‹ L'amour et son train comedie en un acte, en vers (volume 2)Chapitre 125 sur 128 · ACTE V, SCENE VU. iil · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VU. iil

savez, à l’entrée du château... lâ oh je vous ai vue pour la première fois.

THéaksE.

Oui, monsieur.

MORAWDAL.

Je me suis rappelé les paroles que nous échangeâmes , cette pression de mains qui nous fit mari et femme, bien plus que le maire et le bon curé du village. Ce souvenir me toucha ; je devins triste...

THÉRèSB.

Oh I monsieur, épargnez-moi, je vous en supplie!...

UORANDAL.

Eh quoi I me dis-je, me voilà au môme endroit qu’il y a deux ans, et le château de Grantier, que j’avais acheté , est encore à vendre... et Thérèse, que j’avais épousée, m’est encore étrangère l... Rien n’est donc changé ? il ne s’est donc rien accompli autour de moi?... Alors , comme une vision , il m’a semblé que vous passiez belle , bien qu’un peu pâlie, sous ces noires allées du parc... Si le jour où je l’ai vue, ai-je continué toujours songeant, au lieu d’être jeune fille elle eut été veuve , lui eussé-je moins cordialement demandé sa main? Non... Eh bien, vous ôtes veuve, Thérèse, veuve d’un honnête homme , d’un loyal et glorieux soldat. Je ne connais pas de femme plus digne que vous d’être respectée. Pourquoi donc n’épouserais-je pas la veuve du colonel Marcellin? pourquoi donc renoncerais-je à l’avantage étrange de rester votre mari sans que jamais vous ayez été ma femme... Votre enfant?... un enfant n’empêche pas un mariage: votre fils sera le mien ; son père n’a-t-il pas été pour moi le plus noble et le plus généreux ami ? Il m’a donné sa vie, et je serais ingrat de ne pas consacrer la mienne au bonheur de son enfant... Voilà, Thérèse, toutes les réfiexions que j’ai faites depuis hier en me promenant seul sous les ombrages de Grantier. Pour vous parler ainsi , un autre eôt attendu que les larmes fussent taries dans vos yeux, que la blessure fût cicatrisée dans votre cœur... mais je vous vois, je vous plains, je souiïre de ce que vous souffrez, et je vous dis avec une tendresse de frère : Est-ce que vous laisserez ma maison déserte et désolée? est-ce que vous me refuserez l’espoir d’être un jour pour vous quelque chose après vos souvenirs et votre enfant?

THÉHÈSE.

Ohl monsieur I Dieu m’est témoin que vous êtes déjà, pour la pauvre Theièse, un ami, un espoir... une richesse. Je vous le dis du fond de r.lme; j’accepterais ce que vous m’offrez, je l’accepterais à l’instant si ma douleur était de celles qui s’otei-

LE CÜATEAU DE GRANTIEIU

gnent peu à peu dans les larmes ou qui s’effacent avec les années... mais pour moi, mon ami, la vio n’esl qu’un remords... je veux l’user impitoyablemenl. Avec de la franchise, avec de la noblesse, en m’adressant à voire coeur, il y a un an , je vous faisais libre avant de vous déshonorer. . je sauvais le martyr de PhilisboiU'g; qui sait? je gagnais peut-êlro le bonheur de toute notre vie à tous 1 J’ai été lâche ; j’ai tué Marcellin ; j’ai voulu ménager ma mère, et je la frappe aujourd’hui si cruellement qu’elle ne s’en relèvera jamais... Oh! je savais bien, allez, en me donnant la mort, quelles souffrances m’épargnerait cette agonie d’un quart d’heure ! Heureusement elles seront si cruelles qu’elles ne peuvent durer longtemps. La femme à qui vous parlez, mon ami, appartient dès aujourd’hui à un autre monde; ne la retenez pas en celui-ci. Cette fois, au lien d’offenser Dieu, je vais à lui par la roule qu’il me montre , et , è force de m’incliner vers cette tombe vide où je n’aurai pas même le bonheur de retrouver Marcellin , un jour, jour de joie, jour prochain, j’y veux glisser sans secousse en remerciant le ciel par un sourire, et en vous tendant mou ûls , noble héritage bien digne de votre générosité.

HORANDAt.

Non, 'Thérèse , non , il n’en sera pas ainsi. Vous ne mourrez pas, vous ne vous séparerez pas de moi. Nous sommes unis par des liens trop faciles à rompre pour que ni Tun ni l’autre nous daignions les briser... Tenez, j’avais fait préparer hier Tacte légal qui peut nous rendre h tous deux notre liberté... un trait de plume et tout est rompu. Ce n’est pas ainsi que se dégagent des cœurs comme lés nôtres... quant à moi, je n'y consentirai jamais. Vous portez mon nom, vous l’honorez par votre douleur même. Vous garderez mon nom ; j’apprendrai à votre fils, à mon fils ce qu’il faut faire pour le soutenir dignement... Maintenant, respectez la mémoire du colonel Dumesnil; portez éternellement son deuil sur vos habits , dans votre cœur; refusezmoi à tout jamais la tendresse, la confiance d’une épouse , vous êtes libre; pas une pl iinte ne sortira de ma bouche : nous laisserons à Dieu le soin de vous disposer plus favorablem'ent... En attendant, vous vous sentiriez aimée, protégée ; et moi, sachant que j’aurai un rôle honnête et utile à jom r sur la terre, je bénirai tous les jours Tidée que j’ai eue de vous prendre pour femme. Vous serez pour moi comme cette madone couverte d’émeraudes et de saphirs, que garde un pauvre moine du Carmel. 11 jeûne près de ces richesses; il les adore sans y loucher; mais il rayonne de joie et d’orgueil quand il peut dire au voyageur qui passe ; Admirez, c’ost mon trésor !

THÉRÈ.SE , se levmt.

Mon ami , vous venez de payer votre dette à Marcellin. S’il

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