‹ L'amour en partie double C.e d'AmezeuilChapitre 1 sur 15 · UN CHAPITRE PAR CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

UN CHAPITRE PAR CORRESPONDANCE

Yann à Gènofsa.

Tours, 10 avril.

Ln déraillement m’oblige à passer quelques heures à

Tours, et j’en profite, cher ange, pour te dire Lien vite que je t’aime.

Je me sens un peu fatigué de mon voyage, car il m’est de toute impossibilité de dormir en chemin de fer.

Lors même, d’ailleurs, que j’en aurais eu la moindre en\de, je n aurais pu la satisfaire; je me trouvais en elTet assis entre un poète qui rêvait tout haut, et un éuorme' anglais, qui, non content de souffler en si bémol, ronflait

♦ Voir les Amours de contrebande. 1 vol. Achille Faure, édit.

L’AMOUIl EN PARTIE DOUBLE

encore eu ré diczc, ce qui ue manquait pas que d’être fort désagréable pour mes oreilles.

Je l’avoue doue que c’est sans peine que je me suis vu dans la uécessité de passer quelques heures dans la charmante capitale de la Touraine; je me trompe, cependant, u’est-ee pas pour moi un jour tout entier de perdu, puisque je suis loin de ma chère Genofsa?

Je cherche, du reste, à tromper mou ennui en conversant avec elle, et je prolitc de l’occasion pour lui faire quelques recommandations au sujet de ses études.

Je désirerais donc que, pendant mon absence, ma gentille élève apprit les fugues de Bach, et fut à même de me chanter à mou retour les deux partitions de Guillaume Tell et du Barbier.

J’espère qu’elle daignera se montrer obéissante, et nous prouver que son désir de parvenir est toujours le même.

. M. le marquis Joannic de Kernevelan, notre ami commun, est chargé de te remettre ces divers ouvrages.

J’ai l’air de plaisanter en ce moment, et je suis triste, pourquoi? ne in’aimerais-tu plus, ma Genofsa chérie? cette pensée est folle n’est'ce pas?

Pardonne-moi, chère àinc, je t’aime! oui, je t’aime!...

Yoici la cloche qui sonne, je me hâte de clore ma lettre, et j’y dépose , à ton intention , une foule de baisers.

Au revoir, mon ange, et à bientôt.

Celui qui l’aime,

Yann de Kergall. I

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Yann à Joannic de Kernevelan.

Tours, 10 avril.

Mon cher Joannic,

Sois doue assez bon pour passer ebez Geuofsa et pour lui reraetfre les deux partitions de Guillaume et du Barbier.

Tu les prendras rue Dauphine, chez Colomhier.

Demande-lui, en même temps, les fugues de Bach.

J’ai prévenu Geuofsa de ta visite, elle t’attend, souviens-toi de la promesse que tu m’as faite.

Je n’ai que le temps de te serrer la maiu en me disant, pour la vie, ton ami dévoué.

Yann de Kergall.

Yann à Genofsa.

Nantes, 11 avril.

Me voici à Nantes, je suis brisé de fatigue, et je vois tous les obj(!ts danser autour de moi, en un mot, je suis si étoimli, pour ne pas dire plus, qu’il me faut tout l’amour que je ressens pour toi pour tenir la promesse que je t’ai faite de te donner de mes nouvelles.

Geuofsa, m’aimes-tu comme je t’aime?

Mon souvenir te fait-il éprouver ces sensations profonde» qui sont l’amour?

Tu trouves étranges, sans doute, ces questions, mais c’est que probablement tu ignores tout ce que je souffre depuis que je suis loin de toi.

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Hélas ! dès l’instant où je me suis vu séparé de toi, il m’a semblé qu’un vide immense se faisait autour de moi, et des larmes ont mouillé mes paupières...

Et toute la nuit, nuit bien longue de souffrance et d’insomnie, les fantômes les plus bizarres, ont envahi mon cerveau.

Ohl s’il me fallait ne plus te revoirl... mais, j’en mourrais, car j’ai bien souffert pendant ces quelques heures 1.,

Lorsque tu m’écriras, ma chère petite Genofsa, répètesmoi, répètes-moi à satiété, que tu m’aimes, et que tu n’aimes que moi.

Je suis fou, n’est-ce pas?

Oui, tu as raison, je suis vraiment fou, mais c’est d’amour pour toi.

Que ne puis-je te retracer les gracieuses images que ton doux souvenir fait naître autour de moi; c’est de l’ivresse, c’est du bonheur; mais un bonheur pur, éthéré, divin, quelque chose qui ne se peut exprimer, mais qui rend bien heureux...

Quelle douce chose que l’amour, quand l’objet aimé ressemble à ma Genofsa 1...

Aime-moi de ton côté, et si ce n’est par amour, que du moins ce soit par pitié.

