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quelqu’un d’entre vous voulait faire acte de séduction, je Ven préviens, il risque d’être séduit lui-même, et,
Genèse de l’Amour
dame ! tant pis pour lui ! Je vous citerai là-dessus les deux vers du vieux poète délicieux :
Tel, comme dit Merlin, cuide engeigner autrui,
Qui souvent s’engeigne lui-même.
Je vous citerai aussi, à ce propos, l’allégorie si intelligente qu’inventa un gracieux conteur initié de la décadence latine, Apulée. Dans son roman, le héros a appris qu’une magicienne de Thessalie possède le secret de se métamorphoser en oiseau. 11 se fait aimer de la servante de la magicienne afin de dérober, par son entremise, le secret bien gardé. Il devient maître du secret. Il essaie de l’appliquer. Et il trouva moyen de se métamorphoser en âne.
J’ai dit que par l’amour la femme fait œuvre de magie. Proposition insolite. Simple métaphore empruntée au réservoir des images banalisées ? Non ; réalité analogique. Car en quoi consiste une œuvre magique ?
Le Sphynx, cette mystérieuse figure que nous légua la légende antique, lapidaire allégorie du Quaternaire, représentation poétique et sculpturale du Nom suprême, du Téiragrammaton, du Nom que seul le grand Pontife israélite, le Cohène-Hagadol, avait droit d’articuler dans le Sanctuaire, et que projetaient au ciel h; brants des Mystères : « Io ! Evohé! » depuis ? m
jusqu’à l’Occident druidique, le Sphynx, uniss seul être fantastique l’Ange qui commande, de l’Ouest, aux esprits de l’Eau, le Lion qui commande,
l’Amour et la Magie
du côté du Sud, aux esprits du Feu, l’Aigle, qui commande, du côté de l’Est, aux esprits de l’Air, le Taureau, qui commande, du côté du Septentrion, aux esprits delà Terre, soit les quatre animaux qui, séparés, accompagnent Mathieu, Marc, Jean et Luc, le Sphinx proposait, vous le savez, une énigme aux passants. Tous les passants ne sont pas OEdipe. Et l’énigme était difficile : c’était le Grand Arcane, incommunicable. Mais l’une des révélations, adaptée au plan psychologique,, que murmure aux initiés la lèvre muette du Sphinx, est celle-ci, formule constituant le quadruple et fondamental commandement de qui prétend faire œuvre magique : « Tu dois savoir, oser, vouloir et te taire ! »
Il faut donc d’abord :
1° La Science, soit la connaissance des principes dont vit le monde. Où s’acquiert cette science ? Partout, excepté dans les écoles et dans les livres.
2° L’audace, une audace qui ne recule devant rien,., parce qu’elle prend sa source dans une foi inébranlable en sa propre force, mise d’accord avec la Force universelle.
3° La volonté, une volonté ferme et sûre, parcequ’elle est accordée au diapason de la Volonté céleste.
4 ° Le silence. L’homme qui fait œuvre magique doit avoir pénétré le Silence, d’où part la Sophia des Gnostiques. Et il en adapte à lui-même les vertus en gardant le secret sur ce qu’il fait.
Quoi! direz-vous? La femme ferait œuvre magique T
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Impossible, puisqu’elle ne sait pas garder le silence. Raillez-vous ? Toutes les femmes ont l’art de parler beaucoup pour ne rien dire, et bien malin qui saurait arracher leurs secrets.
L’homme qui veut faire œuvre magique doit posséder la connaissance des forces naturelles. Il n’y a que les connaissances superficielles qui viennent de l’extérieur. Toute connaissance profonde est intérieure. Elle vient par intus-susception. Elle arrive à l’appel violent de l’intuition. Violenti rapiunt illud. Elle se laisse ravir par l’enlacement de la méditation, par la surprise de la contemplation, et, — si rarement ! — par le quadruple envolement de l’extase.
La volonté, il la faut affirmer par des actes. D’où la nécessité des rites, de procédés extérieurs qui paraissent puérils et absurdes à qui n’en comprend pas la portée. Assurément tout geste est absurde pour qui ne saisit point son rapport d’effet à une cause.
L’homme qui veut faire œuvre magique doit aspirer une force pour la respirer, pour la projeter vers son but, pour s’emparer de ce qu’il désire.
