LA VESTALE ET LA BACCHANTE
Je ne raconterai pas mot à mot comment vécut
Bosine pendant qu'elle fut à TOdéon. On l'avait engagée sur sa figure et pour sa figure. On lui
donnait cent francs par mois — pendant l'hiver.
On lui laissait le droit de mourir de faim pendant
K Tété. Cent francs par mois I On lui paya un mois d'avance, elle se trouva riche pendant une heure.
Elle s'habilla pour soixante francs, paya une chambre vingt francs, et garda vingt francs pour
acheter des gants et dîner çà et là.
Elle était allée se loger tout droit à l'hôtel
d'Edmond La Roche, mais discrète, mais voilée, mais silencieuse. Elle voulait le voir passer;
mais elle attendait ses débuts pour lui dire : Me
voilà.
Elle avait pris à TOdéon un nom de comédie.
La Parisienne a autant de baptêmes gué de métamorphoses. Elle ne voulait pas que son père pût la r^comaaitr^. D'ailleiArs, le nom à% mademoi^^Ue B»s,me n'était pas «âri^u:^ sur Tal&cbee d'uA ihéàlre ciflutsigue.
Cependant elle avait un peu Févc^ticmné teei le mondQ à l'Odéon. Sa beauté devenait proverbîAle dans tQUgi tes théâtres, même avttnt qu'elle eât àébaté.
Tous les soirs, le foyer un peu désert de rOdéon se peuplait de bourgeois gentilshommes et de gentilshommes bourgeois, qui voulaient
LA VERTtr DE ROSINE H?
salner ce soleil teyant. Or, pefidaat ce triomphe, Bosine mourait de faim : sup sa ôgare et sist sdfi engagement à YQàéoB, oh M avait accordé quelque crédit à son hôlel, mais^à la con^^cHi qu'elle n'en abuserait pas». La paufvrei fflte wait un pe» de Tair du temps. Quand o» a dix-kuA ans, c'est un bien mauvais dîner. Ite bonne heure fssÊ^ Mère avec la faim, elle s'habituail à n'ouvrir ses belles dents que juste ce qu'il fallait pou* ne pa» se laisser mourir.
tJn soir, après avoir joué, — et bien joué — son rôle de début, en ingénue qui ne devait rien savoir, pas même son cœur, — elle fut emportée malgré elle jusqu'à la porte d'Ectaaond La Boche.
C'est si doux de dire à un seul : « Tout le monde m'a trouvée belle, mais mon cœur n'a battu que pour toi. » Peut-être, après tout, Rosine s'était-
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elle ti-ompée d'un étage? — Peut-être ne savaitelle plus où elle allait?
Sonnera-t-elle ? Elle est blanche comme si elle Be fût métamorphosée en statue. Elle lève la main pour saisir le pied de cerf, — car Tétudiant, qui était chasseur, avait mis ce trophée à sa porte poiu* effrayer les créanciers. — Mais la pâle Rosine ne sonnera pas.Un éclat de rke vient briser son cœur. Edmond La Roche ne l'attend pas : une femme est venue avant elle.
Et il rit avec celle-ci sans s'inquiéter de celle là qui pleure à sa porte.
Rosine a reconnu la voix de la Folie Amoureuse. Elle redescend en toute hâte ; elle va cacher dans son lit sa pudeur un instant insultée par sa passion et sa révolte contre cette vortu toujours défaillante et toujours préservée.
Elle ferme chastement ses bi^as sur son sein
emhrasé et se demande si elle s'en ira ainsi dans le tombeau ; si elle ne respirera pas une fois dans sa vie les parfums voluptueux de la moisson des roses et de la grappe foulée au premier jour des vendanges.
Dans toute femme, même dans celles qui se sont le plus fermement résignées à mettre leur cœur au cloître, la bacchante, à certaines heures, se réveille, épaules nues, et chevelure au vent, comme pour défier le crucifix qui, la veille endormait en Dieu leurs plus sataniques aspirations.