Quelle cruelle pensée vient de se faire jour dans mon esprit : je me suis dit que peut-être tu m’oublierais... et... cette idée vient de me causer une sensation si atroce, que j’en tremble encore de tous mes membres... vite 'écartons ce vilain souvenir en songeant que notre Genofsa est trop belle pour que son àme ne le soit pas plus encore...

L’AMOÜR EN PARTIE DOUBLE

Vainement je cherche à distraire ma pensée, je ne puis y parvenir.

Tu me pardonneras d’avoir laissé déteindre sur ces pages les sombres idées qui peuplent mon cerveau, mais c’est plus fort que moi... n’ai-je pas mille sujets de pleurer?... et jé te l’avoue, dussé-je te paraître ridicule, je ne puis empêcher mes larmes de couler, car je suis triste, profondément triste, et c’est vainement que je cherche un instant de calme en songeant à ces deux beaux yeux qui sans cesse me font rêver ; je ne puis arracher le sombre voile qui de toute part m’environne.

Je t’aime, mon ange chéri, et t’envoie mille baisers.

Yann.

Yann à Joannic.

Nantes, 12 avril

Je voulais, dès hier, t’écrire quelques lignes, mais je me suis trouvé tellement harassé, que je n’ai pu faire autre chose que de me jeter tout habillé sur mon lit, où, parait-il, j’ai ronflé pendant douze heures conune un hulan.

Je me sens un peu mieux aujourd’hui, et en attendant la chaise de poste qui doit me conduire à La Roche-Bernard, je m’empresse de t’envoyer de mes nouvelles.

Ma tristesse est toujours plus grande, et il me semble qu’elle augmente encore à mesure que je touche de plus près au terme de mon voyage.

J’aimais tant mon père, aussi en songeant que je ne le reverrai plus, je le regrette nodlle fois plus encore.

Eh quoi! il ne me sera plus donné de l’apercevoir? j,e n’entendrai plus sa grosse voix me répéter son vieux refrain :

— Allons gamin, vire à bâbord, nage à tribord, et toutes voiles dehors, oj’rime gaiement. ^

Ce qui voulait dire que, dans la vie, il fallait toujours avancer sans crainte de se briser contre les écueils qui bordent la côte.

Mou pauvre père! il était brusque peut-être, mais quelle bouté se cachait sous cotte apparente brusquerie.

Une chose qui contribue plus encore à augmenter ma tristesse, c’est de penser au chagrin de ma tante, pauvre femme, comme elle va se trouver seule.

Je n’ignore pas que tant que je vais rester auprès d’elle c’est moi qui supporterai les tempêtes de mauvaise humeur accumulées dans son cœur; mais que m’importe si cette petite concession peut lui faire oublier son chagrin, je suis prêt à me sacriüer de grand eœm’.

Dans quelques heures je serai donc chez moi, trop tard, hélas!

Pourquoi le sort est-il venu me frapper aussi rudement, et me séparer de tout ce que j’aime, en me privant de mon père et en me contraignant à m’éloigner de toi et... d’elle...

Quand l’amour sera venu heurter à la porte de ton cœur, tu compi'ondras alors tout ce que l’on souffre en se voyant brusquemeut arraché à celle que l’on aime.

Ma tète est tellement brouillée que je ne sais, en vérité, ce que j’écris, pardon mille fois, cher ami, de mes

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L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

incohérences, et crois bien que je n’en suis pas moins toujours ton bien dévoué.

Yann de Kergall.

P. S. — Réponds-moi, au château de Kergall, par La Roche-Bernard (Morbihan).

N’oublie pas d’aller la voir, et parle -moi longuement d’elle.

Yann.

Genofsa à Yann de Kergall.

Mon cher petit Yann,

Je viens de recevoir la bonne lettre que tu m’adresses de Kergall, et, bien. vite, je m’empresse d’y répondre.

Tu manifestes le désir de m’entendre parler de moi dans les plus grands détails, que puis-je donc te dire que tu ne saches déjà, et quels changements veux-tu qui se soient produits dans ma paisible existence.

J’ai beaucoup pleuré depuis le jour de ton départ, et je pleure encore, même en t’écrivant, car en jetant les yeux autour de moi, je trouve ma chambre bien grande, et j’y suis bien seule.

C’est en vain que M. Joaimic qui, du reste, est excellent pour moi, cherche .à me distraire, je ne puis y parvenir, ne me manque-t-il pas quelque chose, puisque mon Yann est absent.

La musique elle-même n’a plus pour moi les charmes qu’elle avait naguère, et, cependant, je travaille sans trêve ni merci, et je pourrais déjà chanter par cœur tout le rôle de Mathilde, de Guillaume.

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L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Les fugues me paraissent bien difflciles , et si ton souvenir n’était pas là pour relever mon courage, olil je crois que je n’aurais jamais la force de les travailler.

