‹ L'amour des lèvres et l'amour du cœur (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · Je le pense, monsieur · texte numérisé non relu

Je le pense, monsieur

M. de Gondrieux raconta alors dans tous ses détails l'histoire du bal masqué .de l'ambassade.

Après quelques minutes de réflexion, M. Frederick Muller, de Berlin, lui dit :

— Le malheur a voulu que vous soyez tombé sur le

flom le plus commun qui existe au monde : Muller! ! —

Muller est d'abord un nom français depuis l'annexion de

la Lorraine à la France ; ensuite et avant tout, Muller est

un nom allemand, et par conséquent un nom prussien,

un nom autrichien, un nom saxon, un nom westplialien,

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un nom hoogrois, etc.; c'est même, par les alliances (lu Nord avec le Nord, un nom danois, un nom suédois, un nom russe ; en outre, Muller est un nom anglais. Si vous voulez m'en croire, c'est en Angleterre que vous irez dsprcber votre MuUer»

— En Angleterre... et pourquoi ?

— Les Anglais, qui n'ont pas moins de courage et de dignité personnelle que les autres nations, il s'en faut, entendent le point d'honneur d'une façon toute particulière. Deux Anglais qui ont échangé une série de coups sur la tète et sur la poitrine se croient souvent quittes envers eux et le point d'honneur, tandis que parmi vous et parmi nous cette rencontre brutale est tout simplement un motif de plus pour saisir l'épée ou le pistolet. De là, chez eux, une certaine lenteur à y re/îourir après une rixe ; de là je conclus aussi que votre sidversaire, un peu trop négligent à vous donner satisfaction, est presque à coup sûr un Anglais. C'est donc en Angleterre que vous le déterrerez, s'il est quelque part.

Ces raisons parurent si péremptoires à M. de Condrieux , qu'il quitta Berlin le soir même pour aller s'embarquer en Hollande, d'où il fit voile pour la Tamise.

Londres est une ville merveilleuse pour y trouver les gens de quelque valeur personnelle, les gens tenant un rang quelconque dans la société. On se rend au dub qu'on présume devoir être fréquenté par la personne qu'on désire voir, et là, un vaste registre vous est ouvert, où on lit non-seulement les nom, prénoms, conditions, dignités de chaque affilié, mais où sont encore constatés ses absences de Londres et ses retours. Deux jours de recherches suffirent "pour confirmer à M. de Condrieux la haute perspicacité de son faux adversaire de Berlin. Le registre du club miLitaire.de Waterloo parla. Un M. Frederick Muller, jeune officier dans les

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horse-guards, était venu àParis précisément à Tépoquê où s'était donné, à Tambassade de Naples, le fameux bal masqué; il avait passé six mois à Paris, et il était rentré en Angleterre depuis quelques semaines. Dès son arrivée à Londres, constatait encore cet utile registre, il était reparti pour aller chasser dans ses terres, a son château de Saint-Albans, dans le comté d'Hertford, à vingt et un milles de Londres.

— Cette fois, je ne me trompe pas, s'écria M. de Gondrleux en fermant victorieusement le registre, je tiens le véritable MuUer !

Prendre le chemin de fer le plus voisin de Saint- Albans, se jeter ensuite dans une voiture de place pour se faire conduire du débarcadère au château du jeune officier dans les horse-guards, fut pour M, deCondrieux l'affaire de quelques heures.

il était six heures du soir quand il pénétra dans l'antique demeure seigneuriale. Un domestique en livrée sévère vint lui dire que M. Frederick Muller arrivait à rinslant même, avec plusieurs lords de ses amis, de la " cliasse au renard. 11 voudrait bien l'excuser s'il était forcé, pour ne pas le remettre au lendemain, de le recevoir dans le négligé d'un chasseur couvert de boue.

— Qu'il me reçoive comme, il lui plaira, mais qu'il me reçoive, c'est tout ce que je veux, répondit sèchement M. de Condrieux.

