‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 2 sur 74 · IV-V · texte numérisé non relu

IV-V

Si nous n'avions les tragédies et aussi les comédies du grand siècle où, souriant quelquefois, plus souvent désolé et fatal, l'amour est le thème à peu près unique, le thème qui suffit, seul, à tant de chefs-d'œuvre du Cid, d'Horace, de Polyeacte, jusqu'à Andromaque, Phèdre, Bérénice, du Menteur jusqu'à Don Juan et aux Folies amoureuses, nous pourrions supposer que le xyii° ni le xvme siècle n'ont pas beaucoup connu cette passion, du moins poétiquement.

Mais si le lyrisme sentimental disparaît alors pour ne reparaître qu'avec André Ghénier, il disparaît, on peut le dire sans antiphrase, par excès. Il devient si profondément le souci majeur de cette société enfin organisée et tranquille,

l'objet de ses soins et de son attention essentielle; il atteint à une telle importance qu'il se rend digne d'être l'un des sujets de la raison, de l'ordonnance et de la majesté que celle-ci communique à toute chose dont elle s'occupe.

Ce n'est plus le cœur seul qui, au privé et avec un laisser-aller manquant d'impavidité patricienne, parle désormais d'amour. Non, l'esprit le figure en des héros objectifs, impersonnels, en qui sont représentés d'une façon générale et philosophique les troubles, les ravages, les ardeurs de la passion.

Les hommes de vrai génie s'étant donnés à cette formule, — où, sans parler eux-mêmes, ils prêtaient leurs émotions à des personnages abstraits, — il ne leur resta plus d'éloquence pour les poèmes où l'on se divulgue. Probablement même ne voulurent-ils point en. avoir par pure distinction d'âme? Voilà l'un des traits essentiels du classicisme.

Pour ne point s'étonner de la pénurie des beaux poèmes d'amour dans les poésies galantes des Ghaulieu, de La Fare, de Senecé, et plus tard des J.-B. Rousseau, Louis Racine, Pompignan, Gentil- Bernard, Lemierre, Boufflers, Florian même, et cent autres encore, il faut se souvenir de la scène

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où Pauline et Sévère dominent leur ancienne tendresse, de ces fiévreuses amantes, Chimène ou Camille; il faut se souvenir surtout du désespoir d'Oreste :

Tout lui rirait, Pylade : el moi pour mou partage, Je n'emporterais donc qu'une inulile rage? J'irais loin d'elle encor tâcher de l'oublier? Non, non; à mes tourments je veux l'associer; C'est trop gémir tout seul. Je suis las qu'on me plaigne : Je prétends qu'à mon tour l'inhumaine me craigne, Et que ses veux cruels à pleurer condamnés, Me rendent tous les noms que je leur ai donnés...

des cris sublimes de Phèdre :

Ce n'est plus une ardeur dans mes veines cachées, C'est Vénus toute entière à sa proie attachée! .

Ah ! douleur non encore éprouvée !

A quel nouveau tourment je me suis réservée! Tout ce que j'ai souffert, mes craintes, mes transports, La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords, Et d'un refus cruel l'insupportable injure, N'était qu'un faible essai du tourment que j'endure. Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes yeux? Comment se sont-ils vus? Depuis quand? Dans quels

i lieux?

Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher?

Dans le fond des forets allaient-ils se cacher?

Hélas ! ils se voyaient avec pleine licence;

Le ciel de leurs soupirs approuvait l'innocence :

Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux :

Et moi, triste rebut de la nature entière,

Je me cachais au jour, je fuyais la lumière:

La mort est le seul dieu que j'osais implorer.

J'attendais le moment où j'allais expirer :

Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée,

Eneor, dans mon malheur de trop près observée,

Je n'osais dans mes pleurs me noyer à loisir.

Je coûtais en tremblant ce funeste plaisir ;

Et, sous un front serein déguisant mes alarmes.

Il fallait bien souvent me priver de mes larmes.

Qui ne se rappelle aussi le chant mélancolique de Bérénice et celui du romanesque Antiochus?

Au xvnie siècle on a tellement aimé que l'on est las. Chez les uns s'étalent la débauche et la décrépitude. Chez les autres sourient la galanterie et du badinage, un peu inquiet toutefois. Mais si Ton est fatigué, on sait parfaitement comment on aime. On sait les manières, les formules, le vocabulaire, le ton des madrigaux, des odes, des couplets aux Philis, aux Lucinde, aux

Cydalise. C'est le temps des fêtes galantes que Watteau imagina avec Y Embarquement pour Cythère, que Van Loo plus exactement peignit avec sa Halte de chasse ; c'est le temps où tous, marquis ou laquais, savent rimer le même compliment, c'est le temps où l'idéal est l'Indifférent, insouciant et mélancolique, où le pire est le vieux marquis gâteux, raisonneur et polisson. A côté de Watteau et de Boucher, Fragonard et tant d'autres qui n'avaient pas son talent, peignent des sujets licencieux. A côté de la poésie légère et banale des Parny et des Dorât se multiplient les couplets erotiques ou égrillards de Laujon, de Collé, de Gentil-Bernard, etc., etc..

