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SIXIÈME ENTRETIEN

LES SECRETS DES PIERRES PRÉCIEUSES

Polycrate, tyran de Samos, était un homme heureux. Un jour, du haut de sa terrasse qui bordait les vagues bleues de la mer Ionienne, il méditait sur sa félicité, et sur l’expiation qu’il en devait attendre. Pour désarmer le destin, que symbolisait cette mer mystérieuse, il voulut lui sacrifier ce qu’il avait de plus précieux au monde. Et de même que bourrelé de mélancolies le roi de Thulé avait jeté dans les flots sa coupe en or ciselé, de même, inquiet de son trop constant bonheur, Polycrate jeta dans les flots son anneau décoré d’une belle émeraude. Mais on n’achète pas le destin. Le tyran, pâlissant d’angoisse, retrouva, dans le corps d’un poisson servi sur sa table, l’anneau tenace et fatidique.

Nonius, sénateur romain, possédait une opale admirable, un arc-en-ciel tombé dans une goutte de lait. Marc-Antoine, pour en faire hommage à la gorge de

Cléopâtre, désira cette pierre et mit tout en œuvre pour l’avoir. Il avait tort, car l’opale est une pierre néfaste et maléfique, comme l’amour de la belle reine Egyptienne. Mais le vieux Nonius préféra l’exil à l’abandon de son opale.

Si les Anciens aimaient si profondément leurs joyaux, c’est qu’ils y attachaient d’autres idées que nous. Pour eux, un bijou n’était pas seulement une parure charmante, mais frivole, un objet éclatant, uniquement destiné à la décoration de la personne humaine, c’était encore une amulette, c’est-à-dire un objet possédant la vertu d’écarter les influences mauvaises, ou un talisman, c’est-à-dire un objet doué du pouvoir d’attirer les influences favorables.

Allez au Musée du Louvre et comparez les bijoux légués par des civilisations disparues avec ceux qu’on fabrique aujourd’hui, les parures égyptiennes ou assyriennes avec les parures qu’on vend rue de la Paix. Là, quel art merveilleux; ici quelle médiocrité! Le bijou moderne n’existe pas plus que l’architecture moderne. Si quelquefois un artiste de race s’avise d’exécuter un bijou de caractère, combien pourraient le comprendre?

Objet essentiellement symbolique, comme devraient l’être tous les objets décoratifs, le bijou n’acquiert sa beauté que parmi les races dont l’art exprime le symbole. Aussi les bijoux des anciens Asiatiques, ceux des Arabes et des Byzantins sont-ils beaucoup plus beaux que ceux créés par l’art plus naturaliste des Grecs et des

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Romains. Au xv e siècle, presque tous les grands maîtres de la sculpture et de l’architecture sont orfèvres comme Ghiberti, et aussi de nombreux peintres, comme Verocchio, le maître du Perugin et du Vinci, comme Holbein et Dürer. Et pourtant les bijoux de cette époque ne sont pas comparables aux fragments d’orfèvrerie du vieil Orient. Si éclatant artiste soit-il, Gellini ne réussit pas à créer des bijoux admirables. Il imite la nature de trop près. Il ne sait pas extraire cette quintessence de formes qui, seule, peut donner aux arts décoratifs un sens et une beauté.

Un objet de luxe doit avoir une âme, sous peine de n’être qu’une vulgaire futilité. Il sera sans beauté s’il n? peut témoigner d’un idéal. Les bijoux sacrés des Anciens étaient d’inimitables modèles. Tel le pectoral du grand prêtre égyptien ; telle la tablette de Gemmes, Vrim et Tliumin, que le grand prêtre hébreu portait sur la poitrine.

Les plus récentes générations d’artistes plus ou moins éprises du symbolisme, ont cherché à rénover l’art du bijou. La réussite fut médiocre. Il leur faudrait savoir faire d’un joyau l’emblème d’un sentiment profond, et reprendre les traditions des Anciens sur les propriétés occultes des pierreries.

