

]a mort n'est pas ce qui peut m'arrivér de plus tnste. De grâce, quel est le mystère qui m'entoure si bien? Jenny détourna la tête et répondit en rougissant encore :

— Le mystère, vous ne le devinez donc pas? Le mystère, c'est Tamour.

A ce mot, la voix de la jeune fille mourut sur ses lèvres.

— Voilà, reprit-ellô, Iç seul mot que je puisse dire aujourd'hui. Si votre cœur sans confiance ne plaide pas pour moi, qu'il n'en soit plus question. Vous Tavei dit, la mort n'est pas toujours ce qui peut nous arriver de plus triste... J'entends la voix de mon cousin, silence !

M. d'Harcourt entra soudainement.

— Ma cousine, je pars demain pour Nancy... A moins qu'il ne faille... Le contrat de mariage se sijne toujours ce soir?

— Oui, dit Henry, résigné à tout.

U^entit une larme de Jenny arroser sa main.

11 serait trop long de vous raconter mot à mot les angois es de Henry durant le reste de raprès-midi" passa une heure avec la vieille madame d'Harcourt, qu* lui raconta en pleurant l'amour et la douleur de so& fils ; il passa une heure dans la chambre de Jenny ^ compagnie du vieux médecin ; il dîna seul ; il se promena sur les quais et retourna vers huit heures, f^ et abattu, pour le contrat de mariage, presque décide I créer des obstacles. Mais, en voyant la pâle, douce » triste figure de Jenny :

— Allons, dit-il, qu'ils fassent de moi ce qu'ils voudront.

Le contrat de marUage se rédigea en silence ; il n'y eut point de débats pour les intérêts : tout le monde était d'accord là-dessus, — même le notaire. — La vieille madame d'Harcourt pleurait au pied du lit, le capitaine se promenait à grands pas; le député, le médecin et plusieurs amis échangeaient quelques paroles sur la séance de la Chambre, sur le beau temps, sur la forme des contrats de mariage ; Henry et Jenny se regardaient souvent.

Le notaire présenta gracieusement la plume à Jenny pour la signature ; elle signa en jetant un regard de crainte et d'espérance ; Henry signa sans y regarder à deux fois, mais pourtant d'une main agitée. Quand cer fut le tour du capitaine, il murmura entre ses dents :

— J'avais cependant dit que ce ne serait pas avec une plume et de l'encre que je signerais ce contrat de mariage.

Quand il eut signé, il, embrassa sa vieille mère avec eflusion.

— Adieu, lui flit-il; ce n'est pas demain qu'il faut partir, c'est aujourd'hui.

Il prit son chapeau et sortit aussitôt, plus pâle que sa cousine. U sortit sans lui dire un mot, sans la re« garder.

Henry resta bientôt seul avec madame d'Harcourt, à côté de Jenny. Après avoir bien pleuré, madame d'Harcourt s'assoupit dans son fauteuil.

— Enfin, nous sommes seuls! dit Henry après un

290 L'AHOUB

silence. Vous ailel mé dire, maintenant que j'ai (ait preuve de bonne volonté ( il appuya sur ce mot avec un peu d'amertume), vous allez me dire le secret. ^ — Mon Dieu 1 dit Jenny, vous ne comprenez donc ^s que je vous aimais et que je ne Taimais pas. II est parli, je puis vous le dire, je puis le plaindre. Hélas ! il m'aimait tant, que, sans le mot de séduction que je lui ai jeté au cœur, il ne se fût jamais résigné à me voir âllef à un autre. Pardonnez-moi ce mensonge. C'est moi plutôt qui suis coupable de séduction, n'est-ce pas, méchant aveugle? Mais j'avais beau faire pour arriver à voire coeur !

— QuB n'ai-je pas compris tQut de suite? s'écrîgf Henry avec joie, je n'eusse pas fait tant de façons pour Vous* épouser, car je vous aimais.

Et voilà comment éelui qui poursuivait un bouquet âe Molettes trouva un bouquet de fleurs d'oranger.