Or, la femme ne s’y prend pas autrement. Elle aspire, autant qu’elle peut, la puissance de charmer, pour la respirer ensuite, pour l’exhaler, pour la projeter autour d’elle.
Si nous décomposons les procédés de la femme, nous verrons qu’ils sont analogues à ceux du magicien.
Elle a la science, qu’elle a puisée en elle-même, par
l’intuition, par la faculté de savoir sans avoir appris. A défaut des nobles profondeurs de l’intuition, elle aura au moins cette forme basse de la pénétration : la roublardise.
L’audace : elle l’a, et effrénée, déconcertante ; une audace née de sa foi en son pouvoir, et une audace d’autant plus redoutable qu’elle est dissimulée sous une façade de timidité. J’admire avec quelle habileté la femme s’est fait décerner l’épithète de faible par les hommes naïfs. L’Ecriture ne se laisse pas duper. Elle dit justement : « la femme forte ».
Quant au rituel dans lequel elle affirme sa volonté, il est très compliqué : c’est tout l’arsenal de la toilette et de la parure, c’est tout le soin qu’elle prend de décorer sa personne, de l’orteil à la chevelure. Et, comme le magicien met toute la puissance de sa volonté dans le signe qu’il dessine sur un parchemin vierge, souvent une femme concentre toute la puissance de sa volonté, — de la volonté de charmer, — sur sa personne. Elle fait de sa personne un talisman, talisman vivant qui doit marcher à travers le monde en y exerçant son pouvoir de conquête. Car le talisman est un objet fabriqué toujours dans un but d’acquisition. C’est un signe agressif, au contraire de l’amulette, qui est un signe défensif. Si l’amulette.est une.cuirasse, le talisman est un glaive... qui, le plus souvent, blesse celui qui le porte.
Les procédés de la femme sont toujours les mêmes. Cet être qu’on prétend si compliqué est d’un fonc-
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tionnement si simple. Sans doute il est influencé par la Lune, qui préside à la mutabilité des choses. Mais précisément le symbolisme catholique ne donne-t-il pas à la Vierge céleste, couronnée des douze étoiles zodiacales, la forme féminine posant le pied sur le Croissant, révélant l’Immanence dominant la mutabilité des choses, même symbole que, d’après la formule orphique, la Vénus Uranie !
Aussi les procédés féminins ne varient-ils que dans l’application. Leur source est la même. Tout est identique, conclut Hegel. Quant à l’œuvre féminine, nous la verrons, dans l’amour, suivre un procès analogue à celui de l’œuvre magique.
Nous avons vu qu’il y a deux sortes de magie. Celle qui se propose d’exalter, de multiplier la vie, puisqu’elle fait appel à des forces agissant sur des plans supérieurs, et celle qui se propose de détruire, ou tout au moins de diminuer la vie. Il y a le sentier de droite et le sentier de gauche ; le premier mène à la magie blanche, le second à la magie noire ou goétie, ou, plus bas, sorcellerie.
La création de la pierre rouge par un philosophe du Feu est œuvre de magie blanche, puisque cette pierre philosophale est une matière transélémentée, ayant récupéré et réintégré en elle toutes les constituantes de la vie, partout ailleurs dispersées. C’est ce qui lui permet d’être la panacée universelle : elle est de la quintessence de vie. Tandis que tous les êtres et
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-choses de ce monde ne reçoivent la Lumière vitale que fragmentée, différenciée en lumière zodiacale et •décomposée par les quatre principes du monde élémentaire, Feu, Air, Eau, Terre, la pierre philosophale est une matière qui a reconquis le baiser du principe premier de la vie, de la Lumière intégrale. Ici nous touchons au Mystère que les théologiens nomment transsubstantiation. Des personnes du monde profane m’ont quelquefois demandé où elles pourraient trouver le secret alchimique. — Mais, partout ! Celui qui l’a pénétré le retrouve partout inscrit. Entrez dans la première église sur votre passage, assistez à une messe, et tâchez de comprendre ce que fait l’officiant et ce qu’il ne comprendra jamais lui-même, très probablement. Ses gestes symbolisent le procès du Grand OEuvre, sur un autre plan. Ou bien, êtes-vous lettré ? Lisez le Songe d'une Nuit d’Eté, d’un nommé Shakespeare, et tâchez de comprendre. Tout y est. Méditez quinze ans, si vous avez de la persévérance. Vous savez que d’après le bruit qui court à la suite de nos scientifards contemporains, l’alchimie est une folle chimère, mais qui a eu cette utilité de créer la chimie. Vous ne voudriez tout de même pas que je discute cette colossale ânerie. L’alchimie, science et art fixés immémorialement, et à jamais ésotériques, n’a rien, absolument rien de commun avec cette recherche de tours de main, très ingénieuse, très utile quelquefois quand elle n’est pas très nuisible, que les modernes nomment chimie.
