‹ L'amour et la magieChapitre 10 sur 11 · CONNAITRE QUI L’ON AIME · texte numérisé non relu

CONNAITRE QUI L’ON AIME

Une phrase écrite par Tourguéniew m’est restée dans la mémoire: « L’âme d’autrui, c’est une forêt obscure ». Est-elle vraie, cette désespérante parole où se reflète l’esprit incertain et fataliste du Slave ? Est-il impossible de connaître un être autre que soi-même, — en admettant possible de se connaître soi-même? Sur cette forêt obscure qu’est pour nous l’âme d’un être cher, ne pouvons-nous voir quelque lueur soudainement venue d’une étoile, d’un soleil ou d’une émotion? N’est-il aucune clarté perçant les ténèbres de l’âme proche? Et faut-il nous résigner à accepter comme définitive, comme applicable à tous les êtres, cette autre parole que prononce, devant le gracieux corps à jamais endormi de la frêle Mélisande, l’aïeul Arkël: « C’était un petit être mystérieux, comme tout le monde »?

Connaître autrui; pénétrer l’âme des hommes, des femmes, depuis ceux qui sont attachés à toutes les fibres

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de notre être, jusqu’aux vagues passants arrêtant pour un instant le cours de nôtre indifférence; c’est là une des œuvres de la divination. On croit vulgairement que la divination, par art, par science ou par inspiration, va lever un pan du voile qui cache l’avenir, va jeter une lueur dans l’obscure caverne du destin.

Assurément les douze grandes Sibylles, et Nostradamus, et les Voyants anonymes d’Orval et de Prémol, par exemple, voyaient le futur, et traçaient quelques reflets pâlis de leurs visions. Assurément le calcul d’un Morin de Villefranche ou d’un Oger Perrier peut situer dans le temps des évènements non révolus encore, et, investie d’une faculté héréditaire chez « la tribu prophétique aux prunelles ardentes », la bohémienne haillonneuse peut quelquefois, par le maniement du Tarot ou la vue d’une main, prédire des faits qui adviendront. De tout cela la négation ne se fonde que sur l’ignorance. Le temps, comme l’espace, n’est qu’un des termes de la formule de fatalité dans laquelle l’homme est inscrit, et dont l’illumination le retire. Qu’est-ce que l’avenir, sinon le présent qui a grandi? Voir l’avenir, ce n’est que voir le présent dans sa réalité intime, c’est voir les effets dans les causes, et, dans le grain de blé, les épis de la moisson future. Si les évènements gravés sur les tables de l’avenir peuvent être modifiés par des influences humaines ou extra- humaines, c’est que le jeu des forces régissant le monde est plus complexe que ne l’estiment les systèmes des philosophes.

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Mais nous n’avons pas à nous occuper ici des méthodes qui tâchent à épeler les hiéroglyphes tracés sur la peau de la chèvre Amalthée. Nous cherchons si les méthodes diverses de divination peuvent faciliter la connaissance de l’être qu’on aime on qu’on aimera demain. Tout d’abord, il est universellement reconnu que l’amour est aveugle. Alors, quand on lui donnerait tous les moyens de voir, il se couvrirait les yeux de l’emblématique bandeau. Entendons-nous. C’est l’amour mesquin, vulgaire, qui a les yeux bandés. Et le bandeau est appliqué et noué solidement par le pire ennemi de l’amour, l’orgueil. Si les maris et les amants sont célèbres par leur obstination à refuser l’évidence d’être cocus, ils sont mûs par la vanité, soit la forme basse de l’orgueil. Leur sérénité naît de la fatuité. Or, l’humilité du cœur est la première vertu des amants. Aussi le grand et le bel amour, vainqueur des tentations murmurées par le démon de l’orgueil, loin de souffrir de cécité, possède la claivoyance divinatrice. Alors, qu’aurait-il à faire des méthodes et procédés de pythonisses ? Encore une fois, les doctrines et les théories sont inutiles à qui a le don. Soit. Mais les dons les plus merveilleux se détruisent, que l’étude constante et le pénible travail ne développent pas.

