‹ L'amour est un enfant comedie en un acteChapitre 5 sur 18 · HENRI, BERTHE · texte numérisé non relu

HENRI, BERTHE

HENRI

M’y voici I...

BERTHE

C’est lui !...

HENRI

M. le vicomte de Presse !... Je m’annonce moi-môme, puisqu’il n’y a personne pour m’annoncer.

BERTHE

Et vous venez par ce chemin ?

Un proverbe dit : Tous les chemins mènent à Rome... Il y a là une ruelle déserte qui m’a servi de vestibule... Puis, il s’est trouvé un arbre pour me servir d’escalier, et enfin, cette fenêtre m’a servi de porte.

BERTHE

Sovez-donc le bienvenu chez votre femme, monsieur mon « »

mari, j’avais trouvé votre billet... et je pensais bien que vous

viendriez.

HENRI

Mais cela n’a pas été sans peine; j’ai eu d’abord à franchir deux obstacles vivants, deux gardiens dont il fallait tromper la vigilance: mon tuteur, M. le comte d’Héricourt et mon précepteur, M. Tartalas.

BERTHE

Et vous êtes parvenu ?...

HENRI

A me débarrasser de l’ui\, et de l’autre en les attachant tous les deux.

BERTHE

Comment, en les attachant ?

HENRI

Oh! en les attachant à une partie d’échecs... J’ai profité du

* Henri, Herthe.

l’amour est un enfant

moment où le fou prenait la dame, pour prendre, moi, la clef des champs; puis unj fois dans les rues de Versailles, que je no connais guère, il fallait m’orienter pour trouver votre hôtel à vous. Je me suis adressé à un garde-française qui passait avec une jeune fille au bras et en chantant gaiement :

• Amis, il faut faire une pose!

> J’aperçois l’ombre d’un bouchon,

> Buvons à la jeune Fanchon 1 «

Pardon, si je vous interromps, lui ai-je dit, la rue des Réservoirs, s’il vous plaît ?

BËRTIIE.

Et il vous l’a indiquée aussitôt?

HENRI

Pas lui. . mais la jeune fille qui l’accompagnait, elle a même ajouté d’un air tout drôle, en me regardant du coin de l’œil ;,Tiens, il est gentil, ce petit gentilhomme I... Aimable compliment 'mais que je n’ai pas su comment lui rendre... non pas qu’elle fut précisément laide... mais dans une femme je remarque surtout la mise... et la sienne était légèrement chiffonnée... Enfin, elle ne m’a pas moins obligeamment indiqué le chemin... et me voilà près do vous,

BERTHE

Et vous no m’embrassez pas 1

HENRI, faisant nn mourcinenl et s'arrêtant.

Si... non...

Non?

HENRI

D’abord, déjà ce matin, mon tuteur et mon précepteur m’ont dit que je ne devais pas songer à vous embrasser... que ce n’était pas l’usage... et, en ce moment, quand je vous regarde...

BERTHE

Eh bien?

HENRI

Cette toilette nuptiale, ces voiles blancs vous font une si belle parure que je craindrais de l’endommager par le moindre pli... et vous me semblez si gentille que je n’ose pas vous toucher.

BERTHE

El vous comprenez, n’esl-ce pas, que j’aie voulu garder

l’amour est un enfant

celte belle toilette pour toute la journée... Sans cela, ce ne serait pas la peine de l’avoir mise... et il est juste, au moins, que je trouve cette petite satisfaction dans le mariage.

IIENHI.

Si c’est juste ? Je crois bien, surtout dans la position où l’on nous place... Vouloir tout de suite nous séparer, ne pas ’néme nous permettre de nous voir.

BERTIIE.

C’est indigne 1

HENRI

C’est révoltant! aussi, je me suis juré le contraire. . Nous voici en tète à tète et nous pouvons causer tout à notre aise. ' (ils s’asseycot.)

BERTHE

Oui, tout à notre aise.

HENRI

Comme mari et femme... Nous devons avoir tant de choses à nous dire.

BERTHE

Oui, tant de choses.

HENRI

Par exemple, je ne sais {las quoi.

BERTHE

Ni moi non plus.

HENRI

Attendez donc. Il faut que nous fassions connaissance... que nous nous disions comment nous avons vécu jusqu’ici.