On en est inondé. Mais tout cela est vide, emphatique ou mignard. Pour découvrir un reflet du délicieux Indifférent de Watteau, et des marivaudages aristocratiques (et si humains!) des comédiettes de Marivaux, il faut demander à Chérubin, délicieuse création de Beaumarchais, de nous chanter sa romance...

Venu d'Allemagne, de Suisse ou d'ailleurs (tout cela n'est-ce pas de vaines précisions pseudo-scientifiques?), venu on ne sait d'où, provoqué peut-être simplement par le contraste d'un long éloignement et par lassitude du bou-

lingrin artificiel et des jardins réguliers, où la raison s'était lassée et appauvrie, le goût de la nature apparut avec les parties de plaisir à la campagne, avec les délassements villageois. Peu à peu on déserta la ville trépidante pour les champs sereins. La littérature s'empara de la mode nouvelle. Jean-Jacques Rousseau, sans mesure, avec un délire qui fait sourire aujourd'hui, exalta la nature. Tout d'elle était parfait, pur. L'instinct seul valait. L'ignorant égalait en sensation et en humanité le lettré et l'âme du chemineau celle du seigneur.

Ce fut une sorte de libération sentimentale, la curée plébéienne des passions de l'amour. Un flot de cœurs sensibles, éloquents, désordonnés, se rua dans les belles-lettres. Chacun ressentit des ardeurs égales à celles d'Héloïse ; Paul et Virginie s'embrassaient dans toutes les clairières.

Les conventions poétiques déchues avec l'ancienne façon solennelle de s'exprimer, on osa étudier en toute liberté les anciens. Par bonheur, leur prestige subsistait. 11 permit de retrouver une tradition et les précieux principes, sans quoi le plus vif sentiment ne saurait trouver une forme harmonieuse et durable.

André Chénier, demi-grec, ranima Théocrite et transporta la sentimentalité, encore très sensuelle de son temps, dans des élégies et dans des bucoliques d'une grâce toujours académique, mais parée d'une fraîche rosée d'épithètes neuves.

Il y avait encore beaucoup de discrétion dans le sentiment et beaucoup d'apprêt dans l'expression.

Les divers sentiments de l'amour allaient bientôt connaître une autre ardeur et même atteindre à cet aspect d'absolu qui fut la caractéristique essentielle de la sentimentalité romantique.

La Révolution en déchaînant toutes les consciences, l'épopée napoléonienne en exaltant fiévreusement toutes les personnalités, provoquèrent une floraison d'individualités enivrées d'orgueil, de gloire, d'indépendance, puis, brusquement les abandonnèrent, les livrant à l'oisiveté ou à la banalité déprimante de gouvernements incertains. L'énergie, le besoin d'activité qui ne pouvaient plus s'appliquer à des réalités, s'appliquèrent à des idéologies passionnées. De cet écart

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entre le rêve et l'acte résulta un malaise étrange que l'on a appelé le mal du siècle et qui s'est incarné dans ces héros : Werther, Ohermann, Adolphe, Manfred et surtout dans René. Plus tard vinrent Antony, Jocelyn et Perdican.

Toute une génération d'individualistes désorhilés ne se crut intéressante qu'au prix d'une imitation forcenée de ces fictions, dont le type le plus influent était René. Leur caractéristique essentielle fut d'introduire dans tout fait, dans tout état d'àme une certaine nécessité d'infini. 11 en résultait immédiatement un cas morbide créé par les disproportions inévitables et le trouble apporté au jeu naturel des valeurs.

Le renouveau du sentiment chrétien, suscité parle Génie du Christianisme ,ne fut pas non plus étranger à cette effervescence des passions de l'amour. Le goût de la douleur, la tendance mystique à se nourrir tout entier de soi-même, l'enivrement par la notion de l'infini spirituel, qui sont les éléments principaux du christianisme contribuèrent considérablement à donner à l'amour cette allure fatale, ce ton désespéré ou mélancolique qui dominent depuis la fade élégie de Millevoye jusqu'aux cris désolés de Musset et de Baudelaire même.