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-Je dis recherche de tours de main et non science. Il y a une hiérarchie partout. L’alchimie est une princesse peu accessible. La chimie est une bonne commère dont les bras s’ouvrent plus facilement. Puis, il est des axiomes développant leurs conséquences. Celle-ci entre autres me paraît définitive : II n’y a pas de science expérimentale, attendu que la méthode expérimentale est impuissante à mener à la connaissance. Ce n’est pas en se frottant les yeux avec un bâton d’aveugle qu’on peut voir plus clair.
Je viens de prendre pour exemple d’œuvre de magie blanche, ou bénéfique, le Grand OEuvre sur le plan matériel. Excusez du peu ! Il est pourtant une foule d’autres exemples, moins rares, tous montrant qu’elle tâche à multiplier la vie. Ainsi, la guérison d’un malade par un traitement spagyrique, ou l’exorcisme. Arrêtons-nous ici ! Les choses du plan invisible sont tellement invisibles à nos contemporains qu’ils ne reconnaissent pas la possession. Des messieurs très bien, qui ont conquis les places très enviées de médecins d’hôpitaux, en constatent certains effets, auxquels ils donnent des noms barbarement grecs. Mais la cause, ce n’est pas leur affaire de la voir.
La magie noire, ou maléfique, et ses branches, la goétie et la sorcellerie, se proposent de diminuer ou de détruire la vie. Elle tend à œuvre de destruction et de mort. Je disais qu’il est des axiomes. Je crois en celuici : « Toute chose a dans sa fin ce qu’elle a dans son
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principe ». La magie maléfique fait appel aux puissances d’en bas, ou de gauche, — localisation toute symbolique. Elle se charge de poison pour empoisonner. Voulez-vous un exemple de magie maléfique mis en scène avec une extraordinaire précision? Lisez Macbeth. Shakespeare est, pour le domaine occulte, un guide infaillible. L’homme de génie est celui qui voit la réalité, ce que Carlyle nomme le Fait, et qui en donne une révélation. Des personnes m’ont demandé quel livre les renseignerait sur la magie. Le plus parfait,, c’est la Tempête . Shakespeare s’y montre, dans le détail, aussi minutieux et aussi certain que mon ami Stanislas de Guaita. La magie maléfique prend son point d’appui dans le monde astral inférieur, dans le royaume de Pluton, de Satan, de Cheïtan, de Typhon, de Siva. Tous ces noms désignent la même entité. Prenons Satan, qui nous est le plus familier, et disons, si vous voulez, que Satan est le lieu des mauvais esprits, comme l’espace est celui des corps. Nous serions là dans l’à peu près. Ainsi, dans toutes les cérémonies de magie maléfique, le rituel symbolique affirme l’hostilité à la vie. Les goétiens savants placent le Pentagramme la tête en bas. Ainsi fait Faust quand il évoque le fantastique barbet. Sans être un Voyant, Gœthe savait beaucoup de choses. Le Pentagramme, ou étoile à cinq pointes, est le Signe qui induisit les Trois Mages à aller prosterner la mitre de science devant l’Enfant envoyé dans une crèche. Il est un seul péché irrémissible :
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celui contre l’Esprit. Quel est ce péché ? Mystère t disent les théologiens. Or, placer le Pentagramme la tête en bas, disent symboliquement les Initiés, c’est une des formes de ce mystérieux péché.
Dans les temples de Siva, les flammes des luminaires sont traversées par des plaques de métal horizonr taies destinées à empêcher la flamme de remonter où elle doit, vers les cieux. De même, dans une messe noire dont le rituel est établi exactement, les flammes sont renversées, les cierges inclinés vers le sol. C’est l’affirmation de la lutte contre les Normes de la vie.
Or, l’œuvre de la femme, par l’amour, est aussi magie bénéfique ou magie maléfique. Elle exalte les forces de l’homme ou bien elle les détruit. Je suis bien obligé de reconnaître que le plus souvent elle les détruit.
