‹ L'amour dans la poésie françaiseChapitre 71 sur 74 · A LAMOUR · texte numérisé non relu

A LAMOUR

Naulonnier de ma vie, Amour, maître des flots, Un soir, tu t'es assis, pour toujours, à ma proue, Et quels que soient les bords où ma barque se joue, Rêves en fleurs, écueils cachés, rires, sang-lots, Fréquentés de l'orage ou chéris des zéphires, J'ai foi dans ton étoile et dans ton fils, Vénus, Pour diriger ma course en des cieux inconnus Et me sauver toujours des vulgaires délires. Mais je voudrais mourir ainsi qu'un bon marin Sur mon vaisseau, vaincu par la vague et l'écume. Sur une mer exempte, ô Thulé, de tes brumes, Devant les golfes d'or du rivage latin.

Que sous le bleu tombeau de la mer bondissante Je garde tes parfums, tes roses, Adonis, Et les vents embaumés partes myrtes, Cypris, Le vol de tes ramiers aux ailes bienveillantes. Et parfois quand Phœbus plongera dans la mer, — Sa pourpre rappelant tes vins purs, ô Sicile — Que j'entende là-bas sur la grève des îles Des éphèbes chanter sous les lauriers amers, Et que je voie encor reluire entre les branches, Nymphes des soirs d'Hellas, votre nudité blanche !

[Les Roses latines.) Ernest Gaubert.

Sansot. édit.

L'appareil mythologique et le décor antique jouent dans l'imagination et dans l'expression de l'amour un rôle considérable, bien souvent destructeur de toute sincérité. Ce petit poème, de forme pure, est un parfait témoignage de cette manière traditionnelle.

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