Si Ton ajoute que le déluge démocratique avait emporté cette pudeur, cette discrétion dont les bienséances des anciens temps revêtaient les sentiments ; si Ton note enfin que dans les diverses tourmentes religieuses ou politiques nombres d'esprits, tout en subissant l'exaltation ambiante, avaient perdu toute foi, toute illusion, on s'expliquera aisément l'extraordinaire développement donné à la sentimentalité amoureuse et le rôle souverain qu'elle dut jouer.

Refuge idéal des grandes âmes, l'amour fut aussi l'illusoire et cabotine attitude des médiocres. Si bien que l'on eut à côté de l'éloquence lyrique des Vigny, des Lamartine, des Musset, des Hugo, une littérature de rhéteurs qui se crurent marqués par le destin, voués au culte de l'infini parce qu'ils avaient quelque « vague-àl'âme » amoureux. L'amour devint le passetemps des désœuvrés et souvent aussi absorba des vertus, je veux dire des énergies, qui eussent été autrement fécondes. -

Jamais la lyre française n'avait exprimé la passion comme elle l'exprima alors. Ténébreuse, sanglotante et fatale, l'âme humaine sembla ne connaître qu'un seul but : l'amour, c'est-à-dire la femme. Ce fut une belle époque pour les femmes !

Mais les femmes n'étaient-elles pas tout aussi éperdues que les hommes : Mmc de Staël, George Sand surtout, avec Lêlia, Indiana, Consuelo ; Marceline Desbordes-Valmore et la série des « Muses romantiques », fécondes collaboratrices des keepsakes, ces almanachs vaporeux du parfait romantique. Observerons-nous cependant que les femmes gardèrent toujours, au contraire des hommes, dans leurs débords amoureux, un certain sens pratique et une sensualité fort précise ?

La Nuit d'octobre mise à part, l'amour romantique s'est incarné, sous ses diverses faces, en quatre poèmes primordiaux, qui sont : le Lac, de Lamartine; la Maison du Berger, de Vigny; la Tristesse d'Ohjmpio, de Victor Hugo, et Souvenir, de Musset.

Dans le commentaire qui accompagne ces poèmes et complète notre essai, nous avons précisé, en quelques mots, le sens de chacun.

Nous insisterons particulièrement ici sur la Maison du Berger, qui est l'un des sommets de la poésie amoureuse, le poème où le sentiment devient abstraction, c'est-à-dire se dégage de toute pesanteur matérielle ou affective pour atteindre à l'idée pure. Il était naturel qu'Alfred de Vigny, après avoir clamé dans la Colère de Samson le fier

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ressentiment du mâle opprimé par la femme, s'éleva à cette vision de la continuité absolue et indifférente de la Nature, qui termine la Maison du Berger. Il avait déjà atteint à ces conclusions sur l'ordre mystérieux des choses vers un « but inconnu », qui aujourd'hui dominent, et, se libérant de l'amour, il exhortait l'homme à de plus vastes destinées.

C'est une philosophie analogue qui plane sur la poésie de ce penseur lyrique que fut Mme Ackermann, et que l'on retrouvera dans son poème YAmour et la Mort, dont voici les beaux passages :

Regardez-les passer, ces couples éphémères! Dans les bras l'un de Vautre enlacés un moment. Tous, avant de mêler à jamais leurs poussières, Font le même serment :

Toujours! un mot hardi que les deux qui vieillissent Avec étonnement entendent prononcer, Et qu'osent répéter des lèvres qui palissent, Et qui vont se glacer.

Vous qui vivrez si peu, pourquoi cette promesse Qu'un élan d'espérance arrache à votre cœur, Vain défi qu'au néant vous jetez, dans l'ivresse D'un instant de bonheur ?

Amants, autour de vous une voix inflexible Crie à tout ce qui naft ; aime et meurs ici-bas. La mort est implacable et le ciel insensible; Vous n'éc/iapperez pas.

Eh bien! puisqu'il le faut, sans trouble et sans murmure . Forts de ce même amour dont vous vous enivrez. Et perdus dans le sein de l'immense Nature. Aimez donc et mourez/

Non, non, tout n'est pas dit, vers la beauté fragile Quand un charme invincible emporte le désir. Sous le feu d'un baiser quand notre pauvre argile A frémi de plaisir.

Notre serment sacré part d'une âme immortelle ; C'est elle qui s'émeut quand frissonne le corps; Nous entendons sa voix et le bruit de son aile Jusque dans nos transports.

Mais non, Dieu qu'on dit bon, tu permets qu'on espère; Unir pour séparer, ce n'est point ton dessein. Tout ce qui s'est aimé, fut-ce un jour, sur la terre T a s'aimer dans ton sein.

Eternité de l'homme, illusion! chimère!

Mensonge de l'amour et de l'orgueil humain. Il n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère, Il lui faut un demain ! .

Quand un souffle d'amour traverse vos poitrines, Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus, Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines Vous jettent éperdus.