Eprises de beauté, les femmes aiment instinctivement les pierreries ; sans doute leur intuition les avertit que dans ces minéraux chatoyants et multicolores il y a autre chose qu’une joie éphémère des yeux, qu’un charme

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fugace du regard, autre chose que la caresse aimable d’un reflet. Elles sentent que toute beauté a son âme mystérieuse, aux vertus profondes, qui se cache dans le corps de la pierre précieuse, — manifestée seulement par quelque scintillement fascinateur. Et cette âme mystérieuse des pierres, il est donné aux femmes de la soupçonner, et à quelques voyants d’entre les hommes de la comprendre et de l’approfondir.

Les pierres ne sont-elles pas vivantes, comme les fleurs ? Ces prismes infiniment variés ne sont-ils pas des étoiles multicolores à l’échelle de la stature féminine ? Et comme les femmes dont elles accentuent la beauté, elles sont variables et changeantes. Pour quels motifs inconnus deviennent-elles plus resplendissantes ou plus pâles ? Joyeux à la clarté du soleil, le pur et bleu saphir s’attriste quand tombe la mélancolie du soir auquel il emprunte les tons violacés de brumes enveloppant les forêts lointaines. Aux lueurs des bougies, l’émeraude — vert souvenir des prairies et des mers —■ voile son éclat. Et ces pierres, évidemment douées d’une vie intense et personnelle, sont-elles toujours harmonieusement alliées à la personnalité de celles qui les portent ? Cette jeune femme qui livre l’intimité de sa chair au baiser de l’opale, — de l’opale néfaste à 1 amour, — est-elle sensitive et frêle, comme cette pierre laiteuse, qui semble du ciel dans de l’eau, et qui s éteint et meurt pour avoir subi un courant d’air froid ou une chaleur trop vive ? Donnez le rubis triomphal aux bru-

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nés puissantes et fières ; donnez aux blondes pâles qu’attriste quelque lointain souvenir, l’aigue-marine pareille à de la vague cristallisée, ou l’amphibole d’un vert très léger. Près des chevelures du roux vénitien placez l’obsidienne plus noire que les nuits oppressives dans les forêts. Donnez la topaze, or translucide, aux opulentes blondes à la peau citrine, dont les yeux dorés fascinent qui les regarde, et l’hyacinthe semblable à l’aurore à celles qui languissent d’espérances et de rêve.

En ces pierres, le mystérieux et lent travail des gnomes, des esprits de la terre, a concentré les splendeurs dont la vie universelle enivre les yeux sachant voir. En ces prismes multiformes ils ont enfermé la beauté des aubes et des soirs, la splendeur des horizons et des éclats des astres. Mais ces laborieux gnomes, — allégoriques figures des forces naturelles qui font évoluer la matière, — n’ont-ils pas donné des âmes à ces cristaux?

Pour être un parfait décorateur et pour savoir convenablement décorer la personne humaine, — il faut quelque peu connaître l’astrologie naturelle, par science ou par intuition. C’est en confrontant les influences planétaires et zodiacales exercées sur les pierres et les types féminins qu’on trouvera la loi selon laquelle telle gemme ornera heureusement tel type féminin, tandis qu’elle sera défavorable à tel autre. Il est d’ailleurs bien entendu, si l’on entre dans le domaine de la magie réalisatrice, qu’une gemme acquerra la vertu talismaninique versée en elle par une volonté humaine en rai-

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son directe de la puissance de cette volonté ayant infusé en elle l’influx des forces comiques pour le projeter en la pierre.

Mais abandonnons le domaine astral, et restons sur le domaine physique de la décoration par les pierreries, interprétée selon la doctrine astrologique. En principe, chacun des sept types planétaires de femmes sera heureusement décoré par les pierres correspondant soit à la planète signant ce type féminin, soit aux planètes amies de cette dernière. Il est trois planètes qui se contrecarrent, qui se haïssent : Saturne, Mars et le Soleil. Vénus est aimée de toutes sauf de Saturne, et Mercure a des relations amicales avec toutes, et surtout avec Jupiter.