Ainsi se pose le problème: Etant donné un homme ou une femme, les méthodes ésotériques donnent-elles à qui va l’aimer un moyen d’avoir sur leur esprit, leur cœur, leur âme, d’exacts renseignements ?

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Le problème existe, très ardu, parce que, d’ordinaire, les sujets à connaître sont jeunes. Or la jeunesse est un masque difficile à percer, puisque la vie n’en a pas encore usé l’opacité. Vainement prétendrait-on que ies gens âgés ont puisé dans l’expérience de la vie un plus grand pouvoir de dissimulation. Leur vie s’est, en dépit de leurs efforts, écrite sur leur face, en stigmates indélébiles. Assurément,- un regard sur leur visage, si aigu soit-il, ne suffit pas à reconstituer tous les évènements de leur existence. Mais, pures ou impures, les grandes lignes directrices qui les ont conduits sont infailliblement dessinées. Leur dissimulation ne peut tromper que des yeux inexperts. Un jeune visage n’est pas encore marqué de ces brutales empreintes; et d’ailleurs, un être jeune, non encore martelé par son destin, a le choix entre plusieurs directions. L’aventure du jeune Hercule entre le vice et la vertu se renouvelle incessamment. Aussi, presque toujours, les jeunes gens sont plus secrets que les vieillards. Ne nous fions guère à leur apparente expansion. Elle est souvent comme celle des Méridionaux: le masque sous lequel ils se cachent. Je ne crois pas qu’il y ait d’animal plus dissimulé que la fillette. La femme se raconte elle-même dans tous ses détails. Un immense et frémissant besoin de confession l’induit à verser dans ses paroles, et dans l’urne de ses mensonges, le contenu de sa conscience. A l’auditeur de démêler le vrai du faux. Le mensonge de la femme voile son âme comme la toilette voile son corps, en la faisant

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deviner. Mais, de même que la forme impubère, sans concours pleins, de la fillette se dérobe complètement sous la robe, de même son être intime est très éloigné de sa parole et de son visage. Il n’est pas encore assez caractérisé pour se dénoncer nécessairement.

Précisons la donnée du problème. Moins intuitif que la femme, l’homme a besoin d’un plus grand travail pour le résoudre. Aussi c’est à lui qu’il est posé. Supposons-le tel : un jeune homme dont l’éducation moderne, si apte qu’elle soit à cette sinistre besogne, n’a pu parvenir à fausser l’intelligence et le cœur. Son esprit fut assez vigoureux pour résister à l’étouffement de ce stupide enseignement universitaire, mélange bizarre de la rhétorique latine brassée au dix-septième siècle par les Jésuites pour vernir de jeunes gentilshommes, et du fatras scientifard entassé par la cuistrerie contemporaine. Et voici l’énigme que lui présente la Sphinge, — mais il n’est point d’énigme insoluble : « Cette femme qui passe devant tes yeux, au souffle du destin, tu vas l’aimer. Avant de devenir sa chose, avant de déposer, Héraclide peut-être, ta massue aux pieds de cette Omphale, avant d’abandonner, Samson, ton front aux caresses de cette Dalila qui cache des ciseaux sans doute au creux de ses jeunes seins, avant de l’aimer, — car quand tu l’aimeras tu ne sauras plus la voir, — veux-tu la connaître ? Veux-tu savoir son âme? Tu vois sa forme : Elle est belle, n’est-ce pas, et gracieuse et séduisante. Mais ce corps, pas plus que

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tu n’en vois le mécanisme et les organes, pas plus que tu n’y vois courir le sang et tressaillir les fibres charnelles, pas plus tu n’en vois fonctionner l’âme, la pensée mystérieuse, la sensibilité inconnue. Peut-être un jour, la serrant dans tes bras, tu sentiras avec désespoir que d’elle, de son intimité profonde, de son être réel, de son âme, tu ne sais rien, rien, rien. Peut-être alors murmureras-tu avec angoisse, comme le Russe incertain :

« L’âme d’autrui, c’est une forêt obscure. » Et tu affirmeras impossible qu’un être en comprenne un autre. »

