‹ L'amour comme il est (volume 3)Chapitre 27 sur 39 · LE SERPENT AUX €AHELLIA · texte numérisé non relu

LE SERPENT AUX €AHELLIA

Le lendemain Rosine se leva au point du jour, voulant elle-même habiller les enfants. Elle mit à cette œuvre gracieuse toute sa sollicitude. Hosine était si belle et si douce, que les enfants Taimaient déjà comme s'ils la connaissaient de longue date. La beauté n'est jamais ime étrangère.

• A rheure du déjeuner , madame Bergeret appela Rosine.

— Venez, dit-elle, asseyez» vous près de- moi.

Voilà mon mari, qui m'a promis de songer i vous.

Rosine leva les yeux ; le mari laissa tomber sa fourchette.

— Giell murmura-t-elle toute pâle et toute l)ouleversée.

— Ou'avez-vous, Rosine?

— Rien ! dit-elle en essayant de sourire. Je n'ai rien... j'avais oublié...

Elle sortit de la salle à manger, passa dans sa chambre, mit son chapeau et son manteiet, et, ouvrant une porte qui donnait dans l'antichambre, elle s'enfuit en toute hâte.

M. Bergeret n'était autre que M. Octave, renommé dans la rue de Bréda pour ses cameUias et ses bracelets; M. Octave, le don Juan de la coulisse, qui la veille avait quitté sa femme et ses enfants pour aller dîner à Saint-Germain eu

galante compagnie, dans l'espoir d'y trouver Rosine.

Rosine avait compris qu'elle ne pouvait pas rester une seconde de plus en face du mari sans être forcée d'expliquer son trouble à la fonmoie.

— Je suis bien malheureuse ! dit-elle en se retrouvant dans la rue. Il ne me reste donc plus qu'à mourir ?

Elle descendait la rue Laf&tte sans se demander où elle aUait. Gomme elle marchait lentement, à chaque pas on la coudoyait. Arrivée sur le boulevardy elle s'arrêta à la vue de tout le luxe parisien qui s'étale de ce côté-là avec tant d'impertixience.

— Mourir I dit-elle encore.

Et se demanda vaguement pourquoi elle ne pouvait prendre un peu de place dans ia vie au milieu de tous ceux qui la coudoyaient. Elle

i06 LA VERTU DE ROSINE

marclia sans but durant quelques minutes. Dûtraite comme on Test à son âge, elle se surprit toute ppéte à demander son chemin.

— Hélas ! mon chemin ! Où vais-je?

Elle suivait des yeux toutes les jeunes filles qui passaient à ses côtés.

— Où vont-elles, celles-là ? Il y a une maison qui s'ouvrira pour elles.

Elle se perdait de plus en plus dans sa tristesse. Après avoir marché durant une demi-heure, elle s'aperçut avec émotion qu'elle avait pris, sans y penser, le chemin de la rue des Lavandières.

— Oui, dit-elle en se ranimant un peu, je reverrai mon père et ma mère ; j'embrasserai les enfants ; au moins, si j^ suis condamnée à mourir, j'aurai plus de courage pour le dernier coup.

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