Quand, pressant sur ce cœur qui va bientôt s'éteindre Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas, Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre L'Infini dans vos bras.

Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure Déchaînés dans vos flancs comme d'ardents essaims, Ces transports, c'est déjà l'Humanité future Qui s'agite en vos seins.

Elle se dissoudra, cette argile légère Qu'ont émue un instant la joie et la douleur ; Les vents vont disperser cette noble poussière Qui fut jadis un cœur.

Mais d'autres cœurs naîtront qui renoueront la trame De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,

Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme Dans les âges lointains.

Tous les êtres, formant une chaîne éternelle. Se passent, en courant, le flambeau de l'Amour. Chacun rapidement prend la torche immortelle Et la rend à son tour.

Après un tel débordement lyrique, après toute cette éloquence dont on se demande souvent si la splendeur n'en est pas affectée, une période de sentiments moins éthérés mais plus vrais, plus harmonieux, était inévitable. L'un des premiers qui parla en amour un langage à la fois plus simple et plus naturel mais non moins passionné fut Louis Bouilhet intime ami de Gustave Flaubert l'initiateur du naturalisme.

Louis Bouilhet a souvent été méconnu. La gloire de Flaubert fit du tort à sa notoriété. Aussi tenons-nous à donner ici-même, en insistant tout particulièrement sur sa vibrante sincérité, son poème A une femme (1) :

(1) Extrait du recueil Festons et Astragales (Lemerre, édit.).

Quoi! tu raillais vraiment, quand tu disais : Je t'aime! Quoi ! tu mentais aussi, pauvre fille !... A quoi bon? Tu ne me trompais pas, tu te trompais toi-même, Pouvant avoir l'amour, tu n'as que le pardon !

Garde-le, large et franc, comme fut ma tendresse, Que par aucun regret ton cœur ne soit mordu : Ce que j'aimais, en toi, c'était ma propre ivresse. Ce que j'aimais, en toi, je ne l'ai pas perdu.

Ta lampe n'a brûlé qu'en empruntant ma flamme. Comme le grand convive aux noces de Cana, Je changeais en vin pur les fadeurs de ton âme Et ce fut un festin dont plus d'un s'étonna.

Tu n'as jamais été dans tes jours les plus rares, Qu'un banal instrument sous mon archet vainqueur, Et, comme un air qui sonne au bois creux des guitares. J'ai fait chanter mon rêve au vide de ton cœur.

S'il fut sublime et doux, ce n'est point ton affaire. Je peux le dire au monde et ne pas te nommer ; Pour tirer du néant sa splendeur éphémère, Il m'a suffi de croire. Il m'a suffi d'aimer.

Et maintenant, adieu ! Suis ton chemin je passe ! Poudre d'un blanc discret les rougeurs de ton front ; Le banquet est fini, quand j'ai vidé ma tasse, S'il reste encor du vin, les laquais le boiront!

« Il est inutile, dit M. Pierre Fons (1) de consulter sur son apport à l'expression du lyrisme sentimental l'école d'art hautain et probe qu'on nomme le premier Parnasse. En réaction contre la sensiblerie déclamatoire, où s'épanchaient les disciples — combien dégénérés — de Lamartine et de Musset, il sembla proscrire hors du cénacle de ses sculptures impassibles, les divines et mobiles Muses de l'affection et de la pitié. » Ceci est le principe. En réalité, le cœur des parnassiens, un cœur plus sensible d'être contenu, transparaît sous leur masque d'insensibilité.

Il est hasardeux de tenir Baudelaire pour un des leurs. Celui-ci fut plutôt un romantique attardé, mais un romantique savant, cérébral, discipliné, qui chercha dans une sensualité complexe ou bizarre l'assouvissement de sa soif d'infini et de béatitude. Mais que pouvait donner la seule chair à cet esprit qui vivait dans l'absolu ?

Leconte de Lisle, le plus rigide des Parnassiens, n'a pu cependant retenir ce poème trop cité du Manchy, dont l'expression ni le ton ne valent la surprenante émotion qui jaillit des strophes de ce testament lyrique et philosophique qu'il

(1) Dans un essai sur « la Philosophie de l'amour dans la Poésie moderne », paru dans Le Réveil de Pallas.

appela Ylllusion suprême, et dont voici les passages relatifs au thème de notre étude :

Quand l'homme approche enfin des sommets où la vie Va plonger dans votre ombre inerte, 6 mornes cieux ! Debout sur la hauteur aveuglément gravie, Les premiers jours vécus éblouissent ses yeux.

Tandis que la nuit monte et déborde les grèves, Il revoit, au delà de l'horizon lointain, Tourbillonner le vol des désirs et des rêves Dans la rose clarté de son heureux matin.