Très vaguement on se souvient d’un prétendu langage des pierres précieuses, analogue au langage des fleurs. Vestige dernier d’une tradition perdue, décadente, d’une mystérieuse science qui voyait dans toutes les œuvres. de la nature, une vie profonde, Interrogez les poètes qui sont les éternels voyants. Ils répondront avec Gérard de Nerval :

Souvent dans Vêtre obscur habite un dieu caché ;

Et comme un œil naissant couvert par ses paupières.

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.

L’âme de ces gemmes, la vertu que leur attribue la science antique, l’influence qu’elles peuvent exercer sur

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les hommes, voilà ce que j’essaierai de retrouver dans les secrets du passé, sous la poussière du temps.

L’âme du diamant, c’est quelque chose de plus impénétrable que la plus obscure âme de femme. Connaîtra-t-on sa psychologie, quand on ignore son anatomie ? Sur son corps, il n’est pas deux chimistes qui soient d’accord. Newton et Lavoisier ont renoncé à l’analyser. Il semble une matière sublime, invinciblement pure, impassiblement altière. De la lumière pétrifiée, de la phosphorescence concentrée, de la glace idéalisée. Car il est tout froideur comme il est tout éclat. Nulle matière ne le peut rayer, nulle émotion ne semble pouvoir le pénétrer. Il vit dans l’intellectualité pure, mort à toute sensibilité, mort à toute passion, comme un cœur qui, plongé dans l’absolu, a dépouillé la tendresse et la haine. Indomptable, l’appelaient les Anciens, A damas. On l’appelle aussi Solitaire. Isolé dans le sentiment de sa force et de sa fierté, les courants magnétiques ne sauraient le pénétrer ; il les intercepte. Les alchimistes le considéraient comme parvenu, parmi les pierres, au sommet de la noblesse et de la beauté, comme l’or parmi les métaux, comme le soleil parmi les planètes. Aussi parmi leurs symboles ont-ils admis* le Schamir, le mystérieux et unique diamant dont la possession ouvrit à Salomon, le prince des Mages, les portes d’or de la totale connaissance. Quant au diamant ordinaire, on lui attribuait une vertu de protection. 11 donne la paix et la

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sérénité. Si vous le portez du côté gauche, il vous protégera contre vos ennemis, il paralysera leurs efforts contre vous et cassera leurs embûches. De la morsure des bêtes féroces et venimeuses, du poignard des assassins, des dangers du poison, des soucis des querelles, des terreurs nocturnes qu’apportent d’illusoires et fantastiques apparences, des affres où la raison s’engouffre et sombre, il vous délivrera. Vraiment cela est-il réel ? Le beau corindon tiendra-t-il, amulette divine, toutes ces promesses ? Entendez l’apologue. S’il ne parvient pas à sauver de tout péril l’homme inerte ou timoré, du moins à qui le regarde avec des yeux confiants et fiers dira-l-il toujours : « Si tu sais devenir, homme, ce que, pierre, je suis, tu passeras tranquille à travers les pièges et les obstacles. Si tu es, comme moi, pur et calme, intrépide, fier d’avoir développé jusqu’aux limites du possible ta force et ton audace, tu seras aussi, comme moi, inaccessible aux attaques. Si ton cœur a l’énergie de mes cristaux, rien ne pourra l’entamer. C’est au profond du sein qu’il faut porter l’armure du diamant contre laquelle s’émoussent les poignards du destin. »

Comme le diamant, le saphir est une pierre sacrée. C’est son éclat bleu qui doit surgir du croissant planté dans les cheveux cendrés de Diane. 11 réserve l’efficacité de sa vertu pour qui le porte sur une poitrine où bat un cœur pur et sincère. A celui-là, la fraude ne nuira point ; une atmosphère de paix baignera son

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sein que n’approcheront pas les passions corrosives. Sans doute, quelque obscure affinité tentera vers la froide pureté du saphir les âmes pures et froides, celles que caresse avec tendresse l’influence lunaire d’Artémis. Peut-être est-ce cette même influence qui conduisit un jour au Bengale le pied d’un pauvre marchand de cuillers en bois contre le plus beau saphir connu qui appartint à la couronne de France. A chaque pierre, la tradition attribue une vertu curative : ainsi, le saphir guérit le mal de tête et les ulcères.