Un Gnostique dont le nom m’échappe déclare qu’ « il faut passer à travers la femme comme à travers le feu ». Il oublie d’ajouter qu’on ne traverse pas le feu sans être un peu roussi, à moins d’avoir une cuirasse de diamant, ou, comme Siegfried, un cœur impavide.
Cette proposition, que le plus souvent la femme fait œuvre de magie noire, vous verrez que tous les mythes la formulent sous des formes variées.
Et, plus ou moins, la femme est toujours Bailla... Omphale, Médée, Circé, et vous, Syrènes, vous vous dressez devant les esprits des hommes, révélatrices de la fatalité féminine, mais prophétesses vaines comme
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votre triste sœur Gassandre, car Vénus agit ainsi que Jupiter : ceux qu’elle veut perdre, elle les affole. Les mythes, les grandes légendes sont construits par leurs géniaux inventeurs de façon à pouvoir être adaptés à plusieurs concepts, à vivre sur plusieurs plans différents. La fable de Médée, que les poètes tragiques se sont acharnés, sans grand succès, à adapter au plan du cœur humain, doit surtout être envisagée comme mythe alchimique. Elle indique une des phases de l’OEuvre, dont toutes les phases sont incluses dans l’aventure des Argonautes.
Nous verrons aussi, dans les traditions de notre race, dont le trésor nous fut légué par les bardes celtiques, Mélusine et le chevalier de Lusignan, et surtout l’histoire de Merlin, l’enchanteur, le mage, le poète, se laissant détruire par Viviane, la charmante traîtresse. Merlin, l’ho mm e parvenu à la suprême puissance accessible à l’homme, Merlin, le maître de la Harpe et de l’Epée, pour avoir laissé pénétrer en son sein jusqu’alors indéfectible le désir qui naissait au rythme des jeunes seins de Viviane, fut dépouillé par la charmeuse de l’anneau magique et de la Harpe, insignes de son pouvoir de Maître... O Merlin, puisse ton ombre apaisée nous barrer le chemin qui mène à la forêt de Brocéliande...
Il serait bien naïf de prétendre divulguer aux femmes quelques-uns des moyens que la magie peut mettre à leur disposition pour leur œuvre de séduction. Elles les
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connaissent d’intuition. Elles les mettent en pratiqua d’instinct. Elles font là de la magie et de la sorcellerie sans le savoir. Car c’est œuvre de magie que de tenter de s’emparer de la volonté d’autrui. C’est quand elle s’affole d’avoir perdu tout son pouvoir qu’Athénaïs de Montespan en vient à se faire célébrer la messe noire sur l’autel de son beau ventre, aux fins de retenir le royal amant tiré par d’autres chaînes.
Divulguer des méthodes de séduction, c’est d’ailleurs inoffensif. Quand a-t-on jamais vu l’émission d’une théorie servir à quelqu’un dans la pratiqué ? Tout théoricien parle dans le désert. Puis, dans tout art, pour comprendre la théorie, il faut être déjà un praticien très habile. Impossible de comprendre quelque chose à la théorie de l’escrime pour qui n’est pas un tireur expérimenté.
Pour les hommes, les candides hommes si bien orga¬
nisés pour être dupes, et, — qu’on me permette l’ex- /
pression moderne, — si « poires », les hommes qui, '
.. , .. n ’( O'if-
conquis, la théorie de la séduction est encore parfaitement inutile. Ce n’est qu’une curiosité philosophique, •/ et toute philosophie n’est qu’une badauderie supérieure- Le point de départ, le principe, en matière de séduction, est celui-ci : Le séducteur doit rayonner, doit émettre un rayonnement de force magnétique, de telle sorte qu’il envahisse l’atmosphère astrale de la femme qu’il veut séduire. S’il est instinctivement très expéri-
l’Amour.; et ja Magie
menté dans l’art de manier les courants magnétiques, ça va tout seul. Vous voyez que nous sommes loin des théories enfantines de la suggestion, et que cette fameuse suggestion à laquelle une ignorance à la mode attribue toutes les vertus, n’a pas grand’chose à voir en l’espèce.