Un doux espoir me soutient heureusement, c'est qu’un bon baiser de mon Yaiin adoré, viendra me récompenser de ma persévérance. Puis je relis tes lettres, et je suis heureuse eu songeant que tu m’aimes.

Penser que tu ne m’oublies pas, c’est là mon plus grand, mon unique bonheur. Mais moi non plus je ne t’oublie pas, car je pense à toi du matin au soir et du soir au matin.

Vous voyez donc bien, monsieur, que vous n’ètes pas le seul à aimer, puisque de par le monde il se trouve un cœur dont les battements répondent aux battements du vôtre.

Hier au soir, la chaleur était étouffante, j’allai m’accouder sur le rebord de la fenêtre, et je restai là quelques instants à rêver. Soudain j’entendis chanter un rossignol, et je me pris à pleurer amèrement; je l’avais cependant bien souvent écouté ce gentil chantre des nuits, mais alors tu étais près de moi, ma main, reposait dans la tienne, et mes yeux se miraient dans les tiens ; seule en ce moment je n’eus pas la force de l’écouter plus longtemps, je fermai bien vite la fenêtre.

Je t’entends d’ici me prodiguer les noms d’enfant, de petite fille, tu as raison, mou ami, je suis tout cela, mais parfois c’est plus fort que moi, il faut que je pleure.

Probablement c’était hier mou jour, et comme j’étais seule, j’en ai, ma foi, largement abusé.

Je suis plus calme aujourd’hui, j’ai d’ailleurs en m’é-

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L’AMODR EN PARTIE DOUBLE

veillant aperçti un-joyeux rayon de soleil qui se jouait sur mon lit et j’en ai sur le champ tiré les plus favorables augures.

N’ai-je pas eu mille fois raison, puisque je viens de , recevoir une lettre de toi, et que tu me permets d’y répondre ; deux bonheurs à là fois.

Comme tu le vois, je profite amplement de la permission que m’a octroyée mon seigneur et maître, et je lui débite toutes les folies qui me passent par la tète.

Et cependant si je ne craignais de le fatiguer, comme je préférerais à tous ces mots vide de sens, lui réciter ce charmant verbe, j’aime! tu aimes! etc.

J’espère, mon cher seigneur, que vous daignerez croire que votre petite Genofsa ne se fait pas faute de le répéter, et qu’elle n’ést vraiment heureuse que lorsqu’elle vous l’entend dire.

Au moment où j’allais terminer ma lettre, j’entends frapper à ma' porte, j’hésite avant que d’aller ouvrir, car depuis certaine visite, qui vous a si fort mis en colère, monsieur, je suis devenue très-prudente, mais comme on continue à frapper de plus en plus fort, je demande :

— Qui est là?

— Moi, me répond-on.

La voix m’était inconnue.

— Qui, vous?

— Moi, pardine, Ivon.

— Je ne vous connais pas, de quelle part venez-vous?

— C’est une lettre... ,

— Mais de qui?

— Eh pardine donc, de M. le marquis...

— De M. le marquis?...

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

— Mais, oui, de M. le marquis, qui m’a dit de l’apporter à mademoiselle Genofsa.

— Comment s’appelle-t-il votre marquis?

— M. de Kernevelau, pardine donc.

Ma foi, je ne pus retenir un éclat de rire, en songeant à la peur que j’avais éprouvée, il ne m’était pas même venu à la pensée que ce marquis put être ton ami Joannic.

J’allai donc ouvrir, et je vis devant moi une sorte de paysan bas-breton, qui me dit en s’inclinant :

— C’est y bien vous qui êtes la demoiselle ?

— C’est moi, mon ami.

— Dame, faites excuse, car ne vous connaissant pas.

Pendant ce temps je parcourais la lettre. C’était une

invitation à diner pour demain. J’ai bien vite répondu que j’acceptais. Ne vas pas être jaloux de cet empressement, mon cher Yann, car si j’ai accepté, c’est qu’avec M. de Kernevelan, je puis causer de toi, l’entendre me faire ton éloge, et lui faire part moi-même de toutes mes impressions.

Sais-tu que la Providence l’a doué d’une patience vraiment angélique, ce bon M. de Kernevelan, car il m’écoute avec une bonté sans exemple, et malgré l’ennui que doit lui Causer mon bavardage, il est le premier à mettre la question sur mon thème favori.

Brave cœur, que Dieu le récompense comme il le mérite.

Un sage a dit : qu’il fallait user de tout et n’abuser de rien. Je viens de mettre ton courage à l’épreuve en te contraignant à lire ma mauvaise prose, je ne veux doue pas abuser plus longtemps de ta bonne volonté.