Que ce jeune homme ait étudié les lois des Signatures, comme disaient nos anciens, assurément, cela ne l’empêchera de faire aucune bêtise, mais cela lui donnera la satisfaction, — si vaine! — de comprendre et de savoir. Qu’est-ce que la Signature d’un être ou d’une chose? C’est la marque indélébile des forces naturelles ou surnaturelles qui influent sur lui. C’est la preuve des correspondances qu’il possède avec les énergies des plans divers du monde. C’est le stigmate du baiser de l’Ange ou du coup de griffe du démon. De quoi toi, être vivant, es-tu le Signe? Autrement: de quelle idée, de quelle âme supérieure à toi-même, de quelle divinité es-tu la représentation? De quel verbe es-tu le reflet? Et quelle est la signification réelle et profonde, quand de ta face ont chu les voiles de l’apparence? Nous la lirons dans la forme qui te singularise.

Par delà le petit domaine où va la courte vue des phi- ^logues, cherchons la signification du mot Signe. Dans

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l'hiéroglyphisme universel, la lettre S onduleuse et serpentine, exprime l’idée de lien, de relation. La Kabbale grecque ou hébraïque donne ce sons au Sigma ou au schin. Tenons-nous en à la Kabbale de l’hiéroglyphe français. Regardez la forme de l’S français: c’est un double arc d’alliance qui relie la terre aux cieux et aux enfers, si nous supposons le monde terrestre au centre de l’S. Et dans la construction, jamais arbitraire, des mots de notre belle langue, l’S aura toujours mission d'exprimer la vie de relation. Nous en avons fait le signe du pluriel. Que vous alliez au cœur de n’importe quelle Kabbale littérale, orphique, hébraïque, sarracénique, vous trouverez toujours la même propension à la lettre sifflante. Peut-être ne verrez-vous dans ces recherches qu’une ingénieuse rêverie. Soit. Mais n’importe quel apprenti Ivabbaliste de n'importe quel pays, comme n’importe quel rabbin nourri à la connaissance des hiéroglyphes hébraïques arrivera aux mêmes conclusions. Nous trouverions selon la même méthode l’essence du G et de l’N ; mais ne pédantisons pas trop, et laissons s’amuser les philologues.

Dans le langage des astrologues, il est dit couramment que tel homme, tel animal, ou telle plante, ou telle pierre et signé de telle ou telle planète, porte la Signature de tel Signe du Zodiaque. Il est de mode, en ce temps, de dépriser l’astrologie, non seulement parmi les gens de science, qui d’ordinaire sont de simples brutes, mais encore parmi des esprits de haute envolée. Ceux-ci

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se sont laissé décevoir par les charlataneries qui rôdent autour des hautes sciences comme les coupeurs de bourses autour des cathédrales. A moins que ne les rebute le travail terriblement ardu qu’exige le maniement de l’astrolabe ou la pénétration du jeu des correspondances des choses de la terre avec celles des étoiles. La haute astrologie considère les corps célestes à la fois comme des êtres et comme des symboles. Soit la planète Vénus, qui, du consentement unanime de toutes les traditions, règne sur le monde de l’amour, de la grâce et de la beauté. Les mythologies ont présenté sous l’aspect d’une déesse l’âme de la planète, ou plutôt la force particulière qui impose son action dans le monde entier, et qui domine plus particulièrement l’être cosmique que nous nommons la planète Vénus. O déesse que d’aucuns insultent, mais que nul ne nie, ô délicieuse et terrible dont les poètes révèlent en frémissant l’œuvre inéluctable, déesse, ta vivante réalité éblouit de son évidence nos faibles yeux d’hommes et nos cœurs trop souvent lâches. Sous quel aspect, sous quelle norme de beauté nous apparaît, entre les femmes que nous pouvons aimer, celle que ta droite a signée ? Voici la Vénusiaque : Elle a des cheveux d’un noir profond à reflets de velours bleu, ondulants et opulents, des yeux en amande dont les larges prunelles mordorées flambent sous un voile somptueux de cils sombres, le teint d’une matité nacrée. Sa narine carminée s’élargit au vent du désir qui s’y engouffre. Sa bouche sinueuse, modelée en belle

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chair rose, orgueilleuse de l’éclat humide des roses sous l’aurore,découvre en souriant des dents à l’émail bleuté; un duvet lui met une couronne d’ombre. Des oreilles charnues et rosées sont prêtes à recueillir les paroles chuchotées. Le cou est moelleux et large à la base, les seins forts, les hanches abondantes, les cuisses rondes et luxuriantes.