Il fut reçu par M. Frederick Muller dans une très-vaste pièce en boiserie, sculptée autrefois par le fameux Gibbon. Ses nobles amis et lui, encore émus d'une longue course à travers bois et marais, vidaient de longs verres de vin de Bordeaux en dénouant leurs ceinturons de cuir et en défaisant leurs guêtres.

— Vous êtes M. Frederick Muller?

— Lui-même. Seulement, je vous ferai observer,

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monsieur, que mon père porte le même prénom que moi.

— Ce n'est pas monsieur votre père , je pense , qui était à Paris l'hiver qui vient de s'écouler?

— Non, monsieur; c'est moi. Q\ïy a-t-il pour votre service ?

— Vous allez le savoir tout de suite, monsieur.

Les amis du jeune iiorse-guards avaient posé, sur une table du Chêne blanc leurs verres encore pleins, aûn de mieux écouter ce dialogue qui paraissait devoir les intéresser beaucoup. M. de Condrieux reprit :

— Vous étiez au bal masqué de l'ambassade de Naples ?

— Oui, monsieur ; au premier seulement, fit observer le horse-guards.

— Au premier : c'est précisément du premier qu'il s'agit, appiiya M. de Condrieux, dont le visage se couvrait d'une pâleur mate, tandis que ses yeux se remplissaient de lignes de sang. Vous portiez un domino vert.

— Oui, monsieur, répondit le jeune officier, mais fatigué à la fin de toutes ces questions, et ne les recevant que pour les renvoyer avec furie.

— Vous accompagniez, à ce bal, une jeune dame?

— Oui, monsieur, répondit le jeune horse-guards, mais cette fois en cassant, en broyant le pied de son verre contre la table.

— Celle dame portait un domino rose ?

— Oui, monsieur ! oui, monsieur! oui, monsieur! ^M. de Condrieux saisit un des verres placés sur la

table, et lança tout le vin qu'il contenait au visage enflammé de colère du jeune officier.

Celui-ci dégagea brusquement son couteau de chasse du ceinturon, et se précipita sur M. de Condrieux, qui ne bougea pas.

Les amis de M. Frederick MuUer s'interposèrent. Ils

s'emparèrent de M. de Gondrieux comme ils l'eussent fait d'un possédé ou d'un fou.

Quand tout le monde fut un peu plus calme, témoins et parties, M. de Gondrieux déclina son nom, ses titres, ses qualités, et s'exprima en si bons termes, sans revenir toutefois avec trop de complaisance sur l'histoire du bal masqué, qu'il croyait devoir être assez connue de son adversaire, que les jeunes lords en conclurent qu'il s'agissait entre leur ami, M. Frederick MuUer, et M- de Condrieux, d'une affaire dont il ne leur était pas tout à fait permis de connaître le secret. Mais, appréciateurs de la forme violente qu'elle venait de prendre, ils décidèrent ceci : Ges deux messieurs so battraient le lendemain à l'épée dans le parc même du château.

Au moment oti, tout étant réglé, M. de Gondrieux allait se retirer pour revenir le lendemain au rendezvous convenu, un formidable orage creva sur Saint- Albans. Impossible de laisser partir M. de Gondrieux. U fut prié de passer la nuit au château. L'hospitalité pouvait s'offrir et s'accepter entre de pareils adversaires.

La cloche sonna le souper.

Ces messieurs précédèrent M. de Gondrieux à la salle à manger, et ce fut M. Frederick Muller lui-même qui le présenta à sa sœur, mademoiselle Edith, jeune personne d'une beauté dont le caractère se composait de majesté, de grâce et de modestie, ayant dans toute sa personne cette aisance noble et naturelle qui rend les Anglaises de ce rang prêtes à tout, à être, s'il le faut, oU d'excellentes mères de famille, ou des ouvrières résignées, ou des reines commandant sur toutes les tles de l'Océan. Un autre sentiment succéda à l'admiration chez M. de Condrieux après avoir vu cette perle du château de • Saint-Aîbans, et cette pensée de feu le préoccupa pendant tout le dîner, au point qu'il eût quitté immédia-