Six mois après, vers les beaux jours d^automne, M. Henry de Roseray se promenait avec sa femme dans la grande allée des Tuileries ; la lune de miel argcntait encore leur ciel de lit, à en juger par leurs regards tendrement amoureux.

Depuis une demi-heure ils parlaient de M. d'Harcourt, qu'ils n'avaient pas revu depuis le contrat de mariage.

— Mon Dieu ! dit tout à coup Jenny, n'avez-vous pas vu sous les marronniers?

— Qu'est-ce donc? demanda Henry.

— Voyez !

Henry vit alors son cousin, qui promenait à son bras, deyinez qui? — La jolie Glle au bouquet de \ioleltes que nous avons vue au début de ce conte? — C'était elle, en effet, mais plus jolie encore.

— Tout cela est bien étonnant, dit-il avec un soupir de regret à sa folle jeunesse. Si j'avais fait un pas de plus dans les Tuileries le jour du bouquet de violettes, qui sait si les rôles ne seraient pas changés ?

Qui sait si les rôles ne changeront pas? Henry de Roseray avait voulu lire le roman de la vie, et il n'en pouvait plus feuilleter que l'histoire. Hais dans Tbistoire ûe retrouve-t-on pas le roman?

L'ARBJIE DE LA SCIENCE

Quand Dieu fit la femme aux dépens de Thommc, il créait du même coup la femme et Tamour. En effet, rhonime est attiré vers la femme comme à un autre lui-même et comme à un bien perdu. Il yeut ressaisir sa force primordiale, il veut s'enchainer à cette autre vie qui est encore la sienne. La femme, de son côté, trouve que Dieu ne lui a pas donné tout ce qu'il y avait de grandeur et d'héroïsme dans l'homme. Elle essaye de conquérir ce qui lui manque ou de se donner tout entière, comprenant bien qu'elle n'est que la doublure de Tétoffe primitive qui habille Tidée de Dieu.

La doublure ne vaut-elle pas TétofTe?

Dans le mariage, Tharmonie vient des contrastes. On ne fait pas un accord avec une seule note, ni un

tableau avec une seule couleur. A toute ftme brune il faut une âme blonde, la force aime la grâce, l'esprit se repose dans le sentiment.

Peut-on admettre un instant avec le philosophe grec que les hommes s'endorment du sommeil éternel, en gardant le sentiment de leur vie ? Les méchants donnent d'un sommeil inquiet, les bons <x d*un sommeil de miel, comme s'ils reposaient sur le versant de l'Hymette. » Les passionnés emportent dans le tombeau la fièvre de l'amour inapaisé; les ambitieux, l'horreur du néant. S'il n'y a pas de seconde vie, la mort rend ainsi la justice des châtiments et des récompenses; elle a des spmmeils couronnés de roses pour ceux qui lui arrivent les mains pleines de bonnes actions et des sommeils couronnés d'épines pour ceux qui lui tendent leurs mains tachées de sang.

L'amour des beautés byzantines est doux à cueillir comme les roses sauvages dont la pâle senteur ne pénètre que Tâme; on a je ne sais quelle chaste joie à se déchirer les mains à ces églantiers aui ont plus d'épines que de fleurs.

C'est la femme qui perd la femme. Avec l'homme la femme se retrouve.

S94 L*AH00a

Ce n'est pas Adam qui a corrompu Eve.

Aujourd'hui le serpent prend la figure de la femme pour corrompre la femme.

Qu^nd TOUS voyez par le monde deux amies inséparables, c'est qu'elles sonjt aimées toutes les deux dans les mêmes régions, — à moins qu'elles n'aient commis ensemble quelque joli crime. -7- Le.témple de l'amitié des femmes s'élève souvent sur Je tombeau de leur vertu. Quand deux femmes sont amies ou ennemies^ on peut toujours se deibander : « Où est l'homme? »

^u^nd Tjimour a le diable m porps il t)ranspo):te le paradis dans l'enfer 01^ l'enfer dans le paradis. 11 répand sur les flammes vives les lys, le^ roses blanches et les violettes qui fleurissent aux doigts des madones et des martyres,

Le masque de Tamour 9 pris plus de fefmnies cjue l'amour lui-même.