Pour produire ce rayonnement, pour en remplir l’atmosphère astrale de la femme, le séducteur tâche d’affirmer près d’elle, par un procédé quelconque, la force de sa personnalité. Il sait qu’il doit produire sur l’esprit de cette femme, une impression vive. Il faut qu’il viole son imagination, n’importe comment. Il faut qu’il la frappe d’admiration, d’étonnement, de terreur, d’horreur même. Il faut que sa personnalité émette une irradiation qui sera absorbée par la personnalité de cette femme. Ce sont là des moyens de séduction exotériques, et universellement connus.
Se faire aimer d’un être, c’est s’emparer de son imagination, ou, plus justement, selon une expression léguée à la langue par l’astrologie judiciaire, de son ascendant. « L’ascendant » d’une personne, c’est, selon l’astrologie, le signe du firmament qui, montant sur l’horizon,préside au développement de sa personnalité. Celui qui s’est emparé de l’ascendant d’un être, le domine et l’oblige à se donner.
Un kabbaliste du dix-neuvième siècle, expert aux choses de la passion, Eliphas Lévi, a écrit : « Les forces de la nature sont à la disposition de qui sait leur ré-
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sister. Etes-vous assez maître de vous pour n’être jamais ivre, vous disposez de la terrible et fatale puissance de l’ivresse. Si vous voulez enivrer les autres, donnez-leur à boire, mais ne buvez pas. Celui-là dispose de l’amour des autres qui est maître du sien. Voulezvous posséder ? Ne vous donnez pas. » La dernière phrase est discutable. Si vous voulez posséder superficiellement, si vous ne voulez tenir que l’apparence, certainement, ne vous donnez pas. Mais si vous voulez posséder fortement, profondément, il faudra bien vous donner. Car qu’est-ce que posséder un être ou une chose? C’est prolonger sa personnalité à l’aide de cet être ou de cette chose, en cet être ou cette chose. Si vous n’y mettez rien de votre personnalité, vous ne les marquerez pas à votre-sceau, vous ne les aurez pas acquis réellement, définitivement.
Don Juan, dont on a fait le type du séducteur, ne se donne pas. Laissons de côté les don Juan de Tirso de Molina et de Molière, qui sont taillés en pleine chair vivante par la main vigoureuse de ces deux maîtres. Mais celui que ce grand désordonné de Byron a détraqué pour le passer aux poètes modernes, ce don Juan un peu conventionnel, un peu fantochard, possède-t-il les femmes qui fleurissent son cortège? En réalité, non. Les poètes modernes, depuis Musset jusqu’à Haraucourt, le montrent possédé par les femmes, et leur esclave bien plutôt que leur maître. C’est que don Juan
est une chimère. Je ne crois pas à son existence. C’est dona Juana qui existe, et réellement, celle-là !
Pour cette possession illusoire dont se contente la séduction, la formule d’Eliphas Lévi est juste. « Voulezvous posséder ? Ne vous donnez pas ». Alors, en effet, don Juan ne doit pas se donner. Et même, si l’on pousse la formule à l’extrême rigueur de ses conséquences, le don Juan superexcellent devrait rester vierge. Le jeu n’en vaudrait pas la chandelle, direz-vous. Question de point de vue !
La femme sait cela d’instinct, et c’est parce qu’elle le sait qu’elle a souvent des résistances inexpliquées. Là gît le secret de la force, — et de la faiblesse, — de la coquette, de la Célimène, avançant dans une atmosphère de désirs autour d’elle soulevés, auxquels elle a grand soin de ne pas répondre.
Nous sommes tous enveloppés d’une atmosphère peuplée par nous-mêmes de désirs, de rêves et de péchés. Une aura, une auréole nous environne, où vivent avec plus ou moins d’activité, où vivent et meurent nos idées, nos passions, nos fautes, nos détresses et nos espoirs. Et ce sont des êtres réels et vivants, générés par nos âmes. Platon a très discrètement levé un coin du voile sur la réalité vivante des Idées, et des philosophes contemporains, tel M. Alfred Fouillée, ont été amenés à envisager la réalité vivante de ce qu’ils nomment les Idées Forces. L’auréole que la tradition picturale attribue aux Saints n’est pas une convention. Et tous les hommes
Genèse de l’Amour
sont constamment vêtus d’une auréole, dont le caractère varie selon celui qui la génère. La tradition a voulu indiquer que celle des Saints est dorée parce qu’elle accompagne des types supérieurs d’humanité. L’or est le métal correspondant au soleil, c’est-à-dire à la perfection dans notre système planétaire, et toute l’antiquité, fidèle aux enseignements de ses initiés, qualifiait de doré tout ce qui lui semblait parfait. C’est dans les Vers dorés que Lysis a formulé la morale pythagoricienne. Cette auréole, réelle et vivante, j’ai tenté d’en évoquer la vision dans la langue qui, mieux que la prose analytique, a le pouvoir de révéler la réalité :
L’citmosphère où se meut notre être intérieur, Nous la créons, à nos passions identique,
Du respir de nos seins gonflés d!un vent tragique, Et, dans sa nuit, nos grands élans font des lueurs .