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tement le château, renoncé à son duel, regagné Londres malgré le déluge d'eau vomî par le ciel, s'il n'eût pas dit en arrivant son nom à son adversaire. La femme du bal masqué, — voilà sa désolante pensée, — avait les cheveux noirs, et mademoiselle Edith Muller les avait d'un blond céleste, d'un blond formé de rayons du soleil ; elle avait enfin des cheveux comme Philippe de Champaigne, ce Raphaël de l'air, en a peint quelquefois dans ses miraculeuses Assomptions. Mais peut-être, se dit-il, n'était-ce pas M"« Edith Muller qui accompagnait son frère au voyage de Paris, l'hiver dernier.

Il murmurait à peine ce doute, que mademoiselle Muller lui dit : .

— J'ai assisté, monsieur, l'hiver dernier, à Paris, à un bal charmant, délicieux, c'était à l'ambassade de Naples.

— Où vous étiez avec l'une de vos sœurs, n'est-ce pas, mademoiselle?

— Non, monsieur, j'étais seule avec mon frère que voilà. D'ailleurs, je n'ai pas de sœur.

— Ah I vous étiez avec votre frère... aucune autre dame?...

— Aucune, monsieur. Je regrette que mon frère ait voulu quitter cet admirable bal avant le souper. On a dû encore beaucoup danser après le souper ?

— Elle n'était pas au souper de l'ambassade, se dit intérieurement M. Malthé de Gondrieux. Ce n'était pas çlle ! — Ce n'était donc pas lui I C'est alors un second faux Muller que je viens d'outrager tantôt, chez lui, dans son château? Ah I cette funeste équivoque me portera malheur!

Elle lui porta malheur en effet.

Le lendemain vers midi, quatre personnes silencieuses

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portaient dans un lit ducliâteau M. de Condrieux, blessa* d'un coup d'épée au-dessous du cœur, à deux lignes du cœur ! '

Le médecin déclara la blessure infiniment grave. Un miracle sauverait M. de Gondrieux.

Ce miracle s'opérerait-il? Pendant un mois, respirant à peine, la poitrine constamment inondée d'eau glacée, lé malade eut le corps immobile, les yeux fermés. Quand il les rouvrit, il vit près de lui deux personnes pieusement attentives, lui serrant affectueusement les mains.

D'un côté, c'était son loyal adversaire ; de l'autre, sa sœur, la belle et bonne Edith.

Le médecin entra. Après avoir étudié le pouls du malade, il leva les yeux au ciel et dit :

— Seigneur, je l'ai èoigné, mais vous l'avez guéri. 11 est sauvé.

Alors seulement M. de Gondrieux osa avouer son erreur ; il dit comment, entraîné à poursuivre un homme du nom de MuUer, qui avait osé le souiller d'un ignominieux affront, il s'était rendu lui-même coupable d'un affront pareil envers son hôte, il était bien puni I

— Et c'est en cherchant à protéger une femme qu'il a été poussé à risquer sa vie, une femme qui pouvait être moi, se dit M'*® MuUer émue, attendrie, mais bien heureuse aussi de voir que le cher malade était sauvé.

— C'est moi , pioi seul qui me charge maintenant de découvrir votre ennemi , s'écria le bouillant horseguards, devenu le meilleur ami de M. de Gondrieux. Je vous dois bien ce service et cette réparation.