L^amour est comme le poète, qui trouve toi|jour§ des vers nouveaux avec la même poésie.

COV,|K« 9. EST m

Uamouf est plus çjrand encii^dré par Tart (fv^ psur la nature, comme la religion, qui est plus belle avec Palladio, Michel-Ange, Raphaël et Mozart que dans une église rustique.

n en qst des passions amoureuses comme des chimères de l'esprit. Je me suis «toujours représenté ces adorables figures du moode idéal comme des belles filles embarquées suf une mer orageuse et côtoyant le mage où on les appelle sans jamais vouloir aborder, parce que leu|[^ pieds de neige ne sauraient loucher ]a terre. Elles passent, elles passent, et sourient 4 ceuK qui leadiênt les bras vers elles; mm, cornais elle^ sont à tous, elles ne sont à aucun; elles sourient, mais elUs fuient, comme le soloil dont le rayon ne s'arrête jamais, même sur la treille toute de pourpre et d'or qu'il f Oouirrij»d9 spu Ceu, de son §ang «t d§ se^ lar^ies.

Les songes sont des comédiens qui nous jouent à nous-mêmes nos passions. Mais la vie la plus sérieuse n*esi qu^Moe série de songes qui |:epf jèsep^ent nv^ coinédie invraisemblablet ]À mort ^ous réveille et aojçis ait le nooi de Tauteur.

, L^ifliQiar ^6 mnmtf fie larmes ist ik mgp M TAp-

S96 L^AHOUE

thologie, et non de lait el de roses. Cest qu*il a sncé le lait des bétes féroces, quand Vénus Tabrita dans les bois inaccessibles contre les colères de Jupiter.

Quand une femme se déshabille, elle est encore vêtue de sa pudeur — si elle est amoureuse.

Quand une femme se donne corps et âme, elle est encore chaste — si son cœur bat. «

La chercheuse d'esprit qui trouve Tamour no trouve pas l'esprit. Le chercheur d'amour perd dans son voyage tout l'esprit qu'il a.

L'esprit hait le commerce do Tamour, et Tamour. hait le commerce de l'esprit.

En amour, il n'y a que les tyrans qui restent sur le trône. Les monarques débonnaires laissent tomber leur sceptre eo quenouille.

Il y a longtemps que les femmes se peignent la figure; quelques-unes le font avec un art si délicat, elles sontsi bien peinte^, en un mot, qu'elles ont l'air de ne l'être pas. Elles appellent cela corriger les oublis de la nature. On se peignait, dans l'antiquité : Saphb mettait du blanc pour attendrir Phaon ; Âspasie mettait du rouge

pour cacher les ravages de Tamour. A Rome^ quand les généraux entraient en triomphe, ils se barbouillaient eux-mêmes eu signe de joie, et Pourquoi vous mettez-vous du rouge? » demandait le maréchal de Richelieu à mademoiselle Gaussin ; et, comme la comédienne avait un peu de littérature, elle répondait : <c Les généraux mettaient du rouge le jour où ils entraient en triomphe à Rome ; chaque jour n'est-il pas pour moi un jour de triomphe? d ,

Les étrangers s'imaginent toujours que Paris est le

pays de la chevalerie, que les hommes y sont galants,

comme à la cour des Valois ou des Précieuses, et

qu'ils rappellent ces paroles de Tacite, parlant de leurs

ancêtres : « Us croient qu'il y a quelque chose de divin

dans les femmes. x> Ce n'est plus que le pays du^cigare

et du cheval. L'opinion sur les femmes a tout à fait

changé. Aujourd'hui ils croient qu'il y a quelque chose

du démon dans la femme. Opinion aussi digue de

créance que la première.