Monde lugubre, où nul ne voudrait redescendre Par le même chemin solitaire, âpre et lent, Vous, stériles soleils, qui n'êtes plus que cendre, Et vous, ô pleurs muets, tombés d'un cœur sanglant!

Celui qui va goûter le sommeil saîis aurore Dont l'homme ni le Dieu n'ont pu rompre le sceau, Chair qui va disparaître, âme qui s'évapore, S'emplit des visions qui hantaient son berceau.

Rien du passé perdu qui soudain ne renaisse :

La montagne natale et les vieux tamarins,

Les chers morts qui l'aimaient au temps de sa jeunesse

Et qui dorment là-bas dans les sables marins.

Le ciel vaste où le mont dentelé se profile, Lorsque ta pourpre, ô soir, le revêt tout entier! Et le chant triste et doux des Bandes à la file Qui s'en viennent des hauts et s'en vont au quartier.

Voici les bassins clairs entre les blocs de lave; Par les sentiers de la savane, vers l'enclos, Le beuglement des bœufs bossus de Tamatave Mêlé dans l'air sonore au murmure des flots,

Et sur la côte, au pied des dunes de Saint-Gilles, Le long de son corail merveilleux et changeant, Comme un essaim d'oiseaux les pirogues agiles Trempant leur aile aiguë aux écumes d'argent.

Puis, tout s'apaise et dort. La lune se balance, Perle éclatante, au fond des deux d'astres emplis; La mer soupire et semble accroître le silence Et berce le reflet des mondes dans ses plis.

Mille arômes légers émanent des feuillages

Où la mouche d'or rôde, étincelle et bruit ;

Et les feux des chasseurs, sur les mornes sauvages,

Jaillissent dans le bleu splendide de la nuit.

Et tu renais aussi, fantôme diaphane,

Qui fis battre son cœur pour la première fois,

Et, fleur cueillie avant que le soleil te fane,

Ne parfumas qu'un jour l'ombre calme des bois!

0 chère Vision, toi qui répands encore, De la plage lointaine où lu dors à jamais. Comme un mélancolique et doux reflet d'aurore Au fond d'un cœur obscur et qlacé désormais!

Les ans n'ont pas pesé sur ta grâce immortelle, La tombe bienheureuse a sauvé ta beauté: Il te revoit, avec tes yeux divins, et telle Que tu lui souriais en un monde enchanté!

Mais quand il s'en ira dans le muet mystère Où tout ce qui vécut demeure enseveli, Qui saura que ton âme a fleuri sur la terre, O doux rêve, promis à l'infaillible oubli?

Et vous, joyeux soleils des naïves années, Vous, éclatantes nuits de l'infini béant, Qui versiez votre gloire aux mers illuminées, L'esprit qui vous songea vous entraîne au néant.

Ah! tout cela, jeunesse, amour, joie et pensée. Chants de la mer et des forêts, souffles du ciel Emportant à plein vol l'Espérance insensée, Qu'est-ce que tout cela, qui n'est pas éternel ?

Soit! la poussière humaine, en proie au temps rapide, Ses voluptés, ses pleurs, ses combats, ses remords, Les Dieux qu'elle a conçus et l'univers stupide Ne valent pas la paix impassible des morts. (1)

(1) Extrait du recueil les Poèmes tragiques. (Lemerre, édit.)

D'autres parnassiens, qui l'étaient moins de doctrine que de forme, Sully-Prudhomme, François Coppée, Léon Dierx, devaient bientôt raviver la valeur poétique de l'amour par l'expression d'ardeurs moins troublées et moins orgueilleuses, mais non moins profondes.

Il y a deux tons principaux dans Sully-Prudhomme, l'un où l'amour garde quelque chose de la grandeur terrible qu'il a dans Racine et dans Musset, l'autre où il n'est plus qu'une tendresse très enveloppante qui le cède cependant à de supérieures préoccupations.

Le sonnet Où vont-ils? est le plus bel exemple que le poète des Epreuves, nous ait donné de sa première manière :

Ceux qui sont morts d'amour ne montent pas au ciel : Ils n'auraient plus les soirs, les sentiers, les ravines. Et ne coûteraient pas, aux demeures divines. En miel qui du baiser pût effacer le miel.

Ils ne descendent pas dans l'enfer éternel : Car ils se sont brûlés aux lèvres purpurine*. El l'ongle des démons fouille moins les poitrines Que le doute incurable et le dédain cruel.

Où vont-ils? Quels plaisirs, quelles douleurs suprêmes. Pour ceux-là, si les cœurs au tombeau sont les mêmes. Passeront les douleurs et les plaisirs sentis ?