Tandis qu'il laissait aux bons soins de sa famille, et particulièrement à ceux de sa sœur, la garde de son précieux convalescent, M. Frederick Muller se rendait à Londres, et faisait insérer dans le journal le TimeSy —

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ce qui était tout à fait dans les usages anglais, — la lettre ou plutôt la circulaire suivante :

a A tous ceux qui liront,

)) Moi, comte Maltlié de Condrieui, je fais savoir à qui » il appartiendra, par la voie de ce journal, que, le » 10 janvier 1851, j*ai été insulté, à Paris, au bal de D l'ambassade de Naples, par un homme du nom de Fré- » dérick Muller, par un homme qui, assurément, n'est » pas un Anglais, car, ^prèsTinsulte éprouvée, lui ayant » donné ma carte, et ayant reçu la sienne, je ne l'ai plus » revu ni retrouvé. Je déclare donc qu'il n'est pas An- )) glais ; mais, qu'il le soit ou non, je lui apprends que » je le tiens pour un lâche s'il n'a pas répondu d'ici à six » mois, — temps nécessaire pour lire cet article du » Times et y répondre , fût-on au bout du monde. — » Envoyer sa réponse au Times, qui l'insérera. »

Cinq mois après l'insertion de celte lettre, qui ne produisit à Londres aucune sensation extraordinaire, car, nous le répétons, les usages anglais admettent ces codfidences faites par la presse, aucune réponse n'avait été envoyée au Times,

Mais les usages français étant malheureusement un peu moins excentriques, M. de Gondrieux fut blâmé par le grand monde de Paris.

En lieux plus élevés encore, on parla de le rayer du cadre diplomatique; on n'oserait plus l'envoyer en mission.

Bref, à Paris sa réputation fut compromise, sa carrière menacée.

M. Frederick Muller n'ignorait pas toutes ces rumeurs.

La veille du jour odM. de Gondrieux, complètement guéri, se disposait à quitter le château, le jeune horse-

guards entra dans sa chambre et en le serrant contre lui, il lui dit :

— Vous savez, vous ne partez pas. <

— Gomment ?

— Vous épousez ma sœur, ma sœur qui est très-belle, fort riche, qui vous aime et que vous aimez beaucoup.

— Excellent, généreux ami, je ne puis accepter votre offre qui m'honore tant et qui me rendrait si heureux si j'avais le droit de l'accepter. Mais tant que je ne serai pas vengé...

— Eh bien! nous attendrons encore un mois, cela fera juste les six mois que vous avez accordés à votre fantastique Muller, pour vous faire parvenir sa réponse. Raisonnablement , vous ne pouvez pas passer votre vie à l'attendre.

On lisait dix jours après dans le Times :

a PossessioBS anglaises dans Tlade. — Madras.

» Monsieur le rédacteur,

» Selon' toute probabilité, c'est à moi qu'est adressée » la lettre qui â paru dans votre estimable journal, et » signée : « Comte Malthé de Gondrieux. » J'ai recueilli » de bien loin mes impressions passées. D'abord, je me » suis souvenu très-nettement d'une soirée passée à » l'ambassade de Naples, il y a déjà quelque temps ; je » me suis souvenu d'avoir conduit à ce bal une femme » déguisée en domino rose, moi étant déguisé en do- » mino vert; je me suis souvenu, toutefois beaucoup » plus vaguement, d'avoir jeté un verre de vin à la figure » d'un jeune homme qui s'obstinait à suivre ma fille; » je me suis souvenu aussi de lui avoir remis ma carte » en échange de la sienne; mais là se sont arrêtés mes » souvenirs; là, le trouble a commencé pour moi. Je ne ï) me m'appelle pas Frederick Muller, mais bien Daniel

» Norval. C'était donc moi et ce n'était pas moi. Enfln, » à force de tounnenler ma mémoire, j*ai découvert une » erreur, une immense erreur , mais pourtant des plus » naturelles^. Je me suis souvenu que le jour où je suis » allé à ce bal, afin de ne pas oublier en passant par » Brighton pour me rendre à Londres où je devais » m'embarquer pour Madras, afin de ne pas oublier, » dis-je, en passant par Brighton, de voir un dentiste du » nom de Frederick Muller qui vient quelquefois à Paris, » j'ai pris sa carte sur ma cheminée. C'est donc sa » carte que j'aurai donnée pour une des miennes à » M. de Condrieux! Dieu confonde ce dentiste et me » pardonne I

