‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 68 sur 74 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Ce que j'aimais le mieux en elle, ce n'était Ni le parfum léger de ses longs cheveux d'ambre, Ni son rire, oiseau d'or en cage dans la chambre, Ni ses baisers au goût de figues et de lait,

Ni sa tendresse un peu puérile et sournoise. Ni toute sa chair tiède et frêle comme un nid, Ni ses yeux qui tremblaient sous mes caresses, ni Ses seins menus avec leurs pointes de framboise,

Vous savez bien, mon cœur, que son rire, ses yeux. Ses cheveux blonds, ses seins, sa grâce et sa faiblesse N'étaient pour vous que les moyens délicieux De vous faire chérir votre propre tendresse.

Vous vouliez longuement et paresseusement Vous bercer de douceur sans jamais être dupe, A la façon d'un chat paresseux et gourmand Qui ronronne et qui dort dans les plis d'une jupe.

Et certe, il faisait bon au fond de cet amour. Les heures y coulaient, odorantes et douces. C'était comme si Ton se fût. au chaud du jour, Roulé longtemps, tout nu, dans la fraîcheur des mousses.

276 LKS CONTEMPORAINS

Je me souviens. Je la revois dans le soir bleu Souriante et mordant les pétales de roses. Elle disait : « Je crois que tu m'aimes un peu. » Et puis elle passa comme les autres choses...

(L'Enivrante Angoisse.) Charles Derennes.

Ollendorf, édit.

Ce dernier vers, — pirouette qui marque une rare liberté de cœur, — correspond, particulièrement, à ce que nous disions tout à l'heure. 11 est curieux et suggestif de comparer cette Elégie à celles de Samain ou aux poèmes de Verlaine. Quelle distance, quelle libération, quel équilibre !

MM. Emile Despax et Charles Derennes sont de jeunes poètes, nés le premier à Dax, le second à Villeneuve-sur-Lot.

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