Comme ils ont eu l'enfer et le ciel dans leur vie, L'infini qu'on redoute et celui qu'on envie, Ils sont morts jusqu'à l'âme, il sont anéantis.

L'autre manière de Sully-Prudhomme se retrouve toute dans le poème si délicat de rythmes si souples qu'il appela « Conseil » et qui se trouve dans le recueil Les Vaines Tendresses :

Jeune fille, crois-moi, s'il en est temps encore, Choisis un fiancé joyeux, à l'œil vivant, Au pas ferme, à la voix sonore, Qui n'aille pas rêvant.

Sois généreuse, épargne aux cœurs de se méprendre. Au tien même, imprudente, épargne des regrets, N'en captive pas un trop tendre, Tu t'en repentirais.

La nature t'a faite indocile et rieuse, Crains une âme où la tienne apprendrait le souci. La tendresse est trop sérieuse, Trop exigeante aussi.

Un compagnon rêveur attristerait ta vie, Tu sentirais toujours son ombre à ton côté Maudire la rumeur d'envie Où marche la beauté.

Et tu ne peux savoir fout le bonheur que broie D'un caprice enfantin le vol brusque et distrait Quand il arrache au cœur la proie Que la lèvre effleurait.

Quand l'extase, pareille à ces bulles ténues Qu'un souffle patient et peureux allégea. S'évanouit si près des nues Qui s'y mi raie lit déjà:

Sois généreuse, épargne à des songeurs crédules Ta grâce et de tes yeux les appels décevants : Ils chercheraient des crépuscules Dans ces soleils levants.

Il leur faut une amie à s'attendrir facile. Souple à leurs vains soupirs comme aux vents le roseau. Dont le cœur leur soit un asile Et les bras un berceau.

Douce, infiniment douce, indulgente aux chimères,

Inépuisable en soins calmants ou réchauffants. Soins muets comme en ont les mères.

Car ce sont des enfants.

Il leur faut pour témoin, dans les heures d'étude L ne âme qu'autour d'eux ils sentent se poser, Il leur faut une solitude Où voltige un baiser.

Jeune fille, crois m'en, cherche qui le ressemble, Ils sont graves ceux-là, ne choisis aucun d'eux. Vous seriez malheureux ensemble Bien qu'innocents tous deux.

François Coppée, qui exprima l'àme plus commune et bannie sinon vulgaire de son époque, découvrit le charme de certains sentiments sans éclat et sans élégance, mais peut-être plus émouvants de joindre une absolue sincérité à si peu de parure. Aucune pièce mieux que celle-ci qui porte le chiffre II dans le recueil des Intimités ne caractérise son art et sa notion de l'amour :

Elle viendra ce soir, elle me Va promis.

Tout est bien prêt. Je viens d'éloigner mes amis,

De brûler des parfums, d'allumer les bougies

Et de jeter au feu les fades élégies

Que j'ai faites alors qu'elle ne venait pas ;

Et j'attends. Tout à l'heure elle viendra. Son pas

Retentira, léger comme un pas de gazelle,

Et déjà ce seul bruit me paiera de mon zèle.

Elle entrera, troublée et voilant sa pâleur.

Nous nous prendrons les mains, et la douce chaleur

De la chambre fera sentir bon sa toilette.

0 les premiers baisers a travers la voilette !

Et cependant, avec autant de simplicité, avec le même ton discret, gris et presque prosaïque, Goppée atteignit une fois au véritable pathétique. Nous ne pouvons ne pas donner ici (avant de revenir au cours régulier de notre essai), ce curieux exemple qui s'intitule : Vieux brouillon de lettre:

Adieu ! J'ai peur d'aimer. Quittons-nous ce soir même. Je te ferais souffrir et tu me rendrais fou. Ainsi qu'une coquette ôte un collier qu'elle aime, Je détache a regret tes bras blancs de mon cou.

Adieu ! L'Amour viendrait. Bornons-nous au caprice. Ne nous torturons pas des larmes du départ. Adieu ! Mon cœur blessé saigne a sa cicatrice. J'ai tant souffert, vois-tu, pour avoir fui trop tard.

Adieu ! Pour nous punir de notre fantaisie. L'amour veille, il nous guette, et le malheur le suit. Pareil à ce bourreau qu'une reine d'Asie Postait pour égorger ses amants d'une nuit .

Huit jours tu m'appartins. — 6 joie, ivresse, gloire! — Avec des soirs d'été pour sublime décor ; Et, parmi les amours étoilanl ma mémoire, Nos amours sont ainsi que des planètes d'or.

Mais puis-je, pauvre et fier, te garder, toi, trop belle ? C'est impossible, hélas ! LJpargnons-nous des pleurs.

Si nous tardions encor, — la vie est si cruelle ! — Nos soupirs cV aujourd'hui deviendraient des douleurs.