» Mais si l'on m'a beaucoup cherché à Paris, je pré- » sume que, de mon côté, je n'ai pas moins cherché D celui qui m'avait aussi insulté, car sa main s'est levée » sur moi... Sa carte ne porte pas le nom de Malthé de » Condrieux, ce nom signé au bas de la lettre du Times. » J'ai lu sur sa carte : « Théodule Préempaille. » J'ai » cherché ce M. Préempaille le lendemain et pendant » trois jours dans tout Paris, et je ne l'ai pas trouvé. » Enfin, après trois jours d'inutiles recherches, j'ai quitté » Paris, j'ai traversé Brigthon où je me suis fait arracher » deux dents par M. Frederick Muller et je suis ensuite » parti pour les Indes, d'où je vous réponds. Or, main- » tenant je me demande ce que me veut M. Malthé de «Condrieux, quand je ne dois avoir affaire qu'à » M. Théodule Préempaille! Du reste , Condrieux ou » Préempaille, j'avoue ici en toute humilité que j'étais » fou à mon voyage à Paris; que ma fille, à qui le mé- » décin avait fortement conseillé de me distraire , avait » tenté de me conduire au bal de l'ambassade ; mais là, » il paraît que, me croyant sur le point de tomber dans » un accès de folie furieuse, elle avait eu peur de moi. » Elle s'était recommandée au premier venu.

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» Aujourd'hui que je suis guéri, j'ai pour obligation » de faire et je fais de loyales excuses à M. Tbéoduie de » Préempaille ou à M. de Condrieux, h la disposition f> duquel je me mets toutefois, si ces raisons ne le satis- » font pas.

» DANIEL NORVAL. »

— Préempaille! s'écria M. de Condrieux après avoir lu celte étrange lettre : Préempaille I!! quand je lui ai remis mon nom.

— Lui avez-vous remis voire nom? lui demanda l'hôte de Saint- Albans, son futur beau-frère.

— Gomment me serais-je trompé ?

— 11 s'est bien trompé, lui.

— C'est inadmissible.

— Croyez -moi, vite le télégraphe électrique ? Écrivez à votre homme d'affaires à Paris, et sachez s'il connaît ce Préempaille. D'ailleurs, tout ceci maintenant n'a plus au fond aucune valeur sérieuse. Vous avez été insulté par un homme qui était fou, qui vous a donné un autre nom que le sien; il vous fait de loyales excuses; vous vous êtes battu avec moi : que voulez-vous de plus?

— Votre sœur.

— La voici.

— Ma sœur, dit le jeune officier, mon père veut que vousépousiez demain, dans la chapelle du château, M. le comte Malthé de Condrieux.

— Je veux avec plaisir tout ce que veut mon père.

Le lendemain le mariage avait Iteu dans la chapelle du château.

Au repas de noces, le soir même, un valet vient remettre avec empressement à M. de Condrieux la note suivante que lui faisait parvenir le bureau de télégraphie électrique.

L'tiomme d'affaires de Paris lui répondait:

« Monsieur le comte,

» Votre ancien valet de chambre, que j*ai dû inter- » rogerle premier au sujet des renseignements que vous >» désiriez avoir, m*a avoué en pleurant que, pour don- » ner de la vogue à son gendre, qui est frotteur de son » état, il avait, à Tépoque par vous désignée, monsieur » le comte, glissé la carte de ce pauvre diable dans votre » portefeuille. Ce frotteur se nomme en effet Théobule » Préempailie.

» Votre dévoué, etc. »

Ainsi, pour terminer l'histoire, M. Daniel Norval, résidant à Madras , avait remis la carte d'un dentiste à M. Malthé de Condrieux, qui lui avait remis en échange celle d'un frotteur.

Vous avez vu ce que peut amener une erreur produite par une carte de visite donnée à la place d'une autre : — un bon mariage, — ne pas y compter; — un bon coup d'épée.

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