LA BARONNE, LE MARQUIS, BERTHE
LE M.ARQUIS.
Mes hommages à la perle des baronnes... Mes compliments à la plus ravissante des mariées.
* i.A Biironae, le Marqut»^ Bei tlic.
l’amour est un enfant
LA BARONNE
Toujours galant, marquis I
LE MARQUIS, prcnnnt nno prise.
C’ost une de mes qualités de marquis... comme de porter une tabatière... et quand je me trouve entre vous, mesdames, il me vient naturellement aux lèvres un madrigal...
LA BARONNE
Un madrigal ?
LE MARQUIS
Je ne suis pas de ces grands seigneurs qui donnent dans les encyclopédistes ou dans les sciences occultes... Je me contente de faire des vers aux dames... de petits vers... Je ne vais jamais jusqu’à l’alexandrin... fi doncl... et le voici mon madrigal :
• Une beauté mûre et baronne
» Une fraîche ingénuité,
• Sont toutes deux à mon cûté ;
• Et Je puis me croire l’été
> Entre le printemps et l'automne. •
Comment le trouvez-vous, mesdames !
' . BERTHE
uh ! très-joli 1 (Elle reste pensive et va s’asseoir à droite.)
LA BARONNE, bas an Marquis.
C’est presque une sottise, monsieur.
LE MARQUIS, à la Baronne.
Jne sottise I Mon madrigal, que je destine au Mercure do France.
LA BARONNE
Et n’êtes-vous vcniaque pour nous débiter ces fadaises?
LE MARQUIS
Pardon, pardon, madame... Je viens de- la part de M. le baron de Gaillarbois.
LA BARONNE
Ah! c’est mon mari qui vous envoie auprès de moi?...
LE MARQUIS
Et vous savez bien que je suis toujours à scs ordres, ainsi qu’aux vôtres, (a pan.) Ma position n’est pas précisément une sinécure.
LA BARONNE
Et mon mari vous charge ?...
LE MARQUIS
D’une mission qui vous concerne autant que cette belle
l’amour est un enfant 7
enfant... Mademoiselle de Sornay, ou plutôt madame la vicomtesse de Presse...
BERTHE, assise.
C’est mon litre maintenant, monsieur.
LE MARQUIS
Et je suis enchanté de vous le donner, mademoiselle... Je veux dire madame ! Or donc, M. le baron vous attend toutes deux au bas du grand escalier dans le parc, pour aller chez Mme la maréchale de Crëqui, chez la marquise de Blanchefort, et je ne sais plus qui...
LA BARONNE, allant à Berthe.
Oui... les- visites indispensables...* Allons, Berthe, c’est dans votre rôle de mariée **.
BERTHE, se levant.
Je suis prête à vous suivre, madame ; mais laissez-moi faire honneur à cet écrin que mon mari m’a donné ; je veux ajouter un collier ou un bracelet à ma toilette.
LE MARQUIS^ accompagnant Berthe jusqu’à la porte à droite.
Allez, mademoiselle... Je veux dire madame... Faites l’impossible quand vous ôtes si belle... Parvenez à vous embellir... Encore un madrigal, en prose!...
BERTHE, à part.
Quel homme aimable pour son âge !... (Elle sort.)'"
LE MARQUIS, à part.
Je crois qu’elle m’a remarqué... Ça va bien I ça promet !»...
(il revient pris de la Baronne.] ’