La mode a eu ses jours de carnaval ; il fut un temps où les hommes se firent un gros ventre pour se donner un air de majesté, où les femmes se tirent des hanches invraisemblables pour se donner un air de grandeur. Les masques eux-mêmes eurent leurs jours de mode. On jugea qu'il était indécent de sortir sans masque. La

f» L*AHOnR

fenilte de vigne d'Eve avait tout envahi ; 09 prevajitw masque pour ;ailler dans le monde et pour aller h t'èglise. Mais bientôt la beauté, qui n'aime pas les yi^ rous, voulut resplendir comnie le solçil l^ui-na^g^: non-seulement le masque tomba, mais avec ]fi jgt^fysfflie tout ce qui couvrait les bra$ ei le seiç.

De toutes les modes, la meilleure est cdle fui hafaSIe peu les femmes. Dans l'antiquité, elles n'étaient guère vêtues que de leur pudeur. Aujourd'hui, dans les fêtes parisiennes, la robe descend très-bas et cache des pjeds qui ne sont sans doute pas irréprochables, mats elle ne monte pas jtrès-haut : cinquante mètres d'éioDb pour ia jupe et cinquante centimètres pour le corsàgel

L'antiquité a connu M. de Cupidon — un ejifant qui n'était pas né à Tanjour. — Les anciens ont éjevé cjes temples à Vénus -r- Vénus pudique et Vénus ^mp|idique, aux chasseresses comme aux bacchantes ; — mais ils n ont pas pénétré dans le divin sanctuaire de l'amour. Nous ne connaissons plus les neuf Muses, mais nous savons par cœur toutes les sublimes strophes de cette muse luoderi^ qui s'appelle la PoêHen. Vous avons moins bâti de temples h l'idée, Biais nous avons pieusemient éleviè l'ajuti^l dv sentiment.

Vimour se aouronnait de rases au de pamiHMa êhez

GOJIME IL EST 209

les anciens; il se couronne d'épines chez les ij^odeme^. Il ne courait que les sphères radieuses du monde visibjie ^ il habite les régions étoîlées de Tidéal.

Chez Sapho, comme chez Didon, Tamour a toutes les violences, toutes les colères, toutes les fureurs, inais ne s'attendrit jamais jusqu'aux larmes. Elles sont égarées, iriais elles ne pleurent pas. Le feu qui les altère, qui les dévore, qui les consume, c'est la volupté de la louve. Ce n*est pas la soif de Tinfini qui les attire, ce n*est pas la piété universelle qui oqivre et répand leur cœur sur toutes choses : elles sont dominées par les désirs qu'allume le sang.

La femme que nous a donnée le christianisme ne vou« drait pas, au prix de la couronne de Didon ni de 1^ gloire de Sapho, traverser cet enfer de l'amour païen. La femme nouvelle, tput en subissant les morsures des bêtes féroces de la volupté, se détache, d'un pied victorieux, de la fosse aux Uons, par ses aspirations vers l'infini. Elle sait que sa vraie patrie est au delà de la forêt ténébreuse qui lui cache le ciel.

Oh ! la belle vie que celle qu'on devine a peine, la vie errante et vagabonde comme la source qui jaillit de la montagne, qui traverse la vallée en réfléchissant le ciel bleu, les nuages blancs, les arbres verts, en caressant la verveine et le myosotis^ en mêlant sa chanson

à celles des brises et des rossignols ! Ohl la bdle^is que celle dont on soulève à peine le yoile, qui ne laisse entrevoir que la blancheur dason coul C'est le monde rêvé, mais inconnu; le rivage espéré, mais qui fuit toujours. *

N'allez pas si vite avec la vie qu'stvec votre mai* tresse, car la vie dure plus longtepfips; ne vous aviseï pas de la trop regarder en déshabillé, ne dénouez sa ceinture quip dans vos sublimes délires.

SLune agrafe se brise au corsage, si le sein perce le nuage de dentelles, comme Taurore au mois des roses, ne détournez pas le nuage.

L'amour n'est souvent pour la femme que le coup de rétrier pour son voyage dans le bleu. Elle laisse Thomme en chemin.

