A CÉCILE
Il fallait me crier: Etes-vous bien sincère? Vous, si triste, parler si souvent de bonheur !... Mon pauvre ami, j'ai déjà mal au fond du cœur Et je voudrais crier, mais ma gorge se serre.
Tu n'as rien dit. La vie éloigne. J'ai passé. Le miel a lentement dégoutté de la cire. Puis, un matin d'automne, on est venu te dire : Celui qui vous aimait, ma sœur, s'est fiancé.
Le grand froid de la mort a glacé ta poitrine, Et tout le soir tes yeux ont regardé sans voir La fontaine couler, le puits devenir noir Et les pins craquelés ruisseler de résine.
Hélas ! j'étais tout faible encore et tout enfant.
Tu connaissais ce cœur qui penche et se confie.
Le plus faible de ceux qu'aux abords de la vie,
On prend contre son cœur, soi-même, et qu'on défend
Pourquoi n'as-tu rien dit ? 0 destin qui dénoue Les plus doux liens, les liens les plus harmonieux ! Il te reste, ma sœur, le chagrin de mes yeux, Il me reste, ma sœur, la pâleur de ta joue.
Ce soir où, dans le fleuve aérien du vent, Les grains ailés des pins s'en vont à la dérive, Gomme te voici loin, ô tristesse pensive ! Celui qui t'adorait te perdait en rêvant.
(La Maison des Glycines.) Emile Desiax.
Mercure de France, édit.
Ce poème, et celui de M. Charles Derennes qui suit, contribuent à former cette notion nouvelle de l'amour, où, — celui-ci diminué d'importance, dénué de tout fatalisme, — une tendresse sans violence, une systématique nonchalance sentimentale et même des préoccupations supérieures remportent sur la passion.