Des figures y sont, portant de sombres fleurs,
Nos satellites gracieux ou maléfiques.
Dans leur groupe, inondant de larmes sa tunique, Reconnaîtrons-nous notre plus belle douleur
Qui nous mène au salut d’une main violente ?
Elle appelle les bras de la meilleure amante,
Pour nous conduire avec douceur jusqu’à la mort .
Hélas ! Même vêtus d’une amour exaltée, Saurons-nous corriger la ligne où notre sort Est inscrit sur la peau de la chèvre Amalthée? (1)
(1) L’Espoir merveilleux , poèmes (Société du Mercure de France),
l’Amour et la Magie
C’est par cette auréole que nous exerçons une attraction ou une répulsion. Par la nôtre, nous percevons celles des autres, et nous leur accordons aussitôt notre sympathie ou notre antipathie. C’est dans ce contact de Yaura qu’est la clé des soudaines animadversions, comme du fameux coup de foudre amoureux.
Et c’est par cette aura qu’agit notre pouvoir de séduction. Ainsi la femme qui laissa pénétrer dans la sienne un fourmillement de désirs mâles est aimantée très fortement, et fera naître de plus en plus les désirs sous ses pas, comme Vénus faisait naître les roses. Car l’eau va toujours à la rivière. Et ceci explique encore pourquoi un homme environné d’une réputation de mauvais sujet exerce toujours un prestige sur les femmes, même les plus pures. La plus sainte ne pêche-t-elle pas sept fois par jour? Son aura est remplie de rayons projetés par les imaginations féminines qui se sont antérieurement attardées à rêver de ses faits et gestes. Elle est puissante de représenter le mal et le fruit défendu. Et qui veut séduire un ange, doit se grimer en diable le plus parfaitement possible. Ce n’est pas une vaine fiction que cette profonde allégorie d’Eloa racontée par le plus pur et le plus désespéré des poètes français, Alfred de Vigny.
Dans cette aura mystérieuse qui enveloppe chaque homme, habitent des entités extrêmement variées, qui doivent être dominées par deux d’entre elles, disons deux Forces pour condescendre à la terminologie dite.
Genèse de l’Amour
moderne, et toutes deux de directions contraires. L’une des deux, celle du pôle positif, a été allégorisée par les initiés chrétiens sous le nom d’ange gardien. Les Hindous la nomment Atma\ et c’est la partie transcendante de la personnalité humaine. Les adeptes de la Yogha hindoue s’efforcent à la rapprocher d’eux, à l’incarner, comme ils disent. Car ils savent que chaque individu est un composé de différentes puissances strictement hiérarchisées, dont chacune a son activité, sa vie, sur un plan différent du monde invisible. En un mot, nous avons plusieurs âmes de la plus basse à la plus haute, dont chacup correspond à un degré de l’Ame universelle ; je n’ai pas besoin de dire que la plus évidente inégalité existant entre les hommes, seuls les mortels transcendants ont une vie sur les plans les plus élevés, seuls ceux qui montent au sommet de la hiérarchie humaine, yoghis, saints, Voyants, mystiques, grands héros, ou grands poètes.
Quant à l’entité opposée à l’ange gardien, celle du pôle négatif, le satellite sombre, les initiés chrétiens si audacieux pourtant à exotériser quelques-unes des plus secrètes notions, se gardent d’en souffler le moindre mot. Les autres religions montrent la même prudence. Elles craindraient d’affoler leurs adhérents. Je ne vois guère que le polythéisme de l’ancienne Egypte qui fasse mention de cette ténébreuse entité, et encore, avec une extrême réserve. Seuls, quelques poètes intuitifs, mais ne sachant pas, l’ont soupçonné, tel le tout spon-
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tané Alfred de Musset, entrevoyant un soir le trouble personnage « qui lui ressemblait comme un frère ». Il ne sied pas de nous départir de l’unanime silence gardé par tous les révélateurs.
D’ailleurs, les hauts docteurs du christianisme évitent soigneusement les révélations précises sur les entités des cycles hiérarchiques. Peut-être est-ce pour contrebalancer les turbulentes hardiesses des Gnostiques que Thomas d’Aquin ne veut rien dire de la nature des Anges. Celui qui aborde de front la question, Denis l’Aréopagite, ne risque pas d’être entendu des profanes. Il est toujours inintelligible à qui ne sait pas. Et il a été nourri aux kabbalistes grecs, qui ont allégorisé de la plus belle façon les neuf Chœurs en confiant à une Muse la royauté de chacun.
Nous avons déjà dit, mais nous ne saurions trop répéter, que la plupart des entités que la science profane dite moderne nomme Forces, et qu’elle considère comme de vagues abstractions, sont pour nous des êtres vivants, ayant chacun leur action précise dans l’économie du monde, et nommés par la science antique, selon la forme de leur activité, dieux, anges ou démons : Un exemple ? La Force que les modernes nomment électricité, et qu’ils ont su évoquer avec une merveilleuse adresse pour la contraindre à les servir jusqu’au jour où elle se retournera contre eux, nous la nommons Jupiter Elicius, et nous la considérons comme une des puissances jupitériennes. Nous pourrions dire aussi
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qu’elle est émanée par l’ange Zadkiel, nom que les kabbalistes hébreux donnent à l’esprit de la planète Jupiter. Remarquons que les modernes ont bien été obligés de lui rendre son vrai nom.
Ils auraient bien voulu l’appeler Galvanisme. Mais elle a imposé son vrai nom : Electricité, meme racine que Elicius, exprimant l’élection. (1) La syllabe el expriprime, dans toutes les langues — ou plutôt dans la langue unique dont toutes les autres sont des dialectes, — le concept d’élévation. D’ailleurs, les dieux imposent leurs noms aux hommes. Voulez-vous un exemple ? Un grand astronome, Leverrier, rend visible au monde profane une planète jusqu’alors occultée. Les hommes nomment la planète Leverrier.
— Mes enfants, suggère irrésistiblement le dieu de la planète, j’ai beaucoup d’estime pour l’éminent Monsieur Leverrier. Mais qu’il garde son illustre nom pour lui. Moi, je veux garder le mien : Je m’appelle Neptune, et j’entends que vous me rendiez mon nom.
Jamais un nom de dieu, ou d’ange, ov de démon ne fut arbitrairement choisi. Ils ont toujours été composés selon des principes immuables, qu’appliqueront toujours, dans tous les temps et dans tous les pays, les maîtres des kabbales. Même les mots d’une langue ne sont jamais arbitrairement construits. Car le hasard n’existe
(1) Sans doute, on donne l’étymologie grecque électron, ambre. Mais la racine d ’électron...
pas. Sur les origines du langage, j’ai lu, écrites par des gens de science, les plus extravagantes sottises. L’histoire de la Tour de Babel n’est pas une faribole, mais l’expression allégorique d’une réalité.
Nous n’aurons à nous occuper ici que des génies, anges ou démons, qui ont affaire aux choses de l’Amour. Le Nuclêmêron d’Apollonius de 'fhyane nous a transmis le nom du génie qui assure l’Amour : c’est Jaser.
Du consentement unanime, c’est la déesse Vénus, dont le centre dans notre monde solaire est la planète Vénus, qui préside aux choses de l’amour. Les kabbalistes hébreux ont nommé — et non arbitrairement — les trois principales puissances de la planète Vénus, ou, si ce patois de pédants vous amuse, les trois directions de la force vénusiaque.
L’ange de Vénus, c’est le bel Anaël; et il équilibre l’action d’Hagiel qui est l’esprit de la plus séduisante des planètes, et l’action contraire de Kédémel, le démon de la planète, le démon qui détruit l’amour. Kédémel correspond à l’Antéros des Grecs, le Dieu hostile à l’Amour.
Ah ! si quelque jour, vous en êtes réduits à invoquer Jaser, ou Anaël, ou Hagiel, ou même le triste Kédémel, si vous ne savez éviter cette redoutable extrémité, prenez garde ! Le jeu est dangereux. Et il est toujours dangereux de imordre aux pommes mystérieuses, que ce soit celles du Jardin des Hespérides ou celles du Paradis terrestre.