Elle aime la parure et l’éclat, le cuivre rouge et la couleur verte ; (on dit que Vénus est née de la mer céruléenne), les roses et les émeraudes et le corail, les colombes lascives et l’odeur du musc, de l’ambre et du safran, les odeurs d’amour....

Vous l’avez rencontré, plus ou moins pur, plus ou moins adultéré, ce type essentiel de la femme signée par Vénus bénéfique. Si c’est la Vénus malveillante qui a jeté sa marque sur une femme, le type gardant encore une certaine beauté, s’en va vers la bassesse et la vulgarité. Il porte les stigmates de la Vénus pandémique, qui règne sur un troupeau de prostituées. Le symbolisme orphique avait merveilleusement présenté les diverses influences de Vénus, dont il faisait de nombreuses et différentes Vénus, depuis la sublime Vénus Uranie, immaculée vierge du ciel de beauté, jusqu’à la Vénus Pandémie, reine des gouges. Les poètes qui ne se sont pas fiés à une tradition très pure ont fait de la Vénusiaque une blonde. Le type pur et brun est fréquent en Italie, terre Vénusiaque. La Vénusiaque est blonde quand elle a subi l’influence solaire. Le type de femme signé par

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Vénus et le soleil offre, sous une chevelure d’or profonde un visage dont l’ovale est parfait. Il est bien facile à reconnaître, et, quoique assez rare, se rencontre volontiers en France. Je crois superflu sans doute de dire que la France est la nation solaire, rayonnante. Elle a pour patron saint Michel-Archange, l’inspirateur de Jeanne d’Arc. Or, l’Archange Michel, le Mikhaël des Kabbalistes hébreux, est, aux yeux des Initiés, aux yeux qui voient l’évidence, le génie planétaire du Soleil, le même que les Anciens révéraient sous le nom de Phébus- Apollon.

Alors, direz-vous, pour connaître les âmes, il faut connaître les astres? Tout se tient dans le monde. Tout est relié par des chaînes aussi terribles qu’invisibles. Connaître n importe quoi, c’est pénétrer la série des rapports de n’importe quoi avec le monde entier; c’est voir une chose dans son principe, et ce principe vit dans le monde archétype dont le centre est inconnaissable. « In Deo vivimus, rnovemur et sumus », dit l’apôtre initiateur. Il n’est pas indispensable de posséder à fond l’astrologie pour deviner les âmes, mais c’est singulièrement utile. On peut faire efficacement de la médecine sans connaître l’astrologie; mais alors, il faut remplacer la science par le génie. Ce n’est pas donné à tout le monde. Quand on a les deux, comme Paracelse, on a plus de chances de devenir un guérisseur. Car comment comprendre le fonctionnement d’un corps, si l’on ignore le jeu des forces secondes qui meuvent ce corps?

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Je sais: l’astrologue se laisse tomber dans un puits. L’accident frappe quiconque. Je sais encore: « les folles rêveries de l’astrologie ». Ce cliché se lit dans toutes les encyclopédies. Je conseille simplement à ces messieurs très savants qui se repassent le cliché, et très dédaigneux de ce qu’ils ignorent, d’étudier la question une dizaine d’années seulement.