J'ai connu un grand poète qui buvait de l'absinthe pour l'ivresse, et non pour l'absinthe.

<x Puisqu'il y a un ministre de la guerre, pourquoi n'y a-t-il pas un ministre de l'amour? » disait madame Récamier. Mars dirait à Vénus que cela ferait double emploi. Mais où est Mars?

L'amour a-t-il étudié les mathématiques? Quand il veut tromper son monde, il commence par mettre un

^ro après une unité et il est dix fois plus amoureux. te lendemain il met encore un zéro, et il aime cent fois lus que la \eille. Et ainsi il ^a de zéro en zéro jusu'au jour où la nature, dépouillée du prisme de Toâge, le ramène à lunité, que dis-je? au simple zéro.

La Normandie est le pays de la pomme.

La pomme est le fruit d'Eve.

Voilà pourquoi la femme est toujours fin peu Normande en amour.

La femme brune qui prend un amant blond espère dominer par toutes les forces; mais elle rencontre bientôt son maître. La femme la plus brune est plus blonde que Thomme le plus blond.

Ce n'est pas à la chevelure^ c'est au regard que la femme reconnaît les blonds. La marquise de *** disait en voyant ses convives à table : <x Je n'ai ce soir que des bruns. » On se récria en regardant les blonds : « ChutI dit-elle/ car les blonds ne sont pas ce qu'un vain peuple pense. »

N'est-ce pas Roqueplan qui a dit que Dieu avait donné la femme blonde aux peuples du Nord pour les consoler de l'absence du soleil?

Quarante-quatre ans! Comme cela chante un D« profmidis pour les femmes qui ne se réfugient ni dans Tamour maternel ni dans Tamour de Dieu I J'ai rencontré dans un joli cottage des bords de la mer madame la comtesse de ***, qui commence à se résigner aux frimas. Il faut ravouér, ses quarante-quatre ans s'inscrivent impitoyablement autouf de ses yeux, ces beaux . yeux qui ont encore le feu de la jeunesse; l'hiver a déjà neigé sur sa chevelure, cette chevelure d'ébènc qui M le deuil de tant de belles femmes blondes I C'est encore une beauté pourtant, Tombre et le souvenir de h beaTuté. Elle est allée, au milieu de la tempête, se faire baptiser par la mer, — baptiser, c'est son mot. — NoI n'a compris ce baptême. Une femme méchante de si compagnie a dit : « C'est rextrème-onction. » '

La poésie a comme la femme la beauté du diable : un air de jeunesse et de passion qui rayonne un instant^ mais qui passe comme le rayon d'avril et ne laisse plus sur le front que Tombre des giboulées. Combien qui ne sont pas morts et qui, après avoir jeté ce premier éclat, sont dévorés tout vivants parToublil Où sont-iW Ils sont plus morts que les autres, parce que Tépitaphc bruyante des autres rappelle leur nom à toute heure ^ sert d'annonce à leur vie. Plaignons ceux qui dnl eu leur jour de poésie et qui ne sont pas morts sur h soir. Plaignons, plaignons les oubliés, ceux qui n'ont

cmm ih EST ii^

pn (Hàvf^ lèrirs frètes d'affnïés dans !â méléê glorieux ri fataléf, éfe^ît qtii, i^éfiigiés datis (^uieïque pi^ôvin<;e, ont pepriyle téiM fieuri'dt^premîiervénu. Plaignons ceux-là jni sont ïèikr toinbeau à eux-nliênres : Gi-gît un poêlé ians eet kotn/taé^i posée.

Où ne é'éïf^Kqùe pas comment les mères d'actrices, )tii n'ont jamais été ou qui ne sont plus les mères de fAmout, accoihpagnent leurs filles dans les coulisses pour servir d' épouvantait aux amoureux. 11 n'y a point le spectacle plus lamentable que celui de ces femmes Sans sexe et sans âge, qOi seraient à leur place chez elles. La maternité est une chose si sacrée, qu'on Wuffre dfe la voir, de gafeté de coeur, f enir souiller sa' IFobe dans tés enfers du théâtre.

