SCÈNE X
Quand nos cœurs flancés se répondaient sans doute.
Nos ramiers voyageurs se sont croisés en route,
Voilà fout.
. D. CARMbIS.
Non, seigneur, non. Je ne vous crois pas.
Tous les hommes, dit-on, sont des moqueurs là-bas, Et, sous les voiles blancs comme sous les mantilles.
Se font un jeu cruel des pauvres jeunes filles.
GABRIEL
Oh ! laissez-vous aimer ! laissez-vous adorer !
Taisez-vous !
D. CARMEN
GABRIEL
Et pourquoi?
D. CARMEN
C’est que j’entends pleurer !
On pleure en France. O Dieu ! ces larmes douloureuses, Ces plaintes, ces sanglots des tristes amom'cuses Éveillent un écho dans le fond de mon cœur.
Non, je ne vous crois pas. Vous êtes un moqueur.
L’une appelle et gémit, et, pâle délaissée,
Réclame encore un peu de votre amour passée ;
Et l’autre, trop crédule, a voulu, jour par jour.
Compter tous les instants jusqu’à votre retour;
Une autre... — Oh 1 loin de moi ce caprice éphémère !
GABRIEL
Mais, senora, je n’aime en France que ma mère El ma sœur. C’étaient là mes deux saintes beautés. Mon culte unique et pur.
Jiircz-lc-moi!
P. CARMEN
Vous inc le promettez?
GABRIEL
Je prends à témoin l’Amour même.
I). CARMEN
Je veux savoir encor...
GABRIEL
Senora, je vous aime.
L’AMOI U ET SON TKAIN.
D. CARMEN
Vous avez, dier seigneur, vu l’Espagne. Chez nous.
Les femmes ont parfois des veux brûlants et doux. C’est leur charme. Combien vous ont plu, je vous prie
GABRIEL
Oh ! vous êtes méchante, et votre raülerie Est bien amère, enfant, lorsque vous demandez De ces choses qui vont droit au cœur.
1>. CARMEN
Répondez.
GABRIEL
Je réponds : A vos pieds ma viel et puis mon âme...
A vos pieds, ma Carmen! mon ange, ô douce femme !
(ines et Pepa paraiuent, l’une il gauche, l'autre à droite.)
Oui, nous verrons la France, et nous serons tous deux Vous et moi, n’est-ce pas? — Plus de soupçons hideux Plus rien que votre amour, ma jeune bien-aimée ! Votre amour ! et mon âme est remplie et fermée.
Car je ne veux que vous...