LK TESTAMENT DE ROSINE
Qn sait que Rosine avait passé la nuit à pleurer et à écrire des lettres. Elle avait d'abord écrit à Edmond La Roche huit grandes pages, poiu» lui raconter sa vie, dans le style déchirant de ceux qui ont souffert et qui disent la vérité. Après avoir relu cette lettre, sans doute elle avait imposé silence à son cœur; car Edmond La Roche trouva les huit pag s déchirées dans Tâtre.
îln voici des fragments :
J94 LA VERTU DK ROSINB
« h VOUS ai bwn aimé moi pauwt fiUe qui tM)u- « UjÀl donner $a viea l'amour, mais a un seul •
c Si vo\is savié quelles angoisses ! toutes les 6upic racions vers le bien, et le mal tout autour de moi!^
c Je meurs avec une singulière volupté : U me
• samble que je m'anveloppe dans un linceul de c nége, car je m'envole toute blanche : c'est froid, « mais c'est doux. »
9illnia pas de quoi s' enorgueillir, car j'en ai été
« quite à trop bon conte. Sans votre somr, sans votre
• maUresseJe nen serais sans doute pas là. t
i^On ne le croira pas que je moeurs sans avoir mal
c fait, moi qui a passé par le théâtre, mais vous « n'en doutrez pas, vous. » •
c Je me suis toute-OrV heure endormie la plume a a la m^in. Était ce le sommeil? était ce déjà la « m^rt? car la mort doit avoir au^i des rêves.
« Voici ce que jai vu : nouz étions seul, vous et « moi. Vous, c'était moi; moi, cétait vous. On nom a avait ouvert la porte du paradis. Ah! que cétait (c beau ! Moi qui nai jamais vu que les payzages de « la barière Saint-Jaques et de VOdéon, j'étais Umtte a éblouie de tant de lumière et tant de roses. Et les « belles fontaines de marbre! etlesbau^ arbres coua verts de flev/rs, de fruis et d'oisaux bleus et rouges. a Toutacoup vou m'avez ambrasse, on ma ouver une « autre porte, et je me suis réveillé dans l'enfer. »
c Cet égale, je défiie une pauvre fille, si elle est (c belle, de faire un pas dans Paris sans trébucher. a A force de vertu, elle mourra de fain ! j»
¥ Nt(> tm pUéirez p^iê, EnibrasMé vUre saur^ et un tt jnu/r, m emUmi vo$ Ixmnes fortunes^ due que la u fhwiiw. ipiA vimz a le plm aimée e$l marte par vous. •
I^HH liiltriiH (Ih lUihlnQ à son père, à sa mère et à m JHuno nanir étaient sur la table : des chefsd'diiivra dn style sans orthographe.
ho uuitln , après son retour de Notre-Dame, \\k\^w ^UUt duHCondue oiies le portier pour le
prier de porter vers midi la lettre adressée à Edmond La Roche ; après quoi, sous prétexte d'mi violent mal de dents, — elle qui n'avait que des perles dans la bouche, — elle avait obtenu du chloroforme à trois pharmacies voisines; elle y était remontée et redescendue coup sur coup pour donner la clef au portier et lui recommander de la remettre à M. Edmond La Roche, qui sans doute la demanderait dans la journée.
Voilà tout ce qu'on savait.
— Est-il possible que tant de beauté et tant d'amour soient pour la tombe! disait tout bas Edmond La Roche dans son désespoir.
Rosine n'avait jamais été plus belle et plus douce : la mort avait répandu sur sa figure cette expression toute divine qui est comme le dernier adieu de Tâme,
LE BOUQUET D'uN SOU
Edmond La Roche veilla Rosine le jour et la nuit, en compagnie de Tétudiant en médecine.
La Folie Amoureuse voulut entrer dans cette chambre funèbre qui avait caché tant de douleur et tant de vertu, — j*ai voulu dire tant d'amour, — mais Edmond Laroche chassa cette fille avec ime sainte colère.
Le lendemain matin, la fille de Thôtelière ensevelit la morte.
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