‹ L'amour et la guerre, vaudeville en un acteChapitre 14 sur 20 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

MATHILDE, DERNON.

DERNON.

Ma conduite doit vous paraître étrange, Madame; avant de demander votre main à M. Blinval, je devrais chercher à vous plaire... y mettre tous mes soins... Ce n'est point à mon âge qu'on doit les regarder comme superflus.

MATHILDE

En gagnant l'amitié de mon père, Monsieur, vous avez acquis des droits à la mienne , et son consentement vous répondait du mien.

DERNON.

Sans doute : c'est ainsi que raisonne un esprit aussi sage que le votre... mais le cœur ne suit pas toujours les lois de la raison.

MATHILDE

Il est vrai... on peut quelquefois se former des idées qui ne se réalisent pas...

AiR : Du Vaudeville de la Servante justifiée.

Vous le savez, dans la jeunesse , -L'illusion captive notre cœur;

Trop confians en sa promesse Nous nous plaisons à rêver le bonheur.

A cette apparence flatteuse Je ne veux pas renoncer... car je crois

Que je puis encore être heureuse...

( A part. )

Mais ce n'est plus comme auLreJbis.~

BLINVAL , tout essoufflé.

{Il lit).

dernon , à part.

Décidément elle m'aime , et j'avais tort de me défier de mon frère... ( haut) Mais que veut dire ce bruil? C

m SCENE XVI. > S

MATHILDE, BLINVAL, DERNON. JT 2

Ah î mes enfans , voila bien un autre événement î

' 1 en

MATHILDE. C/a

Vous m'effrayez ! k ■

DERNON. h 25

Qu'est-ce donc? g* J>

BLINVAL. ft ^

Un ordre supérieur!... rien que cela... écoutez.

« Sera fusillé , dans les vingt-quatre heures , tout pro- t*>

« priétaire qui gardera chez lui un militaire français en ^-»

« état de marcher, si ce dernier n'est porteur d'une per- « mission.

« Signé, Octave Dernon, gouverneur « de Tilnitz, par intérim. »

mathilde , à part.

Octave !

DERNON.

Quelque danger peut-être... (à part) mais non , c'est un tour que le drôle veut me jouer î

BLINVAL

Etre obligé de mettre mon gendre à la porte!... c'est d'une impolitesse!

DERNON.

Je ne lui pardonnerai jamais!

BLINVAL

Je suis au désespoir de me trouver dans la nécessité...

DERNON.

Comment?... vous pourriez?... mais c'est une plaisanterie.

BLINVAL

Une plaisanterie!... quand il y va de ma tête!

Vous ne devez pas prendre cet ordre au sérieux.

BLINVAL

Il me semble cependant que l'expression : «fusillé »... D'ailleurs, Tilnitz n'est pas loin... allez voir votre frère... retirez -lui son commandement, ou prenez une permission.

DERNON.

Comment, vous me forceriez?

BLINVAL

Les perquisitions vont commencer dans le château... et je ne puis vous garder plus long-temps.

DERNON.

Quelle faiblesse î

BLINVAL

Du tout ! Dans toute autre circonstance , je serais prêt à me sacrifier... je donnerais ma vie pour mon gendre... mais fusillé !

Air : Mon cœur a l'espoir d'abandonner.

Malgré la parenté future Et les droits de l'humanité, Je ne puis si loin , je vous jure.

Pousser l'amour de l'hospitalité.

Allons, jusqu'au bout du village Je vais accompagner vos pas , Pour vous souhaiter bon voyage ,

(à part.) Et m'assurer qu'il ne reviendra pas.

ENSEMBLE

Malgré la parenté future, etc.

DERNON et MATHILDE.

Malgré la parenté future Et les droits de l'humanité,

n. i j ie vous jure,

ne peut si loin , M. , • ' ' 1 ' i il le jure,

Pousser l'amour de l'hospitalité.

(Blinval sort avec Dernon).

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