ODELETTE
Si j'ai parlé
De mon amour, c'est à l'eau lente
Qui m'écoute quand je me penche
Sur elle; si j'ai parlé
De mon amour, c'est au vent
Qui rit et chuchote entre les branches ;
Si j'ai parlé de mon amour, c'est à l'oiseau
Qui passe et chante
Avec le vent ;
Si j'ai parlé,
C'est à l'écho.
Si j'ai aimé de grand amour,
Triste ou joyeux,
Ce sont tes yeux ;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce fut ta bouche grave et douce,
Ce fut ta bouche ;
Si j'ai aimé de grand amour,
Ce furent ta chair et tes mains fraîches,
Et c'est ton ombre que je cherche.
[Les Jeux rustiques et divins.) Henri de Régnier.
Mercure de France, édit.
LKS CONTEMPORAINS 247
SONNET
Je suis très loin de vous, très loin, ma chère Aimée, Gomme la vie est dure, aux pauvres amoureux!... Trouvez-vous pas qu'ensemble on était bien heureux? Ah ! La chambre bien close, et tiède et parfumée !
Ecrivez-moi souvent. Dites-moi s'il fait beau, Si vous m'aimez toujours, si nul ne me dérobe Votre cœur?... Contez-moi votre nouvelle robe Et si vous avez mis votre joli chapeau.
• C'est affreux de songer le soir, petite amie, Que loin, si loin de moi, vous êtes endormie, Et je pense aux frisons serrés de votre cou,
A votre bouche, à vos yeux clairs, à votre rire... Adieu, mon cher trésor. Je voulais vous écrire Ceci, tout simplement : Je vous aime beaucoup.
[Les Musardises.) Edmond Rostand.
L'auteur de Cyrano de Bergerac, qui bénéficie d'une célébrité extrêmement théâtrale, a mis dans ses poésies d'amour un charme simplet, une grâce mondaine et jolie qui savent plaire à tous et exprimer aimablement les amours légers.