BERTHE

Moi, c’est bien simple... Au fond de ce couvent, à Senlis, où j’ai été élevée.

.Comme moi, au fond de ce château, en Dauphiné... mais d’abord on me destinait aux ordres. . Je recevais l’éducation la plus sévère. Jugez! Je devais faire un abbé... attendu que je n’étais qq’un cadet de famille. Puis, tout à coup, il y a environ deux ans, mon frère est mort glorieusement sur un champ de bataille.

BERTHE

Ah ! Et après cela ?

HENRI

Après cela, on m’a élevé toujours bien sévèrement, mais un peu moins... parce qu’au lieu d’être un cadet, j’étais de-

l’amour est un enfant

venu le chef de la maison... Mon précepteur s’est adjoint d’autres maîtres pour m’apprendre l’escrime, l’équitation, la danse... '

BüRTHE.

Et enfin ?

HENRI

Enfin, l’autre jour, mon tuteur est venu m’annoncer, sur le ton le plus solennel, qu’il avait trouvé pour moi la femme qu’il me fallait, Mlle Berlhe de Sornay...

BERTIIE.

C’est cela... Comme mon tuteur m’a dit à moi-même qu’il m’avait trouvé le mari qu’il me faut ; le vicomte Henri de Presse.

HENRI

Et que je devais venir à Versailles...

BERTIIE.

Et que je devais venir à Versailles...

HENRI

Pour l’épouser !

BERTIIE.

Pour l’épouser !

HENRI

Voilà comment nous nous trouvons mariés !

BERTHE, réfléchissant, sc 1ère et traverse *.

Oui, nous sommes mariés... et je me rappelle maintenant que j’ai entendu dire au couvent...

HENRI

Quoi donc ?

BBRTIIE.

Que lorsqu’on est marié chacun des deux doit aimer l’autre.

HENRI

Cela doit être I...

BERTIIE.

Eh bien, pour que l’on s’aime... il faut sans doute.,.

HENRI, vivement.

Pour que l’on s’aime il faut l’amour.

BERTIIE.

Et pouvez-vous me dire ce que c’est... que l’amour ?

IIE.NRI, avec conviction.

Eh bien, oui !...

* Henri, Derllre.

l’amour est un enfant

BHRTHE.

Il le sait, lui ! Vous le savez ?

HENRI

Je l’ai appr is en venaht du Dauphiné.

BERTHE

Comment!

HENRI

Dans une chambre d’auberge... 11 s’y trouvait sous un globe de cristal, une petite statuette d’un enfant, avec cette inscription : l’AwioMr/...

Ah ! l’amour est un enfant ?

HENRI

Et, au-dessous do l’inscription , il y avait encore deux vers.

BERTHE

Deux vers ?

HENRI

Oui, deux vers que j’ai retenus :

• Qui que tu soi^, voilà ton maître,

• Il l’est, le fût, ou le doit Ctre. •

BERTHE

Et vous avez compris ?

HENRI

D’aulant plus que l’enfant en question avait un carquois et des ailes... et j’ai dû reconnailre en lui le petit dieu Cupidon, fils de Vénus, dont il est questioif dans la mythologie.

BERTHE

La mythologie? Ah mais! on ne m’a pas enseigné cela au couvent... C’est égal... je sais maintenant ce que je voulais savoir.

HENRI

L’amour est un enfant.

BERTHE

Et s’il nous reste quelque chose à apprendre...

Nous finirons, peut-être, par le découvrir, en cherchant ■ bien tous les deux.

BERTHE

Et quant à nous aimer, ce n’est pas difficile... Je vous aime déjà...

l’amour est un enfant

HENRI

Et moi aussi ?

BERTHE

Et je ne sais vraiment pas pourquoi l’on s’oppose à ce que nous restions ensemble... Nous trouverions toujours le moyen dépasser le temps... de nous distraire... Savez-vous jouer au corbillon ?

HENRI, l’entraioant au canapé.

Certainement... Je vous vends mon 'corbillon... qu’y met-on ?

BERTHE

Un carton. Je vous vends mon corbillon... qu’y met-on?

HENRI

Un hanneton. Je vous vends mon corbillon...

(Au même instant le Marquis eutre.)

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