Ayons pitié de nous ! Fuyons-nous, mon amie ! Mais souffre qu'en un rêve où sont mouillés mes yeux, Je te revoie encor dans mes bras endormie Et pose entre tes seins le baiser des adieux ! (1)

Tels furent devant l'amour ces poètes qui s'étaient fait un dogme de l'impassibilité.

Malgré ces volontaires hérésies, la poésie leur doit, et doit plus encore au Symbolisme qui suivit, sa libération de la tyrannie d'un sentiment qui menaçait de devenir l'unique ou du moins l'essentiel motif d'émotion, d'enthousiasme et de passionnalité. Le mot passion risquait même de se transformer en synonyme du mot amour.

Heureusement, ceux qui viennent ensuite : Verlaine, Jules Laforgue, Jean Moréas, Yerhaeren, Henri de Régnier, sont poétiquement, beaucoup plus riches d'autres sentiments que du sentiment d'amour. Un souci de pensée plus haute, plus universelle, une préoccupation constante d'idées générales, l'interrogation nouvelle du Mystère religieux, scientifique ou social, détournent les nouveaux poètes du miroir exclusif de l'amour.

(1) Contes el Poésies. Lemerre, édit.

Nous sommes trop proche de ce fait considérable pour pouvoir l'apprécier, l'expliquer et faire plus que le constater. Mais il est évident, si l'amour fut, en un temps, l'inspiration essentielle du poète, qu'il n'occupe, dans la plupart des recueils contemporains, qu'une place secondaire.

On verra par les poèmes que nous donnons de Verlaine, de Charles Cros, d'Albert Samain, de Régnier, Paul Fort, et plus récemment par ceux de MM. Maurice Magre, Derennes, Despax, Lucien Bazin, comment l'amour se vêt de teintes mineures, prend une importance moins absolue, emprunte un air désabusé ou imprécis, parfois aussi languide et crépusculaire, décadent disent certains, qui est bien loin de la fatalité romantique.

C'est un même goût pour la tristesse suave, pour les rêveuses douceurs, le silence, les tendresses subtiles, pour les « inflexions frêles », qui domine dans les poètes belges tels que Maeterlinck, Rodenbach, Van Lerberghe, ou Fernand Sèverin. L'àme comme déjà fatiguée par le mystère de vivre, Georges Rodenbach soupire :

Douceur du soir! Douceur qui fait qu'on s'habitue A la sourdine, aux sons de viole assoupis ; L'amant entend songer l'amante qui s'est tue Et leurs yeux sont ensemble aux dessins du tapis.

Et langoureusement la clarté se retire ; Douceur! Ne plus se voir distincts! N'être plus qu'un ! Silence! Deux senteurs en un même parfum : Penser la môme chose et ne pas se le dire.

Et Fernand Sèverin rappelle un état de sensibilité analogue à celui qu'harmonise Albert Samain dans son Élégie, quand il écrit son petit poème La Chanson douce :

Qu'il est doux d'être au monde! Et d'aimer! Et d'entendre Un aveu dérobé répondre a ses aveux...

J'ai couronné ton front d'un rameau frêle et tendre; Les larmes de la nuit tremblent dans tes cheveux.

Rapproche-toi '.. . L'amour a de ces mots suprêmes Qui ne sont point compris, s'ils ne sont dits tout bas. Vois-tu, ma chère enfant, je sais bien que tu n'aimes, Mais mon unie, sans eux, ne le sentirait pas.

Plus près, plus près de moi! Tout nous sépare encore! Qu'un soupir, une haleine, un frisson moins discret Me livre cet aveu que la parole ignore Il ne sera si doux qu'au prix d'un tel secret.

0 mon enfant! Les morts, qui dorment sous la terre, Ont tout perdu, sans doute, avec l'aspect du jour... Mais rien n'afflige tant leur songe solitaire Que le seul souvenir de cet instant d'amour t

Un groupe de Muses « néo-romantiques ». conserve encore, à peu près seul, la désuète . démotique et farouche frénésie qui plut tant au milieu du siècle dernier.

Mme de Xoailles, roumaine toujours émue de se trouver française, en offre l'exemple le plus élégant et le plus typique. Ses poèmes parlent plutôt de sensualité que d'amour. Un portrait parfait de sa manière, de ses pâmoisons innombrables, de son mouvement lyrique et même de sa physionomie frêle ensanglantée de longues lèvres, c'est cette charmante poésie qui s'intitule Émotion (1) :

Avoir depuis sa douce et lumineuse enfance Baisé le jour qui meurt et celui qui commence. Contemplant l'univers, avoir jeté vers lui Comme une rose, un cœur qui frissonne et qui lait, A avoir jamais rien vu sur la divine terre Qui ne soit une source où l'on se désaltère, Avoir bondi, avoir joué, avoir pleuré Dans les matins luisants qui soulèvent les prés. Avoir tant aimé l'air, la fièvre, la bataille. Que la bouche au milieu du visage tressaille Comme un coquelicot qu'étire un vent d'été; Etre morte d'azur, morte de volupté.