Je te salue, émeraude, pierre des Mages. Parmi les couronnes de verveine, tu brillais au front des Druidesses ; car comme cette fleur, tu favorises les œuvres d’amour et de divination. Ceux qui savent le Mystère confrontent à ton éclat profond leur vision profonde. Les prophètes d’autrefois, les voyants, qui savaient soulever les voiles du futur, te plaçaient sous leur langue avant d’énoncer les oracles. Miséricordieuse encore aux cœurs amoureux, on dit que tu facilites l’accès des sciences et de l’intime triomphe. Tu respires la force, l’énergie, la résistance aux coups de la vie. Tu ranimes les vieillards, et, si l’on en croit Aristote, tu calmes les épileptiques, les possédés. Je te salue, émeraude, qui confirmes en leur volonté dominatrice des forces naturelles ceux qui peuvent du geste détourner les tempêtes ! Verte, aux yeux reconstructeurs des artistes, tu évoques l’étendue des forêts,

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des prairies et des mers ; mais, jaune, tu montres les profondeurs limpides des rayons solaires.

La chrysolite qui guérit de la folie,

comme dit un sonnet de M. Henri de Régnier, la chrysolite, surtout la verte, quand elle est enchâssée dans le métal qui lui correspond, dans l’or, chasse les fantômes et la peur, les hantises des insomnies, les nocturnes paniques, l’angoisse mystérieuse

Qui comprime le cœur comme un papier qu’on froisse.

Ges forces obscures de la nuit, fortes sur les âmes faibles, la chrysolite les chasse : elle rend la sagesse et la santé. Et la chrysolite topaze, belle comme l’or en fusion, apaise les eaux agitées par la tempête ou par l’ébullition. Que les savants superficiels sourient de dédain ! il y a là un arcane profond et pur qu’ils ne sauraient soupçonner, et c’est en vain que je leur rappellerais une phrase de VApocalypse sur « les Grandes Eaux ».

Dans une coupe d’améthyste, tu boiras le vin le plus capiteux, il n’enivrera pas ton cerveau. A toutes les ivresses, du vin et de l’orgueil, l’améthyste est contraire, et celui qu’elle préservera de l’ivresse orgueilleuse pourra préparer son esprit à l’acquisition des sciences. Et c’est pourquoi l’Eglise chrétienne, qui se souvient peu des Douze gemmes mystiques qu’énumère Jean de Pathmos, a conservé l’améthyste vio-

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lette à l’anneau épiscopal. Et l’améthyste encore, préservant la femme des ivresses de l’orgueil, la ramènera vers son but essentiel, la fécondité.

Le béryl donne le pouvoir d’être aimé ; il apaise les douleurs du diaphragme et du foie. Il donne à, la femme l’amour de l’homme. La sardoine, modestement, donne aux hommes l’amitié des femmes. Le lapis-lazuli; la pierre azurée de Vénus, donne a,ussi l’amour ; elle guérit la fièvre quarte, mais la fièvre d’aimer ?...

Il est des pierres dont les vertus sont étranges. Un homme veut-il savoir si celle qu’il aime est fidèle ? qu’il place, sous l’oreiller où repose la chère tête ensommeillée, une pierre d’aimant. Si la bien-aimée est fidèle, elle se tournera vers son doux maître et rembrassera ; mais si elle sort brusquement du lit, oh ! malheur à l’imprudent qui voulut savoir ! D’ailleurs, le cynabre, que les Anciens nomment Galiriate, fournit le même renseignement. Avicenne indique la manière de s’en servir pour éprouver la fidélité de la bienaimée. Il faut piler la pierre et la faire laver par les blanches mains dont on admira les gestes. Si la femme est fidèle, elle restera impassible ; mais si elle a menti, elle manifestera un irrésistible besoin de sortir, d’être seule un instant... « Nécessité n’a pas de loi », dit la sagesse populaire.

