BENJAMINE, RAYMOND
à Raymond quÿ s’éloigne.
Je ne vous laisserai pas sortir, monsieur, sans vous remercier de votre générosité.
Oh 1 mademoiselle I . .
RAYMOND
BBNJAMINE.
fille
J’étais bien sûre que vous ne trahiriez pas une pauvre jeune
le... ‘ ' ■' i
RAYMOND
Je serais mort plutôt. Votre secret est à vous, non h d’autres.. Adieu, mademoiselle. i. . < ■. '
BENJAMINE, à part et pleurant.
11 s’en va ! (Elle va e’assoir sur le canapé.) . v • ;
RAYMOND, menant. i • i
Vous vous repentez, ‘n’esi-ce pas, de m’avoir fait tant de mal ?
BENJAMINE. ^ . t!
Ohl
KkiaonD, allant vers Rfnjamine.
A moi qui vous aimais tant, à moi qui croyais en vous, à moi que vous aimiez, car vous m’avez aimé un instant. On ne se trompe pas à cola , mailemoisnlle, et c'est là votre crime (Benjamine se lève), de m’avoir donné une si douce espérance, pour me précipiter dans un si cruel maUieur! et tenez, on CO rnomont encore, vous soülfrez, vous me plaignez (Benjamine se tourne devant Raymond), et je retrouve à la fois sur vos traits, cet amour que j’y lisais seul! cotte 'candeur de rihnoceoce que
LE CHàTEAI] DE GRANTIER.
votre fonte n'y a pas éteinte, ej^ qui éclate h tous les regards ! Oh ! c’est impossible! vous n’êtes ni lâche ni perfide, vous ôtes la pureté, vous êtes la tendresse, vous êtes toujours l’ange^ardien qui présidait à ma vie !.. Benjamine , dites-moi que j’ai fait un rêve affreux, que vous n’ôtes pas coupable, et je vous croirai I Ditesmoi tenez, dites-moi que vous avez été entraînée , fascinée, séduite, sans que votre pensée , sans que votre âme ait cessé de m’appartenir, et je vous croirai, Benjamine, et je vous remercierai à deux genoux , car je suis si malheureux, car cet amour m’est entré lâ si profondément, que je ne peux pas l’en arracher sans arracher aussi mon cœur I
BENJAIIINE, àt part.
C’est trop, mon Dieu 1 ayez pitié de moi I
RATMOND, se relevant.
J’ai cru avoir épuisé tous les malheurs. Il en est un qui effacerait tous les autres; Morandalest parti pour forcer M. Dumesnil à vous épouser. Benjamine, est-ce que vous aimez monsieur Marcellin ?
BBNJAHINB.
Vous savez bien que non !
RATMOND.
Pourquoi l’épouseriez-vous alors? J’ai votre injure h venger; je la vengerai, vous serez libre I
BENJAMINS, avec effroi.
Malheureux ! taisez-vous ! la vie de Marcellin est sacrée. Si Marcellin ihourait...
RATMOND, avec rage.
Avouez donc que vous l’aimez encore I... En l’épargnant, je saurai du moins que je vous rends heureuse !
BENJAMINE, pleurant.
Heureuse ! il le croit !
RATMOND.
Depuis un mois, voyez-vous, je dévore en silence mon amour, qui me fait honte, et mon désespoir, qui me tue I S'il faut que je voie revenir ici Morandal, ramenant Marcellin votre époux. Benjamine, je ne réponds plus de moi ! (Mouvement d'effroi de Benjamine.) Oh ! rassurez-vous, je ménagerai tout le monde !... c’est moi seul que je punirai d’être si lâche! ...
BENJAMINE, vaincue.
Raymond! Eh bien!... voici ma mère! (Ik s'éloignent l’un de Vautre.)