Assurément, pour lire dans l’âme de son prochain, n’exigons pas l’étude de l’astrologie judiciaire, si ardue, si illimitée. Mais l’astrologie naturelle, celle qui se pénètre sans calculs compliqués, par la seule vertu de l’intuition, celle qui donne la clé de tous les procédés de divination, point n’est besoin d’un fatras de savantasseries pour en pénétrer l’esprit. Ici surtout fuyons la lettre qui tue. Cornélius Agrippa n’était qu’un homme très savant, soit très peu de chose. C’est pourquoi il a couronné son œuvre par son traité de la vanité des sciences. La meilleure façon de savoir, c’est de sentir. L’intelligence pure régnerait en aveugle au palais sombre du concept si sa sœur la sensibilité ne lui apportait sa lumière et sa flamme. Pénétrer le jeu des forces occultes qui déterminent un être et l’enchevêtrement des correspondances qui le situe sur un plan du monde, c’est œuvre de sensibilité. Par ainsi, entendre le chant mystérieux des formes humaines, c’est un art, auquel n’accédera jamais qui 11e fut pas doué. Il y faut la grâce.

Oui, ce qui constitue l’Initié, c’est le sens des correspondances, c’est l’oreille ouverte à la musique des sphè-

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res. Cette musique, c’est celle que Linus fut chargé de révéler au jeune Hercule. Mais l’impatiente jeunesse du rédempteur grec dédaigna d’en méditer la portée, li en fut diminué jusqu’à mourir. Cette musique, un simple mortel, Pythagore, l’entendit. Les trois Grâces lui avaient permis d’effleurer leurs mystérieux attributs : la Rose de l’amour, le Cube de la Gnose et la Palme de la victoire sur la douleur et la détresse. Mais la parole acroamatique du Maître est montée jusqu’aux orbes du silence. Et les notions laissées par ses disciples sont erronées, — volontairement peut-être.

Les retrouver, les révéler aux hommes, Saint-Yves d Alveydre en avait fait le rêve. Son extraordinaire invention, l’Archéomètre, qui mathématiquement indiquait à toute chose son principe, les rares amis qui le virent fonctionner n’oublieront jamais leur émerveillement. Mais le Gardien du Seuil a jalousement fermé les portes du tombeau sur le téméraire....

Non, il ne faut jamais déplorer qu’une grande invention ne tombe pas aux mains des hommes. Quel usage en feraient-ils? Ils savent tout utiliser pour leurs vices; et ils ont tous les vices, toutes les iniquités. Ils n’ont qu’une vertu: l’hypocrisie, qui est leur lâche et désespéré hommage à la vertu, et qui seule les rend tolérables.

Aussi toi, jeune homme, mon disciple, n’envie pas ceux qui lisent sur les visages les occultes caractères gravés par les génies du firmament. Aime d’un cœur sincère et laisse faire aux dieux. N’envie pas, s’ils exis-

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tent ,ceux qui savent voir l’âme d’une femme à travers sa beauté. La mitre de la connaissance est doublée d’épines sur les fronts méditatifs. Voir la réalité, c’est le douloureux privilège des poètes. Aussi, les plus grands d’entre eux, Homère, Virgile, Dante, Baudelaire, sont descendus aux enfers. Toute âme humaine a son enfer.

Redoute, toi, jeune homme, de te pencher sur l’enfer des âmes. Ta bouche en deviendrait amère jusqu’à sa dernière haleine. Si tu conquérais l’atroce privilège de voir sans aucune ombre tout ce qu’il y a dans les cœurs, tu clamerais avec la rage de l’Ecclésiaste : cognovi feminam amariorem morte . N’envie pas les pouvoirs démesurés. Cet inquiet et tumultueux génie, perdu d’orgueil, Théophraste-Auréole Bombast von Hohenheim, qui, par passion combative, voulut être appelé Paracelse, légua sa douloureuse expérience : « Tous ceux-là qui, en n’importe quoi, dépassent là mesure, ceux-là tombent dans le désespoir ». Aussi n’atteignit-il jamais cette terre de Promission du génie complet : la Sérénité.

Mais accepte humblement l’amour comme l’initiation à la connaissance de toi-même, laisse sa main tragique agiter en ta conscience le flambeau de la douleur qui éclairera tes propres ténèbres. C’est la science de toimême qui te mènera à la Haute Science.

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