L'amour criminel
« Tous les autres appétits sont plus ou moins contenus dans les barrières sociales ; nous nous battons bien pour le pain comme nos ancêtres des forêts séculaires se battaient pour un morceau de viande crue ; mais c’est sous l’œil des gendarmes, et d’après les conditions fixes du Code. L’amour seul est demeuré irréductible, comme la mort, aux conventions humaines. »
J’étais encore un débutant dans la police, quand mes yeux tombèrent sur cette définition de l’irréductibilité de l’Amour. . .
Combien de fois depuis ne m’est-elle pas revenue à la mémoire, quand, chef de la
l’amour criminel
Sûreté, je voyais défiler dans mon cabinet et les princesses authentiquement blasonnées, et les demi-mondaines dont les armoiries dataient du Moulin-Rouge, et les bourgeoises qui sans avoir lu Madame Bovary vivaient son rôle, et les filles au chignon filasse, au visage émacié qui, en descendant du panier à salade, envoyaient un baiser à leur « petit homme », le pâle souteneur classique à la casquette de soie, aux cheveux collés aux tempes, caché dans un coin de la cour du Dépôt, — pour apercevoir une dernière fois sa marmite, avant que la porte de la prison se refermât sur elle !
Bourget a raison, l’amour est un sentiment naturel, irrésistible, dont la lutte contre les lois et les habitudes des sociétés est féconde en crises aiguës, révélant l’énergie des caractères et souvent aussi leur bestialité, leur méchanceté même.
Aussi m’a-t-il semblé utile de réunir en un livre des documents vrais.
Drames ou comédies, vaudevilles, pantomimes, sanglants, désolants ou consolants tableaux, sont restés dans mon souvenir avec la précision des instantanés du service anthropométrique.
Je veux essayer de les faire revivre avec