‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 55 sur 74 · ODELETTE · texte numérisé non relu

ODELETTE

Si j'ai parlé

De mon amour, c'est à l'eau lente

Qui m'écoute quand je me penche

Sur elle; si j'ai parlé

De mon amour, c'est au vent

Qui rit et chuchote entre les branches ;

Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau

Qui passe et chante

Avec le vent ;

Si j'ai parlé,

C'est à l'écho.

Si j'ai aimé de grand amour,

Triste ou joyeux,

Ce sont tes yeux ;

Si j'ai aimé de grand amour,

Ce fut ta bouche grave et douce,

Ce fut ta bouche ;

Si j'ai aimé de grand amour,

Ce furent ta chair et tes mains fraîches,

Et c'est ton ombre que je cherche.

[Les Jeux rustiques et divins.) Henri de Régnier.

Mercure de France, édit.

LKS CONTEMPORAINS 247

SONNET

Je suis très loin de vous, très loin, ma chère Aimée, Gomme la vie est dure, aux pauvres amoureux!... Trouvez-vous pas qu'ensemble on était bien heureux? Ah ! La chambre bien close, et tiède et parfumée !

Ecrivez-moi souvent. Dites-moi s'il fait beau, Si vous m'aimez toujours, si nul ne me dérobe Votre cœur?... Contez-moi votre nouvelle robe Et si vous avez mis votre joli chapeau.

• C'est affreux de songer le soir, petite amie, Que loin, si loin de moi, vous êtes endormie, Et je pense aux frisons serrés de votre cou,

A votre bouche, à vos yeux clairs, à votre rire... Adieu, mon cher trésor. Je voulais vous écrire Ceci, tout simplement : Je vous aime beaucoup.

[Les Musardises.) Edmond Rostand.

L'auteur de Cyrano de Bergerac, qui bénéficie d'une célébrité extrêmement théâtrale, a mis dans ses poésies d'amour un charme simplet, une grâce mondaine et jolie qui savent plaire à tous et exprimer aimablement les amours légers.

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