‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 52 sur 74 · SOIR D'ITALIE · texte numérisé non relu

SOIR D'ITALIE

Par un soir d'Avril, à Pisc la Morte,

Le ciel bleu baignant les temples rêveurs. Parmi les foins coupés lourds de tiges de fleurs,

Sous les chauds parfums que la brise emporte. Comme un vol de désirs inconscients et doux

Tourbillonnaient les lucioles.

Et je pleurais, assis dans l'herbe, à ses genoux.

Et la nuit buvait nos paroles :

« Addio, amico mio ! — Adieu, ma chère amour ! Le monde nous reprend dans ses raisons cruelles. Un jour aura suffi pour nous connaître, un jour Pour égarer sans fin nos âmes éternelles.

— Pourquoi s'aimer tant et déjà se fuir?

Qu'est-ce qu'un bonheur condamné d'avance?... » Nous regardions la nuit sereine approfondir Les quatre monuments qu'emplissait le silence. Groupés en même lieu (symbole de ton sort,

Pauvre amour, pauvre humaine histoire) : Le Temple du Baptême et la Maison de gloire, Et la Tour qui chancelle, et le Champ de la mort...

[Le Livre de Mélancolie.) Paul Makiéton,

Lemerre, édit.

M. Paul Mariéton. connu des lettrés et de la société par le zèle et par la haute intelligence qu'il a apportés dans les diverses manifestations du Félibrige, connu enfin pour sa fon-

dation des « Chorégies » annuelles du Théâtre antique d'Orange, est avant tout un poète d'âme délicate et nuancée, de forme impeccable.

Sa poésie, malgré une psychologie d'un modernisme subtil, rejoint â travers les siècles la poésie platonicienne des Lyonnais du xvi* siècle, d'Olivier de Magny, de Pontus de Thyard, de Joachim du Bellay. Toute consacrée à l'amour, mais à une conception de l'amour où l'idée pure de la beauté l'emporte sur le sensualisme, cette poésie exprime avec une rare distinction expressive, avec des rythmes d'une très souple variété les plus complexes nuances du sentiment.

Le petit poème que nous donnons ci-dessus est, par ses cadences enveloppantes, par la largeur progressive de l'inspiration, puis par la décroissante mélancolie, une admirable évocation d'une belle scène d'amour, trop sincèrement émouvante pour n'avoir pas été vécue...

On trouve, néanmoins, dans le dernier recueil de M. Paul Mariéton, Les Epigrammes (1), ces deux tercets désabusés et sarcastiques :

Cherche à leur ressembler, si tu veux plaire aux femmes; Fais-toi vain, pour offrir à ces mobiles âmes Le plus constant miroir de leur futilité.

Mais si c'est de l'amour que tu veux tirer d'elles^ Sache qu'un maître seul rend les femmes fidèles... Rien ne réduit un cœur comme la dureté.

(1) Mercure de France, édit.

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