L’AMOÜR EN PARTIE DOUBLE

Je termine ma lettre en te priant de continuer à m’aimer comme je t’aime et à ne pas craindre de m’envoyer de très-longues lettres, car je suis naturellement patiente, et jamais je ne mç plaidrai de leur étendue.

Je compte donc sur tou bon vouloir pour essayer de mettre ma patience à l’épreuve, mais crois-le bien, je fe mets au défi de la lasser.

Au revoir, mon cher amour, pense souvent à ta petite Geuüfsa, qui l’aime, qui t’adore, qui ne rêve qu’à toi et que de toi.

Genofsa.

Quelques jours après la réception de cette lettre, Yann en recevait une autre de Joaniiic; elle s’exprimait en ces termes ;

Mon cher Yann,

Tu peux te flatter d’être le plus heureux coquin de la terre.

Eh quoi ! tu aimes et tu es aimé de la plus charmante des femmes; et voilà qu’une autre infante, qui dans son espèce, est bien la plus ravissante créature que je connaisse, se met aussi de la partie, et raffole d’amour pour toi.

C’est, üonvieus-eu, trop de bonheur pour un homme seul.

Tu crois, sans doute, à uue plaisanterie de ma part;, eh bien, non, mille fois, non; je suis sérieux, très- sérieux.

Oui, mon ami, Régine t’aime aussi, elle t’aime autant que femme sait eiimer.

L’AMOÜR EN PARTIE DOUBLE

Je sors à l’instant de chez elle, et j'ai le cœur navré de sa tristesse.

Permets-moi donc de plaider ici sa cause, afin d’obtenir de toi quelques lignes qui. lui permettent d’oublier ses chagrins.

Si, dans le principe, j’ai suivi ton exemple, en riant de ce grand amour que je prenais pour un caprice, je reconnais aujourd’hui avoir commis une sottise, et je t’avoue franchement, que je ne suis nullement rassuré sur les conséquences de cette romanesque passion.

Tu te souviens, sans doute, de notre diner d'adieu, Régine essayait d’étourdir son chagrin dans des flots de champagne, et je croyais grâce à l’ivresse du moment lui avoir fait perdre le souvenir de ton départ, aussi la voyant plus tranquille, te décidais-je à fuir au plus vite.

Mais à peine venais-tu de disparaître que la pauvre fille sembla sortir d'un pénible sommeil, elle jeta d’abord autour d’elle un regard vague et distrait, puis passant la main sur son front comme pour en écarter une sombre pensée.

— Yann, dit-elle, Yann, où est-il? vous ne me répondez pas, Joanuic, il est parti?., parti... sans moil.. mais non, c’est impossible!., ce serait trop infâme!.. 11 n’est pas ici... c’est donc vrai?... peut-être est-il temps encore d’empêcher ce départ... vite... vite, courons...

Et sans même prendre le temps de mettre son chapeau elle se précipita tète nue dans la rue.

Redoutant tout de sou exaltation, je m’empressai de courir sur ses pas.

Une voiture passait, elle y monta, je me plaçai à ses côtés.

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Le convoi était heureusement parti quand nous pénétrâmes dans la gare.

Le désespoir de Régine fut immense, et je ne sais, si je ne l’eusse retenue, à quelle folie elle se fut livrée.

Je parvins cependant à la mettre en voiture, mais au moment où j’allais fermer la portière, j’aperçus une jeune üUe qui, elle aussi, s’éloignait en pleurant.

C’était, tu le devines bien, cette pauvre petite Genofsa.

Je ne sais comment cela se fît, mais les deux femmes s’aperçurent eu même temps et elles échangèrent un regard, chargé de menaces chez l’une, et plein de douce tristesse chez l’autre.

Quelles effluves^ magnétiques s’échappaient donc du cœur de ces deux femmes pour leur crier quelles étaient rivales et ennemies? D’où venait cette secrète intuition » qui leur révélait ainsi l’atfreuse vérité?

Depuis cette fatale rencontre, un je ne sais quoi de haineux est resté dans le cœur de Régine, elle ne connaît pas Gehofsa, et cependant elle la déteste à l’égal d’une personne qui lui aurait enlevé un trésor précieux. Atissi, cherche -t-elle par 'tous les moyens possible à connaître la vérité, et je tremble, qu’un jour ou l’autre, elle ne parvienne è la découvrir.

Il résulte donc de tout ceci que deux amours, l’un blond, l’autre brun, se disputent la possession de ton cœur, et que moi, ton ami, placé entre ces deux volcans, je me trouve dans une situation des plus étranges, car tiraillé de tous les côtés à la fois, je ne sais vraiment plus auquel entendre, et je crains sans cesse de commettre une horrilile bévue, en confiant à l’une ce qui doit être pour l’autre.