Défiez-vous de l’opale, c’est peut-être la plus fascinante et la plus séduisante des gemmes. C’est un arc-

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en-ciel voilé d’une vapeur de lait. C’est toute la beauté vibrante des couleurs s’embrumant d’un mystère de blancheur ; c’est la pierre du destin, semblable aux femmes dont la beauté fatale détruit qui les aime. Comme l’opale, l’onyx est malfaisant. L’onyx noir, veiné de blanc, symbole de deuil, est le plus néfaste : il engendre le chagrin et l’effroi, et les querelles irréparables avec ceux qu’on aime : Si le collier serpentant sur ta gorge, si l’anneau de ton doigt porte le triste onyx, tu connaîtras la tristesse et la peur, et les songes horribles venus des profondeurs noires de l’invisible.

Une variété d’onyx combat ces méfaits, c’est l’orite, qui guérit tous les maux et annihile les conséquences de tous les accidents. Or, sachez qu’il en est trois sortes : une verte, à taches blanches ; une noire, une mi-partie polie, mi-partie raboteuse et couleur de fer.

Si l’onyx vous a torturé en peuplant vôtre atmosphère nocturne d’hallucinations et de vaines terreurs, prenez la calcédoine pâle et obscure, qui chassera de vous les aspects fantomatiques, qui vous conservera la force et la vigueur, dominatrice des ennemis invisibles.

L’agathe, surtout la noire, à veines blanches, éloigne les dangers, inspire le courage contre les épreuves et le malheur. Consolation de ceux qui souffrent, elle aime aussi les heureux ; elle leur apporte les prestiges

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de la joie, l'humeur souriante, la parole claire et le teint fleuri. Jupiter aime l’agathe.

Le corail blanc protège du péril sur les eaux, de la foudre et des tempêtes ; il conserve la raison bonne et prudente et arrête les hémorragies.

Le jais, l’ancien Gagate, donne la victoire sur les ennemis : « 11 est admirable pour cela », dit un grimoire. La légende dit qu’Hercule portait un talisman de jais.

Qui porte au doigt l’hyacinthe peut aller partout en sûreté et sans crainte. La verte, à veines rouges, est la meilleure. Comme le jaspe elle demande à être enchâssée dans l’argent, car elle appelle le baiser de la Lune. L’hyacinthe saphirine, froide pierre lunaire, fait dormir. Et la corne d’Ammon, qui a l’éclat de l’or, donne des rêves divins a ceux qui la mettent sous leurs oreillers.

Citerais-je enfin la propriété du cristal ou quartz hyalin ? Il donne du lait aux nourrices. Ceci, d’ailleurs, est vraisemblablement un conte de nourrices.

Maintenant je songe à quelques pierres que ne connaissent ni les minéralogistes ni les joailliers. Cellesci, seuls les virent ceux dont l’imagination voit par delà les sens. Ces gemmes irréelles, les gnomes de la terre n’en ont pas élaboré la beauté pendant des siècles, sous le poids de rochers. Elles n’existent pas, dit-on. Et les fées, seules savent les trouver pour les donner à qui croit en elles. Folies ? Chimères ? Ne

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nous hâtons pas de juger. Qui sait si, dans la légende de ces gemmes chimériques, de robustes esprits, moins naïi> qu on pourrait 'le croire, n’ont pas caché quelque allégorie profonde^ quelque symbole qu’entendront ceux qui doivent entendre ?

D’abord, parlons de l’allectorie. C’est la pierre qui fait aimer. C’est le talisman d’amour tant désiré. Si Ton en croit ceux qui en parlent, elle serait semblable au cristal. Une espèce de quartz hyalin mirifique. Où la trouve-t-on ? Dans la tête d’un certain coq, paraîtil. C’est dans une telle retraite encore que se cache la rajane, une pierre noire et luisante qui a des propriétés analogues à celles de l’allectorie. Mais je n’ai pas rencontré la fabuleuse allectorie, et non plus 1 aquilaire, une autre pierre qui donne le pouvoir de se faire aimer à qui la porte au bras gauche. L’aquilaire se trouve, assure-t-on, dans le nid de l’aigle en Perse. Et vraiment le Grand Albert qui lui alloue cette résidence est d’une jolie mali :e C’est une pierre pourpre, portant en son sein creux une autre pierre qui retentit dès qu’on la touche. Elle prévient les avortements et guérit du mal caduc, et voici encore quelle efficacité lui prêtent le s Chaldéens : si de cette pierre on touche une viande ou substance quelconque empoisonnée, on ne pourra manger cette dangereuse nourriture. Voilà les mirobolantes prouesses de l’aquiiaire. Le Nichomar, pâle comme l’albâtre, donne aussi l’amour et la victoire sur les ennemis.

