‹ L'amour est un enfant comedie en un acteChapitre 1 sur 18 · BERTHE, LA BARONNE DE GAILLARBOIS · texte numérisé non relu

BERTHE, LA BARONNE DE GAILLARBOIS

(Elles entrent par le fond. Berthe est en toilette do marir>e.) *

LA BARONNE

Touchante et magnifique cérémonie, n’est-ce pas?

BERTHE

J’en suis encore éblouie.

LA BARONNE

Quel honneur pour vous, ma chère Berthe! avoir été mariée dans la chapelle du château de Versailles ! et après que le Roi eut daigné lui-même signer au contrat !

J’entendais murmurer de tous cotés : « Quel beau mariage !... »

LA BARONNE

Union, certes on ne peut mieux assortie... deux belles fortunes... deux grands noms... et de plus ce rapport entre les deux fiancés... que vous êtes tous deux orphelins... aussi, M. le baron de Gaillarbois, mon mari et votre tuteur a-t-il été promptement d’accord avec le tuteur du jeune vicomte pour vous marier sans retard.

BERTHE

Et vous m’assurez, madame, que les choses se passent d’ordinaire ainsi.

LA .BARONNE

Oui, dans les grandes maisons ; et l’on s’y prend encore plus tôt dans les familles princières ; on ne marie pas seule-

* BertLe, U Baroan*

4 l’amouh est un enfant

meut les adolescents et les pensionnaires ; on va jusqu’à marier les enfants au berceau.

BERTHE

Ail ! du moins, M. le vicomte a dix-huit ans et moi j’en ai seize depuis huit jours.

LA BARO.NNE

Tant de jeunesse... c’est encore presque de l’enfance...

BEHTnE.

Est-ce donc pour ce motif que l’on n’a fïnèro permis à M. le vicomte de s’approcher de moi avant et après la cérémonie... C’est seulement au moment de m6 dire adieu, que devant tous, il m’a remis, sur un coussin de velours, un écrin comme un présent... ou plutôt comme un souvenir.

LA BARO.NNE

C’était, sans doute, le programme des deux tuteurs.

BERTtlE.

Et maintenant, madame?...

LA BARONNE

C’est encore dans leur programme... M. le vicomte va retourner avec son précepteur, dans son château, en Dauphiné... et, vous-même, vous allez rentrer dans votre couvent à Senlis.

BERTHE, ,irec an petit soupir.

Et voilà donc tout? (Elle va s’asseoir.)

LA BARONNE, à part.

Chère innocente ! (Haut.) Vous voudriez peut-être qu’il y eut une noce, un bal?... (Elle vient à côië J'eiio.) Mais ce sont des détails dont les gens bien nés croient souvent devoir se passer.

BERTilE.

Je ne vous le cacherai pourtant pas, madame, j’aurais bien voulu revoir un peu mon mari.

LA BARONNE

Aujourd’hui, mon enfant ?

BERTIIE.

Aujourd’hui même.

C’est impossible ; son tuteur, le comte d’IIéricourt, l’a retenu auprès de lui... Consolez-vous, d’ailleurs... vous le ver. rez plus tard.

BERTHE

Plus tard ?... C’est-à-dire...

LA BARONNE

Dans deux ou trois ans.

BERTHE

Seulement, alors ?

LA BARONNE

Ne vous affectez-pas... Ah! ma chère enfant, si je ne craignais pas de vous dire des choses au-dessus de votre portée...

BERTIIE.

Que me diriez-vous donc, madame ?

^ I.A BARONNE

Je vous dirais, peut-être... Le bonheur dans le mariage ne demande que trop de ménagements, pour ne pas se changer on lassitude, et quand on doit se voir toute la vio, on ne finit que trop souvent par se voir assez.

Comme vous en parlez avec amertume.

LA BARONNE

C’est que J’en parle avec exjjérience, ma chère petite. (Elle vient an milieu.) Mais tout Cela n’empôche pas quelques couples parfaitemcntjicureux... même sous Louis XV... pour la rareté du faitl J’espère bien que vous serez au nombre do ces privilégiés... Attendez-donc, sans trop d’impatience, le moment où vous viendrez habiter avec votre mari... ce bel hôtel... celui de votre famille... et cet appartement qui sera le vôtre... comme il l’est, du reste, jusqu’à demain. (Elle nioniri) la porte ilaiH l'an^'le âMroito )

BERTHE, allant ouvrir la porte iniliqiK^e par la Baronne.

Un si bel hôtel à Versailles... rue des Ré.scrvoirs... et une si belle chambre... des tapisseries de haute lice, des portraits de famille... et un prie-Dieu encore plus beau que celui do notre supérieure... Ah! comme je vtfis regretter tout cela dans le dortoir silencieux des (^rmélitos! (Elle rofpnmi la porte latérale, an même moment la porte du fond s’ouvre.)

UN LAQUAIS, annonçant.

M. le marquis de Florac. (Le Marquis entre.)

Page 1