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Lorsque je vais voir Genofsa, ma tâche est des plus simples, je la laisse parler et tout est dit; mais il u’en est pas de même lorsque je me rends chez Régine, c’est alors à mon tour de bavarder, et il me faut non-seulement lui apprendre sur ton compte tout ce que je sais, mais encore tout ce que je ne sais pas.

Ma position est horrible, et pour peu que cela continue quelque temps encore, j’en deviendrai fou, à moins toutefois que je ne donne auparavant ma démission.

Je sais bien qu’à ta place, je me trouverais grandement embarrassé, et qu’il me serait fort difficile d’adjuger la pomme.

Plus mes rapports deviennent fréquents avec Régine et moins je la trouve faite pour remplir le rôle qu’elle joue. Sous son apparente gaité se cache un profond sentiment de tristesse ; il doit y avoir un mystère dans l’existence de cette femme, j’ai tenté de l’interroger à ce sujet, elle est restée impénétrable.

Ma foi je t’avoue que je m’intéresse vivement à elle.

Une chose cependant me contrarie, c’est sa grande liaison avec La Burgotière; plus que jamais je me défie de cet intriguant, la grosse Louise m’a du reste prévenu de me tenir sur mes gardes, et d’éviter le plus possible de trop fréquents rapports avec cet homme, elle' a, me dit-elle, de graves raisons pour m’inviter à en agir de la sorte.

Malgré mon vif désir de suivre les conseils de Louise, je ne sais par suite de quelle fatalité, je me trouve sana cesse en présence du Potel.

Avant-hier encore, je sors avec Genofsa, et je me ren-. contre nez à nez avec lui, Je lui ai vu faire un mouve» .

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

ment de surprise en nous apercevant ensemble. La connai trait-il donc?

Depuis cette rencoutre je suis inquiet, non pas que je craigne le Potel, car à la première parole de travefs je le cravacberai comme un laquais, mais je dois tout redouter de sa liaison avec Régine.

Empresse-toi bien vite de me tirer d’embarras d’une manière ou de l’autre, je n’ai plus d’espoir qu’en toi. Je ne sais si je dois t’engager à écrire à Régine; abandonne-toi sur ce cbapitre à ta propre inspiration.

Puisque le vent est à l’amour, je vais en profiter pour emmener dincr Louise, qui vient de pénétrer ‘sans difficulté dans mes appartements.

A propos d’appartement, je suis heureux de t’apprendre que j’ai loué un charmant pied à terre, rue de la Chaussée-d’Anlin. Louise trouvait la rue du Plâtre trop déserte. Je puis bien me permettre cette petite folie; ma mère vient d’ailleurs, sur ma demande, de porter ma pension à 35,000 francs. C’est une légère fiche de consolation au milieu de tous les ennuis que me suscitent et l’amour et l’amitié.

Louise s’impatiente; je ferme donc ma lettre en te serrant la main et en me disant pour la vie.

Ton bien dévoué,

JOANNIC DE KeBNEVELAN.

Je pourrais longtemps encore continuer cette correspondance, je préfère cependant ne pas le faire ; je vais

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

néanmoins transcrire encore deux lettres, l’une écrite par Yann à Régine et la réponse de celle-ci.

Ma petite Régine,

Tu dois, j’en suis sûr, être furieuse contre moi, mais chère belle, j’ose me flatter de l’espoir que cette grande colère ne tiendra pas en présence de l’aveu que je fais de ma faute.

Je ne suis peut-être pas aussi coupable que tu peux le supposer, car j’ai tout d’abord été indisposé, puis, j’ai vu surgir autour de moi un si grand nombre d’embarras, que je me demande comment j’ai pu sauver ma raison sans en laisser quelques parcelles.

Plus calme aujourd’hui, je meliàte de me précipiter à tes pieds et de solliciter très-humblement un pardon qu’on ne me refusera pas, je l’espère.

Ne suis-je déjà pas assez puni, en ne voyant plus ces deux beaux yeux que j’aimais tant à embrasser, et qui m’ont ensorcelé I

Ah! chère belle, .si tu savais quelle tristesse est la mienne, et comme je m’ennuie, tandis que si j’étais près de toi...

Si du moins je n’avais pas à m’occuper d’affaires qui me cassent la tète, mais mon pauvre père les a laissées dans un tel état que la plupart de mes journées se passent en compagnie de notaires et d’avoués.

Quelle horrible chose que les comptes d’intérêts. Heureux ceux qui n’ont pas à s’en préoccuper!

J’éprouve une furieuse envie de laisser toutes ces robes noires sé débrouiller à leur aise, et de me contenter de ce que je possède.

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Ma mère m’a laissé 40,000 francs de rentes, ne suis-je pas assez riche, très-riche.

El puis ma bonne tante en possède près du double, et certes, elle serait désolée d’en priver un jour son polisson de neveu.

Que me faudrait-il de plus ?