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Dans le nid de la huppe — de la dupe, a dit un initié spirituel — vous trouverez, si vous savez chercher, le Quirim, ou pierre des traîtres. Quand on possède le Quirim, on le met sur la tête de la personne dont on veut connaître Pâme tout entière. Et cette personne alors est forcée de dire tout ce qu’elle a dans l’esprit. Hommes, ne souhaitez pas cette extraordinaire Quirim. Car vous seriez tentés de la poser sur la chère tête de celle qui dit vous aimer. Terrible épreuve!

La Silonite se forme dans le corps de la tortue des Indes. Elle est blanche, rouge et pourpre. D’autres disent verte. Qu’elle est précieuse ! « Elle rend joyeux et éveillé. Celui qui la porte voit et sait l’avenir. Si on la met sous la langue, surtout au moment de la nouvelle lune, on saura si une chose doit se faire ou non. Si oui, elle s’attachera si fort qu’on aura peine à l’arracher, au contraire elle tombera d’elle-même. On dit aussi qu’elle guérit la phtisie et les faiblesses. Elle croît et décroît avec la lune ».

Ces magiciens du passé se sont plu à incarner dans d’introuvables gemmes les plus passionnés de nos désirs, les plus lointains et les plus décevants. Est-ce de leur part une ironie ou un subtil enseignement ? Qui n’a rêvé le pouvoir de se rendre invisible ? Qui n’a souhaité pénétrer, invisible, dans quelques endroits défendus, dans d’inviolables intimités ? La pierre ophtcilme réalise ce désir. Elle rend invisible ; elle enlève

momentanément la vue aux assistants. L’empereur Constantin, qui possédait cette pierre, la serrait dans sa main quand il voulait se dérober aux regards.

La Memphite, ainsi nommée parce qu’elle venait de la ville égyptienne de Memphis, rend insensible à la douleur. Celui qui en boit, broyée et mêlée à l’eau, ne sent pas la torture.

La Saune qu’on trouvait dans l’île du même nom (île inventée peut-être par d’imaginaires géographies) est la pierre réservée aux jeunes filles. Celle qui veut conserver sa virginité doit la porter. Mais que la femme qui sera bientôt mère se garde d’y toucher. La froide gemme rendrait difficile sa délivrance. Qu’elle porte la Stangurie, une pierre blanche qu’on découvre dans la tête de la Licanie (un animal inconnu des naturalistes). La Stangurie la préservera des blessures. Et l’on dit encore qu’elle guérit la fièvre quarte.

Si vous tuez un Dragon, comme Persée ou comme saint Michel, ne manquez pas de lui ouvrir la tête. Vous y trouverez la Draconite, bonne contre les poisons et les venins, et qui, si vous la portez au bras gauche, vous assurera la victoire sur vos ennemis.

Le Féripendanus, une pierre de feu qui brûle la main quand on y touche, guérit l’étisie si on la porte au col, tandis que l’Androdamas dompte la colère et les désirs brutaux.

Voilà, dira-t-on, d’antiques folies. Certes, si l’on s’en tient à la lettre morte. Mais les pierres nous sont

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amies ou ennemies, comme tous les objets familiers et aimés. On y attache quelque chose de soi, un souvenir, une espérance, un désir.

Et pourquoi n’accrocher pas à leur éclat quelques rêveries ? Elles sont pour nous, les gemmes, pareilles aux étoiles, et c’est aux étoiles que les vivants de la terre peuvent suspendre les plus beaux de leurs

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