ANTINOUS
Les flots glacés du Nil ont gardé ta mémoire Ephèbe, et sous ton front ombragé de lotus Ton corps, pétri de fange et d'immortelle gloire, Fait rêver dans la nuit tes frères inconnus.
Rome a durant vingt ans adoré tes pieds nus, Les larmes des Césars en ont poli l'ivoire Et, debout sur leur seuil des siècles méconnus, Tu souris à travers les mépris de l'histoire.
Tes beaux pieds transparents, surchargés d'anneaux d'or, Qu'Adrien tout en pleurs entre ses mains avares Déjà raidis et froids, serrait, baisait encor,
Triomphent de nouveau sous des étoffes rares Et font revivre, hélas ! mille ans après la mort, L'ère auguste des dieux et des amours bizarres.
(L'Ombre Ardente.) Jean Lorrain.
Fasquelle, édit.
La notion socratique de l'amour, devenue vice somptueux et hiératisé sous Hadrien ou Héliogabale et depuis vice crapuleux ou morbide, est ici discrètement évoquée. Par ailleurs, Jean Lorrain sut délicieusement chanter la femme.