Avoir suivi les pas divijis de la musique Jusqu'aux bornes du rêve et du plaisir physique. (i) Les Ébloaissements, Calmann-Lévy. édit.

Tendre vers l'infini son désir, sa douleur Comme une tige où tremble une suprême fleur. Quelle avide, quelle âpre et chaude destinée. — Je m'attendris, je pense au jour où je suis née...

Chez d'autres poètes, enfin, tels que Pierre Louys, Louis Le Gardonnel, Adolphe Lacuzon, Fernand Gregh, Joachim Gasquet, Olivier de La Fayette, Roger Dumas, Charles Guérin, — ces trois derniers morts prématurément, — l'Idée se superpose au sentiment, et l'amour, s'il n'est pas le refuge momentané du chercheur de vérité, la halte dans les roses, n'est plus que l'avenue vers cet état d'âme universel que le Christianisme appela charité, ou vers cet état d'esprit universel aussi que la philosophie appelle harmonie.

C'est ce que traduit M. Fernand Gregh, lorsqu'il s'écrie :

Partout avec sa force auguste et familière,

Comme à l'ormeau la vigne et comme au pin le lierre.

Le Désir à la vie entrelace la vie!

La terre a du soleil la même obscure envie.

Que la note épousant la note dans la gamme,

Et l'Univers aspire à l'Éternelle Femme!

Léo Larguier avec Jacques, dont il est difficile

de donner un fragment, a chanté le poème des épousailles rustiques et pures.

Tout un groupe de poètes, à la tête desquels on distingue MM. Charles Vildrac, Jules Romains, Georges Duhamel, constitue une poésie de haute inspiration quoique de forme rugueuse, dont presque jamais l'amour n'est le thème.

Enfin, la Montée (1), d'Olivier de La Fayette, cet admirable poème interrompu par la mort, est suivi de cette note trouvée dans les papiers du poète : « J'ai refusé la vaine extase d'un moment, l'emportement lyrique et l'emportement romantique. Quand j'ai chanté l'amour, il ne fut que le symbole d'une aspiration plus vaste que lui, ce rythme sublime qui emporte ensemble les cœurs et les cieux dans l'amour... »

Ainsi, après avoir régné en maître sur notre poésie, l'amour, dégagé des excès et de l'ivresse romantique, des débauches ou des fadeurs décadentes, retrouve peu à peu sa place harmonique. Ainsi, peu à peu, la poésie française revient à ses principes traditionnels et classiques. Nous y prenons notion de l'ordre véritable et nous apprécions à leur valeur proportionnelle la valeur et l'importance des divers sentiments humains.

(1) Hachette, édit.

L'Amour en est l'un dos principaux, mais non l'unique. C'est à lui que nous devons dos élans dans la vie ou dans les lettres, beaux entre tous. C'est par lui que se continue la Vie. Mais s'il est le moyen et l'enchanteur, est-il le But de l'existence? Doit-il être la fin de notre effort?

La réponse de la poésie contemporaine à celle question n'est point affirmative. Cela prouve que la jeunesse française, si elle ne la possède point, encore, désire une doctrine intellectuelle et la préfère aux débordements enivrants mais fallacieux de la passion. Gabriel Boissv.

Note. — Le sous-titre donné à cet ouvrage « les plus beaux poèmes d'amour » ne signifie pas que tous les poèmes réunis ici soient littéralement les plus beaux; mais le très petit nombre qui ne méritent point ce superlatif sont tout au moins paimi les plus caractéristiques. — Nous ne croyons avoir omis, toutefois, aucun chef-d'œuvre . et nous avons souvent remis en honneur des poèmes trop méconnus.

A ce propos, nous signalerons que nous avons cru devoir, — l'intérêt de ces poésies étant d'autant plus vif qu elles sont plus proches de nous, — augmenter dans une sensible proportion le nombre des poèmes contemporains, par rapport aux anciens.

Xous tenons, enfin, à offrir nos vifs remerciements à MM. les auteurs ou éditeurs, notre particulière gratitude a Mesdames Tréfeu, Duval-Lorrain et Guérin, à MM. Gustave Simon et Francis Chevassu, qui ont eu la bonne grâce de nous permettre les reproductions nécessaires pour mener à bien ce travail qui éclaire, croyons-nous, l'un des thèmes essentiels de la poésie française.

lre PERIODE

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