‹ L'amour et son train comedie en un acte, en vers (volume 2)Chapitre 100 sur 128 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

MARCELLIN, MORANDAL écrivant som la tente.

MARCELLIN

Que dit-il?. . . et pourquoi me répète-t-il cela?. . . Ah ! il s’a> perçoit que Morandal regrette la vie, le bonheur, et il m’accuse de. . . Dieu ! quelle horrible idée !... Mais, en effet, c’est moi qui ai proposé d’en appeler au sort 1 c’est moi qui suis cause... Oh ! si Thérèse, le voyant mort, et moi vivant, supposait . . Ce serait affreux I. .. Non ! non ! mille fois plutôt mourir !.. . Mais d’ailleurs, est-ce que je tiens k vivre? est-ce que je puis être heureux?. .. Est-ce que si Thérèse, qui ne m’aime plus, m’aimait encore, j’oserais jouir en paix do ce bonheur volé comme

S ar un sacrilège qui dépouille une tombe ?... Jamais!... l’ombre e ce malheureux se dresserait toujours entre elle et moi pour me reprocher mon sanglant héritage !. . . C’est moi qui ai Lait le mal, c’est moi qui ai jeté le deuil et la honte dans cette maison, et j’accepterais du hasard la récompense de mon crime? Allons 1 Thérèse ne m’estimerait pas. . je la verrais pleurer Moraudal, peut-être ! elle me préférerait la mémoire do cet héroïque soldat, que j’aurais laissé mourir ici !.. . Non! à moi seul l’estime, le respect, l’amour de Thérèse!... Qu’elle se dise avec désespoir : J’ai perdu Marcellin !... et qu’elle puisse dire avec orgueil : Je l’aimais... je l’aime encore... je l’aimerai toujours I. . . Allons! pour la première fois depuis deux ans, je res-

{ lire à l’aise, je relève la tête, je puis m’enivrer de mon amour! l est purifié I... Morandal ! je suis plus digue que toi de Thérèse, car je vais te sauver pour elle !...

scxnn: vu.

MARCELLIN, MORANDAL.

MORANDAL.

Mon général, charge-toi de ceci... Je suis à vous, messieurs. {Il plie le papier et le donne au général. On bat aux ^champs. Le g^ral, les colonels et un peloton de troupes de ligne

78 LE CHATEAU DE GRANTIER

sortent. Revenant à Marcellin.) Pardon, colonel; il nous reste, vous lo savez, un petit compte à régler ensemble... Je ne puis vous faire un long crédit... je suis pressé.

MAKCELLIN.

Monsieur.

MORANDAt.

Et puis, les choses sont bien changées, allez... Regardezmoi... J'arrive à vous sans fiel et sans colère... Ce n’est plus l’homme de ce matin qui vous parle... Ce matin, on sentait dans ma voix l’ordre à côté de Is prière ; dans mon regard, la menaçante confiance que tout homme de cœur a dans son droit et son épée... Vous pouviez me résister ce matin ^ mais à présent, que je suis plus inoffensif qu’une femme ; à présent, que je vais mourir, voyons, Dumesnil, est-ce que vous me résisterez?...

HARCBLLIN, à part.

Oh! maintenant je puis mentir.

MORANDAL.

Songez que ces pauvres femmes, auxquelles j’avais promis mon appui, vont n’avoir plus de soutien sur la terre l Vous ne me ferez pas cette douleur, de penser qu’en mourant je laisse une famille dans les larmes, Benjamine dans la honte, et votre enfant sans nom et sans honiieur I

UARCELUN.

Mon enfant I

MORANDAL.

Ce pauvre petit, qu'en passant à Grantier, j’ai surpris dans son berceau souriant aux caresses et aux pleurs de sa mère et de Thérèse!... Pauvre orphelin 1 qui ne se doute guère, qu’en ce moment, il faut qu’on supplie son père d’avoir pitié de son malheur 1

MARCELLIN

Vous avez vu mon enfant... à Grantier... dans son berceau, caressé par Benjamine et par... Thérèse!.. [Avec désespoir.) Ah ! colonel, ce matin vous ne m’aviez pas parlé de mon enfant.

Vous me promettez, alors ?

MARCELLIN

Ah 1 si vous saviez ce que j’éprouve !.. Non, je ne croyais pas qu’on pftt è la fois être si heureux, et tant souffrir!,. Vous me pardonnez, n’est-ce pas?., de tous avoir refusé. Nous touchons «U moment d'une séparation douloureuse, et il me serait trop

..f î’ACTE m, 'SGÈNEjVn. JJ «ffi

pMible de ne pas tous avoir serré là main conUalêiuehi, en tous disaut combien je vous estime, et combien je vous aûne! > «iir?

MOnAXDAL. v‘ ' •

Oh ! mon ami ! [Ils se sen-ent la main.)

MARCELLIN. V

Tenez, quand je vous regarde et que je pense que là... tout à l’heure... .. . . -h i t. oi

■ MORANDàL.-

Vous me plaignezl c’est inutile !... J’ai pris mon parti, allezi... Et maintenant que j’ai fait le bonheur de Benjamine... réellement je ne regrette rien. Pour ce que je faisais sur terre !.••

MARCELLIN

Espérez encore... mon ami !

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