Je me trompe cependant, il me faut autre chose, ton amour, ma belle Régine, qui peut m’aider à surmonter mon chagrin, car je songe toujours à mon père, et au milieu de ma solitude, je sens plus vivement encore sa perte.

Me voilà maintenant tout triste, et une larme mal essuyée tombe de mes yeux sur ce papier; pardon, chère Régine, de t’avoir attristée et permets-moi de clore cette lettre eu t’envoyant mille baisers, que je regrette infiniment de ne pouvoir déposer moi-mème sur les jolies lèvres.

A toi,

Yann.

Quelques jours après, le père Gronde-Toujours, le facteur rural, apportait au jeune comte une lettre, dont la vue précipita les battements de son cœur.

L’écriture en était fine et serrée, et une odeur délicate d’un bouquet quelconque s’en exhalait par tous les pores.

— J’espère que ça embaume, lui dit le facteur, en lui remettant la missive.

— Vous trouvez, père Gronde-Toujours, répondit-il bêtement en la serrant dans sa poche.

L’AMOUR EN PARTtE DOUBLE

— Ça doit venir d’une jolie dame tout de même, reprit le facteur curieux comme tous ses pareils, qui sont, à mon avis, des tomes reliés en colonnade bleue, des portiers, perruquiers, et autres espèces appartenant au genre cancanier.

— Vous croyez ça, vous, reprit non moins bêtement Yann.

' • — Je fais mieux que de le croire, j’en suis sùr.

— Ah! bah!

— Dame, c’est que voyez-vous, M. Yann, je m’y connais, depuis tantôt 23 ans que je suis dans le métier.

— Alors, vous devinez?...

— Il n’y a pas de quoi vous épouvanter, continua le bonhomme en clignant de l’œil, je devine les choses, mais je les garde pour moi. Maintenant, au revoir M. le comte, et beaucoup de plaisir en la lisant.

Et le père Gronde-Toujours s’éloigna en ricanant.

Une fois seul, Yann, dont la lettre brûlait la poche, s’empressa de faire sauter le cachet.

— C’est curieux, dit-il, j’éprouve une singulière émotion, aimerais-je donc Régine?... Fou que je suis, n’estce pas Genofsa qui a tout mon amour?... Pourquoi donc alors trembler ainsi?... Quelle cause donner à ce trouble bizarre?... Oui, j’aime Genofsa de toutes les forces de mon âme, et cependant je trouve encore en moi une corde qui vibre au moindre souvenir de Régine... Que signifie cette attraction quelle exerce sur tous mes sens? J’aime Régine en aimant Genofsa... Quelle serait donc la puissance de cette femme, si la première elle se fut rencontrée sur ma route?... Je m’y perds, et j’ai peur de comprendre...

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

Tout en monologuant ainsi, il avait brisé le cachet de la lettre, et après en avoir déchiffré la date; il lut :

Cher,

Paris, 15 septembre.

Je ne ^is si je dois me réjouir ou m’attrister de ta lettre, et je me demande quel était la nature du sentiment qui t’a guidé lorsque tu me l’as écrite.

Pourquoi donc t’ai-je connu, mon cher Yann, je vivais si heureuse au milieu de mou indifférence I

Sotte que j’étais, et moi qui me riais de ceux. qui croyaient à l’amour; ahl je suis cruellement punie de ma folie, et je comprends l’amère souffrance de ceux qui souffrent sans espoir I . . .

La vie, me dis-tu, est tÿste pour toi, mon ange, que serait-ce donc si tu te trouvais à ma place.

Mon Yann, il faut que tu apprennes à me connaître, permets-moi de tracer ici mon histoire, elle est courte, du reste, je me sens aujourd’hui le courage de le faire, demain peut-être, ne le pourrais-je plus.

En parcourant ces ligues, je ne sais ce que tu vas penser de moi, mais si par hasard ce récit enfante chez toi le mépris, souviens-toi de toutes les tortures qu’a enduré la pauvre fille dont le cœur en ce moment se régénère à cette source vivifiante de la jeunesse, qui est l’amour, et songe, que peut-être, elle peut redevenir encore ce qu’elle était jadis.

Ne me demande pas qui je suis, mou bien-aimé, car moi-même je ne le sais pas au juste, tout ce que je puis jne rappeler de mon enfance, c’est que je crois être née

L’AMOÜR EN PARTIE DOUBLE

en Bretagne; que toute petite j’ai été enlevée par une bande de gitanos, et conduite à Venise, où l’on m’a un beau jour trouvée étendue sur les marches de l’église Saint-Marc.

Celui qui me recueillit, s’appelait Paolo Justiniani, c’était un riche patricien, qui, touché sans doute de ma gentillesse, consentit à me faire élever.

Je n’avais pu lui faire connaître que mon nom de Régine, il m’appela Régiua, et fut pour moi le plus tendre des pères.

Je vécus heureuse quelques années, en vouant à l’homme excellent qui m’avait recueillie tous les trésors d’affection que renfermait mou cœur.

Je parvins ainsi à ma seizième année, j’étais belle, me disait-on, aussi les hommages ne me manquaient-ils pas, mais vainement me prodiguait-on les éloges les plus flatteurs, je les écoutais distraitement sans songer à y .répondre.

Je n’aimais que le comte Justiniani.

Un jour, cependant, mon tuteur appelé à Milan, me conduisit à la Scala.

La salle regorgeait d’une foule ardente qui venait assister aux débuts d’un jeune ténor, qui avait fait fureur à San-Carlo, à Rome, à Florence, à Turin.

Il se nommait Guilio Pizzori.

Je ne le connaissais pas, et néanmoins son nom seul fit battre mon cœur.

Était-ce donc un pressentiment.

Ce fut presque avec une sorte d’anxiété craintive que je me rendis au théâtre, et à peine eut-il fait son entrée en scène, que mes yeux se braquèrent sur lui, et malgré

ma volonté, ne purent, pondant tout le cours de la soirée, se détacher de sa personne.

Il était beau, beau comme toi, mon Yann, et je sentis sur-le-champ que je l’aimais follement.

Toute la nuit je fus rêveuse, et toute la nuit aussi j’aperqus au milieu des brouillards qui obscurcissaient mon intelligence, les traits de celui qui venait d’ouvrir mon âme à de nouveaux horizons.

La lebdemain j’étais toute autre; les quelques jours que j’avais jusqu’alors vécus, me semblèrent ces heures d’insensibilité que passe l’insecte devenu chrysalide, avant de faire briller au soleil les riches couleurs qui forment sa parure, je ressuscitais à une vie nouvelle, et la lueur qui vint subitement éclairer mon imagination fut si vive, que je fus obligée de fermer les yeux pour ne pas en être éblouie.

Peu à peu, cependant, je m’habituai à cette brillante clarté, tous les objets qui m’environnaient semblèrent à leur tour se transfigurer et je trouvai que la vie était parfois un bien beau rêve

Mon ivresse fut, hélas! de bien courte durée !... Six mois à peine s’étaient écoulés que déjà de profondes ténèbres, fruits amers du désenchantement, succédaient à la lueur fascinatrice qui m’avait un instant aveuglée, et tout autour de moi redevenait calme et monotone comme parle passé...

Mon cœur était-il donc mort? Oh nonl mes lèvres s’étaient abreuvées à cette coupe d’amères voluptés qu’on ne sait plus écarter quand une fois on y a touché, et si je trouvais assez de force pour lutter contre moi-même, je

L’AMOÜR EN PARTIE DOUBLE

ne pouvais plus empêcher mon imagination de rêver, et dans le fond de ma pensée restait toujours vivant un souvenir...

Puiscpie je fais ici ma contession toute entière, mon cher Yann, je dois te l’avouer, le sentiment qui m’empêchait de me livrer à toute la fougue'de mon tempérament, était pour moi un mystère, car je n’ohéissais, ni à la crainte de déplaire à mon tuteur, ni à un principe défini de pudeur, ni même à un sentiment religieux, non, c’était en quelque sorte uu calcul sans but avoué, et qui peut-être n’avait d’autre cause que l’espèce d’indilférence formant le fond de mon caractère.

Sur ces entrefaites, un événement aussi terrible qu’imprévu vint faire ce que jusqu’alors la réflexion avait emjièché.

Le comte Paolo, quoique jeune encore, mourut presque subitement, et toute sa fortune passa à l’un de scs neveux, jeune homme de vingt-deux ans, qui jouait la ridicule comédie de l’homme blasé.

11 hpprit cette nouvelle à Gènes, où il venait d’arriver à la suite d’une jeune anglaise qu’il fatiguait de ses soupirs, et tout aussitôt il délaissa sa conquête au moment peut-être où il allait être he,ureux.

Le jour même de son arrivée, Luigi me regarda beau-, coup, mais sans m’adresser une seule parole.

Le lendemain, au moment du déjeuner, il s’approcha de moi, et, me prenant la main, il me dit :

— Mon oncle, Régina, vous laisse 10,000 livres de rentes, le saviez -vous?

— Monsieur le comte ne m’a jamais fait part de ses intentions à mon egard.

L’AMOUR EN PARTIE DOUBLE

— Alors, je suis le premier à vous faire savoir ses dernières volontés.

— Vous éles le premier, Luigi.

— Je me félicite doublement de l’avoir fait, et j’ajouterai que d’après les renseignements que M' Tosano, mon notaire, m’a fournis, le capital en est déposé chez MM. de Ilothschild frères, à Paris.

— Ah! lui répondis-je étonnée de l’espèce de familiarité avec laquelle il me parlait, et ne sachant au juste où il voulait en venir.

— Oui, continua-t-il, mon oncle a sans doute pensé qu’après sa mort vous auriez le désir de quitter Venise, et, à tout hasard, il a placé la somme à Paris.

— Ce qui signifie, mon cher Luigi, que ma présence vous déplait ici.

— Quelle erreur, ma belle Régina, je suis au contraire très-enchanté de vous voir chez moi, et si vous le voulez, il n’y aura de changé dans votre position, que le nom et l’âge du maitré?

— Que voulez-vous dire? m’écriai -je indignée, car cètte fois je craignais d’avoir compris.

— Cela vous convient-il, reprit-ü en se dandinant et sans répondre à ma question.

— Je ne vous comprends pas... monsieur...

— En vérité, chère, mais alors c’est que vous y mettez de la mauvaise volonté, je m’explique pourtant trèsclairement.

— Je vous jure... Luigi... »

— -Allons, cara mia, ne faites pas l’enfant... vous me paraissez nerveuse aujourd’hui... eh! mais je ne suis pas pi pressé... réfléchissez, ma toute belle, et quand vous

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jugerez convenable de m’édifier sur vos intentions, veuillez me le faire savoir.

Et sans plus attendre il s’éloigna eu sifflotlant la cavatine du Barbiei’.

Je vous l’avoue, Yaun, il me fut tout d’abord impossible de me rendre un compte exact de ce qui venait de se passer, ma tète était en feu... mes idées étaient perdues... mais bientôt la réflexion me revint, et alors je compris tout...

— Le lâche ! m’écriai-je; le lâche!..

Que ne m’a-t-il donc été permis d’être homme une heure seulement, alin de pouvoir le souffleter comme il le méritait

Trois jours après, on retirait un cadavre du Gannareggio, et presque â la même heure, j’abordais au rivage de la France.

Mou premier soin fut de me rendre à l^aris et de courir frapper â la porte d’un homme que j’avais connu à Venise, et qui toujours avait paru me porter le plus vif intérêt.

Deux mots sur cet homme que vous avez vu chez moi, Yanu, car c’est M. de Sommetcrre, dont je vçux vous entretenir.

Lorsque pour la première fois je vis le comte, j’étais toute petite, et cependant je me rappelle encore qu’il me regarda avec une attention toute particulière.

— Gomment l’appelles-tu, me dit-il.

— Régina, lui répondis-je.

— Régina, tu dis Régina, en vérité c’est extraordi-

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uaire, et, ajouta-l-il, tu es la fille du comte Justiniani.

Je le croyais alors, et je répondis affirmativement, car je n’appris que longtemps apres, tout ce qui concernait mon adoption.

— Singulière ressemblance, continua le comte, eu me regardant toujours.

L’afl'ection, du reste, qu’il me montra fut toujours bizarre, fantasque, et sujette à se transformer comme tout sentiment combattu; il avait des froidei>rs soudaines succédant à des élans fougueux, il m’embrassait puis me repoussait avec colère, et’ moi, qui ne comprenais rien à ces brusques intermittences, je déployais tout l’arsenal de mes coquetteries enfantines pour plaire à celui que j’appelais mon bon ami.

Cet homme 'm’inspirait, du reste, un respect sans bornes, je l’aimais pour ainsi dire d’instinct; mais je l’aimais d’un amour pur et calme, comme une fille doit aimer et chérir son père.

Un jour, j’avais alors quinze ans, nous nous trouvions seuls, le comte et moi, dans une petite serre attenante à mon boudoir, et je l’écoutais causer, quand, je ne sais, par suite de quel enfantillage, je lui demandai la raison pour laquelle il ne s’était jamais marié.

A peine ces paroles s’étaient- elles échappées de mes lèvres, que je le vis soudain pâlir, puis me repousser si brusquement que j’allais tomber à la renverse.

— Régiua, ma Ilégina, fit-il, en sC préci’pitant vers moi.

— Ce u’esl rien, lui dis-je, en souriant à travers mes larmes.

— Pardon, continua-t-il en m’embrassant les piains.

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Puis il pâlit encore, et, saisissant à la hâ^e son chapeau, il s’enfuit en courant. Vaiuement, encore aujourd’hui, je cherche à m’expliquer les causes de ce brusque départ, je ne puis les comprendre.

Le soir même je recevais cet étrange billet :

• Régina,

Ta présence me rappelle de trop cruels souvenirs, je . ne puis plus lutter contre moi-même, je le sens, si je restais plus longtemps, j’en mourrais.

Adieu, mon enfant, ou plutôt au revoir, car si jamais tu viens à Paris, mon hôtel est situé, 115, rue du Faubourg-Saint-Houoré.

Mille baisers, et pense quelquefois à ton bon ami.

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