On a dit de Prudhon qtiM ^tait h péMté des amours. C'a été plutôt le peintre' de Tâmour, faut éa touche était ehast^ment voluptueuse^.-

faî sûr mon chevalet une de ses figures à mî-corps, grandeur naturelle. C'est une belle femme presque nue ^i cache sa gorge avec la main. Lé mouvement est d'une grâce à la fois naïye et mailicrée. La main est si belle et si légère, que, tout en faisant ombre au sein, «tle l'indique plutôt ijû'^e ne le ôâfchê, puisqu^^e àp^

S04 i L'AMOUR

pelle le regard. C'est la supercherie de la candeur. Le sein et Tépaule ont toute la morbidesse inappréciable de l'école de Parme. On ne saurait y reprendre qu'un accent de trop ardente volupté. Mais la tête corrige assez cet accent par sa douceur sentimentale. Elle incline légèrement un beau cou nourri de roses et de lis qui rappelle les nonchalances du cygne. Elle est coiffée avec un goût douteux : les cheveux sont relevés par a& ruban rouge qui les réunit à un léger bouquet dooi l'éclat est étouffé dans la demi-teinte. L'expression de cette figure appartient tout à k fois au caractère anii* que et au sentiment moderne. J'y retrouve un peutrof le sourire des femmes du Consulat, peintes par Ge* rard; mais, dans tout l'œuvre de Gérard, rien n'est digne d*ètre comparé à cette figure, qui est sans douie un portrait dont l'original est apparu à Prudhon dans le prisme des visions de Praxitèle.

L'amour est le soleil de l'âme. Pendant la nuitrâme cherche la lumière dans toutes les étoiles : elle ^a de la fortune à l'ambition, de la science à la renommée, de chimère en chimère, toujours éblouie et jamais voyante.

Tout à coup l'aube annonce le soleil, les étoilcspà' lissent, le soleil se lève. ,

L'âme inondée de lumière ne voit plus que l'amour, se moque de la fortune et de l'ambition, delà science et de la renommée. Aimer I aimer! elle ne conjugue plus que ce verbe sur tous les temps*

C'est le triomphe de Tamour de s'élever d'un pied dédaigneux au-dessus de tous les orgueils, et de s'estimer plus riche que M. der Rothschild. L'amour bat monnaie comme un roi, et change l'eau en vin comme un dieu.

La pudeur est sublime, parce que c'est la nature qui se défend. La pruderie est odieuse, parce que ce n'est qu'un jmasque. Sous la pudeur il y a une vraie femme; sous la pruderie il n'y a qu'une fausse femme.

En France les amoureux ne sont pas plus épiques que la Henriade. La raison domine toujours h poésie. L'amour écrit de belles strophes, mais ne fait guère de livres. Beaucoup de jolies bourgeoises émancipées ont cru s'élever à la poésie parce quldles étaient romanesques, mais elles n'ont parfilc que de la prose poétique.

Les femmes romanesques aiment les hommes prosaïques. La nature ne veut pas perdre ses droits.

L'amour est un boui^eau d'argent. C'est toujours

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Fenfant prodigue. Il se nourrit de ses sacrifices, car plus il donne et plus il croit aiTermir sa conquête. Mais il ne prend hypothè(|ue que sur le sable mouvant da rivage. Si on lui donne la monnaie de sa pièce, ce sera en fausse monnaie.

Si Tamoureux aime la solitude, c'est qu'il a un Blonde dans le cœur.

La courtisane mange Théritage, la femme aimée mange le blé en herbe, -r l'avenir! — Quelle est la plus dangereuse, ô jouvenceau en habit bleu barbeau à à boutons d'or!

La scène est -au Château des Fleurs. Hasard cendait rorchistré» Gellarius conduit la danse, l'amour mène le reste*

VÀDEMOISELLE PÀR-dl.

Qu'est-